[ Les films ]



samedi 2 janvier 2010


Bilan 2010
posté par Professor Ludovico

Ça y est, c’est l’heure du bilan, des tops et des flops… Mais surtout les bonnes résolutions, les attentes pour l’année…

Vous voulez la vérité ? Je n’attends RIEN de l’année 2010 au cinéma… Le frisson d’une sortie en salle de quelque chef d’œuvre, je n’ai plus ça… Dune en 1984 (je suis allé le voir 4 fois en une semaine), le dernier Kubrick, Titanic… Déjà pour le Seigneur des Anneaux, je n’en attendais pas grand’ chose, tant nous sommes habitués à être déçu par Hollywood.

On me reproche souvent un regard blasé, mais c’est la loi de la vie. Quarante ans de cinéphilie n’empêche pas d’aller au cinéma, mais oblige à apprécier les films avec plus de distance.

Regardons les choses en face : l’Usine à Rêves ne travaille plus pour nous, elle travaille pour nos enfants : Harry Potter, Twilight, Confessions d’une Accro du Shopping

Dune v2, version Berg, est dans les choux. Qui va le reprendre ? Probablement un tâcheron new hollywood, probable réalisateur d’un clip de Beyoncé. Avatar a montré en 2009 le cinéma que l’on pouvait faire aujourd’hui : Hollywood sera-t-il plus ambitieux pour autant ? Sûrement pas ! En profitera-t-il pour adapter les grands classiques, présumés trop chers à faire ? Chroniques Martiennes, Ubik, Conan, Le Cycle des Epées, L’Appel de Cthulhu, Le Grand Cirque, Le Grand Nulle Part, Candide, voilà ce que j’attends et qui ne sera pas adapté en 2010…

Ça n’empêche pas d’aller au cinéma, et j’irais encore – beaucoup – en 2010. Mais je regarderais plus sûrement la télé, où se trouvent désormais les projets excitants… Pacific (Spielberg/Hanks), le Prisonnier v2, la suite de Braquo et de Pigalle La Nuit, et bien sûr, la fin de Lost.

Bonne année à tous, et never surrender




jeudi 31 décembre 2009


Esther
posté par Professor Ludovico

Dépêchez-vous d’aller voir Esther, ne serait-ce que pour de sombres raisons comptables : y aller pour pouvoir mettre le petit monstre dans votre Topten 2010.

En effet, Esther, excellente série B thriller, mérite bien une place dans les dix meilleurs films de l’année, on verra ça dans quelques jours.

D’ici là, prenons comme tel, un juste successeur de ses glorieux aînés, Les Nuits avec Mon Ennemi, La Main sur le Berceau, ou Damien La Malédiction, et toutes autres tragédies familiales…

La recette est connue : un petit couple bien propret, madame a fait Yale, monsieur est architecte. Déjà deux enfants tout aussi mignons ; l’aîné pré-ado, et la petite dernière, sourde.

Mais il y a quand même eu un drame dans cette famille, la fausse couche qui a privé cette famille parfaite du 3ème enfant qui compléterait le tableau. Qu’à cela ne tienne, adoptons ! Et pourquoi pas Esther, cette petite fille russe que la vie n’a pas gâté.

C’est parti, quand on commence à aider les russes, les emmerdes commencent…

La charmante petite est étonnamment douée, mature, et bien élevée. Elle va vite révéler d’autres talents, de bricolage et de cuisine. Pas la peine de vous décrire la suite, la petite famille va être punie jusqu’au climax final : on est en terrain connu. Sauf que c’est très bien fait, en douceur, ménageant avec talent coup de frayeur et fausses alertes, tout en jouant habilement sur la situation : la jolie maison d’archi un peu à l’écart, la gamine sourde, les hésitations des parents.

C’est notamment sur ce point, pourtant classique, que c’est très bien joué : l’arrivée d’Esther révèle, par petites touches, les failles du gentil couple, les errements de madame, les fautes de monsieur, les dissensions intrafamiliales. Que du classique, mais fait avec subtilité, ce qui est rare, et progressivité, encore plus.

Avec en plus, cerise sur le cheesecake, un sens de l’humour un peu tordu, et une touche de politiquement incorrect : on reconnaît là la Warner, et Joel Silver (producteur des Die Hard, de Matrix).

On y découvre un réalisateur (Jaume Collet-Serra), des acteurs formidables (Vera Farmiga (déjà excellente dans Les Infiltrés), Peter Sarsgaard (d’habitude abonné aux rôles de méchants), Isabelle Fuhrman la révélation Esther, incroyable comédienne de douze ans !)

Donc, avant d’adopter, allez tous voir Esther !




mercredi 30 décembre 2009


Top Gun
posté par Professor Ludovico

Revoir Top Gun après toutes ces années, quelle idée !! Encore une stupide histoire de relation père-fils, de passage de témoin, d’inculcation d’un peu de culture aux chères têtes blondes, de mythologie US en passion aéronautique.

Au final, Top Gun était mauvais comme cochon en 1986, et il le reste vingt trois ans après. La fusée de lancement Simpson/Bruckheimer, le film qui les propulsa avec Tom Cruise au firmament Hollywoodien, est une catastrophe cinématographique, même à l’aune de la production de nos deux inventeurs du high concept movie.

On peut accepter l’histoire archi-rebattue (le jeune maverick* lutte contre les fantômes de son père, pilote comme lui, et mort en mission. Avec ses méthodes de casse-cou, il se met à dos une partie de sa hiérarchie.)

Que de l’archi-classique, mais pourquoi pas.

Mais, contrairement au reste de la production Simpson+ Bruckheimer+Tony Scott, c’est très mal fait. On ne comprend rien aux combats aériens, certes longs et spectaculaires**, mais imbitables. On ne comprend rien à l’intrigue amoureuse (Tom draguouille Kelly McGillis, mais quand il peut passer à l’attaque, il ne se passe rien ; quant à elle, elle ne semble intéressé que par ses connaissances du Mig-23 : plus sexe, tu meurs.

Bizarrement, il refuse de lui communiquer ces informations ; de là à se demander si Tom « Maverick » ne serait pas un) pedé et deux) traître, c’est un pas que nous ne franchirons pas… Car quelqu’un de plus talentueux l’a franchi pour nous, un certain Tarantino Quentin : pour lui, Top Gun est le plus grand film crypto-gay de l’histoire d’Hollywood… c’est hilarant, bien vu, et c’est ici.

Alors comment expliquer le succès incroyable de Top Gun ? C’est en fait la première marche du cinéma des années 80/90 : histoire simplette avec de l’action pour les garçons, romance pour les filles, musique du top 50 (on vendra des tonnes de BO Top Gun). Résultat : le film rapporta 150 M$ et resta un an à l’affiche…

Depuis, il est rarement diffusé à la télé, c’est un signe… Moins en tout cas que son hilarante parodie Hot Shots, qui devrait faire l’objet d’une prochaine chronique…

* Petite merveille rebelle en VO
** On lira à ce propos l’évocation étonnante qu’en fait Jean-Michel Valantin dans son livre« Hollywood, le Pentagone et Washington, Les trois acteurs d’une stratégie globale », narrant les péripéties de la Navy pour vendre « ses avions » contre ceux de l’air Force. Elle mit ses moyens considérables au service du film.




mercredi 30 décembre 2009


Tintin et le Lac aux Requins
posté par Professor Ludovico

Séquence nostalgie hier : voir enfin Tintin et le Lac aux Requins, trente ans après avoir lu la BD. Les puristes vous expliqueront que ce n’est pas un vrai Tintin, mais bien un simple projet, scénarisé par Greg, et validé par Hergé.

Mais autant la BD me terrifiait, autant le film est nul, mal dessiné, mal animé. Reste le plaisir de deviner, quelques secondes avant le Professorino, les rebondissements de l’intrigue. Lui a aimé, alors qu’il refuse de les lire, les Tintin ! Allez comprendre la jeunesse d’aujourd’hui !




lundi 28 décembre 2009


Avatar du jeu vidéo
posté par Professor Ludovico

Pour faire suite à l’excellente contre critique du Baba sur Avatar, je me permets d’ajouter cette modeste contribution aux relations cinéma et jeu vidéo : dans le métro ce matin, une pub pour un jeu vidéo pour téléphone, siglé Avatar. Au final, deux jeux de plateforme et un jeu de baston. Ce qu’on doit retenir du film, c’est donc ça ? Grimper aux lianes, et exploser des hélicos avec ton dragon de la mort ?

Rien de grave en vérité, mais une contradiction de plus de nos amis yankees : un message écolo et pacifiste à la noix, mais des jeux de baston au final…

Quand on voit ce qu’on peut faire aujourd’hui avec le jeu vidéo, tendance indépendant (Flower, par exemple), il y avait sûrement de quoi faire avec le « message » d’Avatar.




dimanche 20 décembre 2009


Avatar
posté par Professor Ludovico

Il vaut toujours mieux aller au cinéma avec un a priori négatif, on ne peut être qu’agréablement surpris. C’est le cas avec Avatar, bingo ! Le film le plus décoiffant de l’année. Pour une fois, la pub disait juste « On n’a jamais vu ça ! » On confirme.

Ce n’est pas tant la claque technique attendue – aujourd’hui, impossible de dire dans ce film ce qui est filmé ou dessiné -, mais c’est la fabuleuse direction artistique, féerique, parfaite, dans tous ses composantes : décors, accessoires, paysages, tout est splendide, et cohérent. Chaque bestiole de Pandora a son rôle, et n’est pas juste là pour faire beau dans le décor. Il en va de même dans le camp d’en face, où les hélicos, les transporteurs, les Mechas, les bulldozers sont conçus avec un sens aigu du détail. On retrouve là le Jim Cameron d’Aliens et d’Abyss, sa fascination pour les machines, les Spaces Marines, et les gentils extra-terrestres.

Ce qui pêche – mais on ne s’en rend compte qu’après coup, c’est tout le talent Mélièsque du film – c’est l’histoire, épaisse comme un papier à cigarette.

On en devine les ficelles des la scène un : les indiens sont bons, gentils, marchent tous nus dans l’Eden, quand soudain les méchants déforestateurs, pétroliers, mineurs, actionnaires, débarquent avec les space marines. Jake, le héros est l’un deux, et – devinez quoi ? -, il va découvrir ces indiens, les aimer, voire tomber amoureux de – devinez quoi ? – la fille du chef ! Incroyable non ? Après quelques épreuves initiatiques, grosse baston et puis générique de fin, après deux heures trente intenses de décors incroyables, de végétation luxuriante, et de dragons volants…

Une fois de plus, Avatar porte le fardeau de l’homme blanc : la culpabilité. Après avoir massacré les indiens, volé leurs terres, fait les malins au Viêt-Nam et en Irak (références évidentes du film), c’est à dire ni plus ni moins que les européens avaient fait avant eux, et d’autres encore avant (romains, égyptiens, mongols).

Mais les américains, eux, devraient consulter un psy, car ils ne semblent pas vivre cette culpabilité comme nous, convaincus qu’ils sont de leur « Destinée Manifeste » sur cette terre. Ce vison messianiste, biblique, au cœur de la psyché US, qui les dédouane de faire la guerre mais pas de l’assumer ensuite.

D’où cette overdose rousseauiste, ce bon sauvage ressorti à toutes les sauces. Concept fumeux, qui ne comprend pas qu’il est raciste par essence, et condescendant par nature. Cette vision du beau et bon sauvage ne tient pas la route dès qu’on s’intéresse un peu à l’ethnologie. Les peuples « barbares », « primitifs » ne sont pas moins civilisés, par plus innocents, pas moins violents, pas moins guerriers que nous. Mais l’illusion qu’il faudrait retourner à l’état de nature est très présent chez les américains, qui vivent finalement dans cet espace naturel immense (qu’ils ont « domestiqué », comme les marines d’Avatar). Cet état de nature, cet Eden Ancien Testament, trouve de plus des résonances avec les préoccupations environnementales d’aujourd’hui, et pour aller jusqu’au bout du spectre, avec les tentations néo-païennes « Mère Nature » « Gaia », etc. Illusions qui fournissent des échappées psychologiques confortables aux occidentaux (et aux américains en particulier) face aux dures réalités du quotidien : ma bagnole, mon iPhone, mon abonnement à Canal, peu compatibles avec la réduction inéluctable de nos trains de vie.

Cette thérapie nationale, les américains n’arrivent pas à la faire, alors Hollywood devient le psy de la nation.

Mais ici, ce Pocahontas meet Apocalyspe Now est tellement bien fait qu’il nous empêche de voir ses grosses lianes, qui, dans dix ans, n’en doutons pas, se verront comme le nez au milieu de la figure. En attendant, ne boudons pas notre plaisir : James Cameron révolutionne le cinéma (est-ce encore du cinéma ?) pour 10 euros seulement. Si vous avez mieux à proposer en ce moment, faites-moi signe !




samedi 19 décembre 2009


La Chute
posté par Professor Ludovico

C’est toujours bon de revoir les films, même pour de mauvaises raisons. J’avais envie de revoir La Chute pour la performance de Bruno Ganz, après l’avoir revu dans la délicieuse parodie de Brice Hortefeux à Seignosse, qui a fait le tour du web.

Je n’avais pas complètement aimé La Chute à la sortie. Le film succombait, en plusieurs occasions, à l’habituelle fascination pour le régime nazi. Et, comme l’avait brillamment de montré Wim Wenders à l’époque : Oliver Hirschbiegel filmait avec complaisance la mort des enfants Gœbbels, mais pas le suicide du Führer ; comme si c’était le tabou insurmontable, et il oubliait un peu vite que les « héros » de son histoire (le médecin SS, la secrétaire) ne pouvaient ignorer la nature antisémite du régime : le servir au moment de sa chute n’était pas innocent…

Mais à la revoyure, tous ces défauts semblent avoir disparu. Avons-nous accepté, entre temps, le côté révolutionnaire de La Chute ? Car pour la première fois, les allemands regardent leur passé sans culpabilité, sans honte, et sans révisionnisme non plus. Il fallait peut-être le temps d’admettre, aussi, que les jeunes allemands d’aujourd’hui ne paieraient pas éternellement les fautes de leurs parents et grands parents…

Mais surtout, La Chute se révèle un excellent film. D’abord, La Chute est un BOATS, qui évite les icebergs habituels du genre. Tirée d’une histoire vraie, adapté de l’excellent livre de Joachim Fest*, et des souvenirs de Traudl Junge, il contourne le problème en décentrant sa caméra, en ne racontant pas les derniers jours du dictateur, mais au travers d’un Point de Vue, c’est à dire un personnage avec lequel le public sympathise : Traudl, la jeune secrétaire d’Hitler… Jeune, jolie, un peu perdue dans cet univers décadent, Traudl est notre Alice chez les nazis…

L’autre coup de génie, c’est le casting. Que des comédiens excellents, bien sûr, mais un casting très tactique : la star, c’est Hitler, il faut donc une star pour le jouer, et c’est l’immense Bruno Ganz qui s’y colle. Le plus grand des acteurs allemands y livre une performance époustouflante, atteignant parfaitement l’objectif de Bernd Eichinger, producteur-scénariste. Tour à tour sympathique, hystérique, désabusé, visionnaire, Bruno Ganz fait du dragon, un homme. Un fou dangereux, mais un homme. Comme disait Hannah Arendt à propos d’Eichmann, tant qu’on n’acceptera pas la banalité du mal, on ne comprendra rien aux systèmes totalitaires.

En face, il met une bonne actrice, mais inconnue : Alexandra Maria Lara, ma chouchou de Control. En évitant la star – et donc le surjeu – Hirschbiegel facilite grandement l’identification du spectateur. Nous sommes avec elle, tremblante dans la Tanière du Loup lors de son entretien d’embauche, inquiète trois ans plus tard quand tombent les premiers obus russes sur Berlin, fidèle quand elle décide, un peu exaltée, de ne pas abandonner Hitler.

De mêmes, tous les comédiens sont de la même trempe, interprétant la racaille nazie dans cette ambiance fin de règne : incompétente, conspiratrice, traîtresse, fanatique jusqu’à la folie, fidèle jusqu’à la mort, qui sert de cour au monstre mégalomaniaque qui les a entraînés dans cette terrible aventure.
Il ajoute également une deuxième intrigue, complémentaire, celle d’une jeune garçon Hitlerjugend qui sert une batterie de DCA., Tiraillé entre la folie fanatique nazie et son père, ancien combattant qui essaie de ramener son fils à la réalité de la défaite, il incarne le projet d’Eichinger : montrer l’Allemagne dans sa globalité, endormie et fanatisée par les nazis puis martyrisés par eux. Propos difficile, car le cinéma nous a jusque là peu aidé dans ce travail historique : les gentils soldats US d’un côté, les barbares nazis de l’autre, sauf « le courageux Rommel », le « noble von Rundstedt » du Jour le plus Long.
Le tout est baigné dans une reconstitution aux petits oignons, mais sans les fioriture inutiles dont sont coutumiers les films de guerre. Pas de mouvements de foule, pas de jolis plans aériens avec Messerchmitts et Mustang P-51, pas de coûteuse reconstruction 3D de Berlin en ruine.

Tous ces dispositifs (scéniques, casting, scénaristiques) servent parfaitement le propos : Hitler était un homme comme les autres, les allemands ont souffert eux aussi de la guerre, et la jeunesse n’est pas une excuse. D’où cette fin splendide, sans lequel le propos du film piquerait un peu les yeux : après avoir sauvé l’héroïne, le jeune Hitlerjugend, sur un beau plan bucolique, s’en vont tous deux « àààà bicyclette » !

Mais on revient à la réalité. A savoir au premier plan du film, une séquence vidéo tournée avec la vraie Traudl, quelques années avant sa mort, en 2002. « Quand j’ai appris, par le procès de Nuremberg, que six millions de juifs avaient péri, j’ai été profondément choquée. Mais je n’avais pas fait la connexion avec mon passé… Je ne me sentais pas personnellement coupable, ne connaissant pas l’énormité des crimes commis. Mais un jour, je suis passée devant une plaque commémorative de Sophie Scholl, sur la Franz-Joseph-Strasse. J’ai vu quelle avait mon âge, et qu’elle avait été exécuté l’année où j’ai commencé à travailler pour Hitler. Et j’ai réalisé alors que la jeunesse n’était pas une excuse. Et qu’il avait été possible de savoir ces choses…»

*Les derniers jours d’Hitler
Joachim Fest
Editions Tempus




jeudi 10 décembre 2009


La Route
posté par Professor Ludovico

La Route se prête à deux critiques ; l’une positive, l’autre négative. Je m’en suis rendu compte dimanche soir, où, énervé par l’adaptation de John Hillcoat, je m’aperçus qu’en fait, mes deux comparses, qui n’avaient pas lu le livre avaient beaucoup aimé.

Car pour celui qui a lu le livre, La Route – le film – n’atteint jamais le niveau de La Route, le livre. Trop descriptif, trop de musique, trop de voix off. Tout en restant très respectueux de l’intrigue et du contenu de l’œuvre, le film n’atteint jamais le niveau d’abstraction, de sécheresse, de distance du chef d’œuvre de McCarthy. Les scènes les plus cruciales ne font pas peur, l’enfant est trop âgé pour inspirer ce terrible désir de « protection » que le Petit du livre insuffle à chaque page.

Mais si l’on mesure l’effort accompli – ce que je me refuse d’habitude à faire, une œuvre d’art est ou n’est pas, peu importe si le travail accompli est faible ou considérable -, La Route est un très bon film. Une porte d’entrée, en somme vers le formidable livre de McCarthy. C’est une énorme réussite visuelle, cette vision post-apocalyptique toute teintée de gris, fera date. Il y aura de ce point de vue un « avant » et un « après » La Route.

De même, le film évite, comme dans le livre, toute explication de la catastrophe, et parvient à raconter des choses horribles, tout en se gardant de claironner qu’elles le sont. La présence à l’écran de Viggo Mortensen est fabuleuse, mais ce n’est une révélation pour personne. Celle de Charlize Theron était moins évidente, mais elle prouve une fois de plus l’immense actrice qu’elle est.

Au risque de dérouter le CineFaster, on dira que La Route est un film que finalement, les américains ne peuvent pas faire, ne savent pas faire. Il faudrait l’ambition arty, européenne, pour aller jusqu’au bout de La Route. Il faudrait les silences du Stalker de Tarkovski, les paysages démesurés d’Antonioni, le silence abyssal de Bergman.




vendredi 4 décembre 2009


Sur le chemin de La Route
posté par Professor Ludovico

Il y a des films qu’on attend, comme La Route, et ceux qu’on n’attend pas trop, comme Avatar.

La Route, on l’attend de pied ferme, car c’est l’adaptation éponyme du chef d’œuvre de Cormac McCarthy, l’un des plus beaux livres de ces dernières années. Mais nous l’attendons aussi avec un peu d’appréhension. Car qui dit adaptation dit trahison. Que restera-t-il de l’ambiance glaciale, silencieuse, barbare, du roman ? John Hillcoat, réalisateur dans les années 80 de Ghosts of the Civil Dead, osera-t-il le film quasi muet, quasi obscur que les lecteurs attendent ?

De l’autre coté, nous n’attendons rien d’Avatar, tant la bande annonce est déceptive.

Mais au final, c’est l’élément psychologique qui joue à plein : un film, ce n’est pas une œuvre figée dans l’absolu, c’est une rencontre, un moment dans le temps.

Attendant trop de La Route, nous seront très probablement déçus ; n’attendant rien d’Avatar, une bonne surprise n’est pas à exclure.

Il faudrait, en fait, voir les films au hasard, sans titre, sans bande-annonce, sans casting et sans affiche : l’histoire toute nue…




lundi 30 novembre 2009


Some Kind of Monster
posté par Professor Ludovico

Si vous aimez Metallica, il faut voir Some Kind of Monster. Si vous ne connaissez pas Metallica (c’est mon cas), ou si vous n’aimez pas Metallica, il faut aussi voir Some Kind of Monster.

Il faut l’avouer, j’aime les documentaires sur les musiciens au travail : Don’t Look Back, sur Dylan, de D. A. Pennebaker, 101, du même sur Depeche Mode, Gimme Shelter ou One+One sur les Stones, mais aussi le film de Clouzot sur Karajan… Je me rappelle même avoir réévalué Mlle Dion à la hausse après l’avoir vu au travail avec J.J. Goldman…

Aussi, quand l’ami Fulci m’a proposé Some Kind of Monster, j’ai cru qu’il me ressortait un classique du ciné italien d’horreur des années soixante dix.

Non. Some Kind of Monster, c’est un documentaire de 2004 sur Metallica, le supergroupe de Heavy Metal des années 80.

Le pitch : en 2001, le groupe est au bord de la crise de nerfs, et dans les conflits d’ego. Leur bassiste vient de les quitter et le groupe peine à enregistrer son nouvel album, sur fond de désintox’ et de rivalités entre les deux têtes pensantes du groupe (James Hetfield, chanteur, et Lars Ulrich, le batteur)

Au lieu de régler ça à la régulière, split (Lennon/Mc Cartney), cadavre dans la piscine (Jagger/Richards et l’encombrant Mr Jones), revolver (Jerry Lee Lewis, Phil Spector), Metallica choisit la manière moderne : un coach. Un gars, Phil, la cinquantaine, qui ne connaît rien au hard rock mais qui se coltine les équipes de foot américain, qui ont leurs problèmes d’ego, elles aussi…

Et cherry on the cake : on filme tout ça, ce qui donne Some Kind of Monster, deux heures de déballage ahurissantes, émouvantes, sincères, caractérielles, frimeuses, manipulatrices, beaufs, modernes, psys, comme on voudra.

Qui a joué cinq minutes de la guitare dans un groupe comprendra ce que je veux dire : ce n’est pas facile tous les jours. Voir ces types, avec leurs cent millions d’albums vendus, qui ont les problèmes de monsieur tout le monde, c’est rassurant. Voir Dave Mustaine, leur premier guitariste, viré pour alcoolisme, se considérer comme un raté alors qu’il a fondé Megadeth et vendu à lui seul vingt-cinq millions d’album, en fera réfléchir plus d’un sur l’incroyable abîme de la psyché artistique.

Après sept cents jours d’engueulade et de thérapie de groupe, le film est terminé : en 2003, Metallica sort St Anger, un album vite classé numéro un et entame une tournée triomphale.

Sous le charme, mais sans être dupe, il reste à démêler dans tout cela l’exercice d’autopromotion. Si c’était l’intention, c’est raté : les héros sont des beaufs, fans de Harley. Ils mangent des fruits frais et vont au cours de danse classique kitsch de leur gamine. Rien de très bon pour l’imagerie rock…

Non, Some Kind of Monster ressemble plutôt à un journal intime, avec ce qu’il peut y avoir de pathétique et de sublime dans l’exercice…

Comme dans In Bed with Madonna, l’exercice de com’ finit par dépasser son commanditaire en accouchant d’une créature indéterminée, à mi-chemin entre l’hagiographie et le reportage : some kind of monster, but a beautiful one.




février 2026
L M M J V S D
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
232425262728