À plusieurs reprises pendant le film, on répète une incantation magique, comme un sortilège, surtout un moyen mnémotechnique pour préparer un remède (« Il guérit Trois, il guérit Trente »). Il semble que Chloé Zhao, la réalisatrice, s’en soit inspiré. Elle répète tout deux fois, de sorte que le film aurait pu durer une heure plutôt que deux.
Car on s’ennuie ferme dans Hamnet, le film mono-intrigue : Shakespeare tombe amoureux d’Agnes, ils ont des enfants, il part à Londres pour percer dans le théâtre. Le couple bat de l’aile. Leur fils, Hamnet, meurt, et Shakespeare lui rend hommage via sa pièce la plus connue : Hamlet. Pas vraiment un divulgâchage ; le film est spoilé dès le titre.
Tout est formidable, sinon, dans ce vrai-faux film indé à 30M$. Déco impeccable, reconstitution aux petits oignons de la campagne élisabéthaine, mélange de religion et de superstition, et habité par de grands comédiens (Paul Mescal en Shakespeare, Jessie Buckley en Agnes (follement amoureuse de son mari, à l’opposé de tout simplement folle dans Fargo)). Et surtout Jacobi Jupe, époustouflant en Hamnet…
Mais voilà, tout est fastidieux : deux grossesses douloureuses, avec cette pornographie de la souffrance qu’affectionne les Américains, les dialogues répétés deux fois « Tu n’étais pas là ! Tu n’étais pas là ! » « Regarde-moi. Regarde-moi ! » Dans une vidéo devenue virale, Matt Damon expliquait récemment que Netflix prescrivait qu’on explique tout deux fois, parce que les spectateurs regardent leur portable en même temps.
Avec Hamnet, on y est.
