Mais quel film ! Documentaire, film de guerre, thriller, film d’action, propagande Eisensteinienne : les qualificatifs manquent pour genrer le film de René Clément.
La Bataille du Rail, cette exaltation à sens unique de la résistance SNCF (pas un seul collabo à l’horizon*), fut réalisé immédiatement après la guerre (en 1946) avec peu de moyens, sauf ceux de la SNCF. Celle-ci ne lésine pas devant ce film d’entreprise avant l’heure : on y jette un vrai train dans le talus pour une séquence d’anthologie.
Le film suit une myriade de personnages, à tous les échelons de la compagnie ferroviaire : cheminots, gardes-barrières, cadres administratifs, qui œuvrent tous à ralentir voire détruire les convois de ravitaillement allemands pendant le Débarquement de Normandie.
Pas d’acteur connus, des images un peu floues, parfois accélérées pour donner de l’intensité aux cascades (George Miller fera pareil pour Mad Max), des dialogues doublés à l’arrache, mais aussi des séquences inoubliables. Le train qui déraille, la bataille finale qu’aurait pu signer Michael Bay s’il était né plus tôt, et des scènes poétiques que n’aurait pas reniées le cinéaste du Cuirassé Potemkine (les cheminots attendant leur exécution).
Le film oscille toujours entre le documentaire, le film d’action, et la poésie quasi expérimentale. Ainsi, pas un personnage allemand ne parlera français, ni ne sera sous-titré. Ce qu’on appelle au cinéma le transfert, c’est à dire la mise in situ du spectateur dans l’angoisse des protagonistes de ces heures sombres.
Un must, on vous dit.
* En fait, un seul : « Parle pas devant ce gars-là, il est pas sûr… »
