[ Le Professor a toujours quelque chose à dire… ]

Le Professor vous apprend des choses utiles que vous ne connaissez pas sur le cinéma



samedi 10 décembre 2011


Intouchables : la non-critique
posté par Professor Ludovico

Voilà, c’est trop tard. Trop de monde me presse d’aller voir le Super Film de l’Année. Vaguement tenté au début, je n’ai plus du tout envie.

Pour comprendre, il faut entrer dans le petit cerveau schizophrène du Professore. Car dans ce cerveau, il y a un gros snob qui sommeille.

Un gros mot, snob. Élitiste, aussi. Des mots interdits dans notre culture démocratique, qui confond « accès pour tous à la culture », et « culture pour tous ». On n’est pas forcé, pas forcé du tout, d’aimer ce que la majorité aime. On n’est pas forcé de detester obligatirement non plus… Mais voilà, je n’aime pas les Chtis. Pas par atavisme social (le Professore vient du fin fond de la Beauce), mais par une trop grande cinéphilie. Si l’on va voir 5 ou 6 films dans l’année (moyenne nationale), les Chtis sont un divertissement comparable à d’autres, et même plutôt favorablement comparable à d’autres. Si on va en voir 5 ou 6 fois plus, on a des chances d’avoir vu des comédies plus drôles, plus fines, plus subtiles. C’est aussi mathématique que cela.
Pour en revenir aux Intouchables, il se trouve que lorsque j’ai vu la bande annonce, j’ai caressé l’idée d’aller voir le film : j’aime Omar, j’aime Cluzet, et l’histoire avait l’air suffisamment originale. Si je l’avais vu à l’époque, il est possible que je l’ai trouvé suffisamment sympa pour écrire une chronique élogieuse. Mais voilà, je n’y suis pas allé. Et son succès m’a dégoûté de le faire. Ce n’est pas bien dire ça, je le sais ce n’est pas très rationnel non plus, même pas subjectif, mais l’idée d’aller aimer le film que tout le monde aimait, c’était un repoussoir suffisant.

Pourquoi ? C’est dur à dire.

Il y a évidemment une volonté de s’extraire de la masse, de ne pas faire partie du Mainstream, qui est une caractéristique dominante chez moi : être de gauche à une table de sympathisants UMP ou vanter les vertus d’une Kalachnikov à la Fête des Voisins de Boboland, downtown Paris 11°. Mais aussi, sûrement, l’idée qu’un tel succès consensuel ne peut être que suspect. On m’opposera Titanic, ou Tintin (la BD) mais dans le fond, un tel succès touche forcément un nœud sensible de la psyché française, et ça me dérange.

Par ailleurs, et c’est formidablement analysé dans un récent article de Libé, le « chantage au vécu » que nous impose Intouchables (« c’est juste parce que c’est vrai, et comme c’est vrai vous devez rire et vous devez pleurer ») est tout simplement insupportable en tant que spectateur. On a le droit de manipuler le spectateur, mais pas celui de le prendre à la gorge pour lui imposer des sentiments…

Intouchable, en effet.




vendredi 2 décembre 2011


Ken Russell
posté par Professor Ludovico

Le réalisateur provoc british est décédé cette semaine à 84 ans, et j’avoue que ça m’a fait de la peine, parce que j’ai adoré tous les films que j’ai vu, même si j’en ai vu peu (le bonhomme en a réalisé 70)

Mon chouchou reste Les Jours et les Nuits de China Blue, probablement irregardable aujourd’hui, mais que j’ai vu plusieurs fois, tout simplement parce que Kathleen Turner était l’actrice la plus hot des années 80. L’histoire de cette prostituée, libérée la nuit et designer coincée le jour est évidemment un conte de fées, mais c’était à l’époque un choc esthétique et moral.

Sinon, il y a Les Diables, film historique destroy sur les possédés de Loudun, et Tommy, la grande fresque sous acide des Who, le seul film qui mérite véritablement le titre d’opéra rock…

Ken Russell était un grand formaliste, un peu défoncé, un peu délirant, osant un cinéma peut-être foutraque, mais un cinéma original et dérangeant qu’on a du mal à imaginer aujourd’hui… Ken Russell meurt sans héritier.




lundi 21 novembre 2011


Grosse flemme
posté par Professor Ludovico

Ben voilà, malgré un programme chargé (Drive, Les Marches du Pouvoir, Tintin, Contagion), impossible d’extraire ses fesses de la chaleur cocoonique du foyer familial. 15 000 bonnes raisons s’offrent à nous : notre deux-mâts de Virtual Regatta en difficulté au large d’Auckland, le Rugby européen sur France2, PSG-Nancy (si on avait su !) Surtout, c’est l’absence d’élément moteur (le petit camarade qui te relance sur Drive…) qui nous fait lâcher l’affaire…

Finalement, ça sera The Walking Dead sur la télé…

D’ailleurs, on y reviendra.




jeudi 10 novembre 2011


Le style Fontana
posté par Professor Ludovico

Au début des Borgia, j’avais laissé entendre que Tom Fontana, le créateur de la Cérihévéneman de Canal+, avait seulement griffonné quelques idées sur le papier et était ensuite parti avec la caisse.

Il semble qu’il ait fait un peu plus que cela : après dix épisodes des « Aventures d’Alexandre VI », on ne peut s’empêcher de constater les similarités avec Oz, le chef d’œuvre de Mr Fontana. Est-ce que son style carcéral (grosses burnes, sexe contrarié et violence à tous les étages) s’applique aux luttes de pouvoir dans la Renaissance Italienne, That is the Question….

Le showrunner tatoué traite en effet ses personnages comme des détenus : Château Saint Ange ou Emerald City, c’est pareil. Il les fait jaillir en permanence face à l’écran, souvent filmés grand angle (ça agrandit le décor à peu de frais, et ça rend les personnages légèrement anxiogènes) Le plus souvent, iles jouent la même scène : menacer un membre de la famille Borgia puis s’en prendre une en retour.

Ces effets de manche, très efficaces dans le confinement de la prison contemporaine de Oz, trouvent ici leurs limites. D’abord parce que l’histoire des Borgia est plus subtile que ça, comme on le comprend dans l’épisode 10 : pour battre Charles VIII, le Roi de France, le paladin sans peur et sans reproche, Alexandre VI ne peut faire appel qu’à la ruse : gagner, mais sans jamais combattre. Dans ce contexte, faire hurler en permanence les acteurs des Borgia n’a pas de sens, ne permet pas de les différencier, de comprendre leurs enjeux, ou de leur donner la moindre épaisseur. On retrouve ce sens de la caricature dans Oz, et ça s’y prête bien : des gangs s’affrontent (Bikers, Latinos, Noirs, Aryens…) : la caricature permet de les différencier. Mais là, traiter les Medici ou les Orsini comme de vulgaires condottieres ne satisfait pas nos regards européens, qui ont toujours un minimum de culture historique dans la tête. Autres exemples, les combats de rue, ou les français qui défilent au pas dans Rome sont ridicules, parce que c’est un Américain qui les regarde ainsi…

Fontana est un grand Showrunner, mais il ne sait pas tout faire…

PS on notera a contrario un personnage enfin correctement caractérisé : Charles VIII, joué par un acteur incroyable (impossible de trouver son nom sur IMdB), et qui met tout le monde d’accord dans ces deux derniers épisodes…

PS2 on a retrouvé, il s’agit de Simon Larvaron, un jeune comédien de 23 ans, de Cholet , qui interprète le rôle de Charles VIII.




jeudi 3 novembre 2011


Le sexe c’est mal (aux USA)
posté par Professor Ludovico

Le paradoxe est magnifiquement expliqué dans Évidences Invisibles de Raymonde Carroll : nous ne comprenons pas pourquoi les américains parlent de façon si obscène de l’argent, et nous, du sexe.

La visionnage de Zack et Miri Tournent un Porno m’a rappelé des passages de cet ouvrage, à recommander à tous les diseurs de généralités, sur les étrangers en général, et les américains en particulier.

Dans le film de Kevin Smith, le spectateur passe du porno au mélo sirupeux avec une confondante aisance. Ce n’est pas grâce à Kevin Smith, mais bien aux valeurs américaines qui sont en jeu.

Pour les américains, le sexe c’est mal. Ce qui compte, c’est l’image que peut donner le couple à l’extérieur. Une raison pour laquelle, d’ailleurs, les maisons américaines ont souvent de grandes baies sur la rue : rien ne doit être caché aux voisins. De même, si votre couple se déchire, il importe d’être « supportive », c’est à dire de continuer à soutenir sa femme ou son époux en société, ou dans ses projets.

En 1992, des amis américains m’avaient permis de concrétiser mon fantasme : piloter un avion. Quand je leur confiais, enthousiaste, que c’était « le meilleur quart d’heure de ma vie », ils regardèrent Mme La Professore avec commisération : le meilleur quart d’heure de ma vie n’était-il pas le jour où je l’avais rencontré ma tendre épouse ?

Pas étonnant que le sexe soit aussi censuré dans cet univers de decent american people, comme les fustigeait William Burroughs.

Partant, le cinéma US est d’une pauvreté absolue en la matière. Visuellement, l’amour physique ne peut être représenté que de deux manières, bien allégoriques : si on s’aime, c’est sagement et au lit. Si c’est une passion violente, subite, dangereuse, c’est contre le mur ou la porte. Toute autre possibilité représente une attitude anxiogène, souvent réservée aux méchants. Qu’on pense aux gâteries de Sharon Stone, dans une scène dramatique de Casino, ou à la diablesse Kathleen Turner dans La Fièvre au Corps. Quand la passion physique est au rendez vous, c’est que le crime ou la punition n’est pas loin. William Hurt sera bien puni de ses aventures avec Kathleen Turner, comme les héros de Volcano, où tous les pécheurs sont punis par le volcan : un couple brûle dans l’eau bouillante même où ils avaient batifolé. Dans Armageddon, Ben Affleck, même s’il aime sincèrement Liv Tyler, doit régulariser impérativement sa situation en l’épousant… Hey, les gars, c’est l’an 2000 !

Dans Zack et Miri tournent un Porno, Kevin Smith aligne les plaisanteries les plus salaces, pour ne pas dire les plus scatos, mais ne franchit jamais la ligne jaune du sexe pour le sexe.

Les seuls explorateurs de ces noirs penchants sont évidemment les séries, qui depuis HBO ont attaqué la Montagne du Sexe comme ils avaient déjà gravi les Cols de Drogue, de l’Homosexualité, et de la Politique.

Cela n’allait pas de soi, car les séries étaient encore plus consensuelles que leurs grands frères filmiques. Friends parlait cru, mais pour revenir ad nauseam sur les valeurs traditionnelles, tout en faisant mine de s’en affranchir. Seinfeld, lui aussi avait lancé le débat par de nombreuses allusions sexuelle (et son célèbre « Is it spongeworthy ? »), tout en assumant sa pudibonderie… Mais c’est le câble, et surtout Sex and The City qui ont fait énormément pour le sujet, en décomplexant la question, tout en conservant habilement la quête éternelle du Prince Charmant, mais en y fournissant quatre éclairages possibles. Oz, Rome, Spartacus, Six Feet Under, ont passé la barrière avec succès, en parlant d’autre chose.

Une preuve supplémentaire, s’il en fallait, que l’audace est à la télé.




dimanche 30 octobre 2011


Les Sentiers de la Gloire
posté par Professor Ludovico

Le scénario des Sentiers de la Gloire est-il vraiment signé Jim Thompson ? Ne serait il pas plutôt l’œuvre de René Girard, l’auteur de « La Violence et le Sacré » ? La question peut être posée, tant le sujet des Sentiers de la Gloire semble épouser les thèses du dernier philosophe méconnu des français. Pour cela, il aurait fallu le Framekeeper sous le bras, professeur agrégé de Girardisme, mais il répugne à fréquenter le VIème arrondissement en dehors d’une rétrospective Ozu. De toute façon, il est probablement en Corse à l’heure qu’il est…

Résumons.

Dans ce quatrième film de Kubrick, et dans sa première superproduction, l’ensemble de la Doxa Kubrickienne est là. (Vous pouvez par ailleurs retrouver ici toutes les chroniques consacrées à la filmographie Kubrick) mais pitchons déjà le film…

Dans Les Sentiers de la Gloire, le général Mireau est chargé de prendre une position réputée imprenable, la Fourmilière. Il refuse, mais quand on lui promet une promotion, il change d’avis. Le 701°, commandé par le Colonel Dax (Kirk Douglas) part donc à l’assaut, et échoue. Le Général en chef, Broulard (Adolphe Menjou) veut des coupables. Machiavélique, Mireau lui propose quelques soldats à fusiller pour l’exemple.

L’un est tiré au sort (alors qu’il a été cité à deux reprises pour bravoure), un autre parce que son lieutenant le trouve asocial, un troisième parce qu’il a menacé son supérieur de dénoncer sa lâcheté lors d’une patrouille qui a mal tourné.

Dax, assure leur défense en cour martiale, – il est Avocat dans le civil -, mais nos héros sont fusillés.

Conclusion inattendue dans une taverne : des soldats du 701°, huent une pauvre « prise de guerre » (c’est ainsi qu’elle est présentée), une jeune allemande (Christiane Harlan, future Madame Kubrick). Seule contre cette bande d’hommes déchaînés, la jeune fille semble n’être bonne à rien, à part se faire violer (le patron de la taverne montre complaisamment sa poitrine, son « seul véritable atout »). Mais voilà, elle se met à chanter, les soudards se taisent, et bientôt, sont émus aux larmes.

La Violence et le Sacré

Commençons donc par Girard…

Ces trois hommes, innocents aux yeux des règlements militaires (ce sont les officiers de la cour martiale qui le disent eux-mêmes), sont à l’évidence victimes d’une terrible injustice.

Chez Girard, et sa théorie de la victime mimétique, il faut un bouc émissaire qui « purge » la société de ses péchés. Pour que tous vivent, il faut que l’un meure. D’où son explication de la tragédie biblique de Job (un homme riche, honnête, religieux, sur qui s’abat soudain tous les malheurs du monde). Ici, dans les Sentiers de la Gloire, pour emmener tant de monde à l’abattoir, il faut non seulement un ennemi identifié (l’allemand, l’allemande), mais aussi gérer l’ennemi intérieur (le traître). Si l’offensive est ratée, il faut trouver des coupables. Cela ne peut être une faute collective (dans ce cas, c’est la défaite assurée), c’est forcément la faute de quelques-uns. Nos trois héros feront parfaitement l’affaire, car, justement, ils sont parfaitement innocents. Car comme le dit le Général en Chef « Rien de plus revigorant que de voir quelqu’un mourir à côté de soi ! », paraphrasant presque le Ernst Jünger du Journal Parisien, qui notait en 1942 : « Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, mais tout ce qui nous tue nous rend encore plus fort ! »

Mieux, ce processus s’étend, et Mireau est bientôt lui aussi sacrifié par le Général en Chef qui l’envoie en commission d’enquête, quand Dax lui amène sur un plateau la preuve de son incompétence (il attaque en sous-effectif, fait tirer sur sa propre troupe par l’artillerie, etc.) Pour sauver les soldats, il faut sacrifier trois soldats, pour sauver le corps des officiers, il faut sacrifier un officier…

Et personne, à part le Colonel Dax, qui prend là une pose christique – rôle fétiche chez Kirk Douglas – ne viendra s’en offusquer. Kubrick ne montre d’ailleurs le soutien d’aucun camarade, et se complait au contraire à mettre en scène l’extrême discipline qui procède à leur exécution. Et offre ce contrepoint passionnant (car nous nous sommes évidemment mis du côté des « pauvres soldats face à la boucherie des officiers ») en inversant ce point de vue dans la conclusion : en cinq minutes, voilà les « pauvres soldats » devenus des bêtes immondes face à une femme seule, puis, nouveau retournement, agneaux émus aux larmes par son chant. Toute la vision Kubrickienne de l’humanité est là.

Le faible secours des structures sociales

Malgré l’organisation hyper structurée de nos sociétés modernes, Kubrick montre qu’elles ne sont d’aucun secours face à l’injustice. Le cas des trois soldats est léger, mais rien n’arrêtera l’arbitraire en train de se commettre : ni la structure militaire, pourtant ultra-réglementée, qui fournit un cadre juridique à la condamnation des soldats, et, donc – théoriquement – la possibilité de se défendre, ni même l’accumulation de preuves en leur faveur (l’officier d’artillerie qui a refusé de tirer sur ses troupes sans ordre écrit, et qui obtient gain de cause). De même, la religion ne sera d’aucun secours (que l’on soit croyant ou non, rien ne change l’absurdité de la mort). On retrouvera le thème du prêtre inutile dans Orange Mécanique.

La décadence Mitteleuropa

Dans les Sentiers de la Gloire, on trouve une valse de Strauss, beaucoup moins célèbre que celle de 2001, mais qui remplit un rôle similaire : montrer une société à son apogée mais qui court à sa perte (les ors des palais austro-hongrois XIXème, pendant de la perfection technologique de l’humanité du XXIème siècle). La Mitteleuropa, ses bals, et ses militaires en tenue d’opérette, ou les cadres froids, technos et inhumains de 2001 dansent sur la même valse. Il faudra un événement d’envergure (une guerre, un monolithe E.T.) pour changer d’ère.

Comme dans 2001, Kubrick joue de la perfection des alignements. Palais XVIIIème filmés au cordeau, défilés et alignement militaires filmés volontairement « dans l’axe », premiers travellings arrière qui formeront sa marque de fabrique, tout cela est opposé à la brutalité de l’offensive, qui elle est filmée de coté, sans héroïsme aucun. Les singes d’un coté, la sauvagerie de l’homme, filmé en opposition des « œuvres de civilisation », palais ou vaisseaux spatiaux. Mais on meurt dans la boue dans toutes les guerres, dans Les Sentiers de la Gloire, dans Barry Lyndon, dans Full Metal Jacket.

La patrouille perdue

Etrange obsession. La patrouille perdue, c’est le thème du « brouillon » Peur et Désir, premier film maudit, dont Kubrick essaya de détruire toutes les copies, tant il jugeait l’œuvre indigne de lui. Peur et Désir ? Etrange comme ce simple titre peut pourtant définir toute l’œuvre Kubrickienne. De quoi parle Fear and Desire ? D’une patrouille qui se perd en territoire ennemi, rencontre une ennemie, et veut la violer… Full Metal Jacket ? Une patrouille se perd dans Huê et manque d’être décimée par une sniper vietminh. Rattrapée, les Marines évoquent la possibilité de la violer, puis finalement l’achèvent… Dr Folamour ? Un avion perd ses codes en territoire ennemi, est incapable d’interpréter un message de retour, et déclenche l’apocalypse nucléaire parce qu’un colonel a des « problèmes d’érection ». Les Sentiers de la Gloire ? Une patrouille se perd, et tue par erreur un camarade ; cet événement déclenchera la condamnation d’un des trois soldats, tandis qu’on évoque la possibilité de violer la jeune allemande à la fin… ces coïncidences n’en sont pas ; la peur et le désir sont étroitement liés chez Kubrick. Une fois effrayé par la méthode Ludovico, Alex n’a plus de désir, même pour une très belle femme nue, dans Orange Mécanique. Bill Hartford patrouille lui aussi les « yeux grands ouverts » dans la nuit new-yorkaise, qui est à la fois la nuit des désirs, mais aussi la nuit de la terreur, celle de sa paranoïa, mais celle aussi de la vraie violence (la bande de hooligans, les libertins masqués, le type qui le suit). Bill sombre dans la peur plutôt que de suivre le conseil final de sa femme : « Fuck ». De même, Barry Lyndon est prêt à toutes les violences pour le sexe ; affronter en duel un militaire de carrière pour séduire une cousine, affronter la noblesse du royaume pour conquérir puis garder Lady Lyndon. Non cher Stanley, tout était là dans votre première œuvre. C’est sûrement empli d’effroi que vous avez détruit les bobines….

La musique, commentateur ironique

Tout le monde le sait, la musique est un élément à part entière de la chorégraphie Kubrickienne. C’est surtout vrai pour sa période « Couleur », quand il décide de se passer de musique originale et piocher directement dans le répertoire (2001 et suivants). Mais des prémices se trouvent déjà dans ses premières œuvres. Dans Les Sentiers de la Gloire, cela commence même dès le générique : une Marseillaise tonitruante, qui se conclue par un bizarre accord mineur : tout est dit. Le Patriotisme, royaume du mode Majeur, mais surtout « dernier refuge de la canaille », selon le Colonel Dax, se termine en Mineur : la guerre, la souffrance, et la mort. Mais il y a aussi l’introduction d’un pattern typiquement Kubrickien : la musique populaire qui sert à clôturer le film. Ici, une chanson traditionnelle allemande, chantée du bout des lèvres par la prisonnière allemande, et qui retourne le cœur des soldats. Une chance que n’aura pas son équivalente vietminh dans Full Metal Jacket. Le film se conclue lui aussi, par deux chansons populaires : Mickey Mouse, et Paint it, Black.

On retrouve ce principe presque partout chez Kubrick (We’ll Meet Again, à la fin de Dr Folamour, Singing in the Rain dans Orange mécanique, Home, dans Shining, la Jazz Suite de Chostakovitch dans Eyes Wide Shut)… Cette petite musique, c’est évidemment un procédé, une façon de sortir le spectateur de la salle de cinéma, d’alléger le pathos qui accompagne souvent un Kubrick. Mais c’est aussi une façon de marquer le spectateur à jamais (plus facile de chantonner We’ll Meet Again que le Requiem de Ligeti). C’est enfin la petite musique de la vie ; au travers de ces chansons populaires, et de leurs paroles à double sens, on conclue le film d’une morale sarcastique. Non, nous ne rencontrerons plus jamais à la fin de Dr Folamour, car la Terre est rayée de la carte, et nous ne chanterons peut-être pas sous la pluie en pensant à Gene Kelly, terrifié par le sort qu’Alex (Et Kubrick) ont désormais réservé à cette chanson.




vendredi 28 octobre 2011


Le jeu vidéo a gagné
posté par Professor Ludovico

Couverture de 20 Minutes, cette semaine. Un soldat, un titre : « Un chef d’œuvre » et une signature : Première. Première, LE magazine du cinéma en France depuis trente cinq ans. De quoi parle Première ? De The Artist ? De Contagion ? De Hugo Cabret ? Non, de Battlefield 3, blockbuster du jeu vidéo qui sort cette semaine. Bien sûr, il ne s’agit que d’une publicité. Bien sûr, Première continue à parler majoritairement de films. Mais l’idée que des publicitaires préfèrent citer un magazine de cinéma grand public plutôt que Joystick ou PC Jeux en dit long sur ce qu’est devenue cette industrie, qui a dépassé en dollars le cinéma, et ce, depuis 2001.

Nous nous demandions où était passé la GCA, elle était là, sous nos yeux, sur nos téléviseurs. Mais nous ne la voyions pas… soit nous n’avons pas de console, soit nos enfants en ont, et nous sommes déjà trop vieux pour y comprendre quelque chose.

Le Professore encourage pourtant son lectorat fidèle à jeter un œil sur ces œuvres, en dépassant le baratinage moraliste de saison (le-jeu-vidéo-qui-tue-nos-enfants) et en acceptant que Super Mario n’est pas Dead Island, tout comme Cars2 n’est pas La Nuit des Morts Vivants. La question n’est d’ailleurs pas d’y jouer, mais bien de regarder ces jeux. Peut-être tomberez-vous, comme le Professore, sous le charme esthétique d’un Final Fantasy, sous l’humour ravageur d’un GTA, sous la nostalgie irrépressible du Western Red Dead Redemption.

Car ces jeux, comme Battlefield 3, Call of Duty Modern Warfare, Rage bientôt, sont les dignes successeurs des Top Gun, Quand les Aigles Attaquent, ou Mad Max de nos chères années 70-80.

Même vision bourrine de la guerre, de l’héroïsme à deux balles, « Putain ca fait mal mon lieutenant* » et de suprématie yankee. Les ricains attaquent Téhéran dans Battlefield 3, mijotent des mauvais coups à Cuba dans Call of Duty. Quand à Rage, l’apocalypse post pétrolière est au bout du chemin…

Il reste seulement au jeu vidéo de gagner en maturité, de prendre un peu de distance avec son propre produit, de proposer une autre vision plus critique, ou plus artistique (à l’instar de la scène dite indépendante)… Ce qu’il ne manquera pas de faire, mécaniquement, par le vieillissement et l’élargissement de son public.

*Le visionnage concomitant de Centurion – péplum pseudo moderne dans la forme et rance dans le fond – ne fait qu’élargir dans mon esprit le canyon qualitatif, déjà gigantesque, entre un cinéma grand public à court d’idées et le jeu vidéo virevoltant de créativité, ou la série télé, seul produit de divertissement adulte que sont en mesure de nous proposer les Etats-Unis d’Amérique.




lundi 24 octobre 2011


3D part 3
posté par Professor Ludovico

On remet le couvert sur la 3D aujourd’hui, et qu’est-ce qu’on lit le soir même dans Libé d’aujourd’hui, si ce n’est la même chose ? Hollywood place ses derniers espoirs dans Tintin, car les derniers film en 3D n’ont pas fait recette : Toy Story 3 ou Shrek 4 ont gagné moins d’argent en 3D qu’en 2D… tout est expliqué là, dans un autre article de Slate cité par Libé.

Allez spectateurs, encore un effort…




lundi 24 octobre 2011


3D : le boulet
posté par Professor Ludovico

Chaque jour amène son lot de bonnes nouvelles sur le fond de la 3D : téléviseurs qui ne se vendent pas, Nintendo qui se sent obligé de préciser sur ses publicités pour Supermario Land 3D qu’on peut « ajuster le niveau 3D ou même l’enlever », ou, ce matin, dans le RER C, l’affiche du Chat Botté – énième resucée shrekienne sans inspiration, c’est du moins ce que l’on suppose – qui précise « Disponible en 3D et en 2D ».

Voilà, c’est fait.

Ce qui était un argument de vente est désormais un boulet à traîner. Disponible en 2D, ca veut dire que toi, grand père un peu ringard, tu peux y emmener ton petit fils, toi couple avec 3 enfants, tu peux dépenser 15 euros de moins pour avoir le droit de ne pas avoir mal à la tête, ou toi, Rabillon, tu peux retourner au cinéma. Car oui ! Le fameux auteur du Théorème refuse désormais d’aller au cinéma sous prétexte que « ca ne sortira qu’en 3D », Les Trois Mousquetaires, par exemple…

Et bien cher Rabillon, on va voir Porthos et Aramis ?




lundi 17 octobre 2011


3D : Apocalypse Now!
posté par Professor Ludovico

Non, ce n’est pas ce que vous croyez, Coppola n’a pas décidé subitement de convertir son chef d’œuvre pour faire plus de brouzoufs. C’est juste qu’on apprend dans un récent article de Libé sur le MIPCOM (un salon des programmes TV), que la 3D, ça va mal. Pas du côté de la production, qui continue d’aligner le répertoire en 3D (Les 3 Mousquetaires…), mais non, les téléviseurs. On devait en vendre de 7 à 20 millions, seulement 3 de vendus. La faute aux lunettes, qu’on ne veut pas porter à la maison, et le manque de programmes : un match de L1 par ci, un Cars par là, et du porno, du porno, du porno. Le genre, qui traditionnellement est précurseur des révolutions techno (ordinateurs, webcams, Internet…) ne semble pas suffisant pour tirer la stupide charrue 3D.

Pour une raison toute simple : la 3D ne sert à rien. Elle n’amène pas plus de réalisme, pas plus de confort d’utilisation, et aucune émotion supplémentaire.

Moi, j’vous l’dit, c’est mort !




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