[ A votre VOD ]

Commentaires et/ou Conseils d’achat de DVD – Peut dégénérer en étude de fond d’un auteur



jeudi 21 juillet 2011


Des Hommes et des Dieux
posté par Professor Ludovico

Pour une fois, on ne va pas faire vraiment la critique d’un film, mais plutôt celle de son succès, démesuré. Comme un peu Woody Allen, à qui on ne refuse pas le droit de faire des films, mais dont la Allenmania critique et populaire nous rend un peu sceptique.

Le film, parlons-en vite fait : des moines perdus dans la montagne algérienne, mais intégrés depuis toujours à la vie de leur village, voient la guerre chaque jour se rapprocher. D’un côté, le GIA a la mauvaise manie de trancher la gorge à tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux ; en face, l’armée algérienne, brutale et corrompue, qui use de toutes les ficelles pour se maintenir au pouvoir. Dilemme : rester ou partir ? C’est, parait-il le sujet du film. En deux mots, on s’ennuie ferme. Ça pourrait s’arrêter là, si le film n’avait pas connu le succès que l’on sait.

Car le film de Xavier Beauvois, bon, ben, voila, c’est un film… Ni plus, ni moins. Des beaux paysages (pas génialement filmés), des acteurs sous-employés, et des dialogues ras les pâquerettes…

Pourquoi ça marche, alors? D’abord sûrement part ce côté téléfilm, facile d’accès, « Tiberhine pour les Nuls ». Ensuite parce que le film ne prend pas partie (en apparence, voir ci-dessous)… Et ça, les français aiment bien : les journalistes objectifs, les politiciens plutôt au centre (même s’ils ne votent jamais pour eux), et donc les films bayroutistes, « au miyeu »… Ben oui, mais l’art c’est pas ça. Dieu (et le cinéma) vomit les tièdes, comme dirait l’autre…

Donc on ne saura rien des défauts de ces gentils moines, de leur passé, de leurs motivations monacales, et donc on se fiche un peu qu’on leur tranche la tête.

Quand aux ennemis, les barbus qui font peur mais qui respectent le petit Jésus, ou les militaires méchants qui ne respectent même pas leurs ennemis, vous voyez bien ce que j’en pense… le problème, c’est tout simplement que Xavier Beauvois, c’est quelqu’un qui n’a pas confiance dans le cinéma. Quand un personnage a peur, il ne sait pas filmer ça. Il lui écrit une ligne de dialogue « J’ai peur ». Si un type est méchant, il le filme en colère. Il ne sait pas qu’un plan, une grimace, un montage particulier pourrait rendre le même service, plus subtilement.

Alors, ce succès ? Dans une France qui se vante à chaque coin de rue qui se vante d’être anticlérical et athée (mais qui entretient la moindre chapelle de village), dans un pays qui se moque de l’Amérique bigote d’Armageddon, on a du mal à comprendre. Car volontairement ou non, Des Hommes et des Dieux est un film de propagande. Ou, pour le dire plus gentiment, une belle image d’Epinal. Les français aiment les images d’Epinal, et les américains aussi.

Dans la collection Catholicisme, il y avait déjà du choix « Inquisition« , « Croisades« , « Méchant Pape contre Gentils Cathares« , il y a ici « Le Bon Curé« . Le type doux, aimant son prochain, gentils avec les pauvres algériens, qui soignent et qui nourrissent : les médicaments, et le miel.

Que ce soit bien clair : je ne doute pas une seule seconde que cela corresponde aux véritables Moines de Tiberhine.

Mais disons que le film de Beauvois fait sonner une corde sensible, celle de notre mission civilisatrice en Algérie (critiquée d’ailleurs par un demi-méchant du film). Et voilà notre rêve d’Algérie, terminé pourtant depuis cinquante ans, qui resurgit : les blancs amenant médecine, agriculture, tolérance. Vivant parmi les arabes qui les aiment et les respectent. Et en face, les mêmes clichés, vivaces : depuis qu’on est partis, qu’ont-ils fait de ce merveilleux pays que nous avions aménagé, irrigué, cultivé ? Des barbus terrifiants, et le pouvoir algérien issu du FLN.

Encore une fois, rien n’est faux là-dedans. Mais il fallait pour Xavier Beauvois adopter la forme du documentaire, ou bien accepter la fiction, et s’y plonger, complètement.




samedi 16 juillet 2011


Comme les 5 Doigts de la Main
posté par Professor Ludovico

Scénario à tiroirs, polar mâtiné de tragédie familiale, humour et action, le tout porté par une mise en scène millimétrée et cinq comédiens incandescents au sommet de leur Art : et si Comme les 5 Doigts de la Main était le meilleur film français de l’année ?

Naan, j’déconne…

J’aime bien Arcady, qui a fait de bons films (Le Grand Pardon, L’Union Sacrée), j’aime bien Bruel, à qui il arrive d’être excellent (PROFS, Toutes Peines Confondues, Profil Bas, Le Code a Changé), mais là, c’est pas possible !

Comme les 5 Doigts de la Main ne fait que rêver de la chronique ci-dessus. Cette chronique, c’est le film qu’il voudrait être au plus profond de lui-même, mais le film d’Arcady n’est qu’un vilain petit nanar.

Le pitch déjà, vaut son pesant de houmous : quatre frères fêtent Kippour à Paris avec maman (Françoise Fabian, formidable en mère juive qui s’évanouit toutes les trente secondes, parce que le couscous est trop sec, ou parce que son fils a une balle dans le bide) ; en parallèle, un cinquième et mystérieux personnage est en cavale à Marseille, avec un sac de sports sur le dos, un sac rempli de billets.

On portera au crédit de Comme les 5 Doigts de la Main cette première demi-heure, qui amène l’histoire et les personnages par touches impressionnistes ; c’est bien fait, on veut en savoir plus.

C’est après que ça se gâte, parce que les personnages sont caricaturaux, injouables, et donc mal joués. Jugez plutôt : Dan Hayoun (Patrick Bruel) est le bon fils qui a réussi, avec son restaurant italien de luxe. Mais c’est aussi… un ancien sniper… Hmm… Hmmm… C’est aussi un mari terriblement jaloux, qui arrange les coups avec son petit sourire en coin, copyright Patriiiiiick!!! 1989.

Jonathan Hayoun (Pascal Elbé), est pharmacien, c’est l’extrémiste religieux de la famille. Il se balade jamais sans kippa, il a même des rechanges dans sa poche (sic).

Julien Hayoun (Éric Caravaca) est le petit dernier, il a pas réussi, il est prof (resic), dans un lycée de banlieue (reresic) plein d’arabes (rereresic).

Quant à Michael (Mathieu Delarive), cherry on the cheesecake, c’est le flambeur de la bande : il joue… kolossal ironie, au poker ! dans un cercle de jeu sponsorisée par Winamax* (sic au carré)… Et le personnage de Patrick Bruel l’enjoint… à jouer moins… (sic x 10 puissance 56)

Je vous passe l’heure qui suit : en gros, ça tourne à un bon Chuck Norris : « Cette fois-ci, c’est personnel !!! ». On découvre que le cinquième personnage n’est autre que David Hayoun (Vincent Elbaz, décidément pas fait pour la tragédie), le Hayoun qui a vraiment mal tourné : braqueur, il a balancé un gangster gitan qui est désormais à sa poursuite, vu qu’il est parti avec le butin. La boulette !

Bruel et ses frangins affronteront donc le gang de gitans (séquence culte avec pharmacien hassidim, M-16 à la main), on révélera que le frangin en cavale avait un bon fond, un secret familial sera révélé, et la famille enfin réunie dans les calanques, façon Château de Ma Mère vs Citizen Kane

Car à l’image du Rosebud final, le film d’Arcady ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît. Arcady a toujours été comme ça, plongé dans sa fascination du cinéma US, à vouloir faire son Parrain, ou son Arme Fatale. Mais ici, c’est Miss Catastrophe que tu fais, mon petit Alexandre : vannes foireuses, et humour juif au milieu d’une scène dramatique (Bruel qui lance à Elbaz en sang, une balle dans le bide : « Et tu oses nous faire ça le jour de kippour ?

On passera, parce qu’on est gentil, sur les sous-entendus racistes du film (les arabes sont bonniches, élèves de banlieue, flics, ou barbus islamistes, mais bon on peut s’entendre, parce que ça nous rappelle l’Algérie, hein !) Par contre, les gitans, ça rigole pas : ce sont des gangsters sanguinaires, sadiques et déloyaux.

Moment culte du film, façon Les Nuls-Hassan Cehef : Bruel et les frangins vont acheter des armes dans une cité. Le trafic d’armes est évidemment tenu par des islamistes (ils sont barbus, et vêtus de blanc (la tenue de camouflage habituelle d’Al-Qaeda). Bruel commence à faire son marché. A chaque fois que les Hayoun achètent une kalachnikov, on croirait entendre le vendeur, fanatique mais serviable, lui répond « C’est possible ! »

Vous l’aurez compris, il ne faut rater sous aucun prétexte Comme les 5 Doigts de la Main. Le film est parfait pour une soirée DVD, à déguster entre amis, avec une bonne bière et des pizzas et, superbonus ! En version française !!

Allez, une petite dernière pour la route ? « Si 6 milliards de gens ont pas réussi à retrouver Ben Laden, je vois pas comment trois flics pourraient retrouver David Ayoun !! »

NB Spéciale dédicace à Michel Vaillant qui nous avait chaudement recommandé Comme les 5 Doigts de la Main (au troisième degré) lors d’une AG CineFast.

*Pour ceux qui ne s’intéressent pas Texas Hold Em, Winamax est le plus gros site de poker français et appartient notamment à Patrick Bruel




lundi 11 juillet 2011


Girlfriend experience
posté par Professor Ludovico

William Burroughs, inventant le cut-up, voulait faire effectuer à la littérature un « bond en avant narratif identique à celui du cinéma ». Coupant littéralement des journaux en quatre, puis réservant le même traitement à des pièces de Shakespeaere, les collant ensuite aléatoirement bord à bord, ce qui peut donner des phrases du type « être ou ne pas être suivi par les recommandations de l’autorité de régulation, Orioles battent quelque chose de pourri au royaume du Danemark »…., recopiant ensuite le tout, recoupant jusqu’à trouver – finalement – la perle rare : « festin nu », « heavy metal », « blade runner », voilà quelques trouvailles du vieux Bill.

Si Burroughs a eut une influence considérable, on ne peut pas dire que la méthode du cut up se soit imposée. Mais son influence est là, souterraine, comme on peut l’imaginer dans Girlfriend Experience, un film de Soderbergh de 2009, où l’on suit par petits morceaux la vie d’une escort girl new yorkaise (l’ex pornstar Sasha Grey, magnifique) et un prof de gym (Chris Santos).

Une girlfriend experience, c’est quoi ? C’est à ces petites choses que l’on voit l’utilité de Wikipedia : c’est quand une escort girl accepte de faire plus que la petite prestation habituelle, c’est à dire qu’elle ne pose pas de limite de temps, et qu’elle s’implique émotionnellement, acceptant, notamment, d’être embrassée…

Girlfriend Experience, le film, c’est l’incarnation de l’adage Hollywoodien : « One for them, One for me » ; j’accepte de me prostituer sur vos gros blockbusters, si vous me laissez faire un film d’auteur. Un truc où Soderbergh est passé maître : Hors d’atteinte ramène plein de thunes, laissez-moi faire L’Anglais, avec Erin Brockovitch laissez-moi faire Traffic, et avec Ocean Eleven, je ferais Full Frontal, ou Solaris.

Tourné pour seulement 1,3M$, avec ces nouvelles caméras Red One (dont il faudra qu’on parle un de ces jours), Girlfriend Experience fait parler de ces films expérimentaux, mais très léchés, qui rendent Soderbergh éminemment sympathique. Voilà un gars qui ne réussit pas tout, mais au moins qui essaie.

Ici, nous sommes dans le vague : quel est le message, sinon le désarroi urbain ? Tourne en pleine élection d’Obama, on suit tour à tour l’escort et son copain prof de gym, et les relier l’un à l’autre prend déjà un certain temps… S’ensuit un vague message sur la marchandisation du monde, du corps des hommes et des femmes, mais ça reste superficiel, vu la technique cut up de l’ensemble.

Mais on s’attarde avec plaisir sur ces visages parfaits, filmés dans de beaux appartements, de luxueux restaurants, qui ânonnent néanmoins des conversations banales et inintéressantes… ce qui en dit plus sur l’Amérique d’aujourd’hui que pléthore de films… Soderbergh prouve qu’on peut raconter une histoire en l’explosant en bouts minuscules…

On y retrouve aussi les préoccupations de Soderbergh, depuis le premier jour, c’est à dire le Sexe, les mensonges et la vidéo. Sacha n’est que la énième itération des frustrations sexuelles de Soderbergh, et on peut se demander si le marchand de bagels de la scène finale, qui a tant besoin d’être embrassé, n’est pas le réalisateur lui-même…




lundi 4 juillet 2011


When You’re Strange
posté par Professor Ludovico

Je ne sais plus comment ça a commencé, mais je pense que c’est à la sortie d’une projection d’Apocalypse Now dans le Quartier Latin, vers 85-86, que je me suis intéressé pour la première fois aux Doors. Je voulais savoir qui signait ce magnifique Intro/Outro de l’opéra coppolien. A cette époque, le Professore faisait la plonge* dans un restaurant du XVIIème arrondissement de Paris, et le fils de la cuisinière lui enregistra gentiment sur cassette** The Doors et Strange Days, les deux premiers albums du groupe californien.

Choc terrible : subtilité des textes, envoûtement de la musique, rien ne sonnait comme les Doors. J’avalais ensuite goulûment Personne Ne Sortira d’Ici Vivant, la magnifique bio de Jerry Hopkins et Daniel Sugerman,et puis vint, en 1991, l’odieux biopic de Oliver Stone, The Doors*** qui propulsa, sur la base de son film-compile, les copains de Jim sur NRJ en boucle sur NRJ. En bon intello snobinard, le Professore arrêta les Doors.

Hasard du calendrier****, je me rattrape hier (car je l’avais raté en salles), le docu de Tom DiCillo. DiCillo, c’est le magnifique réalisateur de Ca Tourne à Manhattan, et de Box of Moonlight, un peu perdu de vue dans ses films récents (Une vraie Blonde, Delirious). On ne le savait pas fan des Doors, on le découvre.

Sur la seule base de documents filmés (il y en a plein), en ajoutant simplement la musique et en sous-titrant les paroles, DiCillo fait sens. Il raconte basiquement l’histoire des Doors, comme n’importe quel docu, mais montre ce qu’on peut faire quand on a quelques idées et qu’on s’intéresse un peu au montage (qui, rappelons-le, n’est pas ce qui coûte le plus cher dans un film).

Le doc est donc magnifique, passionnant, sans apporter pour autant aucun scoop, et sans donner dans aucune théorie conspirationniste (dans une histoire qui n’en manque pourtant pas)…

Bref, que vous aimiez ou pas cette musique, ruez vous : il vient de ressortir en salle pour l’été. Et comme chacun sait, summer’s almost gone…

* Eh oui, comme tout acteur Hollywood de son calibre, le Professore a commencé en faisant la plonge
** Il n’y avait pas de piratage à l’époque, on respectait trop les artistes : on copiait juste leurs albums
*** Une nouvelle preuve de la malédiction des biopic, et encore plus des biopic rock : impossible d’ajouter de la légende à la légende.
**** Hasard du calendrier, car c’était hier le 40ème anniversaire de la mort de Morrison à Paris, dûment célébré au Père Lachaise comme il se doit.




lundi 13 juin 2011


Valhalla Rising (Le Guerrier Silencieux)
posté par Professor Ludovico

Malgré le Théorème de Rabillon, on ne peut pas tout voir. Pour preuve, Valhalla Rising. Un film qui a tout pour plaire au CineFaster : une histoire de vikings pré-chrétiens, une réputation sulfureuse (et inédite) de gore réaliste, une hype insensée de film d’esthète : Conan The Barbarian meets 2001.

Mais voilà, pas le temps, pas l’énergie, pas les copains pour y aller. Quand ça passe sur Canal, on stocke et on regarde.

On classera Valhalla Rising dans une petite boîte très pratique : les films courts. En 1h30, le guerrier silencieux s’arrête pile où il faut, parce que plus loin, ça pourrait gaver. Pas de dialogue, des images sublimes, mais hiératiques, une musique noisy parfaite mais forcément répétitive : le génie de Valhalla Rising est de s’arrêter à temps.

Porté de bout en bout par le mutique Mads Mikkelsen – le premier méchant de la nouvelle série des James Bond – Valhalla Rising déroule son programme : paysages splendides, violences chrétiennes contre violences païennes, réalisme sordide, à l’exact opposé des bons sauvages sauce Malick.

Valhalla Rising a tout pour plaire.




lundi 9 mai 2011


Le Jour le Plus Long
posté par Professor Ludovico

Enfant, j’ai trois souvenirs de cinéma : le premier, c’est Les Aventures de Bernard et Bianca, en salle – à Paris ! – avec mon parrain et ma marraine. Ensuite c’est Cléopâtre, à la télé, alors que j’étais censé être couché. Et ensuite, c’est les films de guerre, avec papa, au cinéma de Dourdan.

Probablement qu’il ne se forçait pas trop pour y aller, mais il n’en demeure pas moins qu’il m’a emmené en voir beaucoup : Le Pont de la Rivière Kwai, Les Canons de Navaronne, et Le Jour le Plus Long. C’est à mon tour, maintenant, de montrer le film de Daryl Zanuck, au Professorino. Je ne me force pas trop non plus.

Avouons-le, Le Jour le Plus Long est un film nul. Ce qui passe dans le livre (une suite d’anecdotes tour à tour croustillantes ou émouvantes) ne passe pas du tout en film. Pas de début, pas d’enjeux, pas de fin. Juste un défilé insupportable de cabotinages anglo-américano-franco-allemands.

Et surtout, une belle dose de propagande yankee.

Dans le film, les allemands sont bêtes, disciplinés, et antinazis évidemment (Guerre Froide oblige, il faut se réconcilier avec l’ennemi d’hier, qui gardent maintenant le Rideau de Fer). Les allemands n’ont pas prévu le débarquement, les allemands sont mal organisés, les allemands ne veulent pas réveiller le Führer.

Rien n’est moins vrai, bien sûr. On sait aujourd’hui que les allemands se doutaient d’un possible débarquement en Normandie, mais qu’ils n’y ont pas cru le 6 juin, et que leur objectif principal était de rejeter les alliés à la mer, ce qu’ils ont failli faire. Car contrairement à la légende propagée par les films américains des années 60, les allemands se sont battus avec courage et acharnement. Pendant tout le mois de juin dans le bocage, ils ont infligé de lourdes pertes aux anglais et aux américains, et désorganisant gravement le ravitaillement allié.

Ça, évidemment, Le Jour le Plus Long n’en parle pas, tant il se concentre sur l’enfilage de perles, c’est à dire les actions héroïques isolées. Ainsi les français (Bourvil, Jean-Louis Barrault, George Wilson) sont résistants et concons, les anglais, courageux mais un peu coincés, les écossais têtes brûlées, les portugais sont gais, les espagnols sont gnols…. et les américains… courageux et cools. On mâche du chewing gum, on balance des vannes (John Wayne, Mitchum), et surtout : on n’attache pas son casque !! Sommet de la coolitude ! Si j’ai appris quelque chose dans les cinquante semaines que j’ai passé dans cette vénérable institution qu’est l’armée francaise, c’est qu’on attache son PUTTTTAAIN de casque !

Moralité, le gratin d’Hollywood passe trois heures à mettre son casque, enlever son casque, ramasser son casque, remettre son casque… Rires garantis…

Passez donc votre chemin, même si, comme moi, la nostalgie vous y a poussé.




dimanche 8 mai 2011


Zack et Miri Tournent un Porno
posté par Professor Ludovico

Avec Zack et Miri Tournent un Porno, c’est encore l’occasion pour le CineFaster de s’interroger sur les mystères de la psyché américaine. Encore plus ici, apparaît le paradoxe entre hypersexualité et puritanisme, le duo infernal qui semble irriguer le cinéma américain et, partant, la société US. Ce n’est pas un scoop de dire que si la violence est omniprésente dans le cinéma US, à un niveau quasi pornographique, le sexe y est cruellement absent. (Voir ci-dessus, chronique à venir)

Pitchons Zack et Miri Tournent un Porno : deux colocs : un canon laser, Miri (Elisabeth Banks), et un gros nounours, Zack (Seth Rotgen) se partagent un misérable appartement près de Pittsburgh, et tentent, en vain, de joindre les deux bouts, dans toutes les acceptations possibles. Mais évidemment, ils sont amis, et même si Zack entreprendrait bien Miri, elle ne rêve que de retrouver son amour de collège.

Deux événements vont résoudre tous leurs problèmes : 1/ lors de la Fête des Anciens, ils retrouvent l’ex amour de Miri… Qui est gay ! Pire, star du porno gay. 2/ Miri se fait filmer en petite culotte, à son insu, par deux ados. La vidéo fait évidemment le tour du Net. Aussitôt dit, aussitôt fait, profitons de cette nouvelle et involontaire célébrité, tournons nous aussi un film de fesses pour payer les factures ! Mais est-ce si facile de s’exposer, surtout qu’évidemment, ces deux-la s’aiment, et vont le découvrir ?

Jusque là, le film est une friandise : Kevin Smith est à son meilleur, dans la description chaleureuse de ses losers de la cote Est, une misère américaine qu’il connaît et décrit si bien, à la Springsteen. Smith sait écrire des dialogues réalistes et saignants, graveleux et drôles, il dépasse tout le monde dans ces cas-là. Il sait aussi être subtil quand il le faut. Une sorte de John Hughes pour adulte.

Mais les valeurs américaines, telles la gravitation universelle, le rattrape pile à ce rte apogée, et le film ne fera plus que descendre la pente. Effaré devant tant d’audace, (frontal nudity et F Word), Smith recule. Zack et Miri Tournent un Porno devient alors gnangnan. Si on s’aime, on fait l’amour : rien à voir avec le sexe, donc. Le film devient sage comme ses héros et donc très ennuyeux. Il reste quand même de beaux moments et de belles performances d’acteurs, et Banks comme Rotgen ont de beaux jours devant eux.

Kevin Smith, quant à lui, reste un talent incroyablement gâché : depuis le formidable Clerks, découvert grâce aux Weinstein Brothers (producteurs fidèles, jusqu’à ce Zack et Miri Tournent un Porno), le Jersey Boy n’a fait que gâcher son talent : Mallrats, Silent Bob Strike Back, Jersey Girl, ahurissant mélo avec Jennifer Lopez et Ben Affleck. Seules subsistent quelques scènes de Dogma et un diamant noir : Méprise Multiple, sur les amours contrarié d’un dessinateur de comics (Ben Affleck) et son équivalent lesbien (la merveilleuse Joey Lauren Adams). Chasing Amy, en toute logique, n’est disponible qu’en téléchargement illégal.




mercredi 4 mai 2011


Grease
posté par Professor Ludovico

Le croirez-vous ? Je n’ai pas vu Grease à sa sortie ! Trop occupé à découvrir le jeu de rôle, Star Trek et Stanley Kubrick, je n’avais pas une minute à moi en 1978. Et j’ai comblé cette terrible lacune hier soir. Sentence du Professorino : « Ça a pas l’air de te plaire, Papa ! »

Tu m’étonne John ! Voir des acteurs vulgaires chanter du pseudo rock fifties alors que sur mon disque dur m’attend Zack et Miri tournent un Porno, il y a de quoi rager.

Rien à garder dans ce navet dont on a du mal à imaginer qu’il fut un véritable phénomène générationnel, le disque tournant en boucle dans les boums.

Ce qui devrait mettre un peu d’humilité à ceux qui croient dur comme fer qu’Avatar sera toujours aussi génial dans vingt ans.

Patience.




lundi 11 avril 2011


La Vida Loca
posté par Professor Ludovico

Intéressant documentaire, devenu célèbre par la mort de son réalisateur, Christian Poveda, pour s’être trop approché de ce qu’il filmait… La Vida Loca montre le quotidien de membres de la Mara 18, un gang salvadorien des favelas de San Salavador.

Sans commentaire, au propre comme au figuré, La Vida Loca nous colle simplement sous les yeux la vie terrifiante de ces hommes et de ces femmes, entrant dans le gang à 10 ans, parents à 16, et tués à 18, pour simplement sauver l’honneur du clan.

A voir, sans pouvoir comprendre. Si ce n’est ce terrifiant besoin de l’humanité d’appartenir à quelque chose de plus grand que soi…




jeudi 7 avril 2011


Le Parrain, I et II
posté par Professor Ludovico

On poursuit l’éducation de la Professorinette, avec le visionnage obligatoire des Parrains, les seuls vrais chefs d’œuvres de Coppola (la Professorinette n’est pas prête pour les hélicos, Wagner et les Rolling Stones, bref pour Apocalypse Now!)

Le Parrain, donc.

La première info, c’est que contrairement à Apocalypse Now, Le Parrain I et II ne sont pas des films parfaits. Certaines scènes sont ridicules (le logeur trouillard dans le segment de Niro du Parrain II), d’autres incompréhensibles (le complot d’Hyman Roth), certains acteurs sont même carrément mauvais (James Caan surjouant Sonny).

Ceci dit, Les Parrains restent des chefs d’œuvres minéraux, des blocs, mais aussi des bornes de l’histoire du cinéma.

Le Parrain, c’est le parangon du succès Nouvel Hollywood : des films intelligents, mais à grand spectacle et ayant rapporté de l’argent. C’est aussi les premiers films de ce calibre avec des italo-americains dans des premiers rôles : une première qu’il a fallu – bizarrement – imposer ! Des films aussi d’une beauté formelle ahurissante, dans la déco, la prise de vue, les jeux d’ombres et de lumières.

Après, on glosera à l’envi sur l’enflure opératique des films, magnifiant ces empereurs du crime, transformés sous la plume Mario Puzo, et sous l’œil de Francis Ford Coppola, en Richard III modernes. Mais c’est oublier que si l’on peut regarder les Parrains avec distance, c’est que depuis, un travail de déconstruction a eu lieu : d’autres italo-américains, Scorcese (Mean Streets, Les Affranchis, Casino) ou David Chase (Les Sopranos) ont défait ce mythe de la Mafia, en montrant l’envers du décor, et en s’attachant à mettre en scène la vilenie des ouvriers du crime, plutôt que d’en glorifier les grands barons.

Dans le Parrain, on s’attarde finalement plus à une version alternative de l’histoire de des Etats Unis, bâtis sur le crime et la corruption (pour reprendre la fameuse chanson de U2, The Hands That Built America, en conclusion de Gangs of New York).
De l’arrivée des immigrants italiens à la Loge PII, en passant par la fondation de Las Vegas, les Parrains I, II et III nous racontent cette autre histoire de l’Amérique. Comme il est dit d’entrée de jeu : « I believe in America »… C’est ce que montre Coppola, et on ne se lasse pas de contempler ce spectacle.




mai 2026
L M M J V S D
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031