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Commentaires et/ou Conseils d’achat de DVD – Peut dégénérer en étude de fond d’un auteur



lundi 11 juillet 2011


Girlfriend experience
posté par Professor Ludovico

William Burroughs, inventant le cut-up, voulait faire effectuer à la littérature un « bond en avant narratif identique à celui du cinéma ». Coupant littéralement des journaux en quatre, puis réservant le même traitement à des pièces de Shakespeaere, les collant ensuite aléatoirement bord à bord, ce qui peut donner des phrases du type « être ou ne pas être suivi par les recommandations de l’autorité de régulation, Orioles battent quelque chose de pourri au royaume du Danemark »…., recopiant ensuite le tout, recoupant jusqu’à trouver – finalement – la perle rare : « festin nu », « heavy metal », « blade runner », voilà quelques trouvailles du vieux Bill.

Si Burroughs a eut une influence considérable, on ne peut pas dire que la méthode du cut up se soit imposée. Mais son influence est là, souterraine, comme on peut l’imaginer dans Girlfriend Experience, un film de Soderbergh de 2009, où l’on suit par petits morceaux la vie d’une escort girl new yorkaise (l’ex pornstar Sasha Grey, magnifique) et un prof de gym (Chris Santos).

Une girlfriend experience, c’est quoi ? C’est à ces petites choses que l’on voit l’utilité de Wikipedia : c’est quand une escort girl accepte de faire plus que la petite prestation habituelle, c’est à dire qu’elle ne pose pas de limite de temps, et qu’elle s’implique émotionnellement, acceptant, notamment, d’être embrassée…

Girlfriend Experience, le film, c’est l’incarnation de l’adage Hollywoodien : « One for them, One for me » ; j’accepte de me prostituer sur vos gros blockbusters, si vous me laissez faire un film d’auteur. Un truc où Soderbergh est passé maître : Hors d’atteinte ramène plein de thunes, laissez-moi faire L’Anglais, avec Erin Brockovitch laissez-moi faire Traffic, et avec Ocean Eleven, je ferais Full Frontal, ou Solaris.

Tourné pour seulement 1,3M$, avec ces nouvelles caméras Red One (dont il faudra qu’on parle un de ces jours), Girlfriend Experience fait parler de ces films expérimentaux, mais très léchés, qui rendent Soderbergh éminemment sympathique. Voilà un gars qui ne réussit pas tout, mais au moins qui essaie.

Ici, nous sommes dans le vague : quel est le message, sinon le désarroi urbain ? Tourne en pleine élection d’Obama, on suit tour à tour l’escort et son copain prof de gym, et les relier l’un à l’autre prend déjà un certain temps… S’ensuit un vague message sur la marchandisation du monde, du corps des hommes et des femmes, mais ça reste superficiel, vu la technique cut up de l’ensemble.

Mais on s’attarde avec plaisir sur ces visages parfaits, filmés dans de beaux appartements, de luxueux restaurants, qui ânonnent néanmoins des conversations banales et inintéressantes… ce qui en dit plus sur l’Amérique d’aujourd’hui que pléthore de films… Soderbergh prouve qu’on peut raconter une histoire en l’explosant en bouts minuscules…

On y retrouve aussi les préoccupations de Soderbergh, depuis le premier jour, c’est à dire le Sexe, les mensonges et la vidéo. Sacha n’est que la énième itération des frustrations sexuelles de Soderbergh, et on peut se demander si le marchand de bagels de la scène finale, qui a tant besoin d’être embrassé, n’est pas le réalisateur lui-même…




lundi 4 juillet 2011


When You’re Strange
posté par Professor Ludovico

Je ne sais plus comment ça a commencé, mais je pense que c’est à la sortie d’une projection d’Apocalypse Now dans le Quartier Latin, vers 85-86, que je me suis intéressé pour la première fois aux Doors. Je voulais savoir qui signait ce magnifique Intro/Outro de l’opéra coppolien. A cette époque, le Professore faisait la plonge* dans un restaurant du XVIIème arrondissement de Paris, et le fils de la cuisinière lui enregistra gentiment sur cassette** The Doors et Strange Days, les deux premiers albums du groupe californien.

Choc terrible : subtilité des textes, envoûtement de la musique, rien ne sonnait comme les Doors. J’avalais ensuite goulûment Personne Ne Sortira d’Ici Vivant, la magnifique bio de Jerry Hopkins et Daniel Sugerman,et puis vint, en 1991, l’odieux biopic de Oliver Stone, The Doors*** qui propulsa, sur la base de son film-compile, les copains de Jim sur NRJ en boucle sur NRJ. En bon intello snobinard, le Professore arrêta les Doors.

Hasard du calendrier****, je me rattrape hier (car je l’avais raté en salles), le docu de Tom DiCillo. DiCillo, c’est le magnifique réalisateur de Ca Tourne à Manhattan, et de Box of Moonlight, un peu perdu de vue dans ses films récents (Une vraie Blonde, Delirious). On ne le savait pas fan des Doors, on le découvre.

Sur la seule base de documents filmés (il y en a plein), en ajoutant simplement la musique et en sous-titrant les paroles, DiCillo fait sens. Il raconte basiquement l’histoire des Doors, comme n’importe quel docu, mais montre ce qu’on peut faire quand on a quelques idées et qu’on s’intéresse un peu au montage (qui, rappelons-le, n’est pas ce qui coûte le plus cher dans un film).

Le doc est donc magnifique, passionnant, sans apporter pour autant aucun scoop, et sans donner dans aucune théorie conspirationniste (dans une histoire qui n’en manque pourtant pas)…

Bref, que vous aimiez ou pas cette musique, ruez vous : il vient de ressortir en salle pour l’été. Et comme chacun sait, summer’s almost gone…

* Eh oui, comme tout acteur Hollywood de son calibre, le Professore a commencé en faisant la plonge
** Il n’y avait pas de piratage à l’époque, on respectait trop les artistes : on copiait juste leurs albums
*** Une nouvelle preuve de la malédiction des biopic, et encore plus des biopic rock : impossible d’ajouter de la légende à la légende.
**** Hasard du calendrier, car c’était hier le 40ème anniversaire de la mort de Morrison à Paris, dûment célébré au Père Lachaise comme il se doit.




lundi 13 juin 2011


Valhalla Rising (Le Guerrier Silencieux)
posté par Professor Ludovico

Malgré le Théorème de Rabillon, on ne peut pas tout voir. Pour preuve, Valhalla Rising. Un film qui a tout pour plaire au CineFaster : une histoire de vikings pré-chrétiens, une réputation sulfureuse (et inédite) de gore réaliste, une hype insensée de film d’esthète : Conan The Barbarian meets 2001.

Mais voilà, pas le temps, pas l’énergie, pas les copains pour y aller. Quand ça passe sur Canal, on stocke et on regarde.

On classera Valhalla Rising dans une petite boîte très pratique : les films courts. En 1h30, le guerrier silencieux s’arrête pile où il faut, parce que plus loin, ça pourrait gaver. Pas de dialogue, des images sublimes, mais hiératiques, une musique noisy parfaite mais forcément répétitive : le génie de Valhalla Rising est de s’arrêter à temps.

Porté de bout en bout par le mutique Mads Mikkelsen – le premier méchant de la nouvelle série des James Bond – Valhalla Rising déroule son programme : paysages splendides, violences chrétiennes contre violences païennes, réalisme sordide, à l’exact opposé des bons sauvages sauce Malick.

Valhalla Rising a tout pour plaire.




lundi 9 mai 2011


Le Jour le Plus Long
posté par Professor Ludovico

Enfant, j’ai trois souvenirs de cinéma : le premier, c’est Les Aventures de Bernard et Bianca, en salle – à Paris ! – avec mon parrain et ma marraine. Ensuite c’est Cléopâtre, à la télé, alors que j’étais censé être couché. Et ensuite, c’est les films de guerre, avec papa, au cinéma de Dourdan.

Probablement qu’il ne se forçait pas trop pour y aller, mais il n’en demeure pas moins qu’il m’a emmené en voir beaucoup : Le Pont de la Rivière Kwai, Les Canons de Navaronne, et Le Jour le Plus Long. C’est à mon tour, maintenant, de montrer le film de Daryl Zanuck, au Professorino. Je ne me force pas trop non plus.

Avouons-le, Le Jour le Plus Long est un film nul. Ce qui passe dans le livre (une suite d’anecdotes tour à tour croustillantes ou émouvantes) ne passe pas du tout en film. Pas de début, pas d’enjeux, pas de fin. Juste un défilé insupportable de cabotinages anglo-américano-franco-allemands.

Et surtout, une belle dose de propagande yankee.

Dans le film, les allemands sont bêtes, disciplinés, et antinazis évidemment (Guerre Froide oblige, il faut se réconcilier avec l’ennemi d’hier, qui gardent maintenant le Rideau de Fer). Les allemands n’ont pas prévu le débarquement, les allemands sont mal organisés, les allemands ne veulent pas réveiller le Führer.

Rien n’est moins vrai, bien sûr. On sait aujourd’hui que les allemands se doutaient d’un possible débarquement en Normandie, mais qu’ils n’y ont pas cru le 6 juin, et que leur objectif principal était de rejeter les alliés à la mer, ce qu’ils ont failli faire. Car contrairement à la légende propagée par les films américains des années 60, les allemands se sont battus avec courage et acharnement. Pendant tout le mois de juin dans le bocage, ils ont infligé de lourdes pertes aux anglais et aux américains, et désorganisant gravement le ravitaillement allié.

Ça, évidemment, Le Jour le Plus Long n’en parle pas, tant il se concentre sur l’enfilage de perles, c’est à dire les actions héroïques isolées. Ainsi les français (Bourvil, Jean-Louis Barrault, George Wilson) sont résistants et concons, les anglais, courageux mais un peu coincés, les écossais têtes brûlées, les portugais sont gais, les espagnols sont gnols…. et les américains… courageux et cools. On mâche du chewing gum, on balance des vannes (John Wayne, Mitchum), et surtout : on n’attache pas son casque !! Sommet de la coolitude ! Si j’ai appris quelque chose dans les cinquante semaines que j’ai passé dans cette vénérable institution qu’est l’armée francaise, c’est qu’on attache son PUTTTTAAIN de casque !

Moralité, le gratin d’Hollywood passe trois heures à mettre son casque, enlever son casque, ramasser son casque, remettre son casque… Rires garantis…

Passez donc votre chemin, même si, comme moi, la nostalgie vous y a poussé.




dimanche 8 mai 2011


Zack et Miri Tournent un Porno
posté par Professor Ludovico

Avec Zack et Miri Tournent un Porno, c’est encore l’occasion pour le CineFaster de s’interroger sur les mystères de la psyché américaine. Encore plus ici, apparaît le paradoxe entre hypersexualité et puritanisme, le duo infernal qui semble irriguer le cinéma américain et, partant, la société US. Ce n’est pas un scoop de dire que si la violence est omniprésente dans le cinéma US, à un niveau quasi pornographique, le sexe y est cruellement absent. (Voir ci-dessus, chronique à venir)

Pitchons Zack et Miri Tournent un Porno : deux colocs : un canon laser, Miri (Elisabeth Banks), et un gros nounours, Zack (Seth Rotgen) se partagent un misérable appartement près de Pittsburgh, et tentent, en vain, de joindre les deux bouts, dans toutes les acceptations possibles. Mais évidemment, ils sont amis, et même si Zack entreprendrait bien Miri, elle ne rêve que de retrouver son amour de collège.

Deux événements vont résoudre tous leurs problèmes : 1/ lors de la Fête des Anciens, ils retrouvent l’ex amour de Miri… Qui est gay ! Pire, star du porno gay. 2/ Miri se fait filmer en petite culotte, à son insu, par deux ados. La vidéo fait évidemment le tour du Net. Aussitôt dit, aussitôt fait, profitons de cette nouvelle et involontaire célébrité, tournons nous aussi un film de fesses pour payer les factures ! Mais est-ce si facile de s’exposer, surtout qu’évidemment, ces deux-la s’aiment, et vont le découvrir ?

Jusque là, le film est une friandise : Kevin Smith est à son meilleur, dans la description chaleureuse de ses losers de la cote Est, une misère américaine qu’il connaît et décrit si bien, à la Springsteen. Smith sait écrire des dialogues réalistes et saignants, graveleux et drôles, il dépasse tout le monde dans ces cas-là. Il sait aussi être subtil quand il le faut. Une sorte de John Hughes pour adulte.

Mais les valeurs américaines, telles la gravitation universelle, le rattrape pile à ce rte apogée, et le film ne fera plus que descendre la pente. Effaré devant tant d’audace, (frontal nudity et F Word), Smith recule. Zack et Miri Tournent un Porno devient alors gnangnan. Si on s’aime, on fait l’amour : rien à voir avec le sexe, donc. Le film devient sage comme ses héros et donc très ennuyeux. Il reste quand même de beaux moments et de belles performances d’acteurs, et Banks comme Rotgen ont de beaux jours devant eux.

Kevin Smith, quant à lui, reste un talent incroyablement gâché : depuis le formidable Clerks, découvert grâce aux Weinstein Brothers (producteurs fidèles, jusqu’à ce Zack et Miri Tournent un Porno), le Jersey Boy n’a fait que gâcher son talent : Mallrats, Silent Bob Strike Back, Jersey Girl, ahurissant mélo avec Jennifer Lopez et Ben Affleck. Seules subsistent quelques scènes de Dogma et un diamant noir : Méprise Multiple, sur les amours contrarié d’un dessinateur de comics (Ben Affleck) et son équivalent lesbien (la merveilleuse Joey Lauren Adams). Chasing Amy, en toute logique, n’est disponible qu’en téléchargement illégal.




mercredi 4 mai 2011


Grease
posté par Professor Ludovico

Le croirez-vous ? Je n’ai pas vu Grease à sa sortie ! Trop occupé à découvrir le jeu de rôle, Star Trek et Stanley Kubrick, je n’avais pas une minute à moi en 1978. Et j’ai comblé cette terrible lacune hier soir. Sentence du Professorino : « Ça a pas l’air de te plaire, Papa ! »

Tu m’étonne John ! Voir des acteurs vulgaires chanter du pseudo rock fifties alors que sur mon disque dur m’attend Zack et Miri tournent un Porno, il y a de quoi rager.

Rien à garder dans ce navet dont on a du mal à imaginer qu’il fut un véritable phénomène générationnel, le disque tournant en boucle dans les boums.

Ce qui devrait mettre un peu d’humilité à ceux qui croient dur comme fer qu’Avatar sera toujours aussi génial dans vingt ans.

Patience.




lundi 11 avril 2011


La Vida Loca
posté par Professor Ludovico

Intéressant documentaire, devenu célèbre par la mort de son réalisateur, Christian Poveda, pour s’être trop approché de ce qu’il filmait… La Vida Loca montre le quotidien de membres de la Mara 18, un gang salvadorien des favelas de San Salavador.

Sans commentaire, au propre comme au figuré, La Vida Loca nous colle simplement sous les yeux la vie terrifiante de ces hommes et de ces femmes, entrant dans le gang à 10 ans, parents à 16, et tués à 18, pour simplement sauver l’honneur du clan.

A voir, sans pouvoir comprendre. Si ce n’est ce terrifiant besoin de l’humanité d’appartenir à quelque chose de plus grand que soi…




jeudi 7 avril 2011


Le Parrain, I et II
posté par Professor Ludovico

On poursuit l’éducation de la Professorinette, avec le visionnage obligatoire des Parrains, les seuls vrais chefs d’œuvres de Coppola (la Professorinette n’est pas prête pour les hélicos, Wagner et les Rolling Stones, bref pour Apocalypse Now!)

Le Parrain, donc.

La première info, c’est que contrairement à Apocalypse Now, Le Parrain I et II ne sont pas des films parfaits. Certaines scènes sont ridicules (le logeur trouillard dans le segment de Niro du Parrain II), d’autres incompréhensibles (le complot d’Hyman Roth), certains acteurs sont même carrément mauvais (James Caan surjouant Sonny).

Ceci dit, Les Parrains restent des chefs d’œuvres minéraux, des blocs, mais aussi des bornes de l’histoire du cinéma.

Le Parrain, c’est le parangon du succès Nouvel Hollywood : des films intelligents, mais à grand spectacle et ayant rapporté de l’argent. C’est aussi les premiers films de ce calibre avec des italo-americains dans des premiers rôles : une première qu’il a fallu – bizarrement – imposer ! Des films aussi d’une beauté formelle ahurissante, dans la déco, la prise de vue, les jeux d’ombres et de lumières.

Après, on glosera à l’envi sur l’enflure opératique des films, magnifiant ces empereurs du crime, transformés sous la plume Mario Puzo, et sous l’œil de Francis Ford Coppola, en Richard III modernes. Mais c’est oublier que si l’on peut regarder les Parrains avec distance, c’est que depuis, un travail de déconstruction a eu lieu : d’autres italo-américains, Scorcese (Mean Streets, Les Affranchis, Casino) ou David Chase (Les Sopranos) ont défait ce mythe de la Mafia, en montrant l’envers du décor, et en s’attachant à mettre en scène la vilenie des ouvriers du crime, plutôt que d’en glorifier les grands barons.

Dans le Parrain, on s’attarde finalement plus à une version alternative de l’histoire de des Etats Unis, bâtis sur le crime et la corruption (pour reprendre la fameuse chanson de U2, The Hands That Built America, en conclusion de Gangs of New York).
De l’arrivée des immigrants italiens à la Loge PII, en passant par la fondation de Las Vegas, les Parrains I, II et III nous racontent cette autre histoire de l’Amérique. Comme il est dit d’entrée de jeu : « I believe in America »… C’est ce que montre Coppola, et on ne se lasse pas de contempler ce spectacle.




mercredi 6 avril 2011


Les Diables de Guadalcanal
posté par Professor Ludovico

La CineFasterie, et la passion de la seconde guerre mondiale, n’apportent pas que des satisfactions : ainsi, ces Diables de Guadalcanal, réalisé par Nicholas Ray, produit par Howard Hughes (qui s’y connaissait pourtant en cinéma et en avions !), est une belle daube, une sorte de Battle LA fifties. L’argument : une bande d’aviateurs leathernecks (titre VO et argot désignant les Marines), sous la coupe de John Wayne, dur mais juste, bombardent Guadalcanal et se font abattre par les Faces de Citron. Un gentil adjoint (Robert Ryan) voudrait les ménager. Il s’opposera à John Wayne, mais à la fin, il deviendra dur mais juste aussi. Je vous passe l’intermède où John Wayne rentre trombiner madame à la maison et offrir un vrai sabre de samouraï à son fils. (ou l’inverse).

Pire, les séquences d’aviation, tournées au rabais, en studio, façon Têtes Brûlées, sont mélangées à des images super 8 d’époque.

A fuir.

Rendez-nous Papy Boyington, Teedjee et Gutterman !




mardi 29 mars 2011


Shoah
posté par Professor Ludovico

Shoah n’est pas seulement un fantastique document pour l’histoire, c’est aussi un très grand film. Deux exemples dimanche soir, dans le segment consacré à Treblinka.

Le premier, c’est une caméra cachée avec Franz Suchomel, un ancien SS du camp. Claude Lanzmann n’a rien dit de ses intentions, il est très amical, et le SS sexagénaire s’est peu à peu détendu : il raconte en détail les deniers moments des juifs de Treblinka : « les hommes, on les battait pour qu’ils entrent vite dans les chambres à gaz. Mais pas les femmes… »

Et là, Lanzmann craque. Légèrement, mais il craque. Il se départi de son intérêt poli pour se moquer, plein de sarcasme, de cette dernière phrase : « Pas les femmes ? Pourquoi tant d’humanité ? » Comme si la Grande Armée Allemande était restée galante dans l’horreur. Impavide, le SS ne se démonte pas : « Ecoutez, moi, je n’ai pas vu de femmes battues. » Avec cette simple phrase, le SS crédibilise l’intégralité de Shoah. Il ne cherche pas à se donner le beau rôle, mais raconte ce qu’il a vu. On exterminait les femmes à Treblinka, mais, inexplicablement, on ne les battait pas. C’est ce qu’il a vu, de ses propres yeux.

Ainsi, Shoah atteint son but, et bouscule toute tentative négationniste comme toute récupération romantique : le film de Lanzmann est un document brut, à prendre tel quel avec ses absurdités, comme ce « traitement de faveur » des femmes de Treblinka.

Autre moment célèbre de Shoah, quelques minutes plus tard : l’interview de Abraham Bomba, le coiffeur de Treblinka. Abe raconte, tout en coiffant un client à Tel Aviv, comment étaient organisée les chambres à gaz (corroborant au passage, mot pour mot, les déclarations précédentes du SS).

Et en particulier, il explique en détail son rôle de coiffeur, chargé de couper les cheveux des femmes envoyés ensuite en Allemagne. Dans un anglais factuel, précis et cassant, Abe s’explique : les bancs, les femmes, le timing. Lanzmann le pousse dans ses retranchements : « Et vous, vous ne m’avez pas répondu, que ressentiez-vous ? »

Devant l’obscénité de la question, Abe botte en touche, un peu méprisant : là bas, monsieur, il n’y avait plus de sentiment depuis longtemps. Et commence à raconter l’histoire, pour illustrer cette idée, d’un coiffeur qui avait reconnu sa femme et sa sœur dans la file d’attente…

Au milieu de la phrase, Abe s’arrête. Il essuie une larme qui pointe au coin de l’œil. Les minutes de silence s’enchaînent, terrifiantes.

« Arrêtez, monsieur… »

Mais au contraire, Lanzmann zoome et continue de tourner. Il reprend la parole, supplie, s’excuse. N’importe qui aurait coupé, éteint l’éclairage, négocié pour revenir le lendemain. Mais Lanzmann est un grand cinéaste : il sait que c’est maintenant ou jamais, que c’est le moment de vérité. Il s’accroche de manière indécente… et Abe repart, pour une des plus grands moments de Shoah : le coiffeur n’a rien dit à sa femme ou à sa sœur, il a tout fait, au contraire, pour qu’elles ne se doutent de rien…




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