[ A votre VOD ]

Commentaires et/ou Conseils d’achat de DVD – Peut dégénérer en étude de fond d’un auteur



mardi 11 février 2014


Beginners
posté par Professor Ludovico

« I’ve nothing much to offer
There’s nothing much to take
I’m an absolute beginner
And I’m absolutely sane
As long as were together.
»

C’est l’histoire d’un petit film pas très loin du 20/20 mais qui s’abîme dans son immaturité autoproclamée.

L’histoire est belle : Oliver, 40 ans, illustrateur brit perdu à Los Angeles (Ewan McGregor), est encore dans le deuil de son père qui vient de mourir d’un cancer. Mais surtout qui digère péniblement la révélation tardive (à 75 ans !) de son homosexualité…

Oliver noie son chagrin dans ses dessins. Mais on l’emmène à une fête où il rencontre une jeune actrice Anna (Mélanie Laurent), elle aussi un peu déprimée. On l’aura compris, Beginners est le film de trois débuts, trois façons de commencer à vivre. Pour Oliver, nouer enfin une relation stable, pour Anna se poser quelque part, et pour Hal, le père, (Christopher Plummer), vivre normalement sa sexualité pour les quelques années qui lui restent à vivre.

Mike Mills, le metteur en scène, joue habilement ces trois partitions en emmêlant le présent, le passé proche avec le père, et le passé lointain de l’enfance avec la mère. Peut-être un peu trop habilement, c’est ce qu’on pourrait lui reprocher. Superbement filmé, Beginners est parfois un peu immature dans la description des relations, notamment entre Anna et Olivier. Mélanie Laurent trouve ici enfin un rôle qui lui correspond, car c’est un rôle fait pour elle. Beginners minaude comme elle. Mais on regardera avec attention la suite du travail de monsieur Mills, car il y a du potentiel.




mardi 4 février 2014


Stars 80
posté par Professor Ludovico

C’est devenu la spécialité de Thomas Langmann ; s’asseoir sur un tas d’or et ne pas savoir qu’en faire. Après Astérix aux jeux Olympiques, voici Stars 80. Une licence en or, avec les droits des chansons mythiques des années plastique, et une tournée live qui a déjà prouvé que l’idée de réunir Femme libérée, Eve lève-toi et Voyage Voyage était en or massif… Toutes ces chansons, pour plagier Le Faucon Maltais qui plagiait Shakespeare, fait de l’étoffe de la nostalgie.

Pire, Langmann avait une bonne histoire ; une BOATS qui pouvait tenir la route, l’histoire de deux producteurs à la ramasse (Hugues Gentelet et Olivier Kaefer), qui créent la RFM Party 80, à base de chanteurs ringards interprétant uniquement leurs tubes 80’s. Vider les poubelles de l’histoire, ramasser ces one hit wonders, et en faire une tournée, au succès que l’on sait. Tout est là, en germe, pour faire un bon scénario. La success story auquel personne ne croit, le méchant banquier, le showbiz incrédule, les associés qui se prennent le melon ou les caprices des ex-stars, réels ou inventés.

C’est en fait la seule réussite de Stars 80. La vraie/fausse réconciliation de Peter et Sloane, les caprices de Jeanne Mas, et la performance hallucinante de Jean-Luc Lahaye, patron de boîte biker qui se la joue, donc pas très loin de la réalité…

Il n’y a rien de plus horrible que de voir une belle idée gâchée. A fortiori gâchée par la fainéantise et la mégalomanie de Langmann qui veut à tout prix, comme dans Asterix, signer le film, alors qu’il n’est ni cinéaste, ni scénariste. Il aurait dû se contenter de produire, ce qu’il fait plus qu’honorablement (Mesrine, The Artist). Ici, on sent à chaque plan son ombre de producteur interventionniste qui cache le scénariste frustré ou le monteur amateur : Coupe là ! C’est trop long ! Rajoute la musique ici ! Plus fort !

Malheureusement, il y a des gens dont le métier c’est d’écrire et d’autres de monter. Les dialogues de Stars 80 sont donc parfaitement plats, les gags lourdement appuyés, les situations jamais amenées. Climax : le plantage d’une des meilleures idées du film (Gilbert Montagné en révérend gospel) qui n’hésite pas à plagier plan pour plan la scène de l’église – trampoline compris – du Blues Brothers de John Landis*.

Heureusement, il reste les chansons, et leurs chanteurs. Ces quinquas, déjà ringards en 1982, usés par l’âge, les rides, la graisse, et détruits par ce show business qui élimine toute part d’humanité en vous. La grande surprise du film, c’est qu’ils sont formidables, malgré la faiblesse du scénario. Ce sont eux, la bonne idée du film : créer de vraies-fausses intrigues basées sur la personnalité des chanteurs. Peter et Sloane se sont engueulés ? Inventons une réconciliation. Sabrina était une bombe sexuelle ? Un des personnages est toujours amoureux d’elle. Jeanne Mas se la pétait ? Faisons-en une Mylene Farmer inaccessible… ; bref mettons de la fiction dans le biopic.

Une des rares scènes réussies illustre cela : la première date de la tournée est un bide ; on se retrouve au restaurant et pour faire passer le blues qui s’installe, on se met à boeufer autour du piano, dans ce restaurant familial. Évidemment, trois chansons plus tard, il y a le feu dans le restaurant. Qui n’a pas dansé sur Tropique, en se disant que la plus belle fille de la fac ressemblait vraiment à Muriel Dacq ? Qui ne s’est pas vanté de connaitre par cœur le rap de Nuits de Folie** ? Qui n’a pas regardé en douce le Lui « spécial Sabrina/Samantha Fox » ?

Tout d’un coup, le cinéma de Stars 80 incarne une idée ; celle de notre rapport ambivalent à la culture pop. Nous détestions cette musique en 1980, parce que nous n’avions pas d’argent, nous n’étions pas à la mode, nous n’avions pas de mocassins Weston , pas de Golf GTI… Nous étions de l’autre côté de la barrière : Les Clash, les Dogs, les Rita Mitsouko, Frenchy but Chic dans Best, les Motels, les Specials : une musique bien plus intéressante, et nos titres de gloire aujourd’hui, à l’heure de l’expo EuroPunk. Mais si tout le monde fait la moue devant Sabrina, ses paroles idiotes, et ses seins « accidentellement » à l’air dans la piscine, comment nier qu’elle est un souvenir très importante de notre vie de mâles adolescents ?

Stars 80, avec un peu de travail, aurait pu être cela, une comédie douce-amère sur notre jeunesse. The Big Chill avec des paillettes, et des Golf GTI. C’est tout ce qu’ont lui reproche.

* Même le Professorino s’en est rendu compte (12 ans)
** Et tu chantes danses jusqu’au bout de la nuit
Tes flashes en musique funky
Y a la basse qui frappe et la guitare qui choque
Et y a le batteur qui s’éclate et toi qui tient le choc…




mercredi 29 janvier 2014


Actualité d’Apocalypse Now!
posté par Professor Ludovico

Chose promise ici, chose due : depuis je me suis acheté un lecteur Blu-ray et que j’ai trouvé un jeune vierge en la personne de Magic Arno (un gars qui bosse dans le cinéma depuis vingt ans avec les plus grands réalisateurs français et qui n’a jamais vu Apocalypse Now! Si c’est possible.)

Après avoir fébrilement ôté l’enveloppe plastique, le moment tant attendu est arrivé, non sans angoisse : Coppola n’a-t-il pas salopé le boulot ? Après 10 ans d’infamie redux, voilà enfin le retour la vraie version d’Apocalypse Now! 2h17 de perfection cinématographique, sans plantation française, sans Willard voleur de surf, sans Brando en pyjama. Et une première immense satisfaction : l’édition est splendide, magnifiquement remasterisée, dans peut-être la meilleure version – malgré 10 visionnages – que le Professore ait jamais vue. Les dix fois précédentes, dont la première, émoliente, en 1980, dans un petit cinéma du Quartier Latin, étant toutes entachés par un petit défaut technique. Mauvais format. Son crachotant. Rayures sur la bobine… Mais là, par la magie du numérique, tout est parfait. Une version qui rend grâce à la cathédrale de Chartres de Vittorio Storaro : chaque plan est un tableau parfait dans la composition, dans la lumière, comme une veduta de Canaletto (les jonques sur le delta), un autoportrait de Bacon (le visage camouflé de Willard) ou un paysage de Turner (les couchers de soleil sur la rivière Nung).

Après, le chef d’œuvre n’a pas changé d’un pouce : perfection esthétique bien sûr, mais aussi perfection scénaristique, perfection du montage, de la musique, des acteurs. Et quoiqu’on en dise, le final de Brando, certes long, est la clef de voûte du film, sa conclusion morale. Et c’est bien sûr ce que voulait Coppola : pas le film de guerre de plus, mais une réflexion philosophique sur l’humanité, comme il est dit au début par le Colonel Corman « Because there’s a conflict in every human heart, between the rational and irrational, between good and evil. » Prenant pour prétexte le livre de Conrad, Au Cœur des Ténèbres, et l’adaptant au Viêt Nam, Coppola déroule sa thèse. D’un côté l’occident chrétien, sûr de son bon droit, de l’autre le Viêt Minh, qui n’a jamais laissé un occupant chinois, français, ou américain l’envahir trop longtemps. Face à la détermination morale, les dollars ne servent à rien.

A la fin, dans une image sublime, le guerrier Nietzschéen Willard, mi bouddha, mi guerrier, a remplacé Kurtz qu’il vient de tuer. Dans la main droite, une faux, dans la main gauche, les mémoires de Kurtz. L’Arme et le Livre. L’Ordre et la Loi. Willard lâche l’arme. Son combat est fini. Il ne reste que la mémoire. Car la guerre est finie.




dimanche 26 janvier 2014


La Mort Suspendue
posté par Professor Ludovico

Ça commence par une escroquerie fomentée par la Princesse Elfe. Tu aimes les films d’alpinisme ? Ben oui, j’adore ! Moi qui ai le vertige, j’ai dévoré Premier de Cordée, Tragédie à l’Everest de Jon Krakauer, et j’aime le décrié mais pourtant très bon Cliffhanger, le thriller montagno-terroriste de Stallone…

Tiens, me dit-elle, voici La Mort Suspendue. Tu m’en diras des nouvelles ! J’insère le DVD dans le lecteur et là, horreur : ce n’est pas une fiction, mais un horrible docudrama.

Un docudrama, vous voyez ce que c’est ? Un mélange d’interviews face caméra sur fond noir chichiteux, des reconstitutions minables, vaguement dialoguées, et surlignées au stabilo par une voix off qui est censée vous faire comprendre les enjeux terribles auxquels les personnages sont confrontés.

Mais bon, j’ai confiance dans la Princesse Elfe et j’ai decider de poursuivre mon chemin en direction du Siula Grande, un petit sommet andin de 6 344m.

Car c’est à lui que s’attaquent Joe Simpson et Simon Yates, 25 ans ; l’ascension d’une voie inédite, sur l’un des sommets les plus difficiles de la Cordillère des Andes. Et ils y arrivent, au bout de deux jours d’efforts.

C’est en redescendant que se noue le drame. Joe se brise une jambe. Au prix d’immenses efforts, les deux montagnards britanniques décident de poursuivre leur descente en glissant. Mais perdus dans le brouillard et la tempête, Joe glisse et tombe dans le vide au milieu de la tempête. Il n’est retenu que par sa corde ; lieu commun (cf. Tintin au Tibet) de la tragédie alpinistique : soit on meurt tous les deux, soit on coupe la corde et seul un des deux y passe. Croyant que Joe est déjà mort, Simon Yates coupe la corde. Puis il redescend jusqu’au camp de base au prix d’immenses difficultés.

Mais Simon n’est pas mort. Par chance extraordinaire, il est tombé au fond d’une crevasse qui a amorti sa chute. Impossible de remonter, cependant. Va commencer alors cette odyssée extraordinaire où un homme blessé, affamé, déshydraté, va se traîner sur des kilomètres jusqu’au camp de base, au bout de toutes ses ressources psychologiques et physiques.

Si La Mort Suspendue est un docudrama, alors il est très bien fait. Les reconstitutions sont tellement bluffantes qu’on se demande si les alpinistes acteurs n’ont pas refait l’ascension*.

Mais évidemment, ce sont les témoignages qui emportent le tout. Nos deux british de Sheffield que l’expérience a transformé pour toujours. Mais pas dans une happy end convenue à l’américaine. Dans le Making of qui suit le film, on retrouve nos deux compères obligés de retourner sur les lieux du drame, vingt ans après. Et c’est sûrement la partie la plus passionnante. Si Touching the Void, le film, est électrisant par la force même du drame, le making of est tout à fait passionnant. On a confié une caméra vidéo à Joe, pour tenir une sorte de journal intime. D’abord rigolard, son visage se ferme à l’arrivée au village, puis commence à montrer de l’angoisse pure quand ils arrivent au bord du lac, leur ancien camp de base. Car Joe Simpson est convaincu que ce terrible accident a été une forme de bénédiction pour lui. Une chance incroyable d’avoir réussi à survivre, puis un événement qui a changé sa vie. Apres ses dix opérations de la jambe, il a écrit Touching the Void pour disculper son camarade. Puis d’autres livres, qui lo’ont rendu célèbre. Et si la chance, maintenant que la boucle est bouclée, se vengeait ? Et s’il n’était venu que pour mourir ici, une bonne fois pour toutes ?

Si Joe a toujours soutenu le geste fatal de son compagnon (y’avait-il autre chose à faire ?), Simon, pour sa part, vit – sans l’assumer – sa culpabilité d’être « le mec qui a coupé la corde ». Et d’assener finalement cette révélation peu politiquement correcte : « nous n’avons jamais été amis et nous ne les serons jamais… Nous ne sommes que des compagnons d’escalade »

Ici encore, le festin nu.


*En fait, personne n’a jamais refait cette voie depuis. Le film a été tourné en partie sur place et en partie dans les Alpes.




jeudi 9 janvier 2014


Amour
posté par Professor Ludovico

Le festin nu. Quand on lui demandait d’expliciter l’énigmatique titre de son chef d’œuvre, William Burroughs répondait qu’il s’agissait de « cet instant pétrifié et glacé où chacun peut voir ce qui est piqué au bout de chaque fourchette » ; la réalité, dans sa plus cruelle vérité.

Voir les choses telles qu’elles sont, les montrer sans faux semblants, c’est depuis toujours le programme de Michael Haneke. Violence enfantine (Benny’s Video), violence domestique (Code : Inconnu), violence de la fin du monde (Le Temps du Loup), violence du cinéma US (Funny Games) : la cruauté de la réalité, c’est l’œuvre majeure de Haneke. Filmer sans fard le couple, l’enfant, les immigrés et les bourgeois, la bestialité des rapports humains, le fascisme qui monte, c’est le rôle aride que s’est assigné le cinéaste autrichien.

Il revient aujourd’hui avec Amour, après quelques films décevants (La Pianiste, le remake US de Funny Games). Un film qui propose le même regard acéré sur la vieillesse, la maladie et la mort. Ce programme électrisant et fun est confié à Jean-Louis Trintignant (sûrement notre plus grand comédien vivant) et Emmanuelle Riva.

Dans la première moitié du film, l’actrice de Hiroshima Mon Amour n’est pas très bonne. On comprend le choix Hanekien de ces deux professeurs de musique, bourgeois et cultivés, mais Riva a du mal à tenir la rampe en prof de musique octogénaire, sèche comme un coup de trique. Sa diction empruntée, ses « tandis » et autres « parfois » sonnent faux. Mais dans la deuxième partie, l’AVC, la maladie, l’alitement, elle est extraordinaire. Jouer à 86 ans les ravages de l’âge, la diction imprécise, la folie, le refus de se nourrir est tout simplement inouï.

En face de ces deux monstres, même Isabelle Huppert sonne faux ! Car l’actrice fétiche de l’autrichien (avec Binoche) est en dehors du monde Haneke ; elle croit encore en ces choses vaines que sont l’espoir, la rédemption, le progrès. Depuis Le 7ème Continent, son premier film, Haneke ne croit plus à rien. Et il assassine son personnage féminin en une scène cruelle. Huppert discute avec son père (Trintignant) ; elle pense que l’état de sa mère va s’améliorer, qu’il faudrait rencontrer un autre médecin, avoir un deuxième avis. Qu’il faudrait qu’ils aient, enfin tous les deux, une conversation sérieuse. Et Trintignant est évidemment le casting parfait pour lui apporter la réplique. Pour qui se prend-elle, cette quinqua bobo qui explique à son père ce qu’il doit faire ? Il a trente ans de plus, évidemment qu’il a déjà pensé à tout cela ! Il a vu un autre médecin, et l’état de sa femme ne va pas s’améliorer. Et Trintignant place sa banderille finale ; c’est la Grande Scène. « Sérieusement ? Tu veux qu’on parle sérieusement de l’état de ta mère ? Alors parlons sérieusement. Son état va aller de mal en pis. Et puis un jour, elle va mourir. Alors qu’est-ce que tu proposes sérieusement ? Tu veux prendre ta mère chez toi ? Tu veux la mettre à l’hôpital ? Parce que justement, je lui ai promis qu’elle n’irait plus à l’hôpital. Je vais la garder ici et je vais m’en occuper jusqu’au bout, comme promis… »

Amour annonce, et c’est une bonne nouvelle, le grand retour de Haneke. Qui signe aussi son film d’un dernier plan parfait ; Isabelle Huppert, seule, dans l’appartement vide de ses parents. Qui s’assoie dans un fauteuil. A la place du père, parce qu’il n’y a pas d’autre place possible : nous referons le chemin de nos parents.

Le festin, nu.




lundi 6 janvier 2014


White Tiger
posté par Professor Ludovico

Le cinéma russe, c’est quelque chose ! Quelque chose d’indéfinissable, quelque chose d’incompréhensible au CineFaster, habitué à la grammaire du cinéma US.

Ici, dans Belyy Tigr, des plans interminables. Comme dans Stalker. Des regards caméra, comme dans Requiem pour Un Massacre. Des répétitions, comme dans Stalker ou Requiem pour Un Massacre.

Ce Tigre Blanc est un film nationaliste (et même militariste, soutenu par le gouvernement et l’armée de la Fédération Russe), qui glorifie encore et toujours la Grande Guerre Patriotique, c’est-à-dire la lutte contre le nazisme sur le Front de l’Est. Avec un soupçon de fantastique, d’ailleurs : Naïdenov est un tankiste grièvement brûlé dans son char lors d’un combat. Il va mourir. Mais non, il s’en tire. Avec un drôle de don : il parle aux chars. On va le renvoyer sur le front à la chasse au tigre, un Tiger IV* allemand qui détruit tous les chars russes qui ont le malheur de passer dans sa ligne de mire, et disparaît aussi mystérieusement qu’il était venu.

A partir de cet argument mystico-militaire, Karen Shakhnazarov tire malheureusement un film longuet dont émergent quelques moments poétiques, ou terrifiants, comme ce monologue final d’Hitler, supputant que sa mission sur terre était de détruire les juifs et le communisme, le sale boulot dont toute l’Europe rêvait… Ce qui n’est – malheureusement – pas faux historiquement.

Dommage que le film soit si ennuyeux.

* Selon mon expert personnel, Lieutenant Jeg, du 507ème Régiment de Chars de Combat




dimanche 15 décembre 2013


Anvil: The Story of Anvil
posté par Professor Ludovico

C’est peut être, comme la dit le critique du Times, « le plus grand film jamais réalisé sur le Rock’n’Roll » ; une chapelle élevée par un fan (Sacha Gervasi, auteur du bof-bof Hitchcock) pour son groupe fétiche. Un hommage à l’essence même du rock, ce mélange détonnant de célébrités apocalyptiques et de destins brisés. Elvis et Vince Taylor. Chuck Berry et Buddy Holly. Les Rolling Stones et Brian Jones. Metallica et Anvil.

C’est quoi l’histoire éternelle du rock ? Deux mecs qui se rencontrent à 15 ans, pas bien dans leur peau, nuls au foot, pas trop à l’aise avec les filles… et qui par conséquent décident de remédier à cela. Stockent des barils de lessive pour se monter une pseudo batterie. Branchent une vieille guitare sur un téléviseur cassé qui fera office d’ampli. Et qui montent un groupe, comme des milliers d’autres adolescents dans le monde.

Après c’est la règle du TTC : du Talent, du Travail, de la Chance. Du talent, parce que c’est peut-être facile de jouer de la guitare, mais il faut quand même apporter quelque chose de nouveau à son art : demandez aux Sex Pistols. Du travail, parce que malgré l’image de glandeurs au bord de la piscine, il faut des heures de répétition stériles pour sortir un son : demandez à Keith Richards. Des nuits entières passées dans des minibus glacés : demandez à Joy Division. Et de la chance, beaucoup de chance : demandez aux groupes qui ont du talent, ont beaucoup travaillé, et n’ont pas percé. Demandez à Anvil.

Anvil, c’est un groupe qui perce au début des années quatre-vingt en pleine New Wave of British Heavy Metal. Pas vraiment la tasse de thé du Professore (cheveux trop longs, idées trop courtes), mais bon ! Anvil sort un premier album qui déchire, 2 ou 3 bonnes chansons (Metal on Metal) un look bondage bien provoc ; bref tout ce qu’il faut pour réussir en cette période où Saxon, Iron Maiden, Def Leppard règnent sur la planète.

Anvil : The Story of Anvil, le doc de Sacha Gervasi commence comme ça : un concert tonitruant au Japon en 1984, avec Scorpions et Whitesnake. Puis le Gotha du métal défile devant la caméra : Slash (Guns’n Roses), Tom Araya (Slayer), Lemmy (Motörhead), Lars Ulrich (Metallica). Pour débiter les âneries habituelles du docu rock complaisant : superlatifs et compliments laudateurs sortis de la photocopieuse : « les inventeurs du heavy metal », « le meilleur batteur de tous les temps », « amazing live performance »… Mais voilà, Anvil était un grand groupe, qu’est-ce qu’il leur est arrivé ? Le grand Lemmy donne la réponse : « You have to be at the right place at the right time. If you don’t… »

Commence alors une plongée extrême dans les enfers du rock. Le groupe existe toujours à Toronto. Il ne reste que le chanteur et le batteur. Le premier, Lips, livre des repas à la cantine du voisinage ; l’autre (Robb Reiner, rien à voir avec l’auteur de Princess Bride) gagne sa vie en menus travaux de maçonnerie. N’empêche qu’Anvil joue toujours. Les deux amis d’enfance ont trouvé d’autres musiciens, plus jeunes, et consacrent leurs vacances à tourner. Tourner, toujours tourner, à chaque fois que c’est possible dans cette tragi-comédie du rock’n’roll : club minable à Prague, gymnase rempli à 10% en Transylvanie (sic), festival en Suède face à d’autres qui ont réussi… Les clichés du rock ont la vie dure : une manager à la ramasse, des trains ratés qui se transforment en heures de sommeil sur le marbre glacé de gares européennes dont on a oublié le nom. La légende du rock ? Oui, quand on parle de groupes qui débutent ; les Beatles à Hambourg, Nirvana qui fait des ménages pour se payer des guitares, les Rita Mistouko qui dealent et tapinent avant de percer… Mais quand il s’agit d’hommes de cinquante ans que le succès a refusé d’honorer, cela tourne au tragique.

Une scène magnifique vient éclairer le personnage de Lips Kudlow, le chanteur. Ses frères et sœurs viennent témoigner sur leur petit frère. A front renversé des clichés du rock – dont la mythologie exige qu’il soit le passeport du prolétariat pour une vie meilleure – toute la famille Kudlow a réussi : comptable, femme d’affaires, endocrinologue ; seul le petit frère s’est gaufré. Une forme d’embarras se dessine alors, teinté d’affection. Dans le même genre, le témoignage des épouses Kudlow et Reiner, coiffées comme en 1984, il ne leur manque que le pantalon rayé rouge et blanc. Trente ans qu’elles se coltinent les traites du pavillon de banlieue, alors qu’elles ont frôlé la vie de Sharon Osbourne ou de Linda McCartney.

Anvil : The Story of Anvil met le doigt sur la réalité de l’art ; les milliers qui échouent pour que quelques-uns réussissent. Bien sûr, nous sommes nombreux à avoir voulu percer un jour dans le showbiz, être acteur de cinéma, chanteur d’un groupe punk, animateur de télé. Ce rêve existe encore, c’est ce que vend tous les jours la téléréalité… Mais un jour, on comprend que ce rêve ne sera pas accessible, et que le confort d’un boulot nine to five n’est pas l’enfer qu’on s’était imaginé. La tragédie d’Anvil est toute autre ; ils ont tutoyé les sommets et en sont redescendus. Ce drame-là est intense.

Le film a été nominé dans la catégorie « Truer Than Fiction » d’un festival de films indépendants.

Truer than fiction. On ne saurait mieux dire.




jeudi 21 novembre 2013


Dredd
posté par Professor Ludovico

Et de deux.

Deuxième film raté sur les aventures du Judge. Deuxième film, après celui de Stallone en 1995, qui passe à côté de la BD de John Wagner et Carlos Ezquerra*. Judge Dredd est une satire, amis cinéastes ! Pas un film d’aventures. Pas un film d’action hard-boiled. C’est tout le contraire, même, c’est leur parodie ! Un metteur en scène a compris Judge Dredd, c’est Paul Verhoeven, et son Robocop n’est qu’une adaptation déguisée.

Un peu d’histoire. En 1977, 2000 A.D. publie les premières aventures de Judge Dredd. Philippe Manœuvre – à l’époque brillant rédac chef de Métal Hurlant (il a 23 ans !) – les achète pour les publier dans le mensuel. Il réalise même une adaptation radiophonique pour sa délirante émission de France Inter, Intersideral**.

C’est ainsi que nous découvrons les aventures du Judge. Et feuilletons Métal chez le libraire(c’est moins cher), pas loin du lycée de Rambouillet. Puis mettons nos économies de côté pour l’acheter plutôt que se procurer le dernier album des Dogs***. Et dévorons les aventures du Judge.

Le pitch ? Le même que celui du film. En 2099, la terre a été ravagée par une guerre nucléaire. C’est la Terre Maudite (Cursed Earth). La population s’est réfugiée dans une gigantesque mégapole, Mega City One, qui va de New York à Boston. La criminalité y est endémique. Pour y répondre, on a créé les Judges, au programme Sarkozyste avant l’heure : Flic, Juge, et Bourreau dans un seul homme. La justice est rendue en deux minutes, c’est quand même plus efficace, et ça coûte moins cher au contribuable. Les Judges ses déplacent sur de gros choppers un peu ridicules, et ils sont casqués : on ne verra jamais le visage du Judge Dredd. Au fil de ses aventures, Dredd poursuit les crimes, tous les crimes, meurtre en série ou franchissement au feu rouge. Combat les punks, les mutants, les excès de vitesse et les Cocos. Et applique la sentence. Car, comme il le répète au fil des pages : « I’m the Law ». Ou comme l’admettent volontiers les contrevenants « Il est dur, mais il est juste ! »

On l’a compris, Judge Dredd est une parodie de l’implacabilité, une claque à Dirty Harry et autres Justicier dans la Ville. Une parodie qui propose des méchants délirants (mention spéciale au Judge Death, un ancien juge devenu zombie, ou le Tyran Cal, un autre Juge façon Caligula qui s’entoure d’hommes-crocodiles pour sa garde rapprochée). Dredd, c’est aussi des dialogues décalés (« There is no justice, there is just us », et des aventures ubuesques (les Jeux Olympiques sur la Lune). L’unique objectif semble être de se payer une certaine morale conservatrice, à base d’œil pour œil et de dent pour dent.

Dredd, la nouvelle tentative d’adaptation de Pete Travis ne comprend pas mieux que la version Stallone ce qu’est Judge Dredd. Graphiquement, cette nouvelle tentative est magnifique, notamment les scènes avec la drogue slo-mo. Mais Travis n’a rien compris au Judge Dredd. Son scénario prend au sérieux Mega City One et ses habitants (dans la BD, le populace qui accepte cette justice expéditive est autant vilipendée que les Judges).

Dredd nous propose donc le spectacle très sérieux de narcotrafiquant ayant pris une cité en otage. Malgré le casting de luxe, ces narcos ne dépareraient pas dans un nanar des années 80, au hasard, Commando. Lena Headey (ma chérie de Game of Thrones), Wood Harris (Avon Barksdale, qu’est tu venu faire dans ce bousier, on était si bien à Baltimore !) surjouent la méchanceté comme il y a trente ans: « TUEEEEZ-LE !!! » avec des capitales et des points d’exclamations à chaque phrase. Les scènes de combat sont pas mal, mais comme dans Commando, assez répétitives, vous voyez le genre : deux trafiquants font les malins, ils répètent à qui veut l’entendre qu’ils vont buter le Judge, mais Dredd les bute. Puis on passe à deux autres trafiquants, qui répètent qu’ils vont buter le Judge, mais Dredd les bute. Etc., etc.

Ces épisodes étant irrémédiablement conclus par une phrase définitive du Judge, en ligne droite de la BD : « Negotiation’s over. Sentence is death ».

Mais comme toute intention comique a disparu, elles provoquent plutôt le malaise.

Car ce peut être un choix d’adapter la BD sérieusement ; c’est la liberté de tout artiste. Mais dans ce cas, la thématique devient plutôt rance, et moi, spectateur, je n’ai pas envie de voir ce film-là. C’est d’ailleurs exactement ce qui se produit : Dredd le film finit par développer des thématiques malsaines typiquement américaines (alors que le film est anglo-sudafricain) : viol fantasmé d’une petite blonde par un grand black, puis vengeance féminine ad hoc : un coup de dents mal placé, là où justement le fantasme était placé (cf. affaire Bobbitt.)

Vous vous en doutez : à la fin, le Judge gagne. Comme dans les BD. Mais sans nous avoir fait rire. Peter Travis n’a pas compris qu’ils filmait une comédie.

*Personnellement je préfère la partie dessiné par Brian Bolland
** Peut-être la seule émission de radio au monde à avoir proposé des parties de jeux de rôles en direct avec ses auditeurs !
*** Too Much Class For The Neighborhood




mardi 12 novembre 2013


Magic Mike
posté par Professor Ludovico

Steven Soderbergh est parfois traité de faiseur ; un cinéaste qui ferait des films sans chercher l’homogénéité d’une œuvre.

C’est tout le contraire : Soderbergh est quelqu’un qui tente, un expérimentateur : capable du classicisme télé le plus ennuyeux dans Ma Vie avec Liberace, grand expérimentateur dans Solaris ou Girlfriend Experience.

Ici, pas d’innovation extraordinaire, juste quelques bonnes idées de cadrage, et un joli travail sur les couleurs : jaune-rouge-bleu. On est à Tampa, en Floride, et il fait chaud : ceci expliquant cela. Mais plutôt une originalité globale qui donne un coup de frais dans le cinéma US actuel.

Depuis toujours, Soderbergh est un cinéaste engagé, du style qu’apprécie le plus le Professore : discret. La lutte contre la drogue (Traffic), la montée du Terrorisme (Syriana, qu’il a seulement produit mais dont la patte est toute soderberghienne), le capitalisme pollueur (Erin Brockovich) : chacun de ces thèmes a toujours été traité avec beaucoup de finesse et de distance.

Ici, l’auteur de Sexe Mensonges et Vidéo ne s’attaque à rien de moins que la crise de l’Amérique, habilement camouflée, mesdames, sous un film de chippendale. Oui, vous avez bien lu. Karl Marx meets The Full Monty. Habituellement, on reproche au cinéma d’action, au jeu vidéo, aux clips, une utilisation dégradante du corps de la femme. Magic Mike propose un pendant féminin : des corps de beaux mecs musclés, et c’est tout aussi dégradant, tout aussi putassier, et ça marche évidemment. Qui n’a pas envie de voir Channing Tatum à poil ? tapez dans Google, vous comprendrez pourquoi. Ou même Alex Pettyfer, l’acteur qui joue le Kid, un gamin qui cherche du travail, et qui en trouve, au black, dans le bâtiment. Première indication : on n’avait pas filmé des ouvriers exploités et des patrons tricheurs comme ça depuis les années 70, Cinq Pièces Faciles par exemple, de Bob Rafelson. Dans cette Amérique qui se délite, on triche sur les impôts, on paie les gens au noir, et on menace de les virer à la moindre incartade. Et pour grimper dans l’échelle sociale, on fait trois boulots à la fois : couvreur, décorateur d’intérieur et… Chippendale. C’est là que le Kid rencontre un autre ouvrier, beau, fort, musclé et sûr de lui : Magic Mike (Channing Tatum). Mike est chippendale la nuit dans le club de Dallas (extraordinaire performance de Matthew McConaughey) et lui propose d’arrondir ses fins de mois en participant au spectacle.

L’originalité de Magic Mike, le film, c’est de magnifier ces danses érotiques tout en suscitant un léger dégoût : au début c’est sympathique, mais paradoxalement, c’est à l’arrivée, après la première demi-heure du film, du personnage féminin (Brooke, la sœur du Kid) que le film bascule. Brooke est inquiète pour son frère, elle ne veut pas qu’il fasse ce job, il a déjà lâché un boulot prometteur. Magic Mike promet de le protéger, mais…

La moue boudeuse de Brooke (Cody Horn, à qui le Professore promet une belle carrière dans le cinéma) nous fait brusquement changer d’avis : ces danses, même dans le regard d’une femme ne sont que l’exploitation des corps, et ces chippendales ne valent pas mieux que des stripteaseuses. Ce n’est pas moins glauque qu’un peep show, et c’est la performance du film, de les présenter comme on présente habituellement le striptease féminin. Face à l’attendrissement ou l’amusement Full Monty, nous ressentons de la pitié, du rejet, du dégoût, comme pour les filles du Bada Bing, le strip club de Tony Soprano.

Dans le même souci d’inversion, Soderbergh filme l’histoire d’amour qui nait entre Brooke, cette fille toute simple, jolie, sans plus, et Magic Mike, bombasse mâle apparemment inaccessible, objet sexuel à qui pas grand monde ne résiste. C’est pourtant Mike qui va ramer, avec un réalisme et une légèreté qui fait beaucoup de bien dans le cinéma américain.

Du cinéma de faiseur comme celui-là, Ludovico veut bien en manger tous les jours…




samedi 2 novembre 2013


Gatsby le Magnifique
posté par Professor Ludovico

Baz Luhrman a toutes les cartes en main pour tenter, après 4 tentatives (dont une avec Robert Redford dans le rôle-titre), d’adapter l’inadaptable, à savoir le chef d’œuvre maudit de Scott Fitzgerald : The Great Gatsby. 100M$ de budget, 3 super-acteurs (Di Caprio, Maguire, Mulligan), une chef déco qui a dû vivre dans les années 20 (Catherine Martin, aka Mme Baz Luhrman), un producteur plein aux as et teen credible (JayZ), et Sim City 1925 pour récréer le Long Island des Années Folles.

Dès le départ, Baz Luhrman marque déjà un point : son Gatsby est compréhensible. Après avoir lu le livre, et vu le film de Redford, il m’a fallu enfin celui-là pour comprendre l’intrigue de Gatsby le Magnifique. Certes, celle-ci est écrite au crayon gras et surligné au stabilo rose par le cinéaste australien ; c’est lourdement pédagogique, signifiant et sursignifiant. Au cas où vous n’auriez pas tout assimilé, Carraway (Tobey Maguire) vous explique en voix off ce qu’il y a à comprendre : « Là, Gatsby est triste, et là, ma cousine est triste aussi. » Mais comme chacun sait, Baz est un athée du cinéma ; il ne croit pas que le cinéma ou les comédiens peuvent dire des choses en silence dans un plan fixe de plusieurs secondes, et il cache donc son manque de foi derrière un montage saccadé estampillé djeune.

Certes, Luhrman s’est assagi par rapport au roller coaster Moulin Rouge, et il faut avouer que cette énergie convient ici parfaitement au propos swing du film et à ses héros surexcités de ces roaring twenties. Sex, whisky and jazz. Car c’est bien de cela dont parle Fitzgerald, cette jet set qui se défoule d’une Première Guerre Mondiale à laquelle – dans sa grande majorité – elle n’a pas participé. Sauf Gatsby, justement.

Luhrman aime filmer des fêtes orgiaques, et ça, il sait faire (Moulin Rouge). Il sait aussi coller de la musique actuelle (rap, funk, techno) sur ces fêtes jazz, et ça ne passe pas mal du tout.

Le design est parfait – comme d’habitude – mais oblige Luhrman à filmer chaque cafetière en gros plan, ce qui lui fait évidemment qu’il y a des personnages derrière ces tasses de café. Comme chez Ridley Scott deuxième période, ou chez Jean-Pierre Jeunet, autre accessoiriste maniaque, on est dans du cinéma de décorateur.

Que reprocher alors ? Le simple sentiment que le film ne m’est pas adressé. Une sorte de film pédagogique pour ado, Gatsby le Magnifique expliqué aux teenagers. Un film pour les écoles.




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