[ Les films ]



lundi 28 novembre 2011


Tintin et le Secret de la Licorne
posté par Professor Ludovico

L’adaptation est un dur métier. C’est pourquoi le bon Stanley recommandait de ne s’attaquer qu’à des romans de gare. L’escalade de chef d’œuvre, même par beau temps, n’est pas recommandée.

Quand un livre, une BD, est portée au pinacle par une bande de fans hardcore, qu’il s’agisse du Seigneur des Anneaux, de Dune, de Lolita ou du Festin Nu, peu importe le nombre, c’est eux qui ont raison : ils seront les premiers experts vers qui l’on se tournera dès lors qu’il s’agira de recueillir un avis. Et s’ils prononcent une fatwa, malheur à l’adaptateur sacrilège !

Le problème avec Tintin, c’est qu’il y a beaucoup de monde dans cette communauté hardcore. Tout un chacun (européen) a eu son premier Tintin pour ses sept ans, un bien plus joli cadeau que le pull à grosses mailles offert par Mémé. Et, des années après, c’est cette première image de Tintin, bien plus que l’histoire, qui nous reste : deux traits, une houpette, deux points pour faire les yeux, voilà notre héros. Il a une voix dans notre tête, des expressions, qui n’existe que pour nous, et pour nous seuls.

En adaptant un projet vieux de trente ans, Spielberg a évité ces problèmes de débutants : il s’est garanti (et cela a pris du temps) de la neutralité de la veuve Hergé, et a tout fait pour se la mettre dans la poche (avec probablement cette superbe introduction). Il s’est évité bien des ennuis en refusant d’adapter n’importe quel Tintin, mais en choisissant dans les diptyques, et peut-être le plus facile d’entre eux (Le Secret de la Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge). Mais surtout, il a choisi de NE PAS ADAPTER Tintin, en proposant une aventure à part, situé dans cet univers mais avec une histoire relativement différente, en mélangeant les deux avec une pincée de Crabe aux Pinces d’Or

Le résultat est excellent, même si l’on en convient, ce n’est pas Tintin, mais plutôt un jeune Indiana Jones qui serait reporter et belge, un prequel en quelque sorte. Spielberg utilise sa maestria et sa créativité habituelle pour livrer des poursuites de toute beauté, le tout servi par une réalisation en image de synthèse exceptionnelle… On reprochera juste le manque de temps morts, ce qui laisse peu de place à l’émotion… et pourtant il y en a, dans Tintin !

Mais le plaisir est là… Vivement la suite…




lundi 21 novembre 2011


Grosse flemme
posté par Professor Ludovico

Ben voilà, malgré un programme chargé (Drive, Les Marches du Pouvoir, Tintin, Contagion), impossible d’extraire ses fesses de la chaleur cocoonique du foyer familial. 15 000 bonnes raisons s’offrent à nous : notre deux-mâts de Virtual Regatta en difficulté au large d’Auckland, le Rugby européen sur France2, PSG-Nancy (si on avait su !) Surtout, c’est l’absence d’élément moteur (le petit camarade qui te relance sur Drive…) qui nous fait lâcher l’affaire…

Finalement, ça sera The Walking Dead sur la télé…

D’ailleurs, on y reviendra.




dimanche 20 novembre 2011


Bus Palladium
posté par Professor Ludovico

Nous ne pensons pas grand bien de Christopher Thompson : acteur médiocre, le plus souvent cantonné à des rôles chez sa talentueuse mère (Danièle Thompson), il n’a pas vraiment impressionné la pellicule jusqu’ici.
Avec Bus Palladium, il signe son premier film, qui, loin d’être parfait, se révèle pourtant prometteur. Car s’il enchaîne les clichés plus rapidement que Desperate Housewives, Bus Palladium brille par son absolue sincérité.

Pour les moins de vingt ans, rappelons ce que fut le « Bus » : un club branché de la rue Fontaine, qui connut son heure de gloire dans les années 60, puis les années 80, en hébergeant la scène rock française. Thompson raconte l’odyssée d’un de ces groupes, et ça sent le vécu. On suivra ces quatre copains au travers de ce biopic rock classique : deux têtes pensantes (chant-guitare) qui se rencontrent, le copain sans talent qui s’improvise manager, les repets, les premiers contacts avec une maison de disque, la tournée, la drogue, etc.

Le premier coup de génie de Thompson est de suivre les théories de McKee, le ponte du scénario américain, et (et sûrement les conseils de sa mère), c’est à dire de ne partir que de son expérience personnelle, même si vous écrivez une histoire d’extraterrestres. Au lieu d’essayer de raconter Téléphone, Trust ou Taxi Girl, Thompson parle de Lust, un faux groupe, mais qui sonne vrai. L’histoire est bien bâtie, sur un traditionnel flashback, les comédiens sont excellents (Marc-André Grondin, Arthur Dupont,
Jules Pelissier, Abraham Belaga), jouent vraiment des instruments (ce qui apporte beaucoup à ce genre de film). On reprochera donc seulement au réalisateur ses scènes à l’emporte-pièce, ses emprunts grossiers (la cravate de The Big Chill, la citation de Jagger), l’irréelle maturité de ses personnages adolescents.

Mais à la fin du film, on en veut plus, ce qui est si rare au cinéma… On guettera donc la prochaine œuvre de Mr Thompson…




jeudi 10 novembre 2011


Le style Fontana
posté par Professor Ludovico

Au début des Borgia, j’avais laissé entendre que Tom Fontana, le créateur de la Cérihévéneman de Canal+, avait seulement griffonné quelques idées sur le papier et était ensuite parti avec la caisse.

Il semble qu’il ait fait un peu plus que cela : après dix épisodes des « Aventures d’Alexandre VI », on ne peut s’empêcher de constater les similarités avec Oz, le chef d’œuvre de Mr Fontana. Est-ce que son style carcéral (grosses burnes, sexe contrarié et violence à tous les étages) s’applique aux luttes de pouvoir dans la Renaissance Italienne, That is the Question….

Le showrunner tatoué traite en effet ses personnages comme des détenus : Château Saint Ange ou Emerald City, c’est pareil. Il les fait jaillir en permanence face à l’écran, souvent filmés grand angle (ça agrandit le décor à peu de frais, et ça rend les personnages légèrement anxiogènes) Le plus souvent, iles jouent la même scène : menacer un membre de la famille Borgia puis s’en prendre une en retour.

Ces effets de manche, très efficaces dans le confinement de la prison contemporaine de Oz, trouvent ici leurs limites. D’abord parce que l’histoire des Borgia est plus subtile que ça, comme on le comprend dans l’épisode 10 : pour battre Charles VIII, le Roi de France, le paladin sans peur et sans reproche, Alexandre VI ne peut faire appel qu’à la ruse : gagner, mais sans jamais combattre. Dans ce contexte, faire hurler en permanence les acteurs des Borgia n’a pas de sens, ne permet pas de les différencier, de comprendre leurs enjeux, ou de leur donner la moindre épaisseur. On retrouve ce sens de la caricature dans Oz, et ça s’y prête bien : des gangs s’affrontent (Bikers, Latinos, Noirs, Aryens…) : la caricature permet de les différencier. Mais là, traiter les Medici ou les Orsini comme de vulgaires condottieres ne satisfait pas nos regards européens, qui ont toujours un minimum de culture historique dans la tête. Autres exemples, les combats de rue, ou les français qui défilent au pas dans Rome sont ridicules, parce que c’est un Américain qui les regarde ainsi…

Fontana est un grand Showrunner, mais il ne sait pas tout faire…

PS on notera a contrario un personnage enfin correctement caractérisé : Charles VIII, joué par un acteur incroyable (impossible de trouver son nom sur IMdB), et qui met tout le monde d’accord dans ces deux derniers épisodes…

PS2 on a retrouvé, il s’agit de Simon Larvaron, un jeune comédien de 23 ans, de Cholet , qui interprète le rôle de Charles VIII.




lundi 7 novembre 2011


L’Exercice de l’Etat
posté par Professor Ludovico

Comme le dit le Président de la République, dans L’Exercice de l’Etat, « Il faut savoir prendre les cadeaux que les dieux laissent sur notre chemin… »

Quand on a deux heures à tuer, on va au cinéma. Mais que voir ? On veut aller voir Drive, la sensation Ryan Gosling du moment, mais elle passe à 16:15. Tant pis, on patientera trois quarts d’heure au Starbuck, devant un Espresso Tall et un Cookie Chocolat Blanc. Sauf que cette foutue carte UGC Solo ne fonctionne pas, ou alors c’est la borne… Les dieux, malicieux, viennent de nous donner quelque temps pour réfléchir. Changeons de borne. Et si plutôt nous allions voir … Les Marches du Pouvoir, encore et toujours Ryan Gosling ou encore… L’Exercice de l’Etat, film français, ouille ouille ouille, mais à 15:45, c’est à dire maintenant, et dont la bande annonce nous a tapé dans l’oeil ? Allez c’est parti…

Eh bien, les dieux sont cléments, car L’Exercice de l’Etat, c’est une perle ! Un chef d’œuvre hivernal caché au milieu des Tintin, Intouchables et L’Incroyable Histoire de Winter le dauphin, 3D. Un film fin, subtil, ambitieux, comme il n’en sort pas deux par an.

L’histoire, a priori, est sexy comme un édito du Figaro sur la dette grecque : quelques jours dans la peau de Bertrand St-Jean, Ministre des Transports de la République. Waouh ! voilà un projet excitant ! un Sucker Punch à la française ! Mais non, Pierre Schoeller va dérouler pendant deux heures un huis clos angoissant sur la vie quotidienne des cabinets ministériels. A la Maison Blanche, version noire. Faut-il privatiser la SNCF ? Le ministre est contre. Mais dans l’ombre, certains pensent le contraire… Comment concilier sens de l’état, loyauté gouvernementale, éthique personnelle : voilà le thème du film.

Sur ces sujets casse-gueule, le cinéma se casse généralement la gueule, et, très souvent, le cinéma français récent : sujet fétiche des années 70 (Le Juge Fayard, L’Etat Sauvage), le traitement de ces sujets est devenu un peu concon. Mais là, Schoeller tient les gageures de nous passionner pour son sujet, de ne jamais franchir la ligne jaune de la démagogie, de ne pas s’enferrer dans une pédagogie lourdingue, et surtout, de ne s’interdire de rien, même la poésie ou une scène onirique. Car la politique a ceci de commun avec la poésie, ou la religion, c’est que le mot y devient geste : il suffit de dire que l’on va privatiser les gares pour que soudain, la machine de l’état se mette en branle au service de cette parole. C’est ce que filme Schoeller, la difficulté de parler (que dire après un terrible accident de car scolaire, sinon des banalités), que dire à la radio (et risquer de dire une connerie qui engagerait le gouvernement), que dire à un enterrement, quand on vous interdit de parler ?

Le film pourrait tomber dans cette pédagogie lourde (L’Etat façon Michel Chevalet, comment ça marche ?) si un orfèvre n’était à la manœuvre, exemple : au milieu du terrible accident introductif, la chargée de com lui fait changer de cravate. Même au cœur de la tragédie, la com, toujours la com. Cette anecdote, qui pourrait être largement développée, expliquée, explicitée, passe en quelques secondes… Autre exemple : le jargon. Schoeller, visiblement bien informé, ne cherche pas la facilité, il cherche à faire vrai. On parle ainsi du péhère, tout au long du film, sans trop comprendre de quoi il s’agit, jusqu’au moment où l’on comprend qu’il s’agit de PR, Président de la République !

Autre point fort, les acteurs, tous excellents : Gourmet dans le rôle-titre est criant de vérité en Ministre, mais aussi en gars proche du peuple, Michel Blanc est glaçant en Machiavel* de service, Zabou Breitman chargée de com efficace, Laurent Stocker, le jeune énarque conseiller du ministère, Didier Bezace, etc. Et même quand cela se relâche un peu (le chauffeur-contrat de qualif censé exprimer « la parole du peuple »), ça reste encore tout à fait acceptable…

Du coup, L’Exercice de l’Etat is a serious contender for the Toutahauzeneleveune Topten… même si, coup de Jarnac final : à la lecture du générique, le Professore s’aperçoit que le film est produit par… Les frères Dardenne. Et là, ça fait mal !

* dans la bouche du Professore, c’est toujours un compliment : conseiller, coach, Apôtre de la Nécessité, tout ce que voudrez, tant que vous n’ajouterez pas l’adjectif machiavélique




lundi 7 novembre 2011


Centurion
posté par Professor Ludovico

Le Théorème de Rabillon nous fait faire bien des bêtises. Regarder, par exemple, Centurion, sous prétexte qu’il y a des gars en jupettes qui appartiennent à la Neuvième Légion.

C’est pourtant un nanard d’une ringardise absolue, malgré la présence fugace de notre héros Dominic « McNulty » West. Héroïnes court vêtues (mais maquillées l’Oréal, qu’il neige ou qu’il vente), héros bourrus (mais courageux), casting politiquement correct (patrouille romaine avec un noir et un arabe ; je vous rassure, le traître est arabe), et répliques culte piquées à Y’a-t-il un Pilote dans l’Avion? : « Pourquoi aller au nord, notre garnison est au sud ?? – parce que c’est justement ce à quoi ils s’attendent !! »

Rien à sauver donc, le Professore s’y est repris une dizaine de fois pour arriver au bout de Centurion

CinFast, sûrement, sinécure, sûrement pas…




dimanche 6 novembre 2011


The Tourist
posté par Professor Ludovico

The Tourist, c’est l’archétype du nanar, qu’on croyait perdu dans les profondeurs des fifties, c’est aussi l’incarnation de la Loi d’Olivier. Revue de détail.

L’intrigue de The Tourist est pourtant rigolote, au début. Une beauté fatale (Angelina Jolie), visiblement surveillée par la police française, reçoit un mystérieux message qui lui enjoint à prendre le Paris-Venise en s’asseyant face à « quelqu’un qui me ressemble« . Qui ressemble en fait au rédacteur de ce message, le fameux Alexander Pearce, escroc de haut vol, recherché par toutes les polices. La belle monte donc dans le TGV, et s’assoit face à… Johnny Depp. Ça dragouille gentiment jusqu’à Venise, et là, les ennuis commencent. Pas la peine d’en dire plus, ça risquerait de vous gâcher un dimanche soir sur M6, mais sachez que l’on saura à la fin qui est ce fameux Alexander Pearce.

Le problème est d’abord là, brillamment exposé par le professeur Olivier, depuis sa chaire de Filmologie Comparée de Lausanne. La Loi d’Olivier dit ceci : « Un réalisateur n’est pas le maître omniscient de son univers. Il peut réserver des surprises au spectateur, mais se doit de maintenir une certaine connivence avec lui, afin de le laisser chercher par lui même des pistes de résolutions de l’intrigue » Et justement, The Tourist se veut hitchcockien, mais ne l’est pas du tout. Car à aucun moment, il est possible de deviner qui est le fameux Pearce. Et au moment de la révélation finale, nous voilà esclaves du réalisateur. C’est lui. Bon d’accord. Rien ne nous permettait de le deviner, ni de deviner le contraire…

Le deuxième souci de The Tourist, c’est sa ringardise absolue. Jouer la carte du duo classique Hollywoodien, c’est bien, mais n’est pas Cary Grant-Eva Marie Saint qui veut. Angelina n’est plus très jolie depuis quelle a atteint le point de non retour de la chirurgie esthétique, appelé aussi Point Kidman* Angelina est donc hideuse, et on se demande qui pourrait tomber sous le charme d’une copie taïwanaise de Barbie. Qui, sinon Johnny Depp, qui à force d’avoir abusé du Jack Daniels avec Keith Richards sur le tournage de Pirates des Caraïbes, a pris un joli pneu autour de la taille. Pire, autour de ce couple qui n’a rien de glamour, tout sonne faux : le TGV d’opérette qui nous mène à Venise, le Danieli placé sur le Grand Canal, et l’aéroport en face de la gare, je vous en passe et des meilleures**… Détails, me direz-vous… Mais ce qui passait dans les films des années 60-70 n’est plus acceptable aujourd’hui. Des réalisateurs comme Paul Greengrass, des films comme la trilogie Jason Bourne, ou même les Mission Impossible ont modernisé le thriller ; ils répondent à une plus grande exigence du public, mieux informé, connecté à Internet et qui sait trouver le Danieli sur Googlemaps.

Il en va de même pour le reste du film : Florian Henckel von Donnersmarck (réalisateur de La Vie des Autres) s’est visiblement égaré à Hollywood, et particuliers dans une faille spatio-temporelle située au croisement de Van Nuys et Ventura Boulevard. Il se croit en 1953, sur le tournage de Vacances Romaines, avec de grands posters du Tibre figurant Rome derrière Gregory Peck.

* Nicole Kidman était une jolie fille, sans plus, à ses débuts. Il suffit de la voir dans le magnifique Calme Blanc : beau corps, mais visage quelconque. Son arrivée à Hollywood (Horizons Lointains), son mariage avec Cruise (Eyes Wide Shut) coïncide avec quelques modifications de la carrosserie : des yeux plus grands, un nez moins long, des sourcils mieux dessinés. Mais comme chacun sait, la chirurgie esthétique est une drogue dont il n’existe pas de méthadone : il n’y a pas de sortie de secours, et une fois que l’on se rend compte qu’on est allé trop loin (le fameux point Kidman), il est trop tard pour faire demi-tour.

**et notamment les cigarettes électroniques (sic) de Johnny Depp…




samedi 5 novembre 2011


Lone Star
posté par Professor Ludovico

A ne pas rater, lundi 7 sur Arte, la projection, trop rare, du chef d’œuvre de John Sayles. Lone Star, c’est la devise du Texas, et l’intrigue tourne autour de la frontière, où de nouveaux crimes réveillent les fêlures du passé. Une exploration des relations complexes Mexique-USA, sans concession de part et d’autre, et servi par des comédiens exceptionnels.

Vous savez quoi faire lundi soir…

Lone Star
lundi 7 sur Arte, 20h40




jeudi 3 novembre 2011


Le sexe c’est mal (aux USA)
posté par Professor Ludovico

Le paradoxe est magnifiquement expliqué dans Évidences Invisibles de Raymonde Carroll : nous ne comprenons pas pourquoi les américains parlent de façon si obscène de l’argent, et nous, du sexe.

La visionnage de Zack et Miri Tournent un Porno m’a rappelé des passages de cet ouvrage, à recommander à tous les diseurs de généralités, sur les étrangers en général, et les américains en particulier.

Dans le film de Kevin Smith, le spectateur passe du porno au mélo sirupeux avec une confondante aisance. Ce n’est pas grâce à Kevin Smith, mais bien aux valeurs américaines qui sont en jeu.

Pour les américains, le sexe c’est mal. Ce qui compte, c’est l’image que peut donner le couple à l’extérieur. Une raison pour laquelle, d’ailleurs, les maisons américaines ont souvent de grandes baies sur la rue : rien ne doit être caché aux voisins. De même, si votre couple se déchire, il importe d’être « supportive », c’est à dire de continuer à soutenir sa femme ou son époux en société, ou dans ses projets.

En 1992, des amis américains m’avaient permis de concrétiser mon fantasme : piloter un avion. Quand je leur confiais, enthousiaste, que c’était « le meilleur quart d’heure de ma vie », ils regardèrent Mme La Professore avec commisération : le meilleur quart d’heure de ma vie n’était-il pas le jour où je l’avais rencontré ma tendre épouse ?

Pas étonnant que le sexe soit aussi censuré dans cet univers de decent american people, comme les fustigeait William Burroughs.

Partant, le cinéma US est d’une pauvreté absolue en la matière. Visuellement, l’amour physique ne peut être représenté que de deux manières, bien allégoriques : si on s’aime, c’est sagement et au lit. Si c’est une passion violente, subite, dangereuse, c’est contre le mur ou la porte. Toute autre possibilité représente une attitude anxiogène, souvent réservée aux méchants. Qu’on pense aux gâteries de Sharon Stone, dans une scène dramatique de Casino, ou à la diablesse Kathleen Turner dans La Fièvre au Corps. Quand la passion physique est au rendez vous, c’est que le crime ou la punition n’est pas loin. William Hurt sera bien puni de ses aventures avec Kathleen Turner, comme les héros de Volcano, où tous les pécheurs sont punis par le volcan : un couple brûle dans l’eau bouillante même où ils avaient batifolé. Dans Armageddon, Ben Affleck, même s’il aime sincèrement Liv Tyler, doit régulariser impérativement sa situation en l’épousant… Hey, les gars, c’est l’an 2000 !

Dans Zack et Miri tournent un Porno, Kevin Smith aligne les plaisanteries les plus salaces, pour ne pas dire les plus scatos, mais ne franchit jamais la ligne jaune du sexe pour le sexe.

Les seuls explorateurs de ces noirs penchants sont évidemment les séries, qui depuis HBO ont attaqué la Montagne du Sexe comme ils avaient déjà gravi les Cols de Drogue, de l’Homosexualité, et de la Politique.

Cela n’allait pas de soi, car les séries étaient encore plus consensuelles que leurs grands frères filmiques. Friends parlait cru, mais pour revenir ad nauseam sur les valeurs traditionnelles, tout en faisant mine de s’en affranchir. Seinfeld, lui aussi avait lancé le débat par de nombreuses allusions sexuelle (et son célèbre « Is it spongeworthy ? »), tout en assumant sa pudibonderie… Mais c’est le câble, et surtout Sex and The City qui ont fait énormément pour le sujet, en décomplexant la question, tout en conservant habilement la quête éternelle du Prince Charmant, mais en y fournissant quatre éclairages possibles. Oz, Rome, Spartacus, Six Feet Under, ont passé la barrière avec succès, en parlant d’autre chose.

Une preuve supplémentaire, s’il en fallait, que l’audace est à la télé.




dimanche 30 octobre 2011


Les Sentiers de la Gloire
posté par Professor Ludovico

Le scénario des Sentiers de la Gloire est-il vraiment signé Jim Thompson ? Ne serait il pas plutôt l’œuvre de René Girard, l’auteur de « La Violence et le Sacré » ? La question peut être posée, tant le sujet des Sentiers de la Gloire semble épouser les thèses du dernier philosophe méconnu des français. Pour cela, il aurait fallu le Framekeeper sous le bras, professeur agrégé de Girardisme, mais il répugne à fréquenter le VIème arrondissement en dehors d’une rétrospective Ozu. De toute façon, il est probablement en Corse à l’heure qu’il est…

Résumons.

Dans ce quatrième film de Kubrick, et dans sa première superproduction, l’ensemble de la Doxa Kubrickienne est là. (Vous pouvez par ailleurs retrouver ici toutes les chroniques consacrées à la filmographie Kubrick) mais pitchons déjà le film…

Dans Les Sentiers de la Gloire, le général Mireau est chargé de prendre une position réputée imprenable, la Fourmilière. Il refuse, mais quand on lui promet une promotion, il change d’avis. Le 701°, commandé par le Colonel Dax (Kirk Douglas) part donc à l’assaut, et échoue. Le Général en chef, Broulard (Adolphe Menjou) veut des coupables. Machiavélique, Mireau lui propose quelques soldats à fusiller pour l’exemple.

L’un est tiré au sort (alors qu’il a été cité à deux reprises pour bravoure), un autre parce que son lieutenant le trouve asocial, un troisième parce qu’il a menacé son supérieur de dénoncer sa lâcheté lors d’une patrouille qui a mal tourné.

Dax, assure leur défense en cour martiale, – il est Avocat dans le civil -, mais nos héros sont fusillés.

Conclusion inattendue dans une taverne : des soldats du 701°, huent une pauvre « prise de guerre » (c’est ainsi qu’elle est présentée), une jeune allemande (Christiane Harlan, future Madame Kubrick). Seule contre cette bande d’hommes déchaînés, la jeune fille semble n’être bonne à rien, à part se faire violer (le patron de la taverne montre complaisamment sa poitrine, son « seul véritable atout »). Mais voilà, elle se met à chanter, les soudards se taisent, et bientôt, sont émus aux larmes.

La Violence et le Sacré

Commençons donc par Girard…

Ces trois hommes, innocents aux yeux des règlements militaires (ce sont les officiers de la cour martiale qui le disent eux-mêmes), sont à l’évidence victimes d’une terrible injustice.

Chez Girard, et sa théorie de la victime mimétique, il faut un bouc émissaire qui « purge » la société de ses péchés. Pour que tous vivent, il faut que l’un meure. D’où son explication de la tragédie biblique de Job (un homme riche, honnête, religieux, sur qui s’abat soudain tous les malheurs du monde). Ici, dans les Sentiers de la Gloire, pour emmener tant de monde à l’abattoir, il faut non seulement un ennemi identifié (l’allemand, l’allemande), mais aussi gérer l’ennemi intérieur (le traître). Si l’offensive est ratée, il faut trouver des coupables. Cela ne peut être une faute collective (dans ce cas, c’est la défaite assurée), c’est forcément la faute de quelques-uns. Nos trois héros feront parfaitement l’affaire, car, justement, ils sont parfaitement innocents. Car comme le dit le Général en Chef « Rien de plus revigorant que de voir quelqu’un mourir à côté de soi ! », paraphrasant presque le Ernst Jünger du Journal Parisien, qui notait en 1942 : « Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, mais tout ce qui nous tue nous rend encore plus fort ! »

Mieux, ce processus s’étend, et Mireau est bientôt lui aussi sacrifié par le Général en Chef qui l’envoie en commission d’enquête, quand Dax lui amène sur un plateau la preuve de son incompétence (il attaque en sous-effectif, fait tirer sur sa propre troupe par l’artillerie, etc.) Pour sauver les soldats, il faut sacrifier trois soldats, pour sauver le corps des officiers, il faut sacrifier un officier…

Et personne, à part le Colonel Dax, qui prend là une pose christique – rôle fétiche chez Kirk Douglas – ne viendra s’en offusquer. Kubrick ne montre d’ailleurs le soutien d’aucun camarade, et se complait au contraire à mettre en scène l’extrême discipline qui procède à leur exécution. Et offre ce contrepoint passionnant (car nous nous sommes évidemment mis du côté des « pauvres soldats face à la boucherie des officiers ») en inversant ce point de vue dans la conclusion : en cinq minutes, voilà les « pauvres soldats » devenus des bêtes immondes face à une femme seule, puis, nouveau retournement, agneaux émus aux larmes par son chant. Toute la vision Kubrickienne de l’humanité est là.

Le faible secours des structures sociales

Malgré l’organisation hyper structurée de nos sociétés modernes, Kubrick montre qu’elles ne sont d’aucun secours face à l’injustice. Le cas des trois soldats est léger, mais rien n’arrêtera l’arbitraire en train de se commettre : ni la structure militaire, pourtant ultra-réglementée, qui fournit un cadre juridique à la condamnation des soldats, et, donc – théoriquement – la possibilité de se défendre, ni même l’accumulation de preuves en leur faveur (l’officier d’artillerie qui a refusé de tirer sur ses troupes sans ordre écrit, et qui obtient gain de cause). De même, la religion ne sera d’aucun secours (que l’on soit croyant ou non, rien ne change l’absurdité de la mort). On retrouvera le thème du prêtre inutile dans Orange Mécanique.

La décadence Mitteleuropa

Dans les Sentiers de la Gloire, on trouve une valse de Strauss, beaucoup moins célèbre que celle de 2001, mais qui remplit un rôle similaire : montrer une société à son apogée mais qui court à sa perte (les ors des palais austro-hongrois XIXème, pendant de la perfection technologique de l’humanité du XXIème siècle). La Mitteleuropa, ses bals, et ses militaires en tenue d’opérette, ou les cadres froids, technos et inhumains de 2001 dansent sur la même valse. Il faudra un événement d’envergure (une guerre, un monolithe E.T.) pour changer d’ère.

Comme dans 2001, Kubrick joue de la perfection des alignements. Palais XVIIIème filmés au cordeau, défilés et alignement militaires filmés volontairement « dans l’axe », premiers travellings arrière qui formeront sa marque de fabrique, tout cela est opposé à la brutalité de l’offensive, qui elle est filmée de coté, sans héroïsme aucun. Les singes d’un coté, la sauvagerie de l’homme, filmé en opposition des « œuvres de civilisation », palais ou vaisseaux spatiaux. Mais on meurt dans la boue dans toutes les guerres, dans Les Sentiers de la Gloire, dans Barry Lyndon, dans Full Metal Jacket.

La patrouille perdue

Etrange obsession. La patrouille perdue, c’est le thème du « brouillon » Peur et Désir, premier film maudit, dont Kubrick essaya de détruire toutes les copies, tant il jugeait l’œuvre indigne de lui. Peur et Désir ? Etrange comme ce simple titre peut pourtant définir toute l’œuvre Kubrickienne. De quoi parle Fear and Desire ? D’une patrouille qui se perd en territoire ennemi, rencontre une ennemie, et veut la violer… Full Metal Jacket ? Une patrouille se perd dans Huê et manque d’être décimée par une sniper vietminh. Rattrapée, les Marines évoquent la possibilité de la violer, puis finalement l’achèvent… Dr Folamour ? Un avion perd ses codes en territoire ennemi, est incapable d’interpréter un message de retour, et déclenche l’apocalypse nucléaire parce qu’un colonel a des « problèmes d’érection ». Les Sentiers de la Gloire ? Une patrouille se perd, et tue par erreur un camarade ; cet événement déclenchera la condamnation d’un des trois soldats, tandis qu’on évoque la possibilité de violer la jeune allemande à la fin… ces coïncidences n’en sont pas ; la peur et le désir sont étroitement liés chez Kubrick. Une fois effrayé par la méthode Ludovico, Alex n’a plus de désir, même pour une très belle femme nue, dans Orange Mécanique. Bill Hartford patrouille lui aussi les « yeux grands ouverts » dans la nuit new-yorkaise, qui est à la fois la nuit des désirs, mais aussi la nuit de la terreur, celle de sa paranoïa, mais celle aussi de la vraie violence (la bande de hooligans, les libertins masqués, le type qui le suit). Bill sombre dans la peur plutôt que de suivre le conseil final de sa femme : « Fuck ». De même, Barry Lyndon est prêt à toutes les violences pour le sexe ; affronter en duel un militaire de carrière pour séduire une cousine, affronter la noblesse du royaume pour conquérir puis garder Lady Lyndon. Non cher Stanley, tout était là dans votre première œuvre. C’est sûrement empli d’effroi que vous avez détruit les bobines….

La musique, commentateur ironique

Tout le monde le sait, la musique est un élément à part entière de la chorégraphie Kubrickienne. C’est surtout vrai pour sa période « Couleur », quand il décide de se passer de musique originale et piocher directement dans le répertoire (2001 et suivants). Mais des prémices se trouvent déjà dans ses premières œuvres. Dans Les Sentiers de la Gloire, cela commence même dès le générique : une Marseillaise tonitruante, qui se conclue par un bizarre accord mineur : tout est dit. Le Patriotisme, royaume du mode Majeur, mais surtout « dernier refuge de la canaille », selon le Colonel Dax, se termine en Mineur : la guerre, la souffrance, et la mort. Mais il y a aussi l’introduction d’un pattern typiquement Kubrickien : la musique populaire qui sert à clôturer le film. Ici, une chanson traditionnelle allemande, chantée du bout des lèvres par la prisonnière allemande, et qui retourne le cœur des soldats. Une chance que n’aura pas son équivalente vietminh dans Full Metal Jacket. Le film se conclue lui aussi, par deux chansons populaires : Mickey Mouse, et Paint it, Black.

On retrouve ce principe presque partout chez Kubrick (We’ll Meet Again, à la fin de Dr Folamour, Singing in the Rain dans Orange mécanique, Home, dans Shining, la Jazz Suite de Chostakovitch dans Eyes Wide Shut)… Cette petite musique, c’est évidemment un procédé, une façon de sortir le spectateur de la salle de cinéma, d’alléger le pathos qui accompagne souvent un Kubrick. Mais c’est aussi une façon de marquer le spectateur à jamais (plus facile de chantonner We’ll Meet Again que le Requiem de Ligeti). C’est enfin la petite musique de la vie ; au travers de ces chansons populaires, et de leurs paroles à double sens, on conclue le film d’une morale sarcastique. Non, nous ne rencontrerons plus jamais à la fin de Dr Folamour, car la Terre est rayée de la carte, et nous ne chanterons peut-être pas sous la pluie en pensant à Gene Kelly, terrifié par le sort qu’Alex (Et Kubrick) ont désormais réservé à cette chanson.




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