lundi 7 novembre 2011


L’Exercice de l’Etat
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Comme le dit le Président de la République, dans L’Exercice de l’Etat, « Il faut savoir prendre les cadeaux que les dieux laissent sur notre chemin… »

Quand on a deux heures à tuer, on va au cinéma. Mais que voir ? On veut aller voir Drive, la sensation Ryan Gosling du moment, mais elle passe à 16:15. Tant pis, on patientera trois quarts d’heure au Starbuck, devant un Espresso Tall et un Cookie Chocolat Blanc. Sauf que cette foutue carte UGC Solo ne fonctionne pas, ou alors c’est la borne… Les dieux, malicieux, viennent de nous donner quelque temps pour réfléchir. Changeons de borne. Et si plutôt nous allions voir … Les Marches du Pouvoir, encore et toujours Ryan Gosling ou encore… L’Exercice de l’Etat, film français, ouille ouille ouille, mais à 15:45, c’est à dire maintenant, et dont la bande annonce nous a tapé dans l’oeil ? Allez c’est parti…

Eh bien, les dieux sont cléments, car L’Exercice de l’Etat, c’est une perle ! Un chef d’œuvre hivernal caché au milieu des Tintin, Intouchables et L’Incroyable Histoire de Winter le dauphin, 3D. Un film fin, subtil, ambitieux, comme il n’en sort pas deux par an.

L’histoire, a priori, est sexy comme un édito du Figaro sur la dette grecque : quelques jours dans la peau de Bertrand St-Jean, Ministre des Transports de la République. Waouh ! voilà un projet excitant ! un Sucker Punch à la française ! Mais non, Pierre Schoeller va dérouler pendant deux heures un huis clos angoissant sur la vie quotidienne des cabinets ministériels. A la Maison Blanche, version noire. Faut-il privatiser la SNCF ? Le ministre est contre. Mais dans l’ombre, certains pensent le contraire… Comment concilier sens de l’état, loyauté gouvernementale, éthique personnelle : voilà le thème du film.

Sur ces sujets casse-gueule, le cinéma se casse généralement la gueule, et, très souvent, le cinéma français récent : sujet fétiche des années 70 (Le Juge Fayard, L’Etat Sauvage), le traitement de ces sujets est devenu un peu concon. Mais là, Schoeller tient les gageures de nous passionner pour son sujet, de ne jamais franchir la ligne jaune de la démagogie, de ne pas s’enferrer dans une pédagogie lourdingue, et surtout, de ne s’interdire de rien, même la poésie ou une scène onirique. Car la politique a ceci de commun avec la poésie, ou la religion, c’est que le mot y devient geste : il suffit de dire que l’on va privatiser les gares pour que soudain, la machine de l’état se mette en branle au service de cette parole. C’est ce que filme Schoeller, la difficulté de parler (que dire après un terrible accident de car scolaire, sinon des banalités), que dire à la radio (et risquer de dire une connerie qui engagerait le gouvernement), que dire à un enterrement, quand on vous interdit de parler ?

Le film pourrait tomber dans cette pédagogie lourde (L’Etat façon Michel Chevalet, comment ça marche ?) si un orfèvre n’était à la manœuvre, exemple : au milieu du terrible accident introductif, la chargée de com lui fait changer de cravate. Même au cœur de la tragédie, la com, toujours la com. Cette anecdote, qui pourrait être largement développée, expliquée, explicitée, passe en quelques secondes… Autre exemple : le jargon. Schoeller, visiblement bien informé, ne cherche pas la facilité, il cherche à faire vrai. On parle ainsi du péhère, tout au long du film, sans trop comprendre de quoi il s’agit, jusqu’au moment où l’on comprend qu’il s’agit de PR, Président de la République !

Autre point fort, les acteurs, tous excellents : Gourmet dans le rôle-titre est criant de vérité en Ministre, mais aussi en gars proche du peuple, Michel Blanc est glaçant en Machiavel* de service, Zabou Breitman chargée de com efficace, Laurent Stocker, le jeune énarque conseiller du ministère, Didier Bezace, etc. Et même quand cela se relâche un peu (le chauffeur-contrat de qualif censé exprimer « la parole du peuple »), ça reste encore tout à fait acceptable…

Du coup, L’Exercice de l’Etat is a serious contender for the Toutahauzeneleveune Topten… même si, coup de Jarnac final : à la lecture du générique, le Professore s’aperçoit que le film est produit par… Les frères Dardenne. Et là, ça fait mal !

* dans la bouche du Professore, c’est toujours un compliment : conseiller, coach, Apôtre de la Nécessité, tout ce que voudrez, tant que vous n’ajouterez pas l’adjectif machiavélique


3 commentaires à “L’Exercice de l’Etat”

  1. Ingela écrit :

    A quand le poste sur ‘The Good Wife’?
    Déjà que tu as zappé ‘Bridesmaids’, je vais finir par t’accuser de misogynie. (Et fais-moi confiance pour brancher la Professora sur l’affaire aussi..!) (Non je ne menace pas; j’informe simplement.)

  2. CineFast » Topten 2011 écrit :

    […] Bottom Five 1 Mon Père Est Femme De Ménage 2 Ex-Ae : Tree Of Life 3 Ex-Ae : Black Swan 4 Ex-Ae : Tous Les Soleils 5 L’exercice De L’état […]

  3. emilio écrit :

    avec un titre comme ca, c’etait effectivement dur de separer le bon grain de l’ivraie mais a l’occasion d’un replay sur arte. alors que j’etais en train de m’endormir sur the crown de netflix ce film m’a redonne un coup de peche de sa mere. Un (excellent) choc;

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