[ Les films ]



jeudi 31 janvier 2013


The Rock
posté par Professor Ludovico

En 1996,  The Rock signe l’aboutissement du film « High Concept » mis en place par le duo  de producteurs Simpson/Bruckheimer ; une aventure des eighties à découvrir dans Box Office, le passionnant livre de Charles Fleming consacré à Don Simpson.

Or ce film, c’est aussi le dernier : la même année, Don Simpson meurt dans ses toilettes, une bio d’Oliver Stone à la main. Incident cardiaque, dû à l’abus de médicaments et de drogues. Simpson ne verra pas Armageddon, futur film de leur poulain Michael Bay. Or, The Rock n’est que le brouillon d’Armageddon, en alignant les mêmes thématiques, et les mêmes figures de style. Démonstration.

Le parcours du héros

The Rock et Armageddon, c’est – malgré les apparences – la même histoire, le même Parcours du Héros Simpsono-Bruckheimerien. Deux types ordinaires, deux real McCoys sauvent la planète, en combattant à la fois l’ennemi intérieur (qui n’en est pas vraiment un) et l’Etat Tyran  (qui nous a vraiment mis dans le pétrin).

Dans Armageddon, c’est le duo Willis/Affleck, binôme antique Vieux Con/Jeune Con, qui sauve la planète, aidé par une joyeuse bande de Village People issue des recoins de l’Amérique trash. Dans The Rock, ce binôme est déjà là : Nicolas Cage débute sa fructueuse coopération avec les S&B dans le rôle de Stanley Goodspeed (« Bon vent » en anglais (1)), un ingénieur spécialisé dans les armes bactériologiques. Sean Connery est John Patrick Mason, un ancien détenu d’Alcatraz, évadé multirécidiviste. Les voilà obligés de faire équipe pour empêcher un général renégat, Hummel, (Ed Harris, en beauté !), de bombarder San Francisco, pour (sic !), restaurer l’honneur perdu des centaines de Marines morts au combat dans des missions secrètes. Pour cela, le duo Mason/Goodspeed doit se rendre sur The Rock, qui n’est pas un astéroïde tueur mais bien la prison d’Alcatraz, dans la baie de San Francisco.

L’Etat Tyran, l’Etat Menteur

Constante américaine, constante républicaine, constante simpsono-bruckheimerienne : depuis la Révolution de 1776, les américains semblent vivre dans l’angoisse du retour de la tyrannie, sous la férule d’un ennemi extérieur (les british, les communistes, les extraterrestres), ou intérieur (l’administration fédérale, le FBI, Washington) (2). Un propos parfaitement illustré par X-Files, 24 ou Homeland.

Mais chez Simpson/Bruckheimer, l’ennemi extérieur n’existe pas. Les Russes d’Armageddon sont nos amis. Les Russes d’USS Alabama sont nos amis, aussi, à part quelques exaltés, vite réduits au silence par les troupes loyalistes. Il y a bien une menace extérieure dans Top Gun (des Lybiens), mais le véritable ennemi de Maverick, c’est lui-même. La constante de Simpson/Bruckheimer, c’est bien la tyrannie intérieure, le risque d’un état centralisateur, omnipotent, manipulateur, qui commande tous les espaces de nos vies. L’état est une menace ; l’état, c’est LA menace.

C’est précisément l’argument de The Rock : le Général Hummel prend Alcatraz, ses 80 touristes, et la ville de San Francisco en otage pour extorquer au gouvernement 100M$ : une récompense pour les familles des soldats morts en opération secrète, sans sépulture. On n’a rien dit aux familles : premier mensonge. Cet argent, Hummel veut qu’il provienne des trafics d’armes de la CIA, c’est à dire l’Irangate (vente d’armes à l’Iran pour financer les Contras nicaraguayens). Deuxième mensonge.

Pour cela on fait appel à Mason, un type qui a passé trente ans à Alcatraz, parce qu’il est l’agent secret britannique qui a volé… les dossiers secrets de Hoover ! « This man knows our most intimate secrets from the last half century! The alien landing at Roswell, the truth behind the J.F.K. assassination. » Troisième, quatrième, cinquième mensonge !!! L’état nous ment, et il nous ment depuis toujours ! Kennedy, Zone 51, Irangate.

Dans cette introduction, Bay a posé le dilemme : même si ses méthodes sont contestables, Hummel met le doigt où ça fait mal, sur l’état manipulateur, qui surveille les citoyens, bafoue leurs libertés individuelles, et qui – terrible péché – nous ment. Comme dans Armageddon, Ennemi d’Etat, USS Alabama, ou Déjà Vu.

Cela permet de justifier – au passage – le port d’arme, autre obsession redneck. Chaque citoyen devant être capable, comme les Minutemen de 1776, de se retrouver armes à la main pour casser de l’Habit Rouge. C’est traité ici au travers d’une blague : le gardien d’Alcatraz n’est pas autorisé à porter une arme (comme s’il pouvait faire quelque chose contre cinquante marines surentrainés !) Une mama noire, touriste otage, se moque de lui : « Oh you’re not allowed to carry a gun? I got a goddamned gun! If I’d’a known this was gonna happen, I’d’a brought my mother-fuckin’ gun! » Si on avait armé les citoyens, tout cela ne serait pas arrivé ; heureusement, deux citoyens lambda vont prendre les choses en main.

Le Président des Etats-Unis, créature luciférienne

Si les démocrates – et donc Hollywood en général – magnifient souvent la fonction (A La Maison Blanche, Président d’un Jour, Deep Impact, 2012…), c’est une antienne du cinéma « républicain », que d’en faire la critique. Avec une autre illustration de la tyrannie : l’imagerie présidentielle.

Dans Armageddon, POTUS (3) donne l’ordre de faire sauter l’astéroïde et sacrifie ainsi Bruce Willis. Idem dans The Rock : le Président ne croit plus en Goospeed et Mason, il envoie donc ses avions bombarder le rocher d’Alcatraz, alors que nos héros sont justement sur le point de stopper Hummel et ses Marines terroristes.

Manque de confiance dans l’héroïsme du Citoyen lambda ? Usage inconsidéré de la force brute ? Décisions absurdes, prises dans le brouillard ? Cette critique de la fonction présidentielle est déjà développés dans l’USS Alabama de Tony Scott, où des procédures foireuses, sans tête, rédigée en haut lieu sans le pragmatisme du terrain manquent de mener à l’apocalypse nucléaire, c’est à dire : l’Armageddon.

Comment mieux illustrer ce gouvernement « sans tête » ? En évitant de le filmer. Dans toutes ces oeuvres, on ne voit rien du Président des Etats-Unis. Invisible dans USS Alabama, simple regard bleu-vert dans The Rock, nimbé d’une sorte de vapeur (le diable ? l’indécision ?), et carrément dans l’obscurité du Bureau Ovale dans Armageddon, tel Méphistophélès dans les ténèbres, force immatérielle possédé de noirs desseins.

Les soldats perdus de l’extrême droite

Les extrémistes de droite sont des personnages récurrents dans l’univers Simpson/Bruckheimer. Provocation Sudiste et républicaine (4) vers un Hollywood Nordiste, bien-pensant et démocrate ? Pas seulement. Les personnages très à droite de leurs films sont toujours nuancés et un perpétuel mouvement de balancier vise à les mettre en perspective. D’abord de manière très négative, puis sensiblement positive, jusqu’au point où ces films finissent irrémédiablement par sonner comme un plaidoyer avec circonstances atténuantes. Un processus tout à fait à l’œuvre dans Le Plus Beau des Combats, mélo sur le foot US, sorti en 2000. Le facho n’est pas celui qu’on croit : l’entraineur sudiste a les idées plus ouvertes qu’on ne le suppose de prime abord, et le vrai facho (sur le terrain, du moins), c’est Denzel Washington, le coach noir imposé au premier. A la fin, ce mouvement de balancier aura « positivé » les deux personnages, qui deviendront amis, comme dans la vraie vie.

Dans The Rock, Michael Bay poursuit ce même but : Hummel est d’abord présenté comme un personnage sombre, terrifiant et sans pitié : il fait tuer des dizaines de soldats pour s’emparer des munitions. Mason – tout à son rôle de sidekick british – moque l’absurdité de la démarche (et au passage, du scénario !) : « I don’t quite see how you cherish the memory of the dead by killing another million. And, this is not combat, it’s an act of lunacy, General Sir. Personally, I think you’re a fucking idiot. » Cette autodérision scénaristique est une indication du caractère comique, autoparodique, de The Rock.

Mais ensuite, Hummel révèle une grande compassion pour tous les soldats, amis ou ennemis, et un grand sens de l’honneur (5). Dans un mexican standoff (6) d’exception, les Navy Seals (commandés par Anderson, un officier ayant servi sous les ordres du Général) se font piéger dans les douches d’Alcatraz, ce Fort Alamo du pauvre. Ils refusent de se rendre, et se font abattre jusqu’au dernier.

Hummel, consterné par un massacre qu’il a tenté d’éviter, montre alors toute son humanité (au mépris de tout réalisme scénaristique !) Hummel est certes un facho, mais 1) il a des raisons valables (le message politique du film, voir plus haut), 2) il peut se montrer humain. A la fin du film, Hummel déviera même un missile avant sa chute fatale sur San Francisco. « Me prenez-vous pour un dément ? Je n’allais pas tuer des milliers de gens !! » : Hummel admet sa défaite, et demande à ses hommes de se rendre. Mais certains ne sont pas aussi nobles : « I want my fucking money !!! » Ce sont eux, les véritables traîtres. Ils n’étaient là que pour l’argent, pas pour l’honneur. CQFD.

La Loi du Talion

« L’Europe est baignée dans le culture du Nouveau Testament (égalité, charité, pardon), tandis les Etats-Unis sont dans le culte primitif de l’Ancien Testament (Dix Commandements, Loi du Talion) » Si je me permets de citer la théorie du FrameKeeper, c’est que c’est une constante du cinéma US, qui irrigue tout aussi bien le film d’action (La Loi du Talion) que la comédie (happy ending sur les valeurs familiales). The Rock, mi-film d’action, mi-comédie, possède évidemment les deux.

Quand sonne l’heure du jugement, séparant le bon grain de l’ivraie, Hummel « l’Homme d’Honneur » meurt dans les bras de Goodspeed, qui a tenté de le sauver d’un deuxième mexican standoff. Comme un châtiment divin, il répond au premier : « Qui vit par l’épée périra par l’épée ! » Les autres terroristes subissent également la Loi du Talion, symboliquement punis en fonction des crimes commis : empalé par le missile qu’il allait lancer, ou avalant la munition bactériologique qu’il allait répandre sur San Francisco.

La rédemption des pères

Si les femmes sont rigoureusement absentes de The Rock, hormis les quelques apparitions habituelles (et minuscules) de la Fille ou de l’Epouse/Mère (7), c’est que le thème de la famille, et particulièrement des défaillance paternelles, est central.  En mineur dans The Rock, et en vrai thème dans Armageddon, les pères sont à la ramasse à Alcatraz.

Mason a passé sa vie à tenter de s’évader (dans tous les sens du terme) et n’a jamais vu sa fille. Nick Cage est un adulescent, qui tripatouille sa guitare et commande via Fed-Ex des vinyls des Beatles ; il ne veut pas d’enfant. Pas de bol, sa compagne est enceinte.

Voilà donc nos deux personnages principaux confrontés aux affres de la maturité. C’est l’objet d’une scène, lourde de sens, au sommet de San Francisco, dans le jardin du Musée des Beaux Arts (le bâtiment s’appelle aussi Legion of Honor !) Au milieu de colonnes grecques, de l’Athena moderne, nos deux mâles gagnent en sagesse : Mason promet à sa fille de revenir, en faisant un mea culpa retentissant, et Goodspeed lui sauve la mise (en faisant croire qu’il est « en mission », et pas évadé de nouveau)…

Même cause, même effet dans Armageddon. Bruce Willis n’a pas été un bon père pour Liv Tyler : sa rédemption finale sera de « confier » sa fille à Ben Affleck. Will Paxton est divorcé : il retrouvera épouse et enfant. Steve Buscemi est un obsédé sexuel : il voudra un enfant, après ses exploits interstellaires. La morale est sauve : tout désordre, même après la pire catastrophe humaine possible (l’armageddon !) doit retourner à l’ordre moral, social et familial, dans la plus pure tradition puritaine US.

Le Rookie/L’Homme d’Expérience

Etait-ce une allégorie de leur propre association ? Ou le signe de brûlures plus intimes ? Les deux producteurs ont multiplié les duos de mâles dans leur cinématographie : 48 heures, Le Flic de Beverly Hills, Bad Boys, USS Alabama, Jours de Tonnerre, jusqu’à ce duo de père et fils virtuels.

Mason, le Père, a tout raté : il multiplie les conseils à Goodspeed, son « Fils », lui-même père en devenir : « Losers always whine about their best. Winners go home and fuck the prom queen ! » ; « I’m fed up saving your ass. I’m amazed you ever got past puberty. » ; « I’m sure all this will make a great bed time story to tell your kid. »

Selon les canons de la comédie américaine, ces personnages ne sont que deux faces interchangeables, que l’on réconcilie à la fin. Goodspeed devient courageux et bagarreur, Mason devient sage et plein d’honneur. Le coup de génie étant d’avoir inversé les rôles au début. On croit que Mason est un vieux gâteux, il est en fait un agent secret en forme exceptionnelle, et Goodspeed, qui a montré son courage dans l’intro en désamorçant une bombe bactériologique serbe, se révèle plutôt poule mouillée. Les scènes d’action du milieu du film s’en trouvent renforcés, car le spectateur jubile devant l’énergie du vieux et le regard perpétuellement effrayé du rookie, le tout appuyé de dialogues délicieusement hardboiled (« Je vais très bien, CONNARD !!! »).


Le partenariat avec la Navy

Avec Top Gun, les Simpson Bruckheimer ont développé un partenariat riche avec l’US Navy (8). La Marine avait mis à leur disposition porte-avions et F-15 sans compter, elle fut récompensée par un clip de recrutement de 110 mn. Ces bonnes relations serviront ensuite à monter USS Alabama, et The Rock. Les « méchants » sont des Marines, les gentils des Navy Seals, et les méchants avions qui vont les bombarder sont eux aussi prêtés par la Navy (mais on cache soigneusement leur appartenance !)

Figures stylistiques

Côté style, rien de nouveau sous le soleil : l’œuvre simpsono-bruckheimerienne n’est qu’un éternel work in progress, de Flashdance  aux Experts. Entre les deux, la « patte » S&B se sera installée, elle aura même fait florès dans tout Hollywood.

Côté image, The Rock perfectionne le look fluo mis en place dès Top Gun. Vert et bleu pétant, et jolis filtres Belkin, furieusement eighties, pour des couchers de soleil couleur tabac. Côté musique, grosse pop qui tache pour vendre des CD, et musique russo-wagnérienne de gros tonnage pour le reste.

Au-delà de cette averse de couleurs et de sons, un déluge phénoménal de cascades et d’explosions, même quand l’action le justifie peu. L’évasion de Mason dans San Francisco donne lieu par exemple à une course-poursuite dantesque et totalement irréaliste (la Ferrari 355 explosant fenêtres et devantures sans jamais se rayer, jusqu’à sa destruction finale.) Le tout, faut-il le souligner, sans aucun trucage numérique…

Ce style apocalyptique est devenu la marque de fabrique de l’usine Bruckheimer. Des Experts à l’ensemble de la filmographie qui va suivre : Les Ailes de l’Enfer, 60 Secondes Chrono, Black Hawk Down, Bad Company, The Island, Transformers

Mais The Rock est sûrement l’apogée de ce style. Don Simpson va mourir. Le duo commençait à battre de l’aile, devant ses excès coke-médocs-putes, mais la mort de Simpson va profondément affecter Jerry Bruckheimer. De fait, sa production va s’assagir : moins de violence (Coyote Ugly), plus de films familiaux grâce à un contrat en or avec Disney (Pirates des Caraïbes, Benjamin Gates), ou plus profonds (Le Roi Arthur, Le Plus Beau des Combats). Il entamera aussi une série de succès exceptionnels à la télé avec Les Experts, mais aussi Cold Case, et FBI : Porté Disparus.  Aujourd’hui, son royaume est consensuel. Question de business, mais aussi d’âge.

De son côté, Michael Bay sera finalement le plus fidèle continuateur (9), avec des films sur-vitaminés (Bad Boys II), mais eux aussi plus profonds (The Island), ou plus familiaux, sous influence de Spielberg (Transformers)

The Rock, (Ge Rock pour les intimes, attachés à la prononciation toute particulière de Sir Connery) sera évidemment massacré par la critique à sa sortie et tout aussi évidemment un formidable succès en salle.

Il reste aujourd’hui le parangon de ce cinéma drôle et écervelé.

Et, disons-le tout net, un classique.

  1. On dit aussi God speed, ce qui est aussi le nom d’un bateau célèbre, chargé de colons qui qui fondèrent la colonie de Jamestown en Virginie. Les Pères Fondateurs, encore, toujours.
  2. Comme le dit le Commandant Anderson (Michael Biehn), chef des Navy Seals venus l’intercepter : « But like you, I swore to defend this country against all enemies, FOREIGN, sir… and DOMESTIC »
  3. President Of The United States
  4. Jerry Bruckheimer est un des rares donateurs du parti républicain à Hollywood
  5. Tout comme le personnage de Déjà Vu, interprété par Jim Caviezel
  6. Figure de style chère au western spaghetti, où trois cowboys  (ou plus) se menacent mutuellement. Ça finit en général par un carnage.
  7. On notera l’obsession Bayenne pour les filles pointues, aux yeux en amande et brunes : Kate Beckinsale dans Pearl Harbor, Liv Tyler dans Armageddon, Vanessa Marcil dans The Rock, Megan Fox dans Transformers
  8. Il faut à ce propos absolument lire l’excellent livre de Jean-Michel Valantin « Hollywood, le Pentagone et Washington, Les trois acteurs d’une stratégie globale ».
  9. Il fera encore trois films avec Jerry Bruckheimer : Armageddon, Pearl Harbor et Bad Boys II

 




dimanche 27 janvier 2013


Topten 2012
posté par Professor Ludovico

C’est la saison des galettes et le retour de l’inévitable Topten, institution morganienne depuis dix huit ans (de Morgane, l’association où le Professore a réalisé une poignée de chefs d’œuvres en Super8 dans les années 90). En clair, une bande de potes et de potesses qui s’étripent sur les films de l’année.

Un exercice un peu vain, vu qu’ils n’ont pas vu les mêmes. Entre l’école GCA (Grosse Connerie Américaine, Battleship en tête) et GcrA (Grosse comédie romantique Américaine, Jusqu’à Ce Que LA Fin du Monde nous Sépare), entre ceux qui ont vu deux cent films, donc forcément quelques films ouzbeks, et ceux qui ont en vu vingt, dont forcement Astérix, ceux qui aiment encore Pixar, et ceux qui le détestent depuis Monstres et Cie. Bref, c’est magouille et compagnie (« Allez, vote, Gilles ! On fera gagner John Carter !)

Le Professore, aidé des outils les plus modernes (Excel 2003), avait préparé son Topten, et ça donnait ça :

1 Les Enfants de Belle Ville
2 Martha Marcy May Marlene
3 Margin Call
4 Damsels in Distress
5 Looper
6 Cogan Killing them softly
7 Les Adieux à la Reine
8 Battleship
9 John Carter
10 Moonrise Kingdom

Et son Bottom Five :

1 Prometheus
2 Cosmopolis
3 Les Bêtes du Sud Sauvage
4 Les Seigneurs
5 The Descendants

Aucune surprise, donc, pour ceux qui suivent ce blog.

Les Topten de chacun furent passés à la moulinette mathématique du Président Philippe (ceux qui n’ont vu que 45 films ne peuvent voter que pour 10 films, par exemple)…  ça finit par donner ça :

1 Starbuck
2 Argo
3 Margin Call
4 De Rouille et d’Os
5 Anonymous
6 ex ae Cloclo
   ex ae Jusqu’à Ce que la Fin du Monde nous Sépare
8 Les Adieux à la Reine
9 ex ae John Carter
    ex ae La Part des Anges

Et le Bottom 3 :
1 Prometheus
2 Associés contre Crime
3 Astérix au Service de sa Majesté

Au final, comme dans toute GcrA qui se respecte, tout le monde tombe d’accord pour dire que 2012 est un très bon cru avec beaucoup, beaucoup de bons films, et peu, très peu de mauvais films.

Et on repart du Topten avec une liste de films à voir, les bonnes résolutions de l’année : Starbuck (déjà conseillé par une CineFasteuse canadienne), Premium Rush, Camille redouble, Oslo 31 août, Du vent dans les mollets, Le bus 678

Au travail !




lundi 21 janvier 2013


Django Unchained
posté par Professor Ludovico

Et voilà ! On s’est encore fait avoir par Quentin T., le roi du pitch, comme deux autres grands escrocs : Luc Besson, ou Ridley Scott. On a beau savoir ce que c’est, une escroquerie à grande échelle, un faux chef d’œuvre, on y va quand même. Comme quand Luc B. nous proposera un super film sur Valerian, on ira, ou Ridley S., le film définitif sur Alien ou Blade Runner, on s’y rendra pieds et poings liés. C’est inexplicable, c’est comme ça.

Le Professore a beau dire pis que pendre sur ce diable de Tarantino, mais pour autant, il y va quand même ! Un film « double feature » de bagnole ? Il y va ! Un film sur la seconde guerre mondiale ? Avec Brad Pitt ? Allez on y va ! Sur le western spaghetti (le Professore n’a vu aucun western spaghetti : on y va aussi !

Pourquoi ? Parce que l’on sait que le gars est sincère, qu’il y aura beaucoup d’amour dans le film de QT, un amour irréductible pour le cinéma, mais malheureusement rien que ça.

Pendant la première heure, pourtant, on croit que le mec a grandi, qu’il s’est acheté une conscience, qu’il veut faire un film sur les horreurs de l’esclavage, lui le petit rital blanc qui aime tant les noirs et leur culture (Jackie Brown, Pulp Fiction). C’est plutôt réussi, ça avance pas mal, mi-comédie, mi-pastiche. Mais QT ne peut résister à une bonne scène de cinéma : quand il récupère Leonardo di Caprio au mitan du film, il lui confie les clefs du camion et l’autre les prend, dans une performance extraordinaire.

À partir de là, le film devient n’importe quoi, mais Tarantino s’en fiche, parce que lui, son truc, c’est le pastiche ! Peu importe que l’histoire ne tienne pas debout, que les gags ne soient pas terribles, que ça commence à traîner en longueur. « Je suis dans le PASTICHE, vous dis-je ! » semble-t-il hurler au spectateur. Et comme à chaque fois, on commence à s’ennuyer… tout simplement parce qu’il est impossible de regarder quelque chose qui ne veut rien dire. Même les films les plus ringards de Michael Bay ont un petit quelque chose à dire, ce ne sont pas juste des jouets de cinéma. Même quand Spielberg s’amuse avec des dinosaures, ou la bio de Lincoln, il raconte quelque chose. Ça peut être ridicule (les messages républicains de The Rock, chronique à venir), prétentieux (Le Lincoln de Spielberg pèse déjà très lourd, et on n’a vu que la bande annonce), mais au moins il y a un adulte derrière, qui essaie de nous raconter quelque chose.

Un jour, j’étais dans un taxi marseillais ; il ne cessait de crier sa vindicte sur ses congénères automobilistes « Regardez moi ces côônards, monsieur ! Espèce de côônard, qui roule à 120, dans le tunnel du Vieux Port !!! Si c’est pas un côônard ! » Comme je lui fais remarquer que lui-même roule à 110, il me répond, dans un grand sourire : « C’est que moi aussi, je suis un côônard ! »

Et bien moi aussi, je suis un côônard qui va voir les films de Tarantino.




mercredi 16 janvier 2013


Le Silence des Agneaux
posté par Professor Ludovico

Les grands films ne meurent jamais. Les grands acteurs non plus. Je suis tombé sur Le Silence des Agneaux, j’ai voulu regarder la scène culte (la rencontre avec Hannibal Lecter), et évidemment, je suis resté jusqu’au bout.

Pour une raison simple : Le Silence des Agneaux est a priori une série B (un shocker destiné aux teenagers à pop corn du samedi soir*), magnifiée en chef d’œuvre par un bon réalisateur (Jonathan Demme) mais surtout par son casting A-list : Jodie Foster et Anthony Hopkins. C’est eux qui tiennent le film, c’est eux qui en font une œuvre, qui transforment le monstre en être humain (à certains moments, aussi incroyable que cela puisse paraître, on est avec lui, contre le docteur qui le garde) et l’apprentie G-Man en personnage de chair et d’os, avec passé et fêlures. Jodie Foster est évidemment parfaite dans ce genre de rôle.

A côté, l’intrigue marche toujours, et elle est fort bien gérée par Demme (la scène de l’ascenseur, ou le double assaut) qui procurent l’effroi sous toutes ses formes : psychologique face à Lecter, ou physique dans l’ultime face à face avec le Tueur au Papillon.

A regarder à nouveau, de préférence en plein jour …

* Les suites (Dragon rouge, Hannibal et Hannibal Lecter : Les Origines du Mal), sont d’ailleurs retournées à cet état initial.




lundi 14 janvier 2013


The Master
posté par Professor Ludovico

Depuis Boogie Nights et Magnolia, les deux films extraordinaires qui le propulsèrent au sommet artistique d’Hollywood, Paul Thomas Anderson n’a cessé de nous proposer un cinéma certes brillant, mais âpre au goût.

Et c’est dommage.

Si Boogie Nights était un film passionnément humain, Magnolia une découpe chorale de la famille américaine, Punch Drunk Love marque le début d’un cinéma andersonien « de l’art pour l’art » : une comédie romantique peu drôle et peu romantique. There Will Be Blood est l’achèvement arty de ce procédé, avec un chef d’œuvre graphique, aride comme un coup de trique.

Il en va de même pour The Master.

Paul Thomas Anderson a énormément de talent, ça se voit. Il travaille beaucoup, ça se voit aussi. Mais son cinéma, sans aucune empathie envers ses personnages, sans la moindre concession au storytelling, reste quelque chose de glaçant : on regarde, on est fascinés, mais on ne ressent rien.

Paul Thomas Anderson n’est pas le premier cinéaste démiurge, plongé dans une œuvre plus grande que lui. Il n’est pas le premier à contempler l’humanité sous un microscope aseptisé, mais même Welles, Altman, Malick, Bergman se raccrochent à un personnage, à une histoire.

Et il y a matière, dans The Master. À commencer par ce personnage à la dérive, dans lequel Joaquin Phoenix a mis tout son talent et peut-être toute son âme. Philip Seymour Hoffman, (le Lancaster Dodd scientologue) délivre une performance peut-être encore plus extraordinaire, car moins outrée. Dans la double fascination des deux, la séduction physique de l’un, la séduction morale de l’autre, il y avait sûrement matière à s’apitoyer un peu sur ce matériau humain qu’Anderson étale devant nous. Car le reste est très pédagogue : méthodes d’endoctrinement, manipulations psychologiques, le scénariste-réalisateur a travaillé son réquisitoire.

Mais pourtant, Paul Thomas Anderson ne lâche rien. Au contraire, il étale ses plans virtuoses, impeccablement éclairés et filmés, et grave des images inoubliables : le bateau sous le Golden Gate Bridge, la Moto dans le Désert, viendront rejoindre quelque part dans notre cerveau le Piano qui Tombe de Punch Drunk Love, les Derricks en flammes de There Will Be Blood, les Grenouilles de Magnolia. Tout comme les performances d’acteurs, servi par des plans séquences étourdissants. Paul Thomas Anderson n’aime pas truquer, il ne coupe rien, impose, comme on le verra « de ne pas cligner des yeux » ; ses comédiens sont donc lancés dans le vide à 200 à l’heure, comme le funambule entre les deux tours du World Trade Center.

The Master est incroyablement beau, fascinant, bien vu sur les dérives sectaires, mais ne parle qu’à notre cerveau.




dimanche 13 janvier 2013


Une Femme Disparaît
posté par Professor Ludovico

Le Professore n’est pas devenu snob, il est snob.

Aux alentours de 1983, une grande rétrospective Hitchcock enflamma Paris. Le Professore, jeune Rastignac beauceron, venait de monter à Paris pour mener les brillantes études que l’on sait. Reclus dans un cul de basse fosse à Malakoff, terrifié par les dangers de la capitale, il engloutissait l’essentiel de son maigre budget dans les salles de cinéma. Mais cet engouement pour un cinéaste populaire était plus que suspect à ses yeux. Que la multitude communie ainsi, de façon si œcuménique, sur La Mort Aux Trousses, Rebecca, ou Vertigo , le répugnait au plus haut point.

Un an plus tard, la MJC de Malakoff proposa elle aussi ce cycle Hitchcock, au modique tarif de 5F la place. Le sang beauceron de Ludovico ne fit qu’un tour : à ce prix-là, vingt dieux, on pouvait bien se damner pour un Hitchcock.

Ce film, c’était Une Femme Disparaît.

Dès lors, le Professore entreprit son chemin de Damas. Rétrospective complète, Ciné-Club avec Claude-Jean Philippe (sur Antenne 2 le samedi soir) ou Cinéma de Minuit, sur FR3, avec la douce de voix de Patrick Brion le dimanche soir, le but étant de voir les 53 Hitch possibles. Ainsi paré, il restait à lire la Bible (« Hitchcock/Truffaut ») conseillé par elBaba. Lecture indispensable à tout cinéphile, même si on ne s’intéresse pas à Hitchcock. Car ce livre dit tout ce qu’il faut savoir sur le cinéma, de la direction des actrices blondes à l’impossibilité d’adapter des Agatha Christie, en passant par la définition du célèbre McGuffin*.

Bref, j’ai revu hier Une Femme Disparaît, et c’est effectivement une bonne façon de commencer chez Hitch : tout y est, en mode léger. C’est une comédie, un film d’espionnage, un thriller, et on ne s’y ennuie jamais.

Pourtant ça commence très doucement : un hôtel dans les Balkans, bondé à cause d’une avalanche qui retarde un train. Cette première nuit inconfortable permet à Hitch d’installer ses personnages, sans placer pourtant l’enjeu principal : une jeune fille va se marier, un couple illégitime se dispute, deux anglais crypto-gays sont des obsédés de cricket, un musicien dilettante, pénible et charmeur, ennuie la future mariée et une vieille dame sympathique passionnée de musique folklorique.

C’est elle qui va disparaître, et la future mariée qui va s’en inquiéter. Après avoir débuté sur ce mode comique, Hitch change de ton. Bizarrement, et contre toute apparence, on accuse Iris (la jeune mariée) d’être mentalement dérangée. Non, elle n’était pas accompagnée d’une vieille dame dans le train, non, elle n’a pas pris le thé avec elle. Le scénario joue alors à la perfection de l’empathie que nous avons nouée avec ce personnage ; nous somme les seuls, semble-t-il, à croire Iris… Un principe qui sera repris dans les grandes lignes, et aussi dans les détails (le nom sur la vitre) dans FlightPlan, avec Jodie Foster.

La mise en place du début, qui peut sembler longuette, se révèle alors diablement efficace : les obsédés de cricket se taisent car ils ne veulent pas retarder le train, la maîtresse illégitime ment, car elle veut faire divorcer son amant. Et une TSI** commence à naître entre la future mariée et le musicien encombrant, modèle inusable de la comédie, associant la pimbêche et le fâcheux.

A la fin, chacun aura néanmoins révélé son vrai caractère : les anglais seront courageux dans l’adversité, l’amant, un vrai lâche, et le dilettante, un vrai courageux.

Outre le talent d’Hitchcock à bâtir une histoire passionnante autour d’un argument aussi mince, Une Femme Disparaît a plein d’atouts dans sa poche : une ambiance sexy (la scène des jambes, les actrices girondes, les sous-entendus sexuels, future marque de fabrique hitchcockienne), un humour très british (Une Femme Disparaît est le dernier film anglais de Sir Alfred), le tout dans une grande économie de moyens « Nous avons tout tourné dans un studio de 90 pieds », déclare-t-il à Truffaut.

Une Femme Disparaît possède aussi un troublant sous texte, pour un film de 1939 : condamnation du « pacifisme idiot » de l’avocat, américains écervelés et anglais tétanisés par le cricket, tandis que des pays d’Europe centrale sont au bord de la guerre. Une paix qui sera sauvée par un artiste : le musicien polyglotte et cultivé, tout un symbole.

Si vous ne connaissez pas Hitchcock, l’entrée est donc par ici, dans une gare perdue du Bandrika, au coeur des Balkans…

*Le McGuffin, est selon Hitch « un truc très important pour les personnages, mais pas du tout pour moi, le narrateur » (p.111 du Hitchcok/Truffaut). Dans Une Femme Disparaît, c’est le message secret que doit convoyer la vieille dame (on ne saura jamais ce que ce message contenait (et on s’en fout), mais les personnages se battent pour lui, et ça, c’est intéressant.


** Tension Sexuelle Irrésolue : quand un homme et une femme se désirent, mais du fait de l’intrigue, ne peuvent conclure : Mulder et Scully en sont le plus vibrant exemple




jeudi 10 janvier 2013


Avoir une idée… Et la réaliser
posté par Professor Ludovico

En ce moment, sur les écrans, il y a un film qui a plagié le Professore. Si. Si. Il s’agit De l’Autre Cóté du Periph’, avec Omar Sy et Laurent Laffitte. Deux flics que tout oppose (classe sociale, style, méthodes) mais qui coopèrent malgré leurs différences, nous avons eu cette idée avec l’ami A.G. dans les années 90, et nous nous voyions bien, avouons-le, dans les premiers rôles.

Tout ça pour dire qu’il ne suffit pas d’avoir une idée. Il faut, comme disait Kubrick, l’incarner, et c’est ça qui est difficile. Tout le monde a des idées, et même des idées géniales. Mais l’art, ce n’est pas que de l’inspiration : c’est avant tout du travail, beaucoup de travail, et aussi de la chance. Et de la persévérance.

Prenons les Rolling Stones. Avaient-ils plus d’inspiration que les autres groupes de blues en 61-62 ? Sûrement pas. Ils étaient une pelletée à l’époque, à s’acharner sur les standards de Jimmy Reed et Muddy Waters, et à tourner autour du même mentor, Alexis Korner. Alors qu’avaient de plus Jagger/Richards ? Si ce n’est une terrible envie de réussir ? Et la peur de se faire virer par celui qui avait plus de talent qu’eux : Brian Jones ?

Pour compenser, ils ont travaillé dur. Et ils ont eu un peu de chance, il en faut dans ce métier. Selon le joli mot de Jagger, il y avait un groupe au Nord (les Beatles), et il fallait un groupe au Sud. Ce furent eux, les Rolling Stones. Quant à Brian Jones, qui avait tant de talent, il se dispersa, ne travailla pas assez, n’avait pas suffisamment envie : son exclusion du groupe par les deux autres carriéristes était inéluctable.

Pour revenir au Periph’, il eut sûrement fallu un peu de chance au Professore et à son compère, mais surtout, il aurait fallu travailler, beaucoup, et et de l’obstination pour ne pas se faire « piquer » l’idée de De l’Autre Cóté du Periph’.




dimanche 6 janvier 2013


Le Hobbit : Un Voyage Inattendu
posté par Professor Ludovico

Un voyage inattendu, en effet.

Depuis que les Tolkienolâtres ont entamé ce périple en terre du milieu avec le Roi Sorcier Jackson, la route n’a pas été des plus paisibles. Récit speedé aux amphétamines, elfes teints en blonds, nains ridiculisés, et narration façon Blake & Mortimer (« La Bataille Commence ! ») : il n’y avait pas que du bon dans la tarte Hobbite néo-zélandaise. Mais il y en avait quand même. Quelques acteurs pleins de grâce (Frodon, Sam, Faramir…), une réussite incontestable (Gollum), et un final qui donne encore des frissons dans le dos.

Aussi, quand nous apprîmes que Le Hobbit était en chantier, aucune surprise n’était plus envisageable. Jackson s’était emparé de l’Anneau Unique Hollywoodien, celui qui les gouvernait tous : le pognon ! Transformer un gentil conte de fée de 300 pages en trois épisodes de trois heures, c’était osé, quand on avait synthétisé 1000 pages dans le même format. Mais cela répondait à une vraie logique du business : quand on a dans les mains une aussi belle franchise, on n’allait pas la gâcher en 2h30…

Pourtant, l’histoire du Hobbit est simple. Si Le Seigneur des Anneaux – le livre – est une grande fresque, ambitieuse et mature, Bilbo Le Hobbit est une aventure pour enfants sans grande prétention, même très réussie. L’aventure d’un hobbit dans la Terre du Milieu, des nains, un trésor, un dragon, un mystérieux anneau… Aller et retour, et c’est fini.

Faire trois épisodes, c’était forcément ajouter, rajouter… pour faire vendre des figurines de Legolas ou d’Aragorn, même pas dans le livre, des posters de cités naines, des jeux vidéo. Bref, trahir à nouveau le texte pastoral de JRR Tolkien.

Tout à son mépris, le Professore était sur le point de commettre une grave erreur, une erreur ontologique même. Car en vérité, on ne peut pas reprocher à Peter Jackson deux choses à la fois. D’avoir accéléré le bouzin Seigneur des Anneaux et, en même temps, lui reprocher de prendre son temps avec Le Hobbit.

Car c’est tellement rare, un cinéaste qui prend son temps. Ce qui fait du début du Hobbit un moment très agréable, bien mieux réussi que le début de la trilogie, tout en respectant pourtant le même canevas : installation de la méta intrigue (la guerre au royaume des nains), de nouveaux personnages (Bilbo jeune, la compagnie naine de Thorin) rencontrant des anciens (Gandalf), et le développement de l’intrigue même du film…

Le tout est bien amené, bien joué, dans un calme peu fréquent chez Peter Jackson. Une heure où l’on esquisse tranquillement les personnages, avec toutes les subtilités possibles. Ainsi le jeune Bilbo est crédible en hobbit velléitaire, emmené dans une aventure trop grande pour lui. Et en face, les inquiétudes de Gandalf, ou les doutes du chef nain (joué avec subtilité par Richard Armitage, malgré un maquillage catastrophique). Ce temps d’installation sera évidemment payant au final, car ces personnages, confortablement installés dans cette première heure, auront toute une gamme de sentiments à mettre en valeur pendant les deux heures qui suivent.

Après, évidemment, ça se gâte, et on a un peu le sentiment de suivre une immense et interminable cinématique de jeu vidéo. L’image de synthèse permet de tout faire, ce n’est pas une raison pour le faire ! La montagne des Gobelins, sorte d’hommage dérisoire aux mines indiennes d’Indiana Jones et le Temple Maudit, sort des rails au bout de 30 secondes. Le Profanateur Orc, arch-ennemi de ce premier épisode est lui aussi particulièrement caricatural et raté. La direction artistique est souvent catastrophique (les elfes, les nains…), ou irréaliste (les cités gobelines). Tout est propre, voire propret. Il faut éviter de regarder Game of Thrones avant, sinon ça pique les yeux.

On sent aussi le besoin de Saroumane Jackson de payer son hommage à Sauron-Warner Bros : les scènes inutiles de bataille vont donc s’enchaîner (même si elles sont globalement mieux filmés que celles de la trilogie). Les rebondissements aussi : chutes, précipices, embuscades, rien n’est oublié, mais finalement, cela ne suffit pas à entamer notre enthousiasme.

Probablement parce que, contrairement au Seigneur des Anneaux, on accepte ces facilités dans un conte de fée ? Chez ce Hobbit, on est dans un film pour enfants, façon Harry Potter ou Narnia, plutôt que dans une grande fresque épique censée s’adresser aux adultes, et évoquer la tentation du pouvoir, le courage des hommes, ou les ravages de la guerre…

Ensuite parce que cette première partie finit en beauté, avec le retour d’un vieil ami : Gollum, impérial comme toujours. Les conseils de Gandalf, la personnalité de Bilbo, si détaillée depuis le début, prendront alors toute leur saveur dans ce premier affrontement.

On ira donc volontiers voir les deux suivants, parce l’on accepte ces images d’un cinéma finalement désuet ; nous voilà revenus, finalement, au cinéma des années cinquante, avec John Wayne évoluant dans le carton-pâte d’un décor de studio, tandis qu’on projette sur un fond bleu des images de Monument Valley.

Un cinéma purement hollywoodien dans la pire et la meilleure acception du terme, ni plus, ni moins.




samedi 5 janvier 2013


Argo
posté par Professor Ludovico

Il y a plein de raisons de rater un film au cinéma : être de mauvais poil, avoir été bassiné par ses potes pour aller voir Argo, la sensation du mois de novembre, ou avoir une voisine bruyante.

Ou un peu des trois.

Mettons tout de suite les choses au point : Argo est un bon film, même un très bon film. Bien écrit, bien joué, il y a même ma petite chérie de The Faculty, Clea DuVall.

Mais ça n’a pas suffit à m’attendrir. Je me suis un peu ennuyé à Argo. Parce que tout simplement, il n’y a pas d’enjeu. On sait ce qui va se passer : les otages vont être libérés à la fin, le sujet du film c’est comment.

Et le comment, c’est quelque chose dont on se fout au cinéma.




samedi 5 janvier 2013


Salaire des acteurs : mea culpa
posté par Professor Ludovico

Petite précision due à la lecture du Parisien ce matin. Les aides du CNC sont financées par les recettes des films (une vertu que j’indiquais déjà). Mais le financement public est plus faible que je ne le pensais : 1,7% du budget des films.

Donc mea culpa, ma conclusion est fausse :votre argent sert rarement à financer le salaire de Danny Boon.

Il reste qu’une partie du système reste vicieux : le poids des acteurs dans le montage du film (l’article du Parisien est très éclairant là-dessus), les obligations des chaînes qui les invitent à produire tout et n’importe quoi, et le système de copinage propre à l’organisation même du CNC.

Mais bon, ce n’est pas une raison pour écrire n’importe quoi.




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