[ Les films ]



dimanche 14 octobre 2012


Copland
posté par Professor Ludovico

J’ai résilié mon abonnement à TCM, parce que je n’y regardais jamais rien. Mais il me reste encore un mois, et en zappant, on ne tombe pas que sur Arsenic et vieilles Dentelles ; on peut aussi tomber sur Copland, le chef d’œuvre de James Mangold, pour ceux qui n’étaient pas nés dans les années 90.

Copland, c’est le surnom d’une petite ville fictive du New Jersey. Le shérif de Copland n’est autre que Sylvester Stallone, qui signe là son plus grand rôle, loin des bêtises sur la boxe ou le Vietnam. La vie du shérif Heflin est tranquille, entre accidents de voiture et chiens perdus sans colliers. Et pour cause ! Copland porte bien son nom : elle n’est peuplée que par de flics New Yorkais, venus trouver un havre de paix pour leurs familles, pas loin de la grande cité.

Mais derrière cette vision idyllique, se cache une organisation parallèle, quasi-mafieuse, organisée par des flics ripoux, et dirigée par Ray Donlan (Harvey Keitel), qui gère tout, de l’attribution des logements aux chantiers de construction, et qui se rémunère par de généreux pots de vin.

Une bavure, que l’on tente de couvrir tant bien que mal, va déclencher un tsunami dans cette bourgade bien tranquille, et amener les flics du BIA (la police des polices americaine) à s’intéresser à Copland. Au milieu de l’action, Heflin, le flic un peu benêt (en fait à moitié sourd) va finalement se révéler héroïque.

Si vous n’avez pas encore vu Copland, il est temps de réviser ses classiques. Son scénario est implacable, sa description des caractères impitoyable (de l’ex-cocaïnomane (Ray Liotta) au flic frustré du BIA (Rovert de Niro). A la tête d’un casting impeccable, où l’on retrouvera les plus grandes star télé des années 2000*, siège Sylvester Stallone, immense en héros handicapé, tentera de ménager la chèvre et le chou jusqu’au bout, car solidaire de la communauté qui le protège depuis toujours. Mais sa profonde honnêteté aura-t-elle le dessus ?

C’est tout l’enjeu de Copland, que je vous laisse découvrir.

* Peter Berg (futur réalisateur de Hancock et Battleship), Robert Patrick (X-Files), Michael Rapaport (Prison Break), John Spencer (The West Wing), Frank Vincent ou Edie Falco (Les Soprano), John Doman (The Wire, Borgia)




mercredi 10 octobre 2012


Le Maître de Guerre
posté par Professor Ludovico

L’AK-47 ruisselait de sueur, la sueur du Professore. Ludovico allait-il mourir ainsi, d’une balle dans la tête, après tant d’années passées dans l’anonymat à défendre le Pays de la Liberté, et de la Poursuite du Bonheur ? A défendre le blockbuster et le film indépendant US, contre les vilenies crypto-communistes de la Politique des Auteurs ?

Mais l’homme se remit à parler, avec ce mauvais accent anglais attrapé sur les bancs de l’Université Patrice Lumumba :

– Che ne demande pas grand’ chose, Signor Professore ; nous zouhaitons chuste que vous breniez connaizance de ze Défédé. Le Maître de Guerre, the master of war, ou plutôt Heartbreak Ridge, de fotre tchampion Clint Eaztfood. Nous ferrons alors dans guel camp fous êtes, Professore !!

La menace du SPECTRE était réelle : Ferenc tenait en sa possession la femme et les enfants du Professore, et son intégrale Kubrick. La honte, au goût de bile, se glissa dans sa bouche quand il répondit, tête baissée :

– Je le regarderai la semaine prochaine.

Libéré de ses liens, le Professore fut jeté d’un combi Volkswagen au milieu de la nuit aux abords de Kreuzberg, les bas fonds de Berlin Ouest. Revenu à son bureau de Radio Free Europe, il inséra le DVD maudit dans son lecteur ; autant se débarrasser de la corvée tout de suite.

Karl Ferenc n’avait pas menti : il fallait choisir son camp. Seule une indéfectible fidélité à la Bannière Etoilée pouvait accepter d’intégrer Le Maître de Guerre à la filmo de Clint « Un Monde Parfait » Eastwood. Cette pitoyable parodie de Full Metal Jacket imitait grossièrement l’œuvre du Maître : une moitié consacrée à l’entraînement des Marines, une moitié invasion de La Grenade.

Eastwood faisant du Kubrick comique pour mieux démolir les démocraties occidentales, ça se tenait.

La première partie restait la plus savoureuse grâce aux dialogues, nourris du langage fleuri des marines ; par exemple cette gentille introduction du Sergent Highway : « If you ladies think that you can slip and slide just because your last sergeant was a pussy, well queer bait, you’re going to start acting like Marines right now! »

La partie militaire était très faiblarde ; visiblement Eastwood surfait sur les énormes moyens mis à sa disposition par l’armée américaine : porte-avion en manœuvre, débarquement de chars amphibies, hélicos en vadrouille. Mais quand il s’agissait de filmer des vrais combats, Clint était pitoyable : au mieux, la version téléfilm de Commando, diffusée par AB1 vers 3h du matin.

Pour le reste, le message de propagande était clair : le Sergent Highway était dur mais juste (façon Officier et Gentleman) ; il formait ses grunts à la dure, parce que c’était la seule voie pour survivre au combat. Ses hommes, au départ une bande de voyous dégénérés (à l’image de Mario van Peebles, improbable rappeur guitariste et marine), devenait une troupe disciplinée qui adorait son sergent et le défendait contre, évidemment, la bureaucratie galopante et les officiers technocrates. Vieille antienne. Tout le contraire donc de Full Metal Jacket, pour ceux qui ont des yeux pour voir.

Le Professore éteignit son magnétoscope de fabrication japonaise. Un bref coup d’œil au DVD ne fit que confirmer ses doutes : selon la jaquette, Le Maître de Guerre était sorti en 1986, un an avant Full Metal Jacket. Décidément, les communistes ne reculaient devant rien. C’était à vrai dire parfaitement imité. Le citoyen lambda ne saurait jamais que Kubrick avait été copié par le petit maître de Carmel.

Le Professore sourit. A vrai dire, la situation n’était pas si catastrophique : les russes n’avaient pas d’armes de destruction massives capable de lutter contre les missiles à têtes kubrickiennes multiples. La propagande anti-américaine, pernicieusement cachée au sein d’un film des plus républicains, ne risquait au mieux que de déclencher des rires dans les salles obscures.

Ludovico s’alluma un Lucky Strike. Il prit une brève inspiration, décrocha son téléphone et composa le numéro de Ferenc.




samedi 6 octobre 2012


Rock au cinéma, part two
posté par Professor Ludovico

J’ai oublié un film d’importance l’autre jour, en fustigeant l’impossibilité de filmer le rock. Il y a bien sûr les documentaires : Gimme Shelter, des frères Maysles, 24 hour party People de Michael Winterbottom, mais je voudrais parler ici de Jean-Luc Godard et de son One+One (consacré aux Rolling Stones au sommet de leur talent). En l’occurrence, la meilleure réponse à la scène minable de Ray.

Si vous voulez voir comment on écrit une chanson, jetez-vous sur One+One*, le chef d’œuvre sur la question. 1968. Les Rolling Stones pataugent dans la semoule pendant quatre jours, à essayer de faire quelque chose d’une chanson en 3 accords (mi-ré-la). Pendant des heures, le malheureux Brian Jones aligne ces accords sur une guitare acoustique, et peu à peu la guitare disparaît, comme Brian, qui sera viré quelques semaines plus tard. Bill Wyman, qui commence à en avoir un peu ras le bol de ce blues en 12 mesures, se met à jouer de la samba. Les filles, elles, chantent oooh-ooh derrière la vitre. Quant à Jagger, il peine à trouver des paroles en s’inspirant du Maitre et Marguerite de Bougalkov, opportunément prêté par Marianne Faithful.

Mais petit à petit, heure après heure, tandis que Brian Jones disparait littéralement de l’image, la samba diabolique de Jagger/Richards s’enflamme. Et Mick, qui chante très mal au début, commence à entrer dans la transe.

Et voilà, la chanson est née. Pas en 2’40, sur un lit de roses, entouré de mignonnes petites choristes. Non, dans le sang, la sueur, et les larmes.

*Godard réeditera le coup avec Soigne ta Droite : les Rita Mitsouko composent No Comprendo dans leur salle de bains. Tout aussi passionnant, malgré mon pitch ironique.




vendredi 5 octobre 2012


Le Funambule
posté par Professor Ludovico

Et si nous étions lassés de la fiction ? Après avoir enchaîné Senna, dont le personnage principal est plus touchant que Robert Pattinson dans Cosmopolis, et l’intrigue plus passionnante que celle des Hommes Sans Loi, voici Le Funambule, Oscar du documentaire 2009, qui passe sur Arte.

Ce Man on Wire, c’est Philippe Petit, et vous en avez forcement entendu parler. C’est lui qui a tendu un câble illégalement à Notre Dame, au pont de Sidney, et donc, entre les deux tours du World Trade Center.

Filmé comme un braquage de banque, alternant témoignages (il faut voir les complices en larmes, quarante ans après !), films d’époque sur New York 70’s, et scènes reconstituées, Le Funambule est un petit bijou de cette nouvelle scène documentaire, qui n’hésite pas à investir dans la forme, comme Fog of War sur Robert McNamara, ou The Kid Stays in The Picture, sur Robert Evans.

Mieux encore, Le Funambule ne répond pas à la lancinante question, du Pourquoi. Pourquoi, en effet, risquer sa vie à 400m du sol, pourquoi supporter autant d’efforts (un an de préparation), gérer autant de risques, sinon se prouver que l’on est humain et que l’on est capable de défier la mort…

Restent ces images magnifiques du World Trade Center, et l’irrésistible nostalgie qui s’y attache. Elles étaient là, ces deux briquets en alu, et elles définissaient New York. Personne ne les aimait, mais maintenant qu’elles ont disparues, elles nous manquent terriblement…




mercredi 3 octobre 2012


Les Hommes sans Loi
posté par Professor Ludovico

Nous voilà donc, Théorème Rabillon et moi-même, à la fin de Lawless – la dernière coopération Nick Cave / John Hillcoat* – à échanger nos impressions… et on est d’accord : Les Hommes sans Loi ne décolle pas.

Car contrairement à la fabrication du whisky de contrebande – qui peut se faire à base de n’importe quoi, pourvu qu’on ait un alambic – un film se doit de mettre les meilleurs ingrédients. Comme un bon bourguignon. Si le vin est pas bon, le bourguignon est pas bon non plus.

C’est le cas de ce Lawless, qui dispose a priori de tous les atouts pour produire le meilleur : un scénariste prestigieux, si ce n’est doué, Nick Cave, de plus est héros personnel du Professore. Un réalisateur qui n’a pas ses deux mains dans le même panier, John Hillcoat (voir l’astérisque). Un chef op haut de gamme. Des acteurs talentueux (Shia LaBeouf, Tom Hardy, …) Un décor splendide (la Virginie). Une époque passionnante (la Prohibition). Des gangsters vénéneux (Gary Oldman). Un flic ultra corrompu (Guy Pearce). Des filles à poil (Jessica Chastain). Des poursuites. Des coups de feu. Une musique du tonnerre. Alors, qu’est-ce qui ne marche pas ? Mystère.

C’est lent à se mettre en route. Mais d’habitude, on aime que l’action soit posée convenablement. Les acteurs surjouent les péquenots, l’accent du sud, la bibine à la main : on pourrait appeler ça réalisme. Les intrigues sont trop nombreuses, et se mélangent un peu en désordre. Ça pourrait passer pour de la richesse scénaristique. Des invraisemblances : ça ne choquerait pas dans un Bruckheimer…

Non, vraiment un mystère.

C’est comme le soufflé : la recette est simple, mais la réalisation, c’est toujours hasardeux.

*Après Ghosts… of the Civil Dead, The Proposition, et La Route




mardi 2 octobre 2012


Jeremiah Johnson
posté par Professor Ludovico

Sur-recommandé par Le Beauf, j’ai fini par voir Jeremiah Johnson. Le beau Redford, Zion National Park, la nature, les indiens…

J’en ressors mitigé. D’un côté, le film a vieilli (mise en scène un peu pâteuse de Sidney Pollack). De l’autre, une ode réaliste à « Man vs Wild ». La vraie vie des trappeurs, qui au pied des Rocheuses, dans les années 1820, étendent progressivement le territoire états-unien, au dépens des indiens, et accessoirement, des bisons.

Cet aspect est très bien traité, avec une accumulation de scènes quotidiennes (cuisine, construction, chasse). Pollack ne nous épargne rien de la sauvagerie de ces contrées (attaques de loups, d’indiens, et présence peu rassurante de la cavalerie US…) S’y oppose – comme le remarque intelligemment Jan Kounen dans l’émission Plans Rapprochés qui suivait la diffusion de Jeremiah Johnson sur TCM – d’autres scènes plus surréalistes (le fusil de l’homme gelé, la tête de Del Gue, l’enterré vivant) qui donne une couleur étonnante au récit.

Jeremiah Johnson fait partie des classiques à voir, mais au rayon chef d’œuvre, ça reste à voir.




dimanche 30 septembre 2012


Blue Valentine
posté par Professor Ludovico

Blue Valentine est un film extraordinaire.

Oui, ne pesons pas nos mots : un film comme ça, il en sort un ou deux par an, et encore. Cette année, c’est le deuxième, après Martha Marcy May Marlene.

Blue Valentine s’inscrit dans cette tendance du cinéma US qui essaie de renouer avec un véritable cinéma indépendant, un cinéma qui a vocation, en tout cas, de s’éloigner de l’escroquerie qu’est devenu Sundance (et ses films pourris de bons sentiments façon The Descendants, qui coûtent 20M$.)

Blue Valentine raconte pourtant quelque chose de très simple : un couple. Deux personnes se rencontrent, s’aiment, et vivent ensemble. Et ce même couple, six ans après. C’est là que Blue Valentine devient vraiment extraordinaire, en refusant toute continuité, en passant du présent au passé avec une facilité déconcertante. En fait, c’est là même le sujet du film : que reste-t-il de l’amour originel, après que la vie, la vraie, nous ait roulé dessus pendant six ans ? Que reste-t-il de la rencontre, magique, de la découverte de l’autre ? C’est peu, six ans, mais ça suffit à détruire une couple aussi glamour que Ryan Gosling et Michelle Williams.

Car les deux comédiens sont tellement pleins de talent que l’on croit que ça va craquer, et l’on n’hésite plus à invoquer les mânes de De Niro pour Gosling, ou de Kathleen Turner pour Williams. Beaux comme la jeunesse, amoureux comme Tristan et Iseult, mais détruits six ans après. Méconnaissables*. Car entre temps, les enfants, le travail, l’alcool, auront détruit les meilleures des intentions.

C’est pourquoi, dans Blue Valentine, présent et passé sont inextricablement mêlés. Comme dans la vraie vie. A l’instar de la chanson, « leur » chanson, celle qui bâtit autrefois cet amour aussi fort, devenue d’une noirceur absolue six ans après. Ou une rencontre innocente avec un ex dans un supermarché, qui réveille des douleurs insoupçonnées. Autour de soi, il n’y a jamais d’oubli, que des souvenirs. C’est la terrible leçon que nous inflige Blue Valentine.

Et nous ressortons assommé d’un tel constat.

* J’ai mis du temps à reconnaître Gosling dans les premières scènes, avec sa moustache et son début de calvitie.




vendredi 28 septembre 2012


Senna
posté par Professor Ludovico

Je me demandais, ces dernières années, pourquoi je ne regardais plus la F1. J’ai eu la réponse hier, en regardant Senna, le très beau documentaire d’Asif Kapadia.

J’ai enfin compris que la période 1988-1994 était l’âge d’or de la Formule 1, la dernière période où l’homme maîtriserait la machine*. Après Senna, les ordinateurs contrôleront les véhicules, et la sécurité (tant mieux pour les pilotes) prendront le pas sur cette corrida humaine qu’est la F1.

Dans ces années-là, le Professore, et surtout la sœur du Professore, n’avaient d’yeux que pour Alain Prost. Senna était le méchant, le tricheur, celui qui conduisait de manière délirante, prenait tous les risques, et ne respectait pas le code de chevalerie des pilotes de F1. Notre chauvinisme prit fin une première fois quand Prost prit sa retraire, et que nous eûmes enfin les yeux pour voir l’immense talent d’Ayrton Senna. Et une deuxième fois, quand en direct, dans ce fameux virage d’Imola, le brésilien rejoignit son destin funèbre.

Dans L’enfer du Dimanche, Cameron Diaz dit cette horrible mais superbe phrase, à propos des footballeurs américains : « Leur vie est brève, mais elle est belle ! ». Senna, le doc, pourrait reprendre à son compte ce motto. Construit comme une tragédie, le documentaire est néanmoins bien plus subtil. Il évite tout effet de manche, mais instille avec grâce sa dramaturgie. Le drame est là, évidemment. Mais au lieu de sauter dessus comme la vérole sur le bas clergé, Asif Kapadia travaille sa dramaturgie. Exemple : il ne montre pas l’accident en premier, comme n’importe quel tâcheron de History Channel l’aurait fait… Non, il fait parler la mère, au début de la carrière de son fils (il quitte le karting pour se lancer en F1) : « Je voudrais qu’il arrête, bien sûr, mais je sais que ce ne sera pas possible !» Autre exemple, l’accident. Mais plutôt que de le montrer sous tous les angles, analyser les ralentis, essayer de trouver une explication à l’inexplicable, le doc laisse la course se dérouler en temps réel : caméra embarquée, choc, plans d’hélico sur le sauvetage, pas ou peu de commentaires.

Autre intérêt de Senna, le documentaire regorge de documents inédits sur les à-côtés de la course : engueulade entre les pilotes et la FIA, commissions d’enquêtes, altercation avec Ron Dennis, etc. Tout cela jetant un éclairage sur notre chauvinisme ci-dessus évoqué, et le rôle trouble d’Alain Prost et Jean-Marie Balestre dans certaines défaites de Senna.

Ce souci de vérité est d’autant plus louable que si le conflit Prost-Senna fut un affrontement à mort entre les deux pilotes, il cessa immédiatement quand Prost prit sa retraite. Et il faut voir le visage décomposé de Prost au moment de l’accident, ou quand il porte le cercueil de Senna à Sao Paolo**. C’est tout à l’honneur du pilote français, de participer à ce doc alors qu’il n’est pas présenté sous son meilleur jour.

Vous l’avez compris, Senna est un doc à part, qui devrait passionner même le plus réfractaire au sport automobile. Car c’est l’histoire d’un homme, d’une passion. Une passion qui nourrissait un grand vide intérieur, et qui ne fut pas rempli, selon les propres dires d’Ayrton Senna.

* L’exacte théorie de Frère Conrad, qui prétend (à juste titre) que la Seconde Guerre Mondiale est l’âge d’or de l’aviation : les plus beaux avions, les meilleurs pilotes, avant que la technologie ne remplace le pilotage.

** Prost est aujourd’hui l’un des administrateurs de la Fondation Ayrton Senna




lundi 24 septembre 2012


Rock au cinéma
posté par Professor Ludovico

En zappant, je tombe sur Ray, le biopic doré et clinquant de Taylor Hackford sur Ray Charles : tout ce que je déteste. Mais surtout, sur LA scène type du biopic rock : Le-Moment-Où-La-Star-Elle-Compose-La-Chanson-Qui-Va-La-Rendre-Célèbre. Un moment de bravoure comme il y en toujours deux ou trois dans tout biopic qui ne se respecte pas.

Je vous la fais courte. Ray joue dans une boîte avec ses girls, le patron (pas-sympa-évidemmment) lui demande de rajouter un set, mais Ray Charles n’a plus de chanson. Alors Ray dit à son groupe la Phrase magique: « J’improvise, suivez moi ! »

Toute personne qui a saigné des doigts sur des guitares, ou répété jusqu’à pas d’heure dans des studios crasseux, sait que ce genre d’improvisation n’existe pas. On peut bœufer sur une trame de blues connue, mais pas aligner intro/couplet/refrain, avec les choeurs, et le petit solo qui va bien, et atteindre la perfection en 2’40 » comme dans le film…

Bizarrement, c’est un cliché du film rock. Quasiment aucun film n’y échappe. Ni Ray, ni I Walk The Line (c’est tout le film), ni Great Balls of Fire, ni The Doors. Personne ne veut filmer la difficulté de mettre en place une chanson. Pourtant Hollywood filme très bien ses propres difficultés (Sunset Boulevard, Mulholland Drive, Tournage dans un jardin Anglais)

Mais la musique non, ça doit couler de source… chacun se sent obligé d’aligner sa scène Retour Vers le Futur (mais là, c’est drôle !) Seul Control montre un peu les difficultés, la rudesse du jeu live, quand la musique est sale, mais bonne…

Dommage.




vendredi 21 septembre 2012


Fight Club
posté par Professor Ludovico

« The first rule of Fight Club is: you do not talk about Fight Club.
The second rule of Fight Club is: you DO NOT talk about Fight Club!
»

C’était en 1999. Et, il faut bien l’avouer, un moment pas glorieux du Professore.

On sortait de Fight Club par l’escalier qui mène à Saint Eustache, downtown Paris, UGC Ciné Cité Les Halles. Et James Malakansar, le sourire aux lèvres, qui me balance son traditionnel « Alors ? »*

Je le connais ce sourire. Je sais qu’il a aimé. Il a déjà adoré Seven, ce film de pubard, trop brillant pour être honnête. Je suspecte le Malakansar d’être bêtement fasciné par ce cinéma de chef op’, beau et vide, tendance Jeunet/Ridley Scott… C’est un de nos rares points d’achoppement.

Moi, j’ai détesté Fight Club. Et je le dis. « Un film qui s’écoute parler. Un film scandaleux, faussement provocateur, sale, mais proprement sale, pour seulement choquer le bourgeois ! » Mais heureusement, je laisse une phrase en suspens, qui me sauvera plus tard : « En même temps, c’est peut-être l’Orange Mécanique des années quatre-vingt-dix ! »

2005. Par une nuit sans lune, armé d’un simple lecteur DVD, le Grand Sorcier Framekeeper initie quatre jeunes Padawan à l’Epiphanie Fincherienne. Seven, Fight Club, un bout de The Game. Colombes, trois heures du matin. Trois hommes nus, recouvert du sang sacrificiel tiré d’un journaliste de Télérama, psalmodient en chœur l’Indicible Dyptique « Fincher est un Cinéaste Chrétien ! Fincher est un Cinéaste Chrétien ! » Ils abandonnent leur identité, et prennent des noms de bataille : Michel Vaillant, The Snake, Professore Ludovico. CineFast est né.

Enfin, nous avons LA révélation. Il y a dans Fight Club, un film dans le film. Et déjà, en trois films, une œuvre. Un artiste.

2011. On montre Fight Club à la Professorinette. En Première CFA, le programme est chargé : Alien, Fight Club, bientôt Citizen Kane et Orange Mécanique. Et interro écrite.

Fight Club, le film n’a pas pris une ride. Si maniéré à sa sortie, et pourtant propre comme un sou neuf. Limpide même, beaucoup plus clair que la première fois. Entre temps, je l’ai déjà revu une fois, certes, et j’ai lu le livre (excellent)…

Mais surtout c’est un film prémonitoire : les tours qui s’écroulent… l’éffondrement du crédit… la colère masculine…l’obsession de l’apparence… la consommation impulsive… la tyrannie des marques… Fight club, c’est No Logo, un an avant Noemie Klein.

***

Fight Club, c’est l’histoire d’un type qui découvre son aliénation (la Narrateur, Edward Norton), et qui se réfugie dans les bras d’un gourou, Tyler Durden (Brad Pitt), prêt à se sacrifier pour sauver l’humanité du cauchemar consumériste. Jésus-Christ 1999.

Ce que l’on ne perçoit au premier abord, à cause de la noirceur de l’image et du propos, c’est que Fight Club est une comédie. Noire, mais une comédie. Un conte philosophique. Candide chez les Dust Brothers. Zadig chez Banksy.

Maintenant, on connait mieux Fincher, et on sent plus nettement la comédie grinçante qui rampe sous le propos. Le punk qui sommeille en David F. est là, dans tous ses films : le tueur de Seven, Marc Zuckerberg dans The Social Network, Tyler Durden dans Fight Club.

Mais aussi, la couche girardienne qui irrigue l’œuvre. Pitt prend des poses christiques, mais il est aussi Job. Il doit être sacrifié pour que les autres survivent. Il en va de même pour les apôtres du Projet Chaos, qui perdent leur nom, mais deviennent Robert Paulson s’ils meurent au combat.

Que fait Fincher, sinon décrire une église en train d’être bâtie (Project Mayhem), avec son Prophète (Tyler Durden), ses apôtres (les Hommes en Noir) et sa mauvaise conscience (le Narrateur) qui semble être le seul à voir la dérive du projet initial ? Venus pour se défouler, les adeptes de Fight Club deviennent des apôtres sans cerveau répétant mot pour mot ce que dit le messie ; quelle meilleure définition du fondamentalisme religieux ? Ce qui est dit dans la Bible ou la Coran doit être interprété littéralement, disent les intégristes. Tandis que d’autre plaident une simple morale religieuse (la foi me commande de ne pas faire certaines choses). Et cette morale peut évoluer, selon les évolutions de la société (Vatican II, par exemple)…

Fincher joue avec cette imagerie (Brad Pitt, les bras en croix), pour mieux passer un message finalement personnel, presque augustinien : la morale, la grâce, le libre arbitre, sont en toi.

Quand aucun homme ne se dresse devant les faux prophètes qui hantent tes pensées, il ne te reste, métaphoriquement, qu’à te faire un vrai trou dans la tête, pour laisser sortir, comme une fumée de cigarette, le double schizoïde qui annihile ta pensée.

Tu es le seul maître de tes actes, et nul ne peut te les retirer.

Le message – finalement – d’Orange Mécanique. La boucle est bouclée.

Fight Club est donc un film indispensable, encore plus aujourd’hui qu’au siècle dernier.

Et en plus, il est drôle.

* Nous avons une coutume, tous les deux : ne jamais sauter sur l’autre après la projo, pour dégotter un avis. Non, comme un bon vin, laissez le générique filer, sortir du cinéma, bref, se « réveiller » alors, seulement, on a le droit de parler…




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