Attention, film Patrimonial. Comme il y a la GCA, Grosse Connerie Américaine, le FdF, Film de Festival, il y a le FP, le Film Patrimonial.
C’est à dire le film obligatoire.
Le film de l’œuvre, ou de la vie de l’homme illustre, qu’il faut absolument adapter au cinéma. Ainsi, les films de Roger Planchon, qui adapta le Dandin de Molière au cœur des années 80, ou les vies doloristes de Molière, Beaumarchais, l’Insolent, ou Jean de La Fontaine, le défi. Avec un objectif avoué : séduire le public des écoles, c’est-à-dire se garantir des milliers d’entrées. Plutôt que de faire lire Sur La Route, faisons le voir. Comme chacun sait, les jeunes d’aujourd’hui sont des partisans du moindre effort. Peut-être qu’on peut les intéresser, surtout s’il y a Kisrten Stewart, Miss Twilight, dedans.
Je précise que je fabule, peut-être que Walter Salles a une passion d’enfance pour Kerouac, la Beat Generation, et Sur La Route. Malheureusement, ça ne se voit pas.
Pour ma part, je n’avais qu’un objectif en me fadant Sur La Route, sachant déjà à quelle sauce (voir ci-dessus) j’allais être mangé. On n’apprend pas à un vieux singe à faire des grimaces. Non, il n’y avait que dix minutes qui m’intéressaient dans Sur La Route. Les dix petites minutes consacrées à chez Bull Lee, aka William Burroughs, The Priest himself, Mr Naked Lunch, le héros du Professore. La Beat Generation, c’est lui qui l’a inventé, un peu sans le savoir. Plus âgé que les autres (Kerouac, Ginsberg) mais aussi plus déjanté. Déjà junkie dans les années quarante, déjà pédé. De sorte que l’on peut vénérer l’auteur du Festin Nu, et s’ennuyer royalement à Sur la Route, le livre.
Mais le problème du film n’est pas là : Salles essaie d’adapter quelque chose d’inadaptable, la seule chose qui soit intéressante dans la littérature : le style. Celui de Kerouac est jazzy, et donc Salles tente misérablement de trouver un équivalent cinématographique : montage haché, faux raccords. Jazzy movie ? Mais ce n’est pas ça, le cinéma. Adaptation : trahison, dit de façon prémonitoire l’un des personnages dans les débuts du film. Pour que le film veuille dire autre chose qu’une belle carte postale (« Quinze jours sous le soleil du beat country, jazz et marie-jeanne tous les soirs, bises à toute la famille »), il faut un point de vue, un personnage. A aucun moment, notre cœur bat pour Sal Paradise-Kerrouac (Sam Riley). Que veut-il ? Être un héros moderne, comme Dean Moriarty ? Ou le juge-t-il comme ce qu’il est, c’est à dire un petit junkie, voyou, queutard sans morale ?
Pour cela Salles devrait prendre son courage à deux mains et dire quelque chose ; mais il n’ose pas. Il se concentre sur les paysages, les chambres d’hôtel forties, le beau visage de Kirsten Stewart, qui accroche si bien le soleil couchant. Ça, ce n’est pas du cinéma, c’est de l’illustration. Quant au point de vue, à part une sorte d’optimisme béat devant la Beat, on ne voit pas.
David Croneneberg avait tenté de son côté, l’inadaptable : s’attaquer au Festin Nu. Mais au moins, il y avait mis quelque chose de lui-même : ses obsessions insectoïdes, ses extraterrestres, ses secrétions corporelles : il y avait des vrais morceaux de Cronenberg dans ce film-là. Mais où est l’artiste Walter salles dans Sur la Route ? Nous n’avons rien d’autre qu’un chromo luxueux.
Tout est beau, tout est bon, mais tout est vide.
posté par Professor Ludovico
Plutôt que s’embêter devant les biopics, il reste une option : la vraie vie. Ainsi, la contemplation de Jonah, le Souffle de la Colère, sur Canal+ ce week-end, valait bien trois J. Edgar et deux La Môme.
Jonah, c’est bien entendu Jonah Lomu, l’un des plus grands joueurs de rugby de tous les temps, l’icône qui fit passer le rugby d’aimable compétition celtique à un sport mondialisé. Ce qu’on peut regretter, bien sûr, mais là n’est pas le propos.
Jonah, le Souffle de la Colère, c’est l’histoire d’un parcours rare, et pourtant coutumier de la légende sportive. Un petit tongien néo-zélandais, élevé à la dure par son père, mais protégé par sa mère, dans les bas-fonds d’Auckland. La rédemption par le pensionnat, où sa mère supplie le proviseur de l’accepter. Le rugby à VII, à XIII, puis à XV. Et une trajectoire inédite : directement All Black à 19 ans, le plus jeune Homme en Noir de l’histoire de la plus grande équipe du monde.
2 coupes du monde plus tard, toutes deux perdues lors de deux matches historiques, la finale contre l’Afrique du Sud (oui, celle d’Invictus) et la demi-finale magique contre la France, peut-être le plus grand match de notre Quinze à nous. Dans l’enceinte sacrée de Twickenham, grâce à deux essais de Lomuh, les néo-zélandais mènent 17-10 à la mi-temps. Mais les hommes de Villepreux, les géniaux Lamaison, Dourthe, Dominici, Bernat-Salles humilient les hommes en noir lors d’une deuxième mi-temps anthologique, 45 à 31.
Lomuh ne gagnera aucune coupe du monde, et seulement 3 Tri-nations. Il sera frappé par la maladie, ce mauvais rein qui fait mal depuis toujours. Après la transplantation, Lomuh reprendra l’entrainement mais ne retrouvera évidemment jamais son niveau et mettra un terme à sa carrière en Fédérale 1, échouant à aider le petit club de Marseille à passer en ProD2…
Jonah, le Souffle de la Colère se paye le luxe d’être formidablement filmé, mis en musique, na mâchons pas nos mots, à la Terrence Malick. Une perfection esthétique au service d’un sport brutal, et peu porté sur la finesse. Mais c’est avant tout la trajectoire d’un homme, mal compris dans son pays mais adulé ailleurs, et ce qu’il est, au-delà du rugby. Le documentaire de Stéphane Le Goff aligne un casting de rêve (Fitzpatrick, Hastings, Piennaar, Benazi, Lievremont, N’Tamack, Catt, Williams) mais surtout il révèle un homme simple, qui priait avant chaque match pour que personne ne soit blessé (!) et qui est tout étonné à 32 ans d’être encore en vie…
jeudi 30 mai 2013
Pop Redemption
posté par Professor Ludovico
Séquence copinage.
Les amis d’Avalon sortent la semaine prochaine leur troisième long métrage, Pop Redemption, après Le Soleil au Dessus des Nuages. Déjà une histoire de rédemption (celle de Daniel Prévost), en plus sérieux tout de même. Et le mi-documentaire, mi-fiction La BM du Seigneur.
Le pitch : un groupe de black metal trentenaires au bord de la séparation, les Dead MaKabés, obtiennent la chance de leur vie : un concert au Hellfest, le plus grand festival français de metal. Mais suite à un malheureux concours de circonstances (on va pas tout vous raconter non plus), les voilà obligés de changer d’identité et… à jouer des chansons des Beatles : pop redemption.
Regard tendre sur un univers vilipendé (celui du black metal), satire bien vue sur les difficultés de la musique amateur, cette aimable comédie réunit des gens comme Audrey Fleurot (Mme Larcher du Village Français) ou Alexandre Astier. Mais surtout l’immense Julien Doré, qui fait là des débuts fracassants dans un premier rôle. Crédible en métalleux (avec quelques répliques cultes autoréférentielles !),drôle et émouvant.
Juju, on te revoie quand tu veux.
lundi 20 mai 2013
Prohibition : Une Expérience Américaine
posté par Professor Ludovico
Ce qu’il y a de bien avec Ken Burns, c’est que rien ne change. Depuis toujours, le même dispositif : séquences d’archives noir et blanc, photos d’époque soigneusement zoomée puis dezoomées (un effet qui s’appelle désormais « Ken Burns » sur iMovie), interviews de spécialistes en portrait gros plan couleur, et plan de coupe – léché – en couleur. C’est tout. Les mêmes quatre plans depuis trente ans, de The Civil War à Prohibition : Une Expérience Américaine. Et le même ennui qui guette à chaque fois : The Civil War, 25h de documentaire ? La Prohibition, 5h ? On commence à regarder et on s’ennuie.
Et puis tout doucement, la petite musique de Monsieur Ken Burns nous trotte dans les oreilles. On rentre à la maison et on veut tout de suite se coller à l’épisode 4 de Prohibition : Une Expérience Américaine. Pourquoi ? Parce que Burns fait confiance à notre intelligence : pas besoin de gros effets de manche pour se faire entendre. Et l’histoire, ça prend du temps.
On ressort donc de ce dernier documentaire avec l’impression d’en avoir beaucoup plus appris que sur la Prohibition. Sur l’émergence des lobbys, qui vont devenir une composante essentielle de la vie américaine. Sur la libération de la femme, qui n’aurait pas eu le même visage si deux femmes n’en avaient pas incarné l’instauration de la Prohibition, puis son abolition. On se mettrait bien à écouter du Jazz, aussi, parce que ce que fait Wynton Marsalis sur la BO (pourtant extrêmement discrète) est assez sexy.
On ne saurait donc trop vous recommander de poser quelques RTT, on ne sait jamais.
dimanche 19 mai 2013
Steven Spielberg
posté par Professor Ludovico
Comment ne pas triompher ? À l’heure où notre héros des années 80, Mr Dents de la Mer et Indiana Jones est descendu sur la Croisette pour consacrer la Palme d’Or des Alpes Maritimes 2013, le voilà encensé par la presse comme, je cite, « le meilleur réalisateur au monde encore vivant »…
Que de chemin parcouru par la critique, et par notre entourage, qui vilipendait le cinéma « enfantin » de Spielberg, son sous-cinéma à base d’extra-terrestres, d’aventuriers pulp, et de requins tueurs ?
Les mêmes rétorqueront Schindler, Munich, ou Couleur Pourpre. Mais c’est un grave contre-sens : le cinéma de Spielberg était déjà là en 1980, quand Starfix (O Starfix !) épluchait une scène de Duel à l’occasion de sa sortie en salle*. Et démontrait, plan par plan, le génie hitchcockien d’un réalisateur de 25 ans.
Car le talent d’un artiste ne se situe pas dans sa capacité à s’emparer de grands sujets de société (l’Esclavage, la Guerre de Sécession, la Shoah), mais bien de leur donner une forme. Spielberg faisait des films d’ados, il fait maintenant des films d’adulte. Il a formidablement réussi des films idiots (Jurassic Park – Le Monde Perdu) et parfaitement raté des films profonds (Always), mais ce qui compte c’est son génie d’artiste, sa capacité à transcender la forme, donner une forme à une idée.
Comme cette scène de Il Faut sauver le Soldat Ryan, zappée l’autre jour sur France4. On a enfin retrouvé Ryan. Il est avec sa section, vers Vierville. Tom Hanks le prend à part pour lui annoncer la nouvelle : tous ses frères sont morts, il va rentrer au pays. Il y a quelque chose qui cloche dans la scène, le spectateur le sait, mais Tom Hanks, lui, ne le sait pas. Tout est dans le casting : Ryan ne peut pas être cet acteur inconnu (Nathan Fillion, futur héros de Castle) ; nos héros ne peuvent déjà (au bout d’une heure de film) avoir achevé leur quête. Et puis il y a quelque chose de légèrement comique dans la mise en scène, dans le jeu de l’acteur. Dégingandé, il avance en crabe, un peu comme un imbécile. C’est drôle, et pourtant la scène est terrible. Spielberg joue avec nos nerfs, en étendant cette scène jusqu’à l’infini : les autres soldats de la Patrouille Hanks jettent des regards désabusés, et à vrai dire, franchement odieux, sur ce pauvre type qui a perdu ses trois frères. Ils s’en foutent, ils ont déjà failli mourir à cause ce pauvre connard. Un truc cloche donc, entre ce qu’ils pensent et ce que pense le spectateur, et puis le gag tombe : « Mes frères sont morts au front ? Mais c’est impossible ! Ils sont en primaire ! »
Un type qui sait faire ça est un grand metteur en scène, peu importe qu’il parle de dinosaure ou du 13ème amendement…
* Duel est un téléfilm et connut – fait exceptionnel – une sortie en salles en France
jeudi 16 mai 2013
La Mafia à Hollywood
posté par Professor Ludovico
Tout est dans le titre : le Professore ne s’est pas donné la peine de feuilleter ce petit livre paru chez Nouveau monde Poche, il l’a acheté les yeux fermés*. Grand amateur de films sur la mafia, lecteur assidu de James Ellroy**, il lui était impossible de faire l’impasse sur ce petit livre.
Petit, car pas forcement bien écrit, ni sérieusement documenté comme le sont habituellement les essais américains. Mais facile à lire, et passionnant de bout en bout.
Tim Adler adopte une structure chronologique qui permet de décrire la fascination réciproque – et grandissante – entre ces deux institutions typiquement américaines : Hollywood imitant la Mafia, et la Mafia parodiant Hollywood en retour.
Des années 20 à aujourd’hui, on suit cet étrange va et vient, tant financier qu’esthétique. Dès le départ, Hollywood est un racket intéressant pour l’Outfit (l’entreprise, un des nombreux surnoms de la Mafia) : la mafia de Chicago infiltre (ou crée de toutes pièces) des syndicats de projectionnistes, puis dicte sa loi aux exploitants : deux personnes par cinéma, sinon on brûle des pellicules, on diffuse les films à l’envers, on coupe avant la fin… Ceci fait, on braque le pistolet dans l’autre sens : pour faire partie de ce si bon syndicat, il faut payer son écot, et voilà les projectionnistes rackettés également. Sans parler de la prohibition, où seule la mafia est en mesure de fournir l’alcool des fêtes orgiaques organisées à Hollywood. La Mafia décide donc de s’installer sur la cote ouest, et de se lancer dans la prostitution, l’alcool, le jeu, et la drogue…
Ces « exploits » inspirent la Babylone moderne, qui propose immédiatement des adaptation filmiques de ces hauts faits : Scarface (1932), évidemment inspiré de la saga Capone, mais aussi Little Caesar (1931). Le succès de ces films est si important, et irrigue tellement la culture américaine (« The World is Yours« ), qu’elle finit par influencer les gangsters eux-mêmes, qui copient fringues, répliques, et façon de tenir un revolver. Un phénomène que l’on retrouvera quarante ans plus tard : Mario Puzo, l’auteur du Parrain, imposera ce terme, qui n’existe pas dans la Mafia.
On navigue ainsi d’Al Capone aux Incorruptibles, de Sinatra à Johhny Fontane (son alter ego dans le film de Coppola), de Bugsy Siegel à Bugsy, le film de Warren Beatty, de Joseph Kennedy à JFK, des Affranchis à Casino, de Kim Novak (menacée parce qu’elle couche avec Sammy Davis Jr) à Marilyn Monroe (menacée parce qu’elle couche avec les frères Kennedy), de Robert Evans, producteur du Parrain, à Robert Evans, accusé de meurtre et de trafic de drogue***, des Sopranos, aux acteurs des Sopranos (Lili Brancato, en prison pour un vrai meurtre).
Le livre navigue ainsi de décennie en décennie, d’allers en retours, jusqu’au Mafia Blues des années quatre vingt-dix, amplement décrit dans les Sopranos. Tim Adler dresse le tableau épique, qui embrasse tout le vingtième siècle, de ce que Brando, à la sortie du Parrain, voyait comme une métaphore de l’Amérique. Ou comme le chantait U2 à la fin du Gangs of New York de Scorcese : the hands that build America.
* Il aurait du mieux les ouvrir : c’est assez mal traduit
**Presque toutes les personnalités du livre défilent comme personnage chez Ellroy (Meyer Lansky, Sam Giancana, Mickey Cohen…)
*** Comme c’est formidablement raconté dans son autobiographie : The Kid Stays in The Picture.
La Mafia à Hollywood
Tim Adler
Nouveau monde Poche
lundi 13 mai 2013
Terence Stamp vs George Lucas
posté par Professor Ludovico
Peu à peu les langues se délient, depuis que G. Lucas a vendu son tank à 4 milliards de dollars. Là c’est Terence Stamp dans Le Figaro qui taille un short à son expérience starwarsienne dans le rôle du Chancelier Valorum. Stamp a accepté le rôle, dans le seul espoir de jouer avec Natalie Portman, qu’il considère comme la meilleure actrice actuelle.
Las : « Quand je suis arrivé sur le tournage le premier jour, j’ai demandé à George Lucas où était Natalie à qui je devais donner la réplique. Et Lucas m’a répondu « ici ! » en me désignant un point lumineux sur fond vert. Il lui avait donné un jour de congé. En fait j’ai compris que les acteurs n’intéressaient pas Lucas. Ce qu’il aimait, lui, c’était les jouets, les effets spéciaux. Lucas considère les acteurs comme des outils. Mais autant j’ai aimé être un outil dans les mains de Fellini, autant j’ai détesté ça avec Lucas. »
Ce n’est pas très nouveau, Liam Neeson et Ewan McGregor avaient fait à peu pres les mêmes reproches à l’époque.
Mais ça fait toujours plaisir, on se sent moins seul.
samedi 11 mai 2013
Barsoom !
posté par Professor Ludovico
C’est par ce mot magique que se termine John Carter from Mars, le film le plus sous-estimé de 2012. Sans les conseils de Conrad, le navigateur le plus sûr sur les eaux tumultueuses du Reik, je serais moi aussi passé à côté de cette petite merveille pulp. John Carter n’est pas un chef d’œuvre, loin de là, mais c’est un film fait avec beaucoup de cœur, et cela suffit. Andrew Stanton a peut-être gâché sa carrière à Hollywood avec ce bide pharaonique, mais il a rendu hommage à ses livres d’enfance, et ça, ça n’a pas de prix.
En revoyant John Carter sur Canal+ avec le Professorino (qui ne cesse de m’assaillir de questions sur l’échec du film – lui non plus ne comprend pas –), je n’avais qu’un souhait : revoir ce dernier plan, où Dejah Thoris (Lynn Collins) prononce le nom de Mars, face caméra.
Car si, pour le reste, John Carter est un film d’aventure très réussi et très drôle, il ne prend réellement son envol que dans les dernières minutes, là où les grosses machines s’arrêtent habituellement. Après avoir vaincu ce pauvre McNulty (euh pardon, Dominic West dans le rôle de Sab Than), Dejah et Carter se marièrent et eurent beaucoup d’enfants… Ça c’est la fin de Star Wars, mais pas de John Carter. Car beaucoup de questions posées dans le prologue, dans l’Amérique post-Guerre de Sécession, n’ont pas trouvé de réponse.
Andrew Stanton va compléter son puzzle brillamment*, en dix minutes chrono, inclure la réalité dans la fiction (en faisant de l’auteur, Edgar Rice Burroughs, un personnage de sa propre histoire) et apporter une conclusion humaniste un poil plus complexe que la production US habituelle. Le cynique John Carter ne pense qu’à son or, comme les pires ennemis de Mars, les Therns, qui voyagent de planète en planète pour s’emparer de toutes les ressources naturelles. Mais son aventure martienne, en forme de quête initiatique, le transformera en héros de tout une peuple. Et se débarrasser du médaillon qui permet le transfert vers la terre (et donc toute possibilité de retour) pour devenir John Carter, From Mars. Car on n’est pas d’un pays, ou de la terre de ses ancêtres, ou attaché par un quelconque lien du sang. Son pays, c’est celui où l’on défend ses amis, là où bat son cœur. Carter vient de Jasoom (la Terre dans le langage martien), il n’arrête pas de le répéter pendant le film, pourtant il deviendra un martien, par amour, et par amitié pour tout un peuple.
Le peuple de Barsoom.
* Rappelons que Stanton n’est rien de moins que le scénariste en chef de la meilleure période de Pixar, avant qu’elle ne devienne une parodie de Disney : il est l’auteur de Toy Story, 1001 Pattes, deux chefs d’œuvres, et des blockbusters Toy Story 2, Le Monde de Nemo, Monstres et Cie, WALL-E, Toy Story 3.
vendredi 10 mai 2013
Iron Sky
posté par Professor Ludovico
Voilà un genre qui intéresse peu le Professore – la série Z – mais qui prolifère aujourd’hui via le direct to video. Un film sort ici du lot, grâce à sa thématique grindhouse, et une bande annonce d’enfer, légèrement survendeuse, qui a incité le Professore à donner immédiatement 4,99€ à myTF1 pour visionner enfin Iron Sky, en HD VOST.
Le pitch est effectivement extraordinaire : la présidente des Etats Unis (on aura reconnu Sarah Palin) envoie un noir sur la Lune pour faciliter sa réélection : « A Black on the Moon : Yes She Can« . Mais notre héros, James Washington (sic) découvre le terrible secret qui se cache derrière la dark side of the moon : pas Syd Barrett (qu’on entend sur l’album du même nom), pas un engin extraterrestre (Transformers), pas une mission spatiale restée secrète (Apollo 18), non, non, une base nazie, bien sûr ! Réfugiés depuis 1945, les astronautes d’Hitler exploitent une mine d’Helium3, le carburant ultime, dans le but de lancer leur vaisseau ultime, le Götterdämmerung, pour reconquérir la terre et y apporter enfin paix, prospérité et Lebensraum. Difficile, on en conviendra, de résister à un tel pitch, même si à l’évidence, Iron Sky est sous-casté, sous-filmé, sous-scénarisé : une vrai série Z donc.
Mais quand même. On se régale des situations gagesques, des parodies qui traversent chaque scène d’Iron Sky. Tout y passe : de la conseillère media de la Présidente qui singe Hitler dans la cultissime scène de la Chute « Que toutes les personnes qui ne dirigent pas un département quittent la pièce !! « , à la jeune nazie qui ignore tout du vrai Hitler (elle n’a vu que la version courte du Dictateur), de Star Wars à Star Trek, d’Apollo 13 à Armageddon, mais aussi Einstein, Dr Folamour, Wagner (la BO concoctée par Laibach sample allègrement Siegfried)… Sans oublier tous les clichés de la Blaxploitation, avec son héros black aidée d’une sidekick en porte jarretelles, jeune et blonde, nazie mais sympa quand même…
On passe un excellent moment, le popcorn dans une main, et le coca dans l’autre…
lundi 29 avril 2013
Oblivion
posté par Professor Ludovico
Sacrés américains ! Quand il s’agit de te saloper une belle idée, ils se posent là ! C’est le cas d’Oblivion : on ne sait que penser devant le monolithe noir de Mr Kosinski*.
Si sa structure est élégante, (une belle et originale histoire de science-fiction, comme il y en a peu), le traitement d’Oblivion est plat comme la terre est ronde. Comme si Tom Cruise et son scénariste (Mr Kosinski lui-même) avaient racheté d’occase situations, bouts de dialogues, et clichés à deux balles.
Car Oblivion est un étalage incroyable de scènes convenues. Comme la belle Olga Kurylenko, qui après une nuit d’amour, remet le vieux pull de son homme et se lève, croisant langoureusement les bras en frissonnant, parce que là, y’a comme un courant d’air. Ou Morgan Freeman, last man on earth, avec sa paire de lunettes eighties, mais le meilleur des cigares cubains, et entouré de ses Guerriers de la Route tous habillés pareils, on ne sait par quel hasard du destin. Cette capacité à citer tout aussi bien Mad Max que La Planète des Singes, Dune, Deep Impact ou 2001, sans parler de La Parenthèse Inattendue*, oui, l’immortelle émission de Frédéric Lopez, qui semble être l’inspiration incontournable d’Oblivion.
On se moque, on se moque, mais pourtant…
Joseph Kosinski, vérifiant le vieil adage fordien qui veut que tout le budget d’un film doit être mis dans sa conclusion (un client qui sort content du restaurant est un client qui revient) arrive inexplicablement à terminer Oblivion en beauté. En quelques scènes, pourtant pas mieux réussies que les précédentes, Kosinski dévoile soudainement sa cathédrale en or massif qui se cachait derrière la cabane au fond du jardin.
De sorte que l’on a l’étrange impression de regarder à la fois une GCA horriblement ratée et un chef d’œuvre en devenir… Pas un film du milieu, non, les deux à la fois. C’est mal joué, ringard dans les situations, insignifiant dans les dialogues, enfilant des clichés à la tonne comme les Tets pompent l’eau des océans, mais cette bouillie fait sens dans les toutes dernières minutes.
A la fin, je touche, dirait Cyrano.
*Déjà salopeur d’une autre belle idée : le reboot de Tron.
** Hé oui, la vraie vie c’est une cabane au fond du jardin.