[ Les films ]



vendredi 2 janvier 2015


Bilan 2014 – Perspectives 2015
posté par Professor Ludovico

En début d’année, les entreprises réunissent leur personnel pour tirer le bilan de l’année passée et tracer les grandes lignes et les objectifs de l’année suivante. CineFast peinant à réunir ses 10 000 collaborateurs éparpillés à travers le monde, c’est par ce blog qu’il tente l’exercice. Et à vrai dire, c’est un triste bilan qu’il tire de 2014 : Le Professore n’aime plus le cinéma américain.

Ou plutôt, il n’aime plus la GCA. Ou plutôt encore, il n’a plus tant que ça envie – ou de bonnes raisons – d’aller au cinéma. Il reste les mauvaises raisons : illuminer les yeux du Professorino à coups d’Interstellar, ou aller jouer au script doctor sur Whiplash. Mais le vrai, véritable et sincère amour du cinéma a disparu. Le cinéma ne donne plus envie d’aller au cinéma.

Mélancolie de fin d’année ? Probablement pas, les chiffres de cette année sont cruels : Ludovico n’a vu que 3 films du Top20 France et en a descendu 2 (et il n’a même pas vu Transformers 4 !)

1. Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?
2. Supercondriaque
3. Lucy
4. La Planète des Singes L’affrontement
5. Le Hobbit : La Bataille des Cinq Armées
6. Dragons 2
7. X Men Days of Future Past
8. Rio 2
9. Le Labyrinthe
10. Samba
11. Hunger Games – La Révolte : Partie 1
12. Interstellar
13. Astérix Le Domaine des Dieux
14. Les Vacances du Petit Nicolas
15. Les Gardiens de la Galaxie
16. Babysitting
17. Transformers 4 L’âge de l’extinction
18. The Amazing Spider-Man : le destin d’un Héros
19. Les 3 Frères Le retour
20. Maléfique

Pire, il n’a vu que trois films du boxoffice US (les mêmes, mais l’un d’entre eux sera peut au Topten du Professore)

1. Les Gardiens de la Galaxie
2. Hunger Games – La Révolte : Partie 1
3. Captain America Le Soldat de l’Hiver
4. La Grande Aventure Lego
5. Transformers : l’âge de l’extinction
6. Maléfique
7. X Men Days of Future Past
8. La Planète des singes : l’affrontement
9. The Amazing Spider-Man : le destin d’un Héros
10. Godzilla
11. Les Nouveaux Héros
12. 22 Jump Street
13. Ninja Turtles
14. Interstellar
15. Dragons 2
16. Le Hobbit La Bataille des Cinq Armées
17. Gone Girl
18. Divergente
19. Nos Pires Voisins
20. Mise à l’épreuve

Mais le pire n’est pas là. Le pire, c’est quil a vu (et apprécié) 5 films du Top15 des lecteurs de Télérama

1. Mommy
2. The Grand Budapest Hotel 3. Winter Sleep
4. Ida
5. 12 Years a Slave
6. Gone Girl
7. Hippocrate
8. Les Combattants
9. Saint Laurent
10. Deux jours, une nuit
11. Magic in the Moonlight
12. Jimmy’s Hall
13. Léviathan
14. Une nouvelle amie
15. Bird People

…Et il serait bien aller voir 5 films du Top15 de la rédaction de Télérama

1. Winter Sleep
2. Mommy
3. Saint Laurent
4. Ida
5. The Grand Budapest Hotel
6. Only Lovers Left Alive
7. Bande de filles
8. Léviathan
9. Dans la cour
10. Eastern Boys
11. Eden
12. Une nouvelle amie
13. Under the Skin
14. Hippocrate
15. Au bord du monde

A vrai dire cette tendance n’est pas nouvelle ; je regarde plus en plus de films à la télé (43 films cette années, contre 30 en salles, c’était largement l’inverse avant) ; je regarde encore plus de séries. Cette année, Mad Men, Un village Français, Game of Thrones, et les petits nouveaux Friday Night Lights, True Detective, Girls, The Newsroom, Halt and Catch Fire, The Affair, soit plus d’une centaine d’heure de visionnage…

Quels objectifs, dès lors, se fixer pour 2015 ? le cinéma américain ne va pas changer pour le Professore. Il va s’universaliser encore plus (et donc perdre sa spécificité américaine), raconter encore plus d’histoires universelles qui pourront plaire aux chinois sans déplaire au moyen orient. Seule la télé aura encore quelque chose à raconter sur l’Amérique. Sur la Silicon Valley (Halt and Catch Fire), le couple (The Affair) ou le rock, via le fameux projet Scorcese Jagger pour HBO. Et le Trône de Fer, qui reste peut être la meilleure allégorie de cette amérique inquiète de son propre destin : un trône (un leadership) vacant, l’hiver (climatique) qui approche, et les barbares (arabes, chinois, et autres sauvageons) aux portes…

On restera donc bien au chaud devant la télé, à guetter la perle rare en salle…




mercredi 31 décembre 2014


Whiplash
posté par Professor Ludovico

On cherchait encore la définition de « gentillet ». Peut-être l’a-t-on trouvé avec Whiplash, le chef d’œuvre autoproclamé des fêtes de noël.

Gentillet, c’est tout simplement quand le spectateur, au lieu d’adopter le point de vue du « héros », ou au moins du personnage principal, préfère se ranger du côté du méchant.

Dans 2012, grand film gentillet par excellence, on est du côté d’Hades, le méchant conseiller de la Maison Blanche. Nous pensons comme lui qu’ « il y a un problème » quand le héros préfère sacrifier la vie de dizaines de milliers de personnes pour sauver un pauvre type coincé sur un engrenage.

Dans Whiplash, c’est pareil, on est du côté du méchant. D’autant que c’est J. K. Simmons, le prof de batterie, déjà génial et terrifiant Vernon Schillinger dans Oz. Le « gentil », le « héros », c’est Andrew (Miles Teller), un jeune batteur doué qui a intégré le prestigieux conservatoire Shaffer. Va commencer un terrifiant face à face entre le batteur et son mentor, qui le pousse dans ses derniers retranchements, humiliations comprises, pour l’amener à l’excellence.

C’est là que le bât blesse car on peine à comprendre où va le scénario. Si l’objectif – affiché – est de faire d’Andrew le meilleur des batteurs, alors c’est la methode Fletcher qui est la bonne. Penser le contraire, c’est mal connaitre le monde artistique. Quiconque a, un jour, ambitionné de faire de la musique sait le niveau d’abnégation obsessionnelle qu’il faut pour atteindre les hautes sphères. Que l’on soit au Philarmonique de Berlin ou chez Oasis, quel que soit le niveau technique, il faut travailler beaucoup. A l’Opéra de Paris, on « casse » des générations entières de Petits Rats pour obtenir le meilleur ballet possible. Chez les Rolling Stones, on élimine les maillons faibles (Dick Taylor, Brian Jones, Mick Taylor, Bill Wyman, pas forcément les pires techniciens), tout simplement pour survivre.

C’est donc une illusion toute américaine que poursuit Whiplash. L’idée, séduisante, qu’il faut aider les enfants à grandir en étant uniquement bienveillants à leur égard. C’est ainsi que l’on éduque les enfants américains. Faites l’expérience : quand un enfant américain parle, les parents s’arrêtent et écoutent ce qu’il a à dire. Quand un enfant français parle, on lui apprend à ne pas interrompre les adultes*.

C’est cette idée un pêu gnangnan que refuse Terence Fletcher (J.K. Simmons) : ce n’est pas en tapotant Andrew dans le dos (avec un « good job ! » de circonstance) qu’il aidera son élève à devenir le nouveau Buddy Rich. Et malheureusement, le spectateur est un peu d’accord avec lui, d’autant que … ça marche !

Car dans un final abracadabrantesque, Damien Chazelle fait basculer son film dans le ridicule, pour le simple plaisir d’un twist totalement inattendu ; une épreuve supplémentaire qu’on inflige au héros et qui lui permet de prouver l’étendue de son talent. Une épreuve, un défi, qui démontre, par la plus grande absurdité possible, que la méthode Fletcher était la bonne.

Il est dommage que Damien Chazelle ait les idées si peu claires, car le reste de son cinéma est excellent : acteurs, mise en scène, façon de filmer la musique au plus près des instruments : Chazelle a tout d’un grand. Reste la bonne idée à incarner.

* A 18 ans, la tendance s’inverse, l’enfant américain est désormais responsable de son destin et doit remercier (en réussissant) les efforts de ses parents. En France, on continue à les aider longtemps après.




lundi 22 décembre 2014


Le Hobbit : La Bataille des Cinq Armées
posté par Professor Ludovico

Que dire ? Les bras nous en tombent. Nous sommes consternés, comme devant le PSG qatari qui fait match nul au Parc contre Montpellier… Autant d’argent, de talent, d’énergie, pour aboutir à un si petit résultat.

Dans La Bataille des Cinq Armées il y a tout, et il n’y a rien. Des armées d’orcs, d’elfes, de nains. Un dragon qui crache le feu. Une ville en ruine, une deuxième, une troisième. Des batailles interminables. Des duels interminables. Un méchant devenu une victime, censé apporter une touche comique, pas drôle du tout.

Et pas de mise en scène. Pas de dramaturgie. Pas d’actes. Pas d’enjeux. Pourtant, un enjeu magnifique, shakespearien en diable, traîne entre deux scènes : ce roi devenu fou par l’or des nains, et qui se retourne contre sa communauté. Mais l’acteur – Richard Armitage, excellent – ne peut rien quand le texte est mauvais.

Et l’on ne peut s’empêcher de penser que, comme les dialogues, tout sonne creux : ces pierres sont en polystyrène, ces épées en plastique et cette couronne en carton. Même les elfes ont des têtes d’acteurs de série télé (Halt & Catch Fire, Lost)…

On ressort épuisé de ces neuf heures de saga. Ce long roller coaster ininterrompu, cette reconstitution en stuc et en plastique, cette pornographie de la violence permanente, auront réussi à détruire l’œuvre de Peter Jackson : rendre plausible l’idée même d’heroic fantasy. Ce que Le Seigneur des Anneaux avait réussi, Le Hobbit le détruit en réduisant l’œuvre de Tolkien à un pitoyable péplum de série B condamné aux poubelles de l’histoire.




mercredi 17 décembre 2014


The Affair s01e08
posté par Professor Ludovico

Pourquoi s’embêter à aller au cinéma ? Pourquoi s’embêter, en effet, quand vous avez, dans votre canapé, un film par semaine de la qualité de The Affair ? Car c’est bien de cela dont il s’agit : un drame d’une heure, intelligent – européen, oserait-on dire – filmé avec goût, esthétique et formidablement joué.

Un film chaque semaine qui traite des errements de l’amour, de la difficulté de vivre, de la vie et de la mort, des parents et des enfants, et qui rappelle les meilleures heures de Téchiné, Sautet, ou tout simplement de Six Feet Under ?

Pendant ce temps, que nous propose-t-on pour dix euros ? Les mêmes comédies rances du cinéma français, ses drames bourgeois, ses polars irréalistes, ou le recyclage infernal du patrimoine (Petit Nicolas et autres Benoit Brisefer).

Hollywood, en vérité, ne propose pas mieux. L’usine à rêves a renoncé aux adultes ; elle ne présente que la version aseptisée, infantilisée, des thèmes de The Affair. Rapport père/fille traité en mode balourd dans Interstellar, dilemmes psychologiques abracadabrantesques dans les films de superhéros. Le grand écart post moderne entre une prétendue modernisation de ces sous-genres et le vide criant de l’ambition affichée. Nous voilà revenus aux mauvaises séries B des fifties, mais maintenant, les séries B coûtent 200M$.

Quoi d’autre ? Le recyclage tout aussi infernal de l’animation 3D à base de pingouins, de zèbres, d’avions et de voitures anthropologiques, répétant à l’infini le scénario insupportable du roman d’apprentissage et de la rédemption. Sans parler, last but not least, de la sortie cette semaine du massacre, numérisé à la truelle, du plus grand conte de fées de tous les temps.

Je préfère passer l’hiver à Montauk.




dimanche 14 décembre 2014


Hard Eight
posté par Professor Ludovico

Hard Eight, c’est le premier film de l’immense PT Anderson. Dans ce film de débutant, aussi appelé Sydney ou Double Mise, tout le talent du réalisateur est en germe. Toutes ses obsessions aussi : les pères absents, les fils et les filles perdues, l’Amérique des losers, le sexe et la violence.

L’intrigue est simple. Un homme âgé, Sydney (Philip Baker Hall) prend sous son aile un jeune homme un peu paumé, John (John C. Reilly). Nous sommes dans le Nevada, ce no man’s land de l’Amérique, entre Reno et Las Vegas. Déserts, motels, diners, et casinos.

Ce couple, père et fils de substitution, nous semble dès lors très étrange. Pourquoi Sydney consacre tant de temps (et d’argent) à aider ce parfait inconnu, cet abruti de John ? Court-il en fait après sa petite amie, la délicieuse Clementine (Gwyneth Paltrow) ? Et que vient faire dans ce trio Samuel L. Jackson, le trouble Jimmy, mi-maquereau, mi-chef de la sécurité du casino ?

Avec le jeu des acteurs, qui passe du minimaliste Philip Baker Hall, au jeu outré de Samuel L. Jackson, avec la perfection graphique de chaque plan, P.T. Anderson installe ce qui va devenir une œuvre, de Boogie Nights à The Master.

Mais ce qu’on peut néanmoins regretter, au visionnage de Hard Eight, c’est la complexification inutile – et semble-t-il, irréversible – de l’œuvre andersonienne. Après des débuts limpides (Hard Eight, Boogie Nights), Paul Thomas Anderson semble vouloir de plus en plus faire l’auteur. Ses films sont de plus en plus magnifiques (There Will Be Blood), mais aussi de plus en plus arides (The Master). Ses personnages nous touchent moins, le propos est moins clair.

C’est peut-être plus arty, mais c’est moins parfait.




mercredi 10 décembre 2014


Interstellar
posté par Professor Ludovico

Il n’y a rien de pire que le génie sous-exploité. Comme si Léonard de Vinci avait consacré sa vie à dessiner Largo Winch, Michel-Ange à la poterie et Victor Hugo au Club des Cinq

Le talent de Christopher Nolan est indiscutable. C’est un grand metteur en scène, un grand directeur d’acteurs. Ses films sont magnifiques (Le Prestige, Insomnia), la musique y est formidable. Mais il semble faire carrière à l’envers : après un premier film excellent (Memento), Nolan, comme le héros de son film, est en train d’échouer à rebours. Ses films sont de plus en plus adolescents, de plus en plus débiles (au sens de du manque de force) sur le fond, tout en étant de plus en plus sublimes sur la forme.

Car Interstellar est magnifique : tout y est indéniablement parfait : acteur, musique, photo. Mais c’est un nanar. Un effroyable et sublime nanar. Tout en squattant une des grandes idées de la science-fiction (dans La Guerre Eternelle, Joe Haldeman pose déjà la question de revenir sur Terre plus jeune que ses enfants), Nolan gâche le travail par son incroyable prétention. Ce qui n’est pas une nouveauté puisque sa série Batman, unanimement salué ici et là, n’est qu’un indigeste pudding où l’on peine à découvrir l’intention artistique, malgré, encore une fois, l’accumulation de talents (Bale, Caine, Ledger).

Le cinéma de Nolan pose, une fois de plus, l’éternel problème de l’ambition artistique. Que veut faire l’Artiste ? Sculpter la plus belle pietà de tous les temps ? Ou faire une statuette pour votre jardin ? L’Artiste est toujours jugé à l’aune de l’ambition affichée. S’il en a peu, on le louera toujours s’il la dépasse (Scott, tendance Tony). Mais s’il dit vouloir faire son Grand Film (Scott, tendance Ridley), il a vraiment intérêt à le réussir.

C’est ce que semble nous dire Nolan dans les vingt premières minutes – remarquables – d’Interstellar. La Terre se meurt, sous les effets du réchauffement climatique. L’Homme refuse de l’accepter, espérant toujours « la prochaine récolte » qui viendra le sauver. Ce début magnifique pose la question ontologique de notre présence dans l’espace infini. Que faisons-nous là, au milieu de « ces noirs océans d’infinitude » selon la belle formule de Lovecraft ? Que se passera-t-il à la fin des temps ? Ou ira l’humanité quand la terre disparaitra ?

Nolan ajoute alors un deuxième enjeu fantastique (le « fantôme » communiquant avec la fille du héros, Cooper, l’astronaute devenu fermier (Matthew McConaughey) … en morse (sic). Et c’est là, en à peine vingt minutes, que Nolan « saute le requin ». Car sans rien révéler, le morse décodé met le père et la fille sur la piste d’une mystérieuse base secrète. Voilà nos héros arrêtés, mis au secret et conduits devant le Grand Patron (Michael Caine, of course) : « Ça tombe bien, nous cherchions à vous contacter… » (resic)

C’est là, vous l’avez compris, que ça devient du Cinéma Adolescent. Interstellar va se couvrir de comédons en quelques minutes. Car le Cinéma Adolescent, c’est le cinéma que l’on peut faire à quinze ans, et à quinze ans seulement : un cinéma qui ose tout, sans recul, sans perspective, sans sagesse, sûr de lui et dominateur, qui se croit tout permis parce qu’il est jeune et beau…

Nolan, c’est cela, un adolescent mégalo à qui Hollywood a confié les clefs de la Mustang sans vérifier s’il avait le permis. Comment lui reprocher ? Le wonderboy rapporte des zillions de dollars avec ses Batman fichus à l’as de pique. Si le petit Christopher veut jouer avec une maquette de Navette Spatiale, on va quand même pas l’en priver…

C’est donc parti pour le Grand Huit interstellaire : Nolan a envie de tout et Hollywood lui donne tout : théorie de la relativité, fermiers dustbowl au bord de la crise de nerfs, temps qui passe, réchauffement climatique, voyage spatial, virée dans le champ de maïs, relation père-fille (x2), paradoxes temporels, explorations planétaires, civilisation extraterrestre en dimensions (reresic)… On mélange tout et ça devient un horrible cake aux fruits indigeste. Après un quart d’heure de ce traitement indigne d’un spectateur adulte, on décroche et on se met alors à chercher à retenir, cruels que nous sommes, les phrases cultes, dites sans rire par des acteurs formidablement bons*.

Le plus drôle restant évidemment les cours de physique quantique, Nolan découvrant les brouillons des frères Bogdanoff** et les filmant tels quels : deux heures cinquante de dialogues abscons qui feraient passer Matrix pour du Labiche. C’est le deuxième indice du pouvoir de Nolan à Hollywood. Qu’aucun producteur ne lui ait demandé de couper dans son salmigondis pseudo-scientifique est tout à fait remarquable.

Le troisième indice de sa mégalomanie galopante est malheureusement assez fréquent à Hollywood : c’est la mégalomanie Kubrickophile. A quarante ans, si t’as pas fait 2001, t’as raté ta vie. Nolan veut faire son Kubrick ; il veut faire son 2001. Mais là où Kubrick (au même âge) invente tout et ne s’embarrasse pas d’explications scientifiques quand il ne peut pas en donner (la Porte des Etoiles, les Extraterrestres, le Monolithe), Nolan surexplique : le Tesseract. Le Trou Noir. Le Trou de Ver. La gravité dans la cinquième dimension au carré de la puissance. Et pompe allègrement dans le répertoire 2001. Un robot intelligent (mais drôle cette fois-ci) qui s’appelle TARS (hé hé, quatre lettres écrites en majuscule)… en forme de monolithe. Ça serait juste pathétique si ce n’était pas l’une des créatures visuellement les plus ridicules de ces dix dernières années (une sorte de Rubiks cube habillé par Paco Rabanne qui se déplie. C’est indescriptible, il faut aller voire Interstellar juste pour ça). Et on passera sur les plans silencieux dans l’espace, le souffle haletant, et tutti quanti

Autre mégalo Kubrickophile, Spielberg devait initialement réaliser Interstellar ; il y a finalement renoncé. Car Spielberg a beaucoup de défauts, mais il sait ce qu’il peut faire, et ce qu’il ne sait pas faire. Il sait jusqu’où faire l’Artiste, et quand il faut s’y arrêter, sous peine de ridicule. Il sait aussi quel âge il a, et quel âge il faut avoir pour faire un film. Qu’il faut avoir trente ans pour faire Les Dents de la Mer et soixante ans pour faire Munich. Et qui comprend à coup sûr que celui qui marche dans les pas de l’autre ne laisse pas de traces.

* Au hasard : « The bulk beings are closing the tesseract »
** En fait le film est co produit par Kip Thorne, un physicien expert de la théorie de la relativité




dimanche 7 décembre 2014


Bastien Vivès est-il le meilleur scénariste du moment ?
posté par Professor Ludovico

Il y a en ce moment dans ce beau pays un scénariste génial, et le cinéma français l’ignore superbement. Il s’appelle Bastien Vives, il a trente ans et il est scénariste de BD. Et l’on pourrait tout aussi bien lui confier une mission de script doctor sur Un Village Français, Iron Man 3, ou Le Gamin au Vélo, car il est capable d’arranger tout cela…

Bastien Vives explose en ce moment avec Last Man, un incroyable monument de culture pop, avec ses deux complices, Sanlaville et Balak. Le pitch de cet ovni mi-BD, mi-manga : dans un royaume d’opérette, une jeune boulangère, Marianne, et son jeune fils Adrian vivent heureux, jusqu’à ce qu’ils rencontrent un mystérieux étranger : Richard Aldana. Arriveront- ils à gagner tous les deux la Coupe du Roi, ce combat rituel façon Tekken ou Street Fighter? Derrière ce pitch dragonballesque, Vivès, qui scénarise, s’est lancé dans une saga extraordinaire, qui a la capacité de se renouveler à chaque épisode (six au compteur). Mieux, il semble capable d’amener la série toujours plus loin, toujours plus haut. On pense à un modeste DragonBall à la française ? voilà que Last Man lorgne du côté de Mad Max, du catch américain, ou du Seigneur des Anneaux. La BD, vaguement regressive, et premier vrai manga à la française (rythme de parution, fan service, etc.), semble viser exclusivement les 12-15 ans ? Last Man regorge d’allusions pour adultes. Et alors, ne serait-ce qu’une aimable pochade ? Last Man est capable de passer à la romance ou au drame. Et si l’on croit avoir fait le tour de l’intrigue avec ce tome VI, la série relance la machine avec un incroyable final.

Mais il y a encore mieux : car au-delà du phénomène Last Man, le talent de Bastien Vives est protéiforme. S’imposant d’abord comme un auteur sérieux, dessinant les affres de l’amour adolescent (Le Goût du Chlore, Amitié Etroite), il a montré qu’il était capable de bien plus : le roman graphique sérieux (Polina), l’observation de nos travers quotidien (Le Jeu Video, La Famille) et même la parodie érotique (Les Melons de la Colère)…

Qu’attend donc le cinéma pour utiliser un tel talent ? Un projet d’animé Last Man est dans les tuyaux parait-il, mais Bastien Vives vaut plus que cela. Il sait écrire des personnages (pour Iron man ?), construire une dramaturgie, (intro, acte I, acte II, final, ce qui manque si cruellement au cinéma français (et à notre Village Français en particulier), il sait faire rire et faire pleurer (pour Un Gamin au Vélo).

Ecrire à CineFast, qui transmettra.




vendredi 28 novembre 2014


Le Marginal
posté par Professor Ludovico

Etrange impression archéologique devant ce film de Jacques Deray, avec son Bébel kistch et vieillissant cuvée 1983. On commence à regarder et on n’est pas déçu. Belmondo en pattes d’eph, cinquante ans et son début de bide, qui se croit encore jeune et joue les commissaires badass et macho de Marseille à Paname, ça le fait. Grave.

Mais petit à petit on est pris par une sorte de douce nostalgie. Quelques scènes sont bien. Une bonne bagarre, une bonne poursuite. Les fameuses cascades-faites-par-Belmondo-lui-même… et quelques acteurs cultes de notre génération : Claude Brosset. Pierre Vernier. Michel Robin. Tapez ces noms dans Google, et vous verrez. Et Tchéky Karyo, tout jeune, qui débute…

Subsiste alors une étrange impression, celle d’un voyage dans le temps, celui des squats punks de l’Ilot Châlon, celui du Pigalle des eighties. Celui de la Place de Clichy, de la Défense. Certes, nous n’étions pas du bon côté de la barrière, et nous détestions voir Belmondo venir se pavaner chez Drucker au bras de la sublime Carlos Sotto Mayor. Mais qu’on le veuille ou non, nous sommes de cette période-là…




vendredi 21 novembre 2014


Comme les 5 Doigts de la Main à la télé, à ne pas manquer !
posté par Professor Ludovico

A ne pas rater ce week-end, après la Coupe Davis et France-Argentine, le chef d’œuvre d’Alexandre Arcady, en tout cas sa meilleure comédie : Comme les 5 Doigts de la Main. Ou comment les frères Hayoun, un restaurateur-sniper, un pharmacien talmudique, un gentil prof de banlieue, un joueur de poker compulsif, sauvent leur petit frère, poursuivis par de méchants gitans.

Sortez la bière, faites chauffer les pop corn, invitez les potes… Tout seul, le film pourrait passer pour du Bergman, mais à plusieurs, Comme les 5 Doigts de la Main reste la meilleure comédie (involontaire) du weekend.

Comme les 5 Doigts de la Main
France 2, Dimanche, 20h45




samedi 15 novembre 2014


Fury
posté par Professor Ludovico

Depuis nos douze ans, depuis Le Pont de la Rivière Kwaï et Les Canons de Navaronne ou Le Pont de Remagen, nous attendons un film comme Fury. Ou, plus précisément, depuis que nous assemblâmes des maquettes Matchbox, Heller ou Italieri. Une époque où nous apprenions, par un copain ou un magazine spécialisé, à rendre plus vrai un bout de plastique brillant et lui donner la couleur de l’acier (en peignant à sec), la poussière du désert (avec un pinceau à brosse), le noir du cambouis (avec une mine de criétrium), le rouge sang des blessures (Revell Rouge carmin satiné n°330).

On sent le maquettiste chez David Ayer, car Fury atteint à la perfection cet objectif-là. Celui de transformer des jolis chars en ruines disloquées couvertes de sang, de rouille et de cambouis. Rien ne manque au réalisme graphique de Fury. Pas de faute de goût historique (pas de Sherman déguisé en Tigre comme dans Patton), pas d’uniforme anachronique, et surtout une saleté omniprésente qui sonne juste : la boue, le sang, et les larmes de cette fin de la guerre, avril 45.

Nous sommes dans un char américain, pas loin de Berlin. La guerre est finie. Presque. Car comme Wardaddy (Brad Pitt) l’explique au petit nouveau Norman (Logan Lerman) jeté dans la guerre depuis quelques semaines : il reste peu de temps, mais beaucoup de gens vont quand même mourir.

A partir de là, le bât blesse un peu. Et que le réalisme mis dans la déco n’est pas en harmonie avec celui du propos. Fury est un film adolescent, c’est à dire qu’il lui manque peu, finalement, pour être adulte. un propos plus mature, plus sûr de ses convictions, et des personnages pour les incarner.

D’abord le film mérite des personnages plus creusés. Ce sont des durs à cuire, qui en ont vu des vertes et des pas mûres, d’accord, mais encore ? Brad Pitt parle allemand, voue une haine farouche aux SS, dit que l’Allemagne que c’est son pays, mais on n’en saura pas plus ? Pourquoi cet allemand s’est retrouvé de l’autre côté du conflit ? Est-il juif ? Pire, le film propose même une autre explication. On voudrait pouvoir remettre tout ça dans l’ordre, mais ça ne sera pas possible. Idem pour les personnages secondaires, caractérisés d’un simple coup de trait au début (le Chrétien, le Mexicain, le Grand Con Brutal). Il manque leurs voix intérieures, ces voix qui font chef d’œuvre dans La Ligne Rouge.

Ce qui distingue habituellement le film adolescent, c’est le jeu outré. Ça ne rate pas dans Fury : les comédiens, par ailleurs excellents, surjouent leurs émotions : colère, avidité, mépris, etc.

Enfin l’histoire, qui semble offrir au départ une complexité rassurante, finit de façon assez simpliste : l’éternel Parcours du Héros du film de guerre. Norman est d’abord une mauviette, pas acceptée par ses camarades pour finalement prouver sa valeur au combat et devenir « Machine » leur mascotte. La guerre c’est moche ou pas ? Si ça nous transforme en hommes ? Si l’héroïsme soulage toute crise de conscience ? Est-ce bien la peine de faire une première partie aussi anti guerre pour en magnifier l’héroïsme dans la seconde ? On le voit, on est plus du côté de Officier et Gentleman que de Full Metal Jacket, plus du côté de Platoon que d’Apocalypse Now, plus du côté du Jour le Plus Long que du Pont de la Rivière Kwaï

Dommages Fury méritait mieux et promettait plus. Soit c’était une critique ambitieuse de ce qu’est la guerre, et ce que « les hommes sont capables de faire aux hommes » comme le dit Brad Pitt à un moment, et dans ce cas, il ne fallait pas ce second acte héroïque. Ou alors Fury n’est qu’un très bon film d’action, et il mérite qu’on aille le voir.




septembre 2026
L M M J V S D
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
282930