[ Les films ]



dimanche 19 juin 2016


Snow Therapy
posté par Professor Ludovico

Snow Therapy fait partie de ces films qui font envie sur le papier, et qui finissent dans la poubelle des « J’ai pas le temps d’y aller ». Celui-ci nous avait été chaudement recommandé lors du Top Ten. Snow Therapy passe sur Canal+, c’est bien, on regarde.

La difficulté à vendre Snow Therapy, c’est qu’il ne faut quasiment rien dire du pitch, car c’est là sa très grande subtilité. Une famille suédoise part au ski, dans les Alpes. Un événement arrive. On ne dira pas lequel, même si la bande annonce, la presse, ou les amis s’en sont déjà chargés.

Cet événement – plus subtil que tout ce qu’on aura pu vous dire – dérange l’équilibre de la famille. On ne peut en dire plus, car on perdrait là l’essentiel.

La subtilité, la délicatesse, la finesse des situations, c’est ça le charme de Snow Therapy. Qualités, vous l’avez compris, que cherche le Professore Ludovico et qu’il a de plus en plus de mal à trouver dans le cinéma contemporain.

Car le film de Ruben Östlund est finalement un mélange étonnant de Festen et d’anti-Festen. Un film sur la famille, et ses conflits internes qui couvent sous la surface. Mais là où Festen est destroy et foutraque, et en plein trip Dogma95*, Snow Therapy est dictatorialement beau, léché, en accord avec son propos. Sous la surface blanche immaculée de la famille nucléaire archétypale (papa fort, mère protectrice, charmants bambins), le magma est prêt à exploser.

Snow Therapy atteint une forme d’abstraction qui va se nicher dans les moindres détails. Östlund enlève par exemple – et ce ne peut être un hasard – toute notion de marque sur les skis, les anoraks, ou les télécabines**, comme si le réalisateur ne voulait pas qu’on puisse s’accrocher à un quelconque détail… et donc nous obliger à se concentrer sur les visages, voir ce qui se passe à l’intérieur de ces âmes. A l’évidence la chose la plus dure à filmer.

Ruben Östlund joue aussi avec les codes du ski, qui parleront à toute personne ayant déjà fréquenté une piste verte. Les télésièges, les téléskis, et la descente elle-même deviennent prétexte à de majestueux travellings.

Le bruit d’un remonte-pentes devient une inquiétante musique concrète, le tunnel sur tapis roulant, une source d’angoisse à la Shining, les hôtels chaleureux, d’inquiétants HLM sans vie. Et c’est sans parler de ce blanc immaculé, omniprésent, qui entoure la plupart du temps des personnages. Les acteurs de cette tragédie minuscule s’agitent sur des pistes étonnamment vides : un grand blanc, brouillard ou de neige poudreuse les encerclent en permanence.

Nous avons là affaire à un très grand film, et un auteur.

* On aime beaucoup Festen.
** Dans un univers de frime intense, ou chaque skieur se jauge sur la marque de son matériel, des lunettes aux chaussettes, tout au plus reconnaitra-t-on la mention « Les Arcs » sur une télécabine, à un moment du film…




mardi 14 juin 2016


Purple Rain
posté par Professor Ludovico

On a enfin vu Purple Rain. À l’époque de sa sortie, nous étions restés de glace devant ce phénomène de mode, ces garçons et filles habillées de violet avec chemises blanches à jabot, et ce funk étrange. C’était surtout trop populaire pour être honnête. Puis la Princesse de Suède nous convertit aux accords princiers, le temps d’une K7 BASF. Sans jamais aller voir le film, car pas vraiment recommandé par la Princesse. Le film n’était paraît-il pas terrible. Mais aujourd’hui, il passe à la télé en haute définition et en VOST. Et Prince est mort.

On est alors envahi par une drôle d’impression : si on pouvait racheter les droits, on voudrait le refaire, Purple Rain. Car il n’est pas mauvais, le film, il est même assez original. Il est juste très mal fait, limite film amateur. Très belles images, très bonne musique évidemment, mais cadrage incohérents, changements de lumière entre deux plans, éclairages irréalistes…

Mais derrière tout cela, il y a une idée intéressante, la bataille de deux groupes pour la suprématie dans un club, une femme au milieu (Appolonia) qui joue parfaitement la gourdasse*. Prince en est amoureux mais il est encore plus amoureux de lui-même. Et il y a une serveuse qui est amoureuse de Prince, et le groupe The Revolution* (et les sublimes Wendy et Lisa) au bord de la rupture. Et le background compliqué, violence familiales et paternel musicien frustré, tout cela aurait été bien meilleur avec un vrai réalisateur et de véritables comédiens.

* Le traitement des femmes est incroyablement choquant, trente ans après : on jette une femme dans une poubelle ; on laisse une fille prendre froid après l’avoir laissé plongé dans le mauvais lac ; et les femmes qu’on tabasse finissent toujours par revenir
** Qui démontre au passage qu’il était un putain de groupe…




samedi 11 juin 2016


Berberian Sound Studio
posté par Professor Ludovico

Après avoir vu Duke of Burgundy, on s’était jeté sur IMDb pour en savoir plus sur Peter Strickland, le réalisateur qui signait un tel OVNI. Et on s’était juré de voir ses deux autres films, Katalin Varga, et celui-ci, Berberian Sound Studio. Et voilà qu’une petite négo avec le Service Client de Canal+ nous offre OCS pendant quatre mois, ce qui nous permet entre autres de voir Game of Thrones live, et plein d’autres choses, Mozart in the Jungle, Ballers ou les premiers Jodo… Et, bingo, ce film : voilà l’occasion de continuer notre collec’ Strickland.

Le pitch est tout aussi étrange que celui des Ducs de Bourgogne. Un timide ingénieur du son anglais (Toby Jones, vu déjà un peu partout (Captain America, Hunger Games, Frost/Nixon, W)) débarque en Italie pour mixer et bruiter ce qui se révèle être un film d’horreur. Plus le film avance, plus les scènes sont horribles. Dans la tête du spectateur en tout cas, car tout est filmé un contrechamp et on ne verra aucune image du film Vortex Equestre.

Mais surtout l’ambiance dans le studio se dégrade, l’ingénieur du son est un peu perdu face à l’évolution du film (les deux héroïnes font l’amour dans une ancienne abbaye ayant hébergé des sorcières (vous l’avez compris, nous sommes en plein Giallo)) ; les doubleuses sensées faire les voix langoureuses sont mal payés, d’autres doubleuses arrivent…

Et comme dans Duke of Burgundy, l’étrange impression que ce que nous voyons n’est pas exactement la réalité. Inutile de raconter la suite, car tout l’intérêt es films de Strickland est de s’y immerger, de découvrir petit à petit des univers étranges, passionnants et beaux. Décidément Peter Strickland a un univers tout à fait personnel, mystérieux, érotique, et terrifiant.

Un auteur, en somme.




lundi 6 juin 2016


Roman Polanski: A Film Memoir
posté par Professor Ludovico

En 2009, Roman Polanski est arrêté en Suisse où il vient de poser le pied pour… recevoir un prix pour l’ensemble de son œuvre ! Nous avions à l’époque évoqué le sujet ici, sans bien comprendre la compassion qui agitait la corporation cinématographico-culturelle, qui défendait l’un des siens avec un corporatisme plutôt mal venu.

Pour cette histoire de viol sur mineure qui date de 30 ans, (mal) traitée dans le doc Wanted and Desired Polanski se retrouve en résidence surveillée dans son chalet de Gstaad. Alors qu’il craint d’être extradé pour l’Amérique, un vieil ami, Andrew Braunsberg (producteur de Macbeth, et du Locataire), lui propose de l’interviewer sur l’affaire.

Roman Polanski: A Film Memoir est le film de cette interview, ni plus, ni moins, mais cela suffit pour être énorme. Car ce simple champ/contre champ dans un chalet, agrémenté de quelques images d’époque, et surtout d’extraits de films, montrent à quel point l’œuvre de Polanski (et tout particulièrement Le Pianiste), c’est sa vie.

Polanski raconte l’affaire, mais rapidement, il se raconte : Cracovie, le ghetto, les persécutions nazies, le départ de ses parents pour Auschwitz, et le retour du père et de la sœur, sans la mère. Il suffit de voir un vieil homme pleurer sur le sort d’un ami d’école perdu il y a soixante-dix ans de cela pour comprendre que Polanski a mis tout ce qu’il avait refoulé depuis tant d’années dans un seul film, et quel film : Le Pianiste. Et quand on lui demande quel film il préfère, il demande que l’on mette précisément ces bobines-là dans sa tombe ; Le Pianiste, le film où il a-enfin – tout dit.




samedi 4 juin 2016


Red Army
posté par Professor Ludovico

Je n’aime pas le hockey. Je ne regarde jamais ce sport. Et je ne compte pas le faire dans un proche futur. Pourtant j’ai regardé Red Army, le documentaire conseillé par Mathieu from Epinay, et c’est un fabuleux documentaire sur le hockey. Plus précisément sur l’histoire de l’équipe soviétique des années 80. Celle qui gagna tout, et battit l’Amérique et la Canada, les rois de la NHL et gagna la médaille d’or aux JO de Sarajevo (1984) et Calgary (1988).

Au-delà de cette histoire sportive, il y a la grande histoire, celle de l’URSS triomphante puis de l’URSS délitée, et celle de l’Amérique, miroir aux alouettes pas si accueillante que ça.

C’est aussi la petite histoire, comment cinq gars, pour l’amour de leur premier entraîneur (puis la haine de leur second), devinrent les rois de ce sport puis se trahirent mutuellement au nom de la raison d’état. Une histoire d’amitié, de trahison, et de réconciliation.

La vie elle-même, en somme.




samedi 28 mai 2016


Le foot, c’est pas un sport de gonzesses (tragédie du penalty)
posté par Professor Ludovico

Le foot, même féminin, ça reste du foot. Et on a beau détester l’OL, Jean-Michel Aulas et compagnie, on regarde cette Finale de Ligue des Champions pour ce qu’elle est : de la dramaturgie à l’état pur.

Entre parenthèses, « on » pourrait la gagner. « On » parce que nous voilà soudain lyonnais quand on est en finale de la LDC, comme on devient fan de hand quand on une chance, nous français, de gagner quelque chose.

Certes, ça joue moins fort, ça court moins vite, ça rate des têtes que Cavani arriverait à mettre. Et si on a du mal à comprendre ces couettes blondes qui flottent au vent, ces maquillages waterproof et ces amortis de la poitrine (mais ça vous fait pas mal, les filles ??), on est pris par la dramaturgie du foot.

Il reste deux minutes et les lionnes résistent aux louves de Wolfsburg. Un à zéro. Mais comme d’habitude dans le football, – et c’est bien ça qui fait que vous êtes en train de regarder cette page -, il reste toujours quelque chose à espérer. Pour les Allemandes, que la goal rate l’interception sur ce centre. Et c’est exactement ce qui arrive : un partout. Et voilà que resurgissent tous les scénarios qui sont gravés dans la tête du supporter, ces milliers de matches déjà gagnés ou perdus dans les mêmes circonstances ; on pense à France-Italie, 2 juillet 2000, Feyenoord Stadion. Les italiens qui rebouchent le champagne, Wiltord et Trézeguet. Elles doivent être sens dessus dessous, nos lyonnaises, et maintenant elles vont perdre.

Elles passent quand même les prolongations et nous voilà aux tirs au but. Et malgré que ce soit globalement décrié dans le monde du foot, c’est ça que je préfère. Le drame, poussé à son paroxysme. La tragédie. 100 % de psychologie, 0 % de technique. Et ça ne rate pas, ou au contraire, ça rate. Les lyonnaises ratent leur premier péno et se mettent dans la pire des situations. Mais c’est Sarah Bouhaddi, la goal, qui sauve deux penalties et Saki Kumagai qui donne la victoire à l’OL. C’est ça le football, depuis toujours et pour toujours. Le foot, c’est pas un sport de gonzesses. Même le foot féminin.




samedi 21 mai 2016


El Topo
posté par Professor Ludovico

On poursuit notre exploration Jodorowskienne sur OCS avec El Topo, le western métaphysique du mexicain qui y développe ici (avant La Montagne Sacrée) ses obsessions sexuelles, magiques, et religieuses. Ici le réalisateur incarne lui-même le héros, un cow-boy solitaire tout de noir vêtu, avec son fils (premiers sévices cinématographiques d’une longue liste imposés à Brontis Jodorowsky) qui rencontrent des méchants, quatre « maîtres » qu’il doit tuer les uns après les autres, obéissant en cela à deux très belles jeunes femmes (Jacqueline Luis et Mara Lorenzio, qu’on verra nues faire l’amour, pas d’inquiétude).

El Topo, c’est très sanglant, très symbolique, très philosophique, un Sergio Leone sous acide, un choc à l’époque qui lui valut le titre de premier des films cultes, mais à vrai dire un peu ennuyeux, et moins fort que La Montagne Sacrée qui viendra trois après…




dimanche 15 mai 2016


La Montagne Sacrée
posté par Professor Ludovico

Depuis Jodorowsky’s Dune, nous voulons définitivement voir les films du mexicain fou. Midnight movies nous avait fait saliver avec El Topo, mais là, c’est décidé, on les veut, les Jodo. Grâce à de sombres négociations avec les plus hautes instances de Canal+ (le Service Client), nous avons pu obtenir quatre mois gratuits d’abonnement à OCS.

C’est l’occasion de fouiller dans le catalogue à la demande et bingo, il y a trois films de disponibles : El Topo, La Danse de la Réalité. Nous penchons pour le plus mythique, le plus barré, La Montagne Sacrée. Et nous ne sommes pas déçu du voyage, car s’il existe un film incroyable, c’est bien celui-là.

Où trouverez-vous une reconstitution de la Conquête du Mexique avec des crapauds déguisés (sic) en conquistadors et des caméléons dans le rôle des Aztèques ? Dans La Montagne Sacrée, bien sûr. Où trouverez-vous de la merde changée en or ? Jésus-Christ changeant de vie grâce au Tarot ? Et des policiers défilant avec des crucifix de poulets sanglants ? Des flics et des manifestants dansant un slow ? Dans La Montagne Sacrée, bien sûr.

Le scénario est foutraque, il n’y a pas d’histoire, mais du cul et du LSD à la place. Mais dans chaque image, il y a une idée. C’est pour ça qu’il faut escalader La Montagne Sacrée.




dimanche 8 mai 2016


Spotlight
posté par Professor Ludovico

Les bonnes intentions ne suffisent jamais à faire un film. On vient de voir Spotlight, avec un peu de retard, mais c’est une déception. Pourquoi ? Parce qu’on l’impression de voir un vieux film. Un film-procès avec Yves Montand, prêt pour Les Dossiers de l’Ecran. Et si l’on ne peut qu’adhérer au propos – la dénonciation des prêtres pédophiles de Boston – on ne va pas au cinéma pour voir un documentaire.

Ici avec beaucoup d’efforts, on essaie de fictionnaliser ce documentaire. Les acteurs s’échinent à faire passer les infos pédagogiques dans les dialogues : « Ça veut donc dire que… ? » « Ça prouve que le… ? » « Il est donc impossible que le cardinal ne le … ! »

Voilà la pauvreté cinématographique de Spotlight. Interminables enquêtes, journalistes au travail, pauvres lumpen-victimes. A Spotlight, on ne s’ennuie pas vraiment, mais ce n’est pas vraiment intéressant non plus.

Comme dit Hitchcock, on aurait aimé que rien ne soit dit, et que tout nous soit montré.




jeudi 5 mai 2016


Wings
posté par Professor Ludovico

La cinéphilie, c’est une maladie qui ne se soigne pas. On aime détester les Oscars, mais on a dans son bureau un joli poster avec les affiches de tous les films ayant remporté la statuette. Chacun commente : Celui-là je l’ai vu…celui-là je l’ai pas vu, c’est bien ? Évidemment, plus on remonte le temps, moins on a de chances d’avoir vu les premiers films de l’histoire du cinéma. Le premier, c’est justement Wings, Les Ailes, William Wellman, muet. Oscar 1929, premier du nom.

Le pitch : la vie acrobatique des as de la première guerre mondiale. Ou comment de jeunes américains ont fait deux folies à la fois : s’engager dans l’armée pour finir cette guerre atroce de l’autre côté de l’Atlantique. Et piloter des coucous en toile tendue, que personne n’ose plus piloter aujourd’hui.

Subitement, ça passe sur TCM, et il FAUT qu’on le voie, pour le seul de plaisir de cocher l’affiche sur le poster, dans le bureau « Je l’ai vu ». Ce sentiment de complétude, unique, qui fait la joie du collectionneur.

Cinéphilie, aviation, première guerre mondiale : on est en terrain connu, ça sent le théorème de Rabillon. Mais on découvre une quatrième raison : Wings, c’est un des premiers chefs-d’œuvre du cinéma.

L’intrigue amoureuse est évidemment très datée : deux amis aiment la même femme (Jules et Jim en SpadVII). On découvre au passage ce qu’était le cinéma avant le code Hays : de la nudité, des femmes et des hommes qui s’embrassent, et une début d’orgie.

Mais le principal intérêt de Wings, c’est une incroyable reconstitution des combats terrestres et aériens de la Guerre 14. Une œuvre à grand spectacle. 55 avions, 300 pilotes (pour la plupart d’anciens as), 3500 figurants réquisitionnés par le Kubrick du muet pour reconstituer des dogfights réalistes, et la bataille de Saint-Mihiel, pendant neuf mois de tournage.

Et cette bataille n’est pas seulement gigantesque, elle est aussi magnifiquement filmée. Par exemple, le décollage filmé bird’s eye, comme si Dieu regardaient Ses Creatures au-dessus des nuages, très poétique… mais aussi les combats où, pour une fois, on comprend ce qui se passe, qui tire sur qui, par exemple. Ce qui est loin le d’être le cas aujourd’hui, il suffit de regarder Baron Rouge ou d’autres films de guerre pour s’en convaincre.

Bref, voilà un Oscar pas immérité.




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