[ Les films ]



dimanche 7 janvier 2007


Déjà Vu
posté par Professor Ludovico

Horreur ! Malheur ! Même Jerry Bruckheimer n’est pas fiable ! Disons le tout net : Déjà Vu postule déjà au titre de Nanard CineFast de l’Année 2006. Pourtant tout n’est pas à jeter !

Mais pitchons, puisque je doute que vous perdiez quelque chose à connaître l’histoire : la scène se passe au bord du Mississipi, sur le ferry qui relie Algiers à La Nouvelle Orléans. Des militaires embarquent pour traverser le fleuve. Des enfants d’une école, des couples… Et boum, explosion. L’attentat tue 543 victimes. Très vite, un agent sympa (Denzel Washington, sympa ?) de l’ATF (les Douanes US) mène sa propre enquête, car on a retrouvé une victime de l’explosion avant l’explosion (Mmmh, se dit Denzel, c’est louche). Il est repéré par Val Kilmer et son équipe qui lui propose de mener l’enquête de manière révolutionnaire : le Gouvernement a conçu une machine qui permet de voir 4 jours dans le passé. Pas 3, pas 2, non : 4 jours. Une sorte de Google Earth en 3D spatiotemporel. Enfin, en super 3D puisqu’on peut carrément suivre une nana sous la douche ! La nana, ce n’est pas n’importe qui, c’est la future victime du tueur, qui, forcément est le terroriste qui a posé la bombe, vous me suivez ? Denzel en convainc Val Kilmer. Et c’est là qu’il réalise que ces salopards lui ont menti : c’est pas une machine à voir dans le passé, c’est une machine qui replie l’espace grâce au tunnel machin et la loi truc, et qui permet de voir le passé, en direct. Alors Denzel, il pète un câble : il casse même un écran LCD à 1299 $. Faut dire que ça fait déjà une bonne heure qu’on s’ennuie dans le labo avec les trois ingénieurs et leurs blagues vaseuses ! Alors ils décident d’envoyer un message à un coéquipier de Denzel. Pas de bol, il se fait écrémer par le tueur. Très en colère, Denzel sort une caméra spéciale qui permet de replier l’espace aussi et se met à poursuivre dans le présent – accrochez vous, ça se complique – le terroriste pour le filmer dans le passé. Ca donne une course-poursuite totalement ridicule avec une quinzaine de bagnoles fracassées plus tard (c’est pas pratique de regarder le passé d’un œil et de conduire de l’autre, surtout sur une autoroute à contresens) mais bref, on arrête le meurtrier. Fin du film. Eh non, parce que Denzel, il a la haine, il veut sauver la petite (on sent qu’il la kiffe un peu, surtout qu’elle a vingt ans de moins que lui). Alors il monte dans la machine a replier l’espace -si, si-, et là, il retourne dans le passé. En deux temps trois mouvements, il la sauve, lui raconte son histoire, elle le croit pas, puis si elle le croit, et puis évidemment ils arrivent à temps pour éviter que la bombe explose. The end.

Evidemment, on ressort assez abattu de ce genre de film. Pourtant il subsiste une drôle d’impression. Le début du film (avant l’attentat) est parfaitement réussi. La fin, très film d’action, aussi. La confrontation avec le terroriste* (et le toujours excellent Jim Caviezel) est un grand moment. Mais surtout, pendant tout le film, on ne peut s’empêcher de penser au 11 septembre.

Depuis l’attentat du World Trade Center, où sont passé les grosses conneries américaines ? Où sont les Maisons Blanches qui explosent, comme dans Independance Day ? Où est le New York détruit sous les météorites d’Armageddon ? Où est passé le cinéma de Jerry Bruckheimer ? Ce cinéma, bien évidemment, a disparu…

Quel peut être sa place aujourd’hui, ou celle d’un Roland Emmerich ? L’un s’est reconverti dans un cinéma plus familial (Pirates des Caraibes, ou la série Les Experts), l’autre est resté dans le film catastrophe, mais écologique (Le Jour d’Après).

Déjà Vu est raté parce que c’est probablement une tentative avortée de retourner vers ce cinéma d’action, avec explosions, voitures qui volent, etc. Mais le World Trade Center est passé par là. Et on ne peut pas s’y attaquer au comme ça. Ca fait trop mal. Il faudrait le faire sérieusement, et Jerry Bruckheimer ne sait pas faire. Donc, on tourne autour du pot, on passe par de la science-fiction, par un terroriste d’extrême droite plutôt que de parler de ce monde extérieur qui nous fait tant de mal, et puis l’action ne se passe pas à New York, ou à Los Angeles… Non, ça se passe à Nouvelle Orleans, ville doublement meurtrie par Katrina, et par l’incompétence de Washington à agir vite et bien. Le film est d’ailleurs dédié à la ville, et la scène de l’arrestation du terroriste se passe dans ses vraies ruines.

Et puis Déjà Vu est raté aussi parce qu’il y aussi cette optimisme, cette volonté de faire bien, si profondément américaines, cette confiance aveugle dans la technologie qui les hante et qui hante et leurs films… Cet optimisme, cette confiance, sont tellement anachroniques au moment où les milliards et la technologie de l’armée américaine ne parviennent pas à rétablir la paix dans un pays de 24 millions d’habitants…

« Et si on pouvait éviter ce drame, si on avait une machine qui replie l’espace, on voyagerait dans le temps et on empêcherait Mohammed Atta d’aller jeter ces avions sur nos tours … »

Comment ne pas penser que cette idée les hante toujours ?

*Un moment très Bruckheimerien, d’ailleurs. Caviezel joue l’un de ces terroristes d’extrême droite, qui sont, comme toujours, bien traités dans les films de ce producteur. C’est d’autant plus étonnant que les productions Bruckheimer se caractérisent aussi par une forte sympathie avec la communauté et la culture noire. Ils ont été les premiers à confier à un noir la tête d’un blockbuster (Le Flic de Beverly Hills), ont parsemé la bande-son de leurs films de musique noire (alors que les hits parades aux Etats Unis sont encore très marqués noir, blanc, ou latino). Cependant, les méchants Bruckheimeriens sont souvent des fachos, mais il est difficile de ne pas sympathiser avec eux au final. Il suffit de se rappeler le colonel rebelle de The Rock (Ed Harris) , ou le commandant borné de USS Alabama (Gene Hackman). Ce sont toujours des soldats perdus, qui se battent pour une bonne cause (lutter pour la liberté, contre la tyrannie de Washington) mais avec de mauvais moyens.




jeudi 4 janvier 2007


La polémique pour la polémique…
posté par Professor Ludovico

Avant qu’il ne soit sorti, Apocalyptico fait déjà couler beaucoup d’encre (à défaut de faire couler beaucoup de sang, ce qu’il fait parait-il, dans le film).

Je me refuse à lire les critiques avant d’aller voir un film, pour mieux les déguster après. Je ne lirais donc rien de cette polémique et je me sens peu à même d’en parler. Mais, je ne sais pas pourquoi, – peut-être un vieux sentiment de charité chrétienne – me dit qu’il y a quelque chose qui cloche dans cette lapidation publique.

Certes Mel Gibson a beaucoup de chose à se reprocher : un film parait-il douteux (La Passion du Christ, pas vu), une fascination assez glauque pour les armes à feu, les punitions corporelles, l’alcool et, en même temps, un retour au catholicisme trop violent pour être honnête, le tout saupoudré de déclarations antisémites plus ou moins voilées…

Ici, à CineFast, on s’intéresse aux réalisateurs, aux producteurs, et à déceler dans l’oeuvre un peu de la psychologie de ses créateurs. Pour autant, on aime bien juger les films sur pièce. C’est donc ce qu’on fera.

En salle.




jeudi 4 janvier 2007


Casino Royale
posté par Professor Ludovico

Que ce soit bien clair : je déteste James Bond ! Je n’ai jamais compris cet enthousiasme, à la fois planétaire et intergénérationnel, pour l’espion le plus ridicule que la terre n’ait jamais porté. Moi, j’aime l’espionnage, mais version La Maison Russie, L’Espion qui Venait du Froid, L’Armée des Ombres, La Mémoire dans la Peau… Mais imaginer qu’on va résoudre le terrorisme international en gagnant cent millions de dollars au tournoi de poker du Monténégro, même Patrick Bruel n’y avait pas pensé !

Pourtant, cette haine est incompréhensible : par exemple, je ne vois pas où le scénario de The Rock n’est « pas crédible » ; rien ne me choque dans les aliens de Star Trek Genesis (oui, Star trek 10, celui avec Whooopi Goldberg !!!)… Pourtant les extraterrestres de Star Wars m’ont toujours consterné, et les invraisemblances des scénarios bondiens, idem. Tout cela n’est pas affaire de raison, et je crois simplement qu’on se définit tout aussi bien par ses haines que ses passions. Mon anti-bondisme est juste une façon de me définir…

Bref, mes amis m’ayant enjoint, pour une fois, à aller voir ce James Bond « ré-vo-lu-tion-naire », je me suis laissé tenté. Et j’avoue avoir été à moitié déçu, ou à moitié satisfait… Côté déception, l’aspect révolutionnaire de la chose. Ca a sûrement un sens pour ceux qui se sont tapés les vingt trois films de la série. Pour moi, qui en ait vu trois, dont Casino Royale avec Woody Allen, et qui m’avait bien plu (et pour cause, c’était une parodie !), la révolution était toute relative. Autre déception : le réalisme de l’opus en question vanté par mes petits camarades. Encore une fois, c’est tout relatif. Casino Royale version martin Campbell est certes plus réaliste que Roger Moore en navette dans Moonraker, mais est-ce un bon critère ? L’intrigue de fond est à pleurer de rire, mais comme on est pas là pour ça, on s’abstiendra.

Pour le reste, c’est quand même très positif, et – vous l’aurez compris – on passe un bon moment. Les poursuites sont agréables (parfois ridicules et manquant totalement de sens dans le scénario, mais bon), Eva Green joue très bien, Daniel Craig est un excellent James Bond, teigneux, musclé, désobéissant. Ce sont les points forts du film. Les méchants sont pas mal du tout, et des retournements de situation plutôt inattendus dans ce genre de film.

A voir, donc.




mercredi 3 janvier 2007


« Nice guy for a brit »
posté par Professor Ludovico

C’est par cette phrase, assénée à ma compagne lors d’une fête aux Etats-Unis, que j’ai compris la haine tenace qui liait les américains aux anglais. Dans le contexte, il s’agissait juste d’étudiants, et l’étudiant anglais, finalement, était un nice guy… Mais ici, on parle de cinéma et particulièrement de cinéma américain. La question n’est pas innocente, puisque le cinéma, ce n’est juste que l’extension visible de nos psychés nationales, de nos problèmes du moment, ou de nos névroses d’hier. Le cinéma français est bourgeois, et ce n’est pas pour rien. Le cinéma US, lui, ne veut pas parler de son histoire, mais le fait indirectement, au travers de son cinéma le plus commercial.

S’impose alors une évidence toute simple : l’ennemi, c’est l’anglais. Pas l’ennemi physique (aucun film ne se propose d’envahir la Grande Bretagne et de venger les persécutés du Mayflower !). Non, il s’agit de l’ennemi intérieur, le brit qui est en nous.

Donc, la conséquence sur la production US est simple, l’ennemi sera… joué par des anglais. Un exemple récent, Pirates des Caraïbes , illustre parfaitement ce propos : les héros sont joués par des américains (Johnny Depp, Orlando Bloom), les méchants par des anglais (Christopher Norrington, Jonathan Pryce). Les héros, l’un gentil, l’autre gentil-roublard, sont en butte aux persécutions permanentes des anglais. Pourtant, ils se comportent « bien » : ils tentent de sauver une jeune fille, de trouver des solutions, etc. Bref, ils sont dans l’action, constructifs, américains. Les anglais sont lâches, idiots, velléitaires. Européens.

Quelques exemples : Johhny Depp vient de sauver sa fille (« Tuez le ! » dit le gouverneur, peu reconnaissant). Orlando Bloom se propose de partir à la poursuite des pirates qui l’ont enlevé « Vous n’êtes ni marin, ni militaire, monsieur Turner, vous n’êtes qu’un Forgeron ! ».

Cette phrase d’apparence anodine révèle toute l’opposition des deux cultures. Les USA se prétendent société sans classe : le plus riche des PDG se balade en jean et aime bien manger son burger. En Europe, au contraire, on vient d’une société de castes. Nous avons eu la noblesse, et la différenciation que cela suppose. On admet donc que les classes sociales existent, et même, on crée des conventions qui régissent ces classes*. Ainsi, le pirate Barbossa convie la jolie Keira Knightley à dîner avec lui. D’ascendance noble, elle pique précautionneusement avec sa fourchette le bout de poulet qu’on lui tend. Mais quand Barbossa lui dit qu’il n’y a personne à impressionner ici, que les conventions sont inutiles, elle se met à dévorer gloutonnement, à pleines mains, sa cuisse de poulet. Prouvant, par là, qu’elle est une vraie héroïne. Américaine. Le reste du film est ainsi parsemé d’humiliations anti-britanniques diverses, ou les Habits Rouges se prennent trempe sur trempe, tout en se ridiculisant à chaque fois.

Mais Pirates des Caraïbes n’est pas un exemple isolé : Alan Rickman a joué le méchant dans Die Hard, Robin des Bois et Harry Potter. Dans Star Wars, l’empereur est joué par Ian McDiarmid, un acteur écossais. Ian McKellen joue le méchant dans X-Men, et Da Vinci Code, etc.

On le voit, cela ne touche que la production à grand spectacle, mais c’est bien celle qui touche le plus les américains.

* c’est d’ailleurs tout l’exercice de déconstruction auquel se livre Borat, notamment dans la scène du repas.




mardi 2 janvier 2007


Bonne année à tous !
posté par Professor Ludovico

Allez au cinéma ! Regardez des bonnes séries à la télé ! Reagrdez vos DVD qui croupissent sur votre étagère !

PS Et très bientôt, le Topten des cinéfasteurs !




mardi 2 janvier 2007


Ne le Dis à Personne…
posté par Professor Ludovico

… mais Guillaume Canet est le wonderboy du cinéma français ! En deux films, et à à peine 33 ans, il met deux fois de suite dans le mille, avec Mon Idole, et encore plus cette fois-ci, avec Ne le Dis à Personne. Si on en parle ici, c’est bien que Canet est un cinéaste américain, qui croit en l’efficacité, au travail des acteurs et à scénario qui tient un film. Trois qualités qui font le succès de ce film, inspiré d’un roman américain…

Ne nous trompons pas, Ne le Dis à Personne, le livre, c’est du best-seller de gare, c’est loin d’être de la littérature. Autant le Professore apprécie perdre deux heures de son précieux temps devant Bad Boys II ou The Rock, autant il déteste perdre une semaine à lire du roman de gare. Il avait déjà perdu beaucoup de trop de temps à lire Disparu à Jamais du même Coben, aussi ne se penchera-t-il pas sur Ne le Dis à Personne.

Mais comme on lui posait la question : « Qu’est-ce qui vous a intéressé dans Shining ? », Saint Stanley Kubrick répondit : « c’est plus facile d’adapter un mauvais livre qu’un chef d’œuvre* ».

Et c’est tout à fait ce qui se passe dans Ne le dis à personne. L’intrigue, comme dans le livre, est un « page-turner » : on envie de savoir ce qui va se passer à la scène suivante. Canet ne se pose pas de questions, ne fait pas dans la sociologie (quoique), il déroule son histoire, il adapte… Efficacité, efficacité ! il transpose l’histoire en France, et en fait même un film très français, avec ses petits nobliaux de provinces, ses magouilles locales… Et quand il glisse une scène d’anthologie (la traversée du Périphérique, complètement gratuite), on n’y pense pas, parce qu’on vibre pour Cluzet, et que cette scène est parfaitement imbriquée dans la personnalité de Cluzet, et dans le film.

Comme Les Infiltrés, ou King Kong, c’est l’heureux retour du cinéma Oooh ! Aaah ! On est content d’avoir payé sa place et de pouvoir en parler, avant que tout le monde ne l’ait vu sur TF1. Les acteurs sont bons. Enfin ça dépend. Cluzet, par exemple, peut passer de très bon à pas terrible). Et surtout l’intrigue s’enchaîne scène après scène et on envie de savoir ce qui s’est réellement passé, cette nuit là, près du lac, mais je ne vous en dis pas plus. Courrez le voir si ce n’est pas déjà fait.

*Stephen King, fou de rage suite à l’adaptation de Kubrick qui, selon lui, avait « dénaturé son œuvre », produisit 17 ans plus « son » Shining pour la télévision. Une œuvre qui mérite d’être vue, rien que pour voir ce que la colère peut faire à un homme.




mardi 2 janvier 2007


Bonne nouvelle : Scorcese n’est pas mort
posté par Professor Ludovico

…il y a avait pourquoi de quoi s’inquiéter ! Rappelons, avec un peu de cruauté, les quatre derniers opus du maître : Aviator, Gangs of New York, A Tombeau Ouvert, et… Kundun ! Si la maestria de Scorcese n’a jamais fait défaut, son flair pour trouver le bon scénario semblait pour le moins troublé. C’est pourquoi je rechignais devant l’insistance de mes amis cinéphiles, m’incitant à aller voir Les Infiltrés avec des arguments aussi peu sûrs que « vas-y, c’est super », ou « c’est Scorcese, quand même ! Et y’a Nicholson ». J’étais prêt à instruire un procès en Woody Allenerie, tout le monde me semblant tomber dans le panneau habituel de la hype. J’y tombais moi-même, finalement, pour ne pas le regretter.

C’est non seulement un des meilleurs Scorcese, mais c’est aussi une pure merveille, façon Les Affranchis. 2h30 et pas un gramme de graisse, que du muscle. Même quand Nicholson cabotine, ca le fait. Di Caprio est très bon (il l’a toujours été, même dans Gangs of New York, même dans Aviator !) Matt Damon est bon, Mark Wahlberg est bon, Alec Baldwin est bon et Vera Farmiga est bonne !

Mais surtout, la mise en scène est impeccable : pas d’effets de manche, mais un montage comme toujours efficace et qui suit cette fois-ci un scénario en béton. Des personnages construits, à qui on laisse le temps de s’exprimer, et de faire voir leurs côtés sombres.

Le Professore, début 2007, se met à douter : et si l’avenir du cinéma US était à Hong Kong ?




lundi 18 décembre 2006


Retour sur Borat !
posté par Professor Ludovico

On l’avait dit avant que ça sorte : ça allait être super bien… ça l’est, mais comme le Professore a toujours quelque chose à dire, il y a quelques regrets aussi.

Deux, en fait.

Pour ceux qui ont vu Da Ali G Show, le film n’est qu’en fait l’américanisation de sketchs déjà connus : la bouffe chez les bourges, l’achat de pistolets antisémites, tout ça nous l’avons déjà vu en Grande Bretagne. Mais on sent bien que Sacha Baron Cohen veut pousser aux USA la logique plus loin, plus haut, plus fort. A l’américaine, donc. C’est aussi plus scato, avec deux trois gags assez vaseux, qui n’étaient pas dans la version originale. Personnellement, ça n’est pas mon truc.

Ensuite, des raccourcis de montage cassent un peu l’ambiance, et finalement, sont une leçon –en creux – sur le montage, c’est-à-dire l’art du cinéma. (On peut même dire que c’est la seule le seul art du cinéma, qui a tout piqué ailleurs (la photographie, la peinture, le théâtre, la musique)). Il n’y a de montage qu’au cinéma.

Une scène éclaire particulièrement mon propos. Quand Borat, en panne de voiture, monte dans un camping car de jeunes étudiants fêtards, il se passe un truc bizarre, qu’on pourrait appeler une « rupture de convention ». Le spectateur sait ce que ne savent pas les étudiants (selon le procédé de l’ « ironie dramatique ») : Borat est un imposteur.

Mais il manque une scène, celle ou Borat présente les deux caméramans qui montent avec lui dans le camping car. Car imaginez vous à leur place : un type fait du stop au bord de la route, avec derrière lui deux cameras, et des projecteurs. Vous allez peut-être vous arrêter, par curiosité. Mais vous allez vouloir en savoir plus : « Qui es tu ? Tu es Kazakh ? Tu fais un reportage ? ». Eh bien cette scène n’existe pas. Borat fait du stop. Le camping car s’arrête. Les étudiants acceptent de le prendre, il monte à bord et la conversation s’engage. En faisant cela, le film brise la convention qui nous lie depuis le début : bien sûr il y a une histoire (Borat, reporter Kazakh, traverse l’Amérique parce qu’il veut épouser Pamela Anderson), mais il y a aussi une autre histoire : on sait, par le buzz autour du film, que tout cela n’est qu’une imposture. Et même si je sais que les étudiants ne se sont pas des comédiens (ils ont même attaqué la production, affirmant qu’on avait profité de leur fort taux d’alcoolémie pour leur faire tenir des propos racistes), j’avoue que ce passage m’a laissé dubitatif.

Il reste néanmoins beaucoup de bon dans le film, et notamment cette distance parfaite qu’entretient Borat avec son propos. Il joue le raciste victime du racisme. Et d’un racisme bien spécial, le racisme condescendant, le racisme positif pourrait-on dire. On a envie de l’aider, ce pauvre Kazakh qui dit des horreurs sur les femmes, les juifs, les PD… On le comprend… Il pourrait être civilisé, comme nous, mais après toutes ces années de communisme, ma pauvre dame…

Et montre ainsi, derrière notre compassion, toute la force du préjugé.




lundi 18 décembre 2006


Fast Food Nation
posté par Professor Ludovico

Ouh la la ! Le retour du cinéma vérité ! Le retour du cinéma engagé ! Mais qu’est-ce qui vous a pris Mr Linklater, de vouloir adapter ce livre, Fast Food Nation, au cinéma ? Vous, l’auteur de bluettes parait-il réussies , Before Sunrise et Before Sunset ?

On avait vu le vent tourner avec A Scanner Darkly, que vous adaptâtes également cette année. Ce cinéma verbeux, c’est vous bien sûr, mais c’est aussi la grande tradition du cinéma des années 70. Malheureusement, un film engagé, c’est d’abord un film. Il ne suffit pas de le pétrir de bonnes intentions. Adapter le livre de Mr Schlosser, c’est bien. Vouloir le transformer en fiction, c’est déjà plus dur.

Pendant la première heure on cherche l’histoire. Ensuite, on comprend qu’il n’y en a pas, ou plutôt, qu’elle tient à deux fils : d’un côté, un directeur marketing d’une chaîne de fast food enquête dans un abattoir sur la présence de bouse de vache dans la viande de ses burgers, de l’autre, des mexicains passent illégalement la frontière pour trouver du travail dans cet abattoir. Bien entendu, ils ne se rencontreront jamais. Aussi est-on condamné à suivre l’intrigue « politique », débitée à coups de dialogues pesants et moralisateurs, censés être incarnés par les personnages. Malgré un cast d’élite recruté pour l’occasion, probablement plus par conviction que par le scénario (Bruce Willis, Patricia Arquette, Avril Lavigne, Greg Kinnear), tout ça est un peu dur à avaler.

Il est intéressant de voir qu’en face, côté documentaire, on franchit aussi le Rio Grande en scénarisant toujours plus : Farenheit 9/11, la récente affaire du « Cauchemar de Darwin », ou sur le même sujet, l’excellentissime Super Size Me , auprès duquel Fast Food Nation fait pâle figure.




dimanche 19 novembre 2006


Cthulhu!
posté par Professor Ludovico

« Ce qu’il y a de plus pitoyable au monde, c’est, je crois, l’incapacité de l’esprit humain à relier tout ce qu’il renferme. Nous vivons sur une île placide d’ignorance, environnée de noirs océans d’infinitude que nous n’avons pas été destinés à parcourir bien loin. Les sciences, chacune s’évertuant dans sa propre direction, nous ont jusqu’à présent peu nui. Un jour, cependant, la coordination de connaissances éparses nous ouvrira des perspectives si terrifiantes sur le réel, et sur l’effroyable position que nous y occupons, qu’il ne nous restera plus qu’a sombrer dans la folie devant cette révélation, ou a fuir cette lumière mortelle pour nous réfugier dans la paix et la sécurité d’un nouvel obscurantisme. »

C’est par ces mots que commence L’Appel de Cthulhu, le « chef d’œuvre » d’Howard Philips Lovecraft. Je met chef d’œuvre entre guillemets, parce que ce n’est pas forcément de la grande littérature ; mais comme la Terre du Milieu de Tolkien, Cthulhu est l’œuvre d’une vie. Celle de Howard Philips Lovecraft, écrivain passablement dérangé, raciste, sexiste, inconnu de son vivant, mais publié et adulé depuis. Sa vision tourne autour de l’univers Cthulhu et de lui seul, et pendant 30 ans, Lovecraft n’a fait que rétisser son ouvrage.

L’argument est le suivant : avant l’humanité, des dieux très puissants ont régné sur la terre, et en ont été chassés au fond des océans, dans l’antarctique, au cœur du bayou. Aujourd’hui (en 1920), des humains dégénérés perpétuent toujours un culte à ces sombres divinités, qui, quand l’alignement des astres sera propice, reviendront régner sur terre…

La nouvelle lovecraftienne est souvent bâtie sur le même canevas : le narrateur vient d’hériter d’une vieille maison d’un oncle bizarre qui vivait isolé du reste de la familleen Nouvelle-Angleterre. Le narrateur se rend sur place, et découvre l’existence de cultes adorant ces divinités d’outre-espace. Il lutte désespérément contre elles pour découvrir finalement qu’il est lui-même contaminé, que le sang des anciens dieux coule dans ses veines ; il ne lui reste plus qu’à rejoindre ses ancêtres.

Si quelques nouvelles avaient été adaptées par le passé (souvent de manière très décalée (Herbert West, réanimateur, par ex.), nous attendions tous l’adaptation de l’oeuvre originale, L’Appel de Cthulhu, il semble que ce soit chose faite puisqu’un film est en post-production ; une bande annonce est même disponible ici.

Reste à voir ce qu’Hollywood peut faire de cette mythologie tellement « gotham » (american gothic) ; la bande annonce est encourageante, voire impressionnante, mais le cast semble composé de parfaits inconnus ou débutants. A suivre, donc…




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