[ Le Professor a toujours quelque chose à dire… ]

Le Professor vous apprend des choses utiles que vous ne connaissez pas sur le cinéma



samedi 25 juin 2011


One+One/Mammuth
posté par Professor Ludovico

Par les hasards de la cinéphilie, je terminais – péniblement – Mammuth, du duo Delepine/de Kervern. Perclus d’ennui, je zappais sur Tsonga-Dimitrov, et une fois la 6ème balle de match enfin concrétisée, j’errais sur le câble pour tomber, ô miracle ! sur One+One de Jean-Luc Godard.

On parle peu de Godard sur CineFast, c’est aussi parce que le bonhomme n’est plus très actif, et que ses derniers films sont moyennement intéressants, mais il fait partie lui aussi du panthéon secret du Professore. D’abord Godard, c’est un très grand analyste de l’image (et là où il est le meilleur, d’ailleurs), et c’est évidemment – du moins à ses débuts – un immense cinéaste (A Bout de Souffle, Le Mépris, Pierrot le Fou). Plus que ça, une référence pour les cinéastes américains que nous admirons ici (Spielberg, Coppola, Schrader, etc.)

Nous nous ennuyions donc sur Mammuth, film à la fois sympathique et prétentieux. Sympathique par son format (court métrage Super8, auto-assumé Art Brut*). Prétentieux par sa volonté de traiter poétiquement (plutôt que politiquement) du problèmes retraites. Un coup marketing aussi : Depardieu + Adjani, nos anciens amours réunis à l’écran. Mais voilà, c’est tellement jemenfoutiste dans les dialogues, le jeu, la construction, qu’on s’ennuie ferme. Il ne suffit pas de s’assumer arte povera pour qu’on trouve ça génial. Les répliques prétendues cultes tombent à plat, les-scènes-critique-de-la-vie-quotidienne aussi (comparez la scène de l’audiotel de Mammuth avec celle de Burn After Reading et vous comprendrez). La symbolique est lourdingue (la grosse moto qui devient mobylette, les papiers qui volent au vent). Bref, Gustave de Kervern et Benoît Delépine essaient de faire leur film d’errance métaphysique, mais n’est pas Antonioni qui veut. Seules surnagent les séquences à moto, notre Gégé national sur sa Mammuth, et la musique de Gaétan Roussel.

En face, la concurrence de One+One a dû leur glacer les sangs. One+One, tout est dans le titre : juste après Mai 68, Godard veut faire deux films en un : un film politique sur la l’après-68, et film sur le rock : l’enregistrement du futur mythe des Stones Sympathy for the Devil.

Vs Mammuth, Godard, c’est la stratosphère. Plans magnifiques, c’est la Ferrari du film intello. Certes, la partie « Black Panther » est ratée et lourdingue, mais le film sur les Stones est un chef d’œuvre rare. Tout simplement parce que les artistes rechignent se mettre ainsi à nu, alors que l’œuvre n’en est qu’à sa genèse. Au début, Sympathy for the Devil n’est qu’un immonde brouillon blues, péniblement gratouillé par un Brian Jones dépressif. Mais petit à petit, on voit le diamant sortir de sa gangue de boue, devenir cette incroyable salsa parsemée d’éclairs électriques. Au fur et à mesure son géniteur s’efface, s’éloigne du champ, jusqu’à disparaître de l’image. La préfiguration du vidage du Stone, et de son suicide, un an après.

Un exemple vu ce soir-là : par un long travelling dans le studio, qui s’arrête, qui repart, qui fixe tout autant Brian Jones (déjà au bord de la piscine) que les technicos qui bouffent leur sandwich à côté, Godard fait sens. On regarderait ça pendant des heures, même à une heure du matin.

Merci Jean-Luc.

*de l’intérêt de lire le générique de fin jusqu’au bout.




lundi 20 juin 2011


CineFast à l’école !
posté par Professor Ludovico

Depuis deux ans, l’ami François me fait l’honneur de m’accueillir dans sa classe d’anglais, en Classe Européenne. Il croit que je lui rends un service, mais il me fait le plus beau cadeau du monde : deux heures, rien qu’à nous, pour éduquer dans la langue de Shakespeare, de jeunes esprits à la cinéphilie.

Tout cela a commencé l’an dernier, quand la Professorinette a arboré un T-Shirt CineFast en classe (eh oui, on ne lésine pas sur le street marketing à CineFast). Intrigué, ledit François va alors sur cet honorable blog et demande dans la foulée si le Professore ne voudrait pas intervenir sur le cinéma, pendant un cours du mois de juin.

Après s’être calé ensemble sur le programme (j’avais proposé « Philosophie Politique d’Armageddon », il avait proposé « Woody Allen et Citizen Kane chez Shakespeare », on a transigé sur Titanic, évidemment.

L’objet du premier cours était de montrer comment se construit un film hollywoodien, et Titanic est parfait pour ça : vingt minutes pour poser les enjeux, trois heures pour les résoudre. François, qui avait déjà fait travailler ses élèves sur la cinématographie, s’est arrêté de son côté sur la représentation du bateau lui-même : fort et puissant au début, théâtral au milieu*, et minuscule et fragile îlot de lumière au mitan, quand justement le film amorce sa descente : iceberg, collision, naufrage.

Les élèves ont ensuite travaillé sur le calme et le frénétique, les deux fins de Titanic. En effet, nous avions posé avec eux qu’il y avait deux films en un : un film pour garçon (les vingt premières minutes, pleines de testostérone : sous-marins, hélico, cigare, chasse au trésor, Brock Lovett). Vingt minutes macho, hard boiled, et d’ailleurs toutes bleues. S’y succédaient vingt autres minutes tout de rose vêtues (vieille dame, jeune fille, chapeaux et corsets, peignes, miroirs d’argent et émotions, Rose Calvert) : un film pour filles. Il fallait donc deux fins pour parachever Titanic ; une fin action : bateau qui casse, cris, explosions, méchant puni. Mais aussi, ensuite, une tragédie calme, le silence, Rose et Jack seuls face à l’immensité de l’univers. C’est ce qui fait le succès de Titanic, d’ailleurs, et sa grande réussite : ce mélange tous publics de film catastrophe et de romance également réussis…

Le deuxième cours, destinée aux Troisièmes, était consacrée deux jours plus tard à la Sitcom. Sur la base du visionnage du Pilote de Friends, l’objectif était de comprendre la structure narrative spécifique de la sitcom, et les contraintes marketing afférentes (court, pas cher, formaté et répétitif, pour garantir les taux d’audience). Sur le même principe de pédagogue éclosive (regarde et découvre toi-même !) les élèves ont encore fait des étincelles.

Car ce qui frappe de prime abord, c’est la culture, le dynamisme, la fraîcheur des élèves sur ces sujets. Enfants de la télé, du téléchargement, et de la culture US, ils sont impressionnants d’érudition et de questionnements. Et n’hésitent pas à renvoyer le Profess(eur)ore dans ses 22. Une jeune fille de Quatrième que visiblement je bassinais sur le genre très marqué de Titanic (a film for boys, a film for girls), me reprit, sarcastique : « Alors les filles n’ont pas droit aux films d’action ? » Et deux garçons de m’interroger sur le créneau Sitcom du jeudi sur NBC : « En France c’est plutôt mardi, non !? »

Tout ça pour dire que je me suis régalé ; d’abord parce qu’il n’est rien de plus valorisant que d’apprendre quelque chose à quelqu’un, surtout à nos enfants. Et ensuite parce que nous partageons avec François cette même vision : plutôt que d’esquiver Internet et la télé, l’école (ou les parents) ont tout intérêt à apprivoiser ces outils pour donner aux enfants les grilles de lecture pour les comprendre et les décrypter.**

Ensuite parce que ce genre d’exercice renoue avec la magie intacte du cinéma. Plongez une classe d’ados dans le noir, projetez-leur Titanic sur l’écran pas terrible d’une salle de collège, passez la scène de la mort de Jack, et amusez vous compter les filles en pleurs***…

« On meurt, on passe un bout de temps à rêver, et on revient… » : c’est ce que dit David Lynch à propos du cinéma, et on ne saurait mieux dire.

*François m’a ainsi permis de remarquer que lors de la séquence culte du baiser, la proue, et le poste de commandement du Titanic sont carrément redessinés, idéalisés façon Vérone 1912 : un écrin orange parfait pour nos Roméo et Juliette cameroniens, et leur Amour Eternel).

** A l’instar, par exemple, de la démarche d’un Daniel Schneidermann en 2001, au lancement de Loft Story. Plutôt que de se lamenter sur la-télé-qui-décervèle-nos-enfants, Arrêt sur Images avait abonné une classe de CM2 à la Chaîne du Loft, et leur instituteur les avait fait travailler dessus. Des gosses de dix ans avaient compris – avant tout le monde – que Loft Story était entièrement scénarisé par Endemol, malgré toutes leurs dénégations.

*** Autre anecdote intéressante : je commence mon intervention en interrogeant les élèves ce qu’ils savent du vrai Titanic. Ils savent pas mal de choses (les femmes et les enfants d’abord, les riches qui ont survécu, l’iceberg, le SOS…), et que le bateau a coulé, évidemment… Puis je plonge la salle dans le noir, et on lance le film : cinq minutes plus tard, quand on demande aux élèves les questions que posent le début du film, ils répondent en chœur : « On se demande si le bateau va couler… » Magie, du conte, du théâtre, du spectacle encore et toujours, et pour toujours…




samedi 21 mai 2011


Mitterrand-Chirac
posté par Professor Ludovico

Paris Première avait eu la bonne idée, il y a quelque temps, de rediffuser Le Choc des Titans, euh, pardon, le débat de 1988 Mitterrand-Chirac.

Ce n’est pas tant du cinéma, c’est plutôt le contraire, c’est l’objet de cette chronique.

Car la mise en scène, volontairement pauvre, ne se réduit qu’a deux plans par candidat, un plan pour le tandem de journalistes (la pauvre Michèle Cotta, et le pompeux Elie vannier, réduits à compter les coups… euh pardon le temps imparti), et c’est tout.

Pas de plans de coupe.

C’est à dire pas de plan sur l’adversaire quand l’autre parle. Interdit. C’est bien dommage. On voudrait voir la mine de Mitterrand quand il se fait démolir par Chirac sur la Nouvelle Calédonie. C’est l’un des rares moments où Chirac est bon, en vrai passionné de cultures primitives (une qualité que l’on découvrira bien plus tard.) On voudrait surtout voir Chirac déconfit quand Mitterrand réplique juste après ; on se demande ce que Mitterrand peut répondre, tant Chirac a prouvé sa connaissance du dossier, sa passion pour le problème Caledonien (11 voyages là bas, tout de même). Cotta vient de donner deux minutes à Mitterrand, et celui-ci, sec comme une trique : « Ce n’est pas la peine de perdre deux minutes pour répondre à de telles bêtises »

Pas besoin de Jean-Pierre Jeunet, quand on a de tels acteurs, et de tels dialoguistes ; Audiard d’un côté « ce soir, vous n’êtes pas Président, et je ne suis pas Premier Ministre. Nous sommes juste deux candidats, devant les français », et Henri Jeanson de l’autre : « Mais vous avez raison M. Le Premier Ministre ! » Ou « Je serai ravi de travailler à ces sujets, avec M. Le Premier Ministre, quand il sera retourné à la vie politique normale, après le 8 Mai. C’est à dire, sans les responsabilités »…




mercredi 18 mai 2011


Le Théorème de Rabillon
posté par Professor Ludovico

« Vu le thème rarissime mais combien cher à nos cœurs quand il s’agit d’Antiquité, de Quête Médiévale et d’Epopée Sombre » ; c’est par ces mots que commencent le fameux Théorème de Rabillon, connu aussi comme la Loi de l’Obligation Maximum.

Ledit Rabillon est un ami du Professore, et théoricien CineFaster à ses heures. Pour faire simple, son théorème démontre que si la droite RC (i .e. la Rareté Cinéphilique d’un thème donné) rejoint en un point la droite TF (i.e. la Trajectoire d’un Film sur le même sujet), et quel que soit sa qualité intrinsèque, toutes choses égales par ailleurs, le spectateur est obligé d’aller voir le film en question.

Par exemple quand la droite (Rome/Guerre Punique/Thermopyles/Gladiateurs/Pyramides) rejoint Gladiator, 300, Troie, tu es obligé d’y aller ! Quand la droite Templier/Cathare/Quête du Graal rejoint Le Dernier Templier, Indiana Jones et la Dernière Croisade, Da Vinci Code, tu es obligé d’y aller ! etc…

Même si ce théorème a été élaboré de manière empirique, à base d’échanges avinés, à la sortie d’une « Assiette du Sud Ouest » ou d’une « Calzone 4 fromages » à Bercy Villages, il se trouve qu’il se vérifie toujours.

Sinon, comment expliquer que nous sommes allés voir (et revoir) Dune, de David Lynch ou Le Seigneur des Anneaux remix de M. Jackson ?




vendredi 6 mai 2011


Apocalypse, enfin Now!
posté par Professor Ludovico

J’ai failli attendre, comme disait Napoléon ou Louis XIV à je ne sais plus qui. Mais voilà : Apocalypse Now!, pas Redux, est enfin disponible ! Le chef d’œuvre de Coppola, le seul, l’unique, et aussi l’unique objet de mon ressentiment, car l’auteur du Parrain nous a joué une mauvaise farce. Voyant son ex-ami George Lucas (ex-ami, depuis que Coppola s’est foutu de sa gueule en créant, dans Apocalypse Now! – justement -, le personnage du foutraque Colonel Lucas, joué par… Harrison Ford), son ex-ami, disais-je, se faire des Etoiles Noires en platine avec son Star Wars’ Director’ cut, Coppola décida d’en faire autant avec son diamant vietnamien.

Las ! Ce diamant était déjà très pur, et difficile à tailler (ce qui n’était pas compliqué avec Star Wars : gnark ! gnark!) Apocalypse Now! Redux fut donc la daube que l’on sait : complexité pour rien (le monologue lourdement explicatif de Brando, in extenso), élargi sans raison (les scènes interminables dans la plantation française), changeant même de sens (Willard devenant un sympathique voleur de surf), bref une perversion totale de l’équivalent cinématographique du Voyage au Bout de la Nuit.

Pour vingt quatre malheureux euros (ça fait combien en francs, mademoiselle Le Pen?), vous disposerez donc d’un Blu-ray d’Apocalypse Now! Redux (vous pouvez l’offrir à quelqu’un qui n’aime pas le cinéma), un livre sur « les secrets du tournage » (idem), et surtout deux trésors absolus : Apocalypse Now!, l’unique, et Heart of Darkness, a Filmmaker Apocalypse, le seul veritable making of que je connaisse, réalisé par madame Coppola elle-même. Un doc à ne rater sous aucun prétexte : l’infarctus de Martin Sheen, les délires de Brando, Coppola baisant les Playmates, l’équipe qui carbure au défoliant, tout y est.

Seul problème : je n’ai pas de Blu-Ray.




jeudi 5 mai 2011


La phrase du jour
posté par Professor Ludovico

Christoph Waltz, acteur génial d’Inglourious Basterds et du Village Français, interviewé dans Libé sur De l’Eau pour les Éléphants, descend en flamme les making of : « Quel que soit le spectacle, il ne faut pas montrer les coulisses. Jamais. Ce n’est pas l’affaire du spectateur. Il faut que cela reste un secret. Je ne regarde jamais les bonus d’un DVD. D’ailleurs, j’appelle ça les «malus»… »

On est d’accord.

A ajouter à une longue litanie, peu écoutée malheureusement, des contempteurs de Making Of : Kubrick, qui expliquait ne pas donner d’interview pour ne pas devenir un médiateur entre l’œuvre et son public, Lynch, qui dit « filmer ses rêves, et rien d’autre » (une bonne façon de se foutre du monde), ou la phrase immortelle de Cathy Deneuve, que l’on questionnait sur ses conflits avec Lars von Trier sur Dancer in the Dark : « On ne demande pas à une danseuse si elle saigne des pieds. »

On t’aime, Catherine.




samedi 30 avril 2011


Inflation du nylon
posté par Professor Ludovico

Abondance de biens ne nuit pas ? Je ne suis pas sûr ! Par exemple, prenez le déluge actuel de films de superhéros : déjà vus, prêts à sortir ou en préparation… Thor est sorti cette semaine (dirigé par Kenneth Branagh, tout un symbole !), et on nous prévoit Captain America, les Avengers, un prequel aux X Men,un troisième Batman « Nolan », un premier Superman « Snyder » et même une nouvelle franchise Spiderman

Personne ne nous force, me direz vous… Mais sincèrement, cette programmation m’écœure (ou simplement m’éloigne) du cinéma. J’ai l’impression d’être dans un fast food où l’on me propose que quatre produits distincts : comédie américaine « Un Gars, Une Fille« , film d’animation avec des animaux « Rango&Rio, les Cars de l’Age de Glace« , film français « J’irais manger quelque part si tu ne m’embrasses pas » et… film de super héros.

Je n’ai jamais aimé les superhéros. Tandis que mes copains se jetaient sur Strange, un cousin imprimeur m’amenait des pelletées de Pif Gadget. Et dans Pif, il y avait certes Pif et Hercule, Placid et Muzo, mais surtout Glop! Glop! : Hugo Pratt, La Ballade la Mer Salée. Je ne veux pas frimer, je lisais aussi Battler Britton, et ses spitfires en flammes au dessus de la Manche.

Tout ça pour dire que je suis un cas assez unique chez les quadra : un réfractaire à la nostalgie en nylon. J’aimais bien L’Araignée en dessin animé, donc j’ai bien aimé le premier Spiderman de Sam Raimi. Mais pour le reste, le concept d’un type qui se déguise en justaucorps bien moulant m’a toujours paru absurde. Mettre un masque pour cacher son identité tout en choisissant une cape bien flashy, et, en général, d’un goût douteux, ma toujours laissé dubitatif… sans parler de cette propension à vouloir sauver le monde parce qu’on a un trauma familial (père tué, mort sur Krypton, ou dieu du Valhalla)…

Très logiquement, j’ai aimé les films destructeurs de cette mythologie : Incassable de Shyamalan, ou Hancock, de Mr Berg : pourquoi as-tu quitté le projet Dune, mon petit Peter ?? Oui, pourquoi ? Pour faire un autre film de Superhéros ?

Parce que le drame est là, en fait : Hollywood se mord la queue en tournant toujours les mêmes films, alors que des milliers de sujets géniaux attendent une adaptation ; Dune, confié à un tâcheron, Lovecraft, toujours pas de film à l’horizon, et les centaines de chefs d’œuvre de la SF toujours pas adaptés : le Cycle des Epées de Leiber, Elric de Moorcock, Ubik, de K. Dick, Demain les Chiens, de Simak, Les Monades Urbaines, de Christopher Priest, l’Orbite Déchiquetée de Brunner, les Princes d’Ambre de Zelazny, et à peu près tous les Frank Herbert…

Non, le cinéma Hollywoodien, depuis l’éclosion de Spielberg-Lucas à la fin des années soixante-dix, a décidé de ne s’adresser qu’au gosse qui est en nous.

C’est bien dommage.

*Hier soir, mon ami Philippe m’a proposé en avant première de voir Le Trône de Fer, la saga brillante de George Martin adaptée par HBO. Visuellement, scénaristiquement, ce pilote est une réussite : ambitieux et pédagogique à la fois, pour un livre aux intrigues multiples, complexes, et adultes. Un prototype de cinéma adulte inenvisageable désormais sur grand écran.




jeudi 24 mars 2011


Kubrick à la Cinémathèque
posté par Professor Ludovico

2011 sera l’année Kubrick. Orange Mécanique devrait ressortir en salle à l’occasion du Festival de Cannes, avec peut-être d’autres films dans la foulée. Mais surtout, depuis le 23 mars, Kubrick est à la Cinémathèque, dans le cadre d’une exposition maousse. Une simple comparaison avec Science (et) Fiction, l’expo sur la SF à la Villette, qui présente pourtant quelques incunables (le Viper de Galactica, les costumes de Paul Muad’dib, des cosmonautes d’Alien et de 2001), et la messe est dite : l’expo Kubrick est un chef d’œuvre à elle toute seule. Quasiment que des pièces originales, nombreuses et variées : scénarios, storyboards, dessins préparatoires, mémos, costumes, accessoires, affiches, matériel de prise de vues… Le tout dans une scénographie simple et efficace : l’ordre chronologique. Aucune intellectualisation de l’œuvre du Maître, une tentation dans laquelle il est pourtant facile de sombrer…

On erre donc dans les couloirs de la pensée géniale, visionnaire, et tordue, de Stanley Kubrick. Et on peut prendre, pour ceux qui n’ont pas encore saisi, la mesure de l’influence non pas de Kubrick lui-même, mais celle – considérable – de son œuvre, sur le XXème siècle. Les lunettes de Lolita, le sourire en coin de Nicole Kidman, le sursaut désespéré du Colonel Dax des Sentiers de la Gloire, le casque du Joker de Full Metal Jacket, les vaisseaux de 2001, la moquette de Shining, les yeux tristes de Marisa Berenson en Lady Lyndon, le rire sardonique d’Alex dans Orange Mécanique : toutes ces images font désormais partie de notre inconscient collectif. On ne sait pas forcement d’où elles viennent, a fortiori qu’elles sont sorties de la tête du même artiste, mais elles font partie de notre quotidien : Kubrick a marque le siècle comme Picasso, Nijinski ou Joyce.

Pour les CineFaster, évidemment, il y a plus à croquer. On s’attardera donc sur les détails : la chronique d’Henry Chapier qui descend Lolita puis, dix ans plus tard, le même qui encense Orange Mécanique. Les coupes demandées par la censure irlandaise sur ce film : « Coupez la scène avec la statue du pénis » « Coupez la scène avec l’infirmière » « Coupez la scène avec la femme de l’écrivain » « Coupez la scène de sexe avec les deux filles » et à côté, la lettre de la Warner commentant ces coupes : « Evidemment, Stanley, ces coupes sont inacceptables. Mais sachez que nous avons appris qu’une salle à Dublin accepterait de passer le film sans coupe. Gardez cette information pour vous… » Warner, comme toujours, bad boy d’hollywood, jouant habilement de la censure dans son dispositif promo…. On trouvera aussi des lettres de félicitations, des injures « J’ai 27 ans, je suis fan de cinéma, mais après avoir vu Orange Mécanique, je crois que je n’irais plus jamais voir un film », des incantations « En tant que prêtre, je crois de mon devoir de vous alerter Monsieur Kubrick, car j’ai appris que vous alliez adapter Lolita, un livre qui fait la promotion du sex appeal… » Etc., etc.

Autre intérêt de l’expo : les films inachevés : I.A., réalisé finalement par Spielberg, Aryan Papers, grillé par la sortie de La Liste Schindler, et le monument Napoléon, tué dans l’œuf par la Warner après l’échec de Waterloo.

Et aussi pléthore de photos de tournages, avec Nicholson, Ryan o’Neal, Tom Cruise, etc.

Bref, il est évident que vous avez déjà votre place pour l’expo. Mais ça va mieux en le disant.

La Cinémathèque francaise
51 Rue de Bercy
75012 Paris
Exposition du 23 mars au 31 juillet 2011




lundi 14 mars 2011


La grosse flemme
posté par Professor Ludovico

Je ne vais plus au cinéma. Je m’en suis rendu compte quand on a commence à me demander ce qu’il fallait voir en ce moment, et que j’étais incapable de citer autre chose que Citizen Kane ou Le Faucon Maltais, qui ne sont plus en salle, parait-il.

Je n’ai pas vu le Coen, je n’ai pas vu Tron Legacy, je n’ai pas vu L’assaut. Je me réserve pour Sucker Punch (j’y reviendrais).

On me propose la traditionnelle séance du dimanche soir 22h-petite bouffe-UGC Ciné Cité Bercy, et je décline. Dans ma panoplie d’excuses : trop fatigué, PSG-Montpellier (c’était bien la peine, mener 2-0, et se faire rattraper 2-2 par la Septimanie), deuil nécessaire après la catastrophe du week-end (Italie-France, évidemment, c’est pas vrai, je jubile, je crie « Lièvremont-Démission ! » depuis Day One…)

Non non non, comme dirait Camélia Jordana, je ne veux pas sortir ce soir. Toutes ces excuses, c’est du bidon, je n’ai plus d’énergie pour aller au cinéma… la faute à Canal+, au scopes numériques, aux disques durs, à eMule, à Internet-qui-pourrit-nos-enfants, la faute au cinéma aussi, qui n’est plus très excitant en ce moment… Reste Sucker Punch, j’y reviens, c’est promis !

Et puis y’a les Tudors, j’y reviens tout de suite.




lundi 28 février 2011


La phrase du jour et les Oscars
posté par Professor Ludovico

Lu dans Télérama, cette phrase de Matthew « Mad Men » Weiner : « On a la sensation que le cinéma a migré vers le petit écran et que la télé a envahi le grand écran » Rien de neuf dans la première partie de la phrase, mais tout est dans la deuxième ; on ne saurait mieux dire, en effet, quand on constate le résultat sans surprise des Oscars. Grand gagnant, le téléfilm historique qualité France 2 (créneau du mardi soir, Maupassant et consorts) : Coli-li-lin Firth et son Di-di-discours d’un Roi. La télé sur grand écran a gagne, le cinéma a perdu (Inception, The Social Network). Notons pour une fois que les Cesar ne se sont pas fourvoyés, en couronnant The Social Network.

Pendant ce temps, la télé fait la pluie et le beau temps : Breaking Bad, Boardwalk Empire, Mad Men, les Tudors… Revendez votre Pass UGC…




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