[ Le Professor a toujours quelque chose à dire… ]

Le Professor vous apprend des choses utiles que vous ne connaissez pas sur le cinéma



mercredi 16 octobre 2013


Euro Punk
posté par Professor Ludovico

Qu’est-ce qu’une expo sur le Punk vient faire sur CineFast ? Rien, en fait, je fais ce que je veux.

Le mouvement punk n’a certes pas amené grand-chose au cinéma, car quoi qu’on dise, le 7ème art est avant tout l’art du compromis. Il faut négocier avec les puissants – Jack Warner ou le CNC – pour faire son film. Il ne suffit pas de prendre une guitare ou un pinceau pour exprimer sa frustration adolescente.

Le Punk, qui érigea le do-it-yourself en modus operandi, dynamita, dans le même mouvement le rock sur ses bases : si tout le monde pouvait monter un groupe, s’il suffisait d’être provocateur à la télé pour vendre des disques, what’s the point? Les leçons situationnistes du manager des Pistols, Malcolm McLaren, ont détruit pour toujours le concept de provocation rock’n’roll, en montrant qu’elle n’était qu’une stratégie marketing. Certes, McLaren réécrivait l’histoire en se donnant le beau rôle, mais le rock ne s’en est pas remis.

Depuis, d’ailleurs, il est mourant.

C’est tout l’intérêt de la formidable exposition Euro Punk qui ouvre aujourd’hui dans la toute aussi formidable Cité de la Musique. Contrairement à la dernière exposition Dylan, Euro Punk déborde d’objets du culte à admirer, de documents à visionner, et de musique à écouter : affiches, disques, costumes de scène, fanzines, interviews et concerts vidéo ; il faudra plusieurs visites pour en exploiter le contenu.

Et pour ceux qui sont nés dans les années soixante, un incontournable lieu de nostalgie adolescente : ce quarante-cinq tours de God Save The Queen, nous l’avions volé au Prisunic de Trouville, ce pressage original de Unknown Pleasures, nous l’avions bêtement ignoré à l’époque, ces numéros de Libé illustrés par Bazooka, nous les avons bêtement jetés.

Au sous-sol, une expo photo propose un génial contre-point : la France de Giscard, la Vraie France de 1976, peuplée de mamans à grosse lunettes, de militants UDF, et d’adolescentes boutonneuses mangeant des glaces à la Foire du Trône.

A ce moment-là, nous avons eu, un court instant, le sentiment de faire partie de l’avant garde.




lundi 14 octobre 2013


« De quoi vous plaignez-vous ? »
posté par Professor Ludovico

Dans Le Nouvel Hollywood, Paul Schrader, ex-cinéphile devenu cinéaste, interpelle les cinéphiles d’aujourd’hui, c’est à dire vous et moi : « De quoi vous plaignez-vous ? Quand nous, nous voulions voir un vieux film de Jean-Luc Godard, il fallait trouver une copie 16mm quelque part, un projecteur, et tendre un drap blanc sur le mur d’un copain. Vous, il vous suffit d’aller au vidéo club ! »

Je me suis posé la même question hier, devant l’incroyable programmation télé de ce dimanche soir. J’ai pu ainsi surfer de The Town en VO sur TF1 (que je n’ai pas voulu regarder puisque j’avais manqué le début), rire aux éclats devant le Bambino d’OSS 117 Le Caire Nid d’Espions, revoir les dix dernières minutes – magiques – de Deep Impact, l’Armageddon mélo de Mimi Ledder, éviter La Belle et Bête sur Arte ou Thelma et Louise sur 23, jeter un œil à Beignets de Tomates Vertes, changer d’avis sur La Reine Margot, dont je n’avais pas su apprécier la mise en scène arty à sa sortie, et même revoir en replay les 6 buts de l’équipe de France face à l’Australie. On se plaint souvent de la médiocrité de la TNT (« thirteen channels of shit on the T.V. to choose from » comme on dit dans The Wall), pourtant, il y a du choix.

Que demande le peuple ?




mardi 17 septembre 2013


The Gospel According to Saint Alfred#1: A Star Cannot be a Villain
posté par Professor Ludovico

Dans sa volonté prosélyte d’apporter la civilisation aux barbares, d’accompagner le néophyte sur le Chemin de Damas – heureux les simples d’esprit car le Royaume des Cieux leur est ouvert ! – le Professore a décidé rien de moins que de pour vous la synthèse d’Hitchcock/Truffaut, – le livre et maintenant le podcast – indispensables à tout cinéphile qui se respecte.

Objectif : détailler, fatwa par fatwa, les grandes leçons de Maître Hitch, dont l’exégèse nous fut révélée par Saint Francois des Cahiers, en l’an de grâce mil neuf cent soixante deux.

Aujourd’hui : A Star Cannot be a Villain, ou le casting pour les nuls.

Avec The Lodger (1927) ou Soupçons (1941), Hitch a un problème : il voudrait bien finir en queue de poisson, et laisser le spectateur se depatouiller avec d’angoissantes questions : Ivor Novello est-il Jack l’Eventreur ? Cary Grant va-t-il tuer sa femme ? Mais non, Hitch va être obligé d’adapter, parce qu’Une Star ne Peut Pas Etre un Méchant.

Pourquoi ? Comme l’a si bien dit Tony Curtis dans son autobiographie Certains l’Aiment Chaud… Et Marilyn, les acteurs sont des divinités de celluloïd, des géants de dix mètres de haut que l’on adore dans des églises baptisées « salle de cinéma ». On prête à ces dieux païens des qualités (George Clooney est séducteur, Cary Grant est honnête…) qui obscurcissent le jugement que l’on doit ensuite porter sur les personnages qu’ils incarnent.

Petit exemple d’une erreur de casting : dans le Stalingrad de Jean-Jacques Annaud, le tireur d’Elite nazi, ennemi de Jude Law, est interprété par Ed Harris. Pendant tout le film, nous nous demandons, James Malakansar et moi-même, quand est-ce que Ed Harris va retourner sa veste : Ed Harris, le pur héros américain (L’Etoffe des Héros, Apollo 13, The Rock), le bon mari (Abyss) ne peut pas être une brute nazie. A notre consternation, il finit par pendre le gamin. Bonne surprise, pourrait-on dire, bien joué Monsieur Annaud ! Mais pas du tout : la personnalité de Harris nous perturbe pendant tout le film, on ne pense qu’à cet inévitable retournement, qui ne vient pas. Et une fois que sa « méchanceté » est avérée, elle emplit le spectateur d’une amertume qui pollue la fin du film.

Contre-exemple réussi : Dans Usual Suspects, Bryan Singer n’a pas de star. Le spectateur peut donc jouer au cache-cache pendant tout le film ! Qui est Keyser Soze ? Singer joue même à contre-emploi Gabriel Byrne. A défaut de star, c’est le seul du cast qui pourrait prétendre à ce statut. Le seul beau gosse de l’affaire serait le méchant ? Impossible. Nous en sommes consternés d’avance, ce qui renforce les « fumigènes » déployés par le réalisateur pour nous égarer.

A l’inverse, les acteurs ayant joué des méchants seront souvent cantonnés à des rôles de méchants : Kevin Spacey, Glenn Close, Alan Rickman, etc. C’est sûrement pour ça que les méchants américains sont souvent… Anglais !




mardi 10 septembre 2013


CineFast 3.0
posté par Professor Ludovico

L’ai-je dit ? CineFast se déploie sur toutes les composantes du web : Twitter, Facebook, Tumbler et Instagram, ainsi que l’excellent site Senscritique.com.

Outre l’objectif – avoué – de maximiser les ressources publicitaires en diminuant le churn et en favorisant le cross sell, c’est pour vous d’autres façons d’être toujours au courant de l’actualité cinefastienne.

Sur Instagram (« professorludovico ») et Tumbler (« Cinefast »), j’essaie de proposer une actualité propre orientée vers l’image…

Sur Sens Critiqueludovico »), je ne fais que recopier les chroniques déjà disponibles sur CineFast.

Facebook (« vittorio ludovico ») et Twitter (« @prludovico ») annoncent la publication de ces critiques sur ces sites.




vendredi 30 août 2013


Master of my domain
posté par Professor Ludovico

C’est encore un peu l’été, et pour des raisons assez inexplicables (pas d’enfants, retour progressif au travail), nous regardons chaque année quelques épisodes de Seinfeld.

Re-regardons, plus exactement, puisque nous avons eu l’honneur et l’avantage de découvrir les sitcoms (Dream On, puis Seinfeld, sur l’excellente Canal Jimmy, avant que la maison mère (Canal+) ne découvre qu’elle était assise sur un tas d’or, dépouille sa filiale et se réapproprie les séries à succès, tuant Jimmy au passage.

Hier soir, hasard du calendrier, nous tombons sur l’épisode The Contest (saison 4, épisode 11) qui va bâtir la saga Seinfeldienne, grâce à une réplique culte, une seule :

I’m the master of my domain !

De quoi s’agit-il ? D’un concours que se sont lancé nos quatre compères : qui, le premier, renoncera à se faire plaisir tout seul et restera le « maître de son domaine ».

Le sujet, extraordinaire, inédit, scandaleux, bouscule le diffuseur, NBC, finit par accepter à condition que le mot ne soit jamais prononcé. De cette contrainte, Larry David – le compère scénariste de Jerry Seinfeld – va tirer le meilleur, multipliant les métaphores (Queen of the Castle, King of the County, Lord of the Manor...) et signer peut-être le meilleur épisode de la série. Il va d’ailleurs gagner 2 Emmy Award, et prouver qu’on peut faire rire à la télé américaine avec des sujets un peu plus adultes.

Mais surtout l’expression Master of My Domain va entrer dans le vocabulaire courant, avec le joyeux sous-entendu qu’elle comporte désormais. Vingt après, l’expression orne toujours des T-shirt, des mug, vendus au Rockfeller Center, à la boutique NBC.




mardi 13 août 2013


Hitchcock/Truffaut en podcast
posté par Professor Ludovico

Comme chacun sait, la lecture d’Hitchcock/Truffaut est un indispensable du CineFast : comment comprendre les problématiques d’enjeux, de McGuffin, d’ironie dramatique, si l’on n’a pas lu la Bible ?

France Inter, dans sa grande sagesse, a pensé à ceux qui ne savent pas lire. Il propose, sous forme de podcast, ces mêmes entretiens en vingt épisodes. Avec la voix de Hitch. Oui.

C’est là, et c’est gratuit.




mardi 30 juillet 2013


Où sont les stars ?
posté par Professor Ludovico

Vanity Fair fait partie des lectures obligées du CineFaster. Sans prétendre y être abonné, le Professore y a fait ses plus belles découvertes, notamment les extraits d’High Concept (le fameux Box office de Charles Fleming). Bien écrits, avec du contenu, les articles de Vanity Fair tranchent avec l’habituelle soupe des autres magazines. Il ne faut pas rater l’annuel « Hollywood issue » qui donne la tendance pour l’année, qui est in, qui est out.

Voilà en tout cas le premier numéro de la toute nouvelle édition française, avec déjà un dossier sur les blockbusters de l’été… Et sur leur nouveau modèle économique : pas de star, surtout pas de star…

Comme l’explique Simon Kinberg (chef scénariste des futurs Star Wars), l’Hollywood des années 2010 est désormais basé sur les franchises (X-Men, Spiderman, Star Wars). En gros, 5 films par an qui rapportent 20% des 10 milliards de dollars réalisé par les 600 films produits par Hollywood dans l’année. « Coller des stars dans le cast de ces franchises reviendrait à faire affronter des marques concurrentes, i.e. « Brad Pitt » vs « Batman«  ». C’est pour cela qu’on n’y trouve plus aucune star, mais des jeunes pousses venues de la télé, qui coûtent beaucoup moins cher et ne vampirisent pas le produit.

Ce nouveau paradigme est né, paradoxalement de l’immense succès de Minority Report : une fois payé Spielberg, Cruise, et les droits des produits dérivés, la Fox réalisa qu’elle n’avait fait aucun bénéfice ; une conclusion s’imposa à tous : plus jamais ça ! On prendra désormais des acteurs jeunes, pas chers, et sans pourcentage sur les recettes. La fin du système inauguré par le Batman de Burton, qui rendit Jack Nicholson si immensément riche. D’où les casts pour le moins suprenants des plus grosses machines de l’été : Zachary Quinto (Star Trek), Andrew Garfield (Spiderman 2), Henry Cavill (Man of Steel), Idris Elba (Pacific Rim). Qui serait capable de les citer de tête ? D’évoquer une quelconque filmographie ?

Mais surtout, où sont passés les stars ? Dans des films (un peu) plus ambitieux qu’ils coproduisent le plus souvent. World War Z (Brad Pitt), Oblivion (Cruise), Elysium (Matt Damon), After Earth (Will Smith). Vanity Fair, malicieux, note que c’est à chaque fois, le même scénario : un homme seul, un soldat, combat pour la survie de l’humanité sur une terre post apocalyptique. Un thème universel, sans références américaines, sans ennemi identifié (russkof, arabe, chinois), sans humour connoté, et sans sexe : le meilleur moyen de partir à l’assaut d’un marché de plus en plus globalisé…




mardi 16 juillet 2013


Où va le cinéma américain ?
posté par Professor Ludovico

L’autre jour, pendant la séance de Man of Steel, il y avait trois bandes annonces. Très symboliquement, une partie des bandes annonces est désormais intégrée aux publicités, coincée entre M&Ms et la MAIF, l’Assureur Militant.

Symbole, oui, car évidemment, les films comme Man of Steel sont des produits. Ce n’est pas ici que nous dirions le contraire : le cinéma est une industrie, de luxe, certes, mais une industrie.

Les bandes annonces de ce lundi-là étaient parfaitement éclairantes de ce qu’est devenu le cinéma américain : Wolverine : Le Combat de l’Immortel, Pacific Rim, Sublimes créatures (le DVD)… Trois blockbusters, trois tentpoles, ces films de l’été gigantesques sous lequel toute la production de l’année est censée s’abriter : méga budget, méga profit, ou méga flop. Entre les films de super héros (Wolverine en est à son 5ème épisode), la chick-lit pour les filles, les films en 3D pour les enfants), que reste-t-il de notre cinéma américain…?? Où sont les films moyens, qui parlent de la vie quotidienne ?

Nous voilà coincés dans le rêve que nous avons contribuer à bâtir : ados, nous rêvions d’épopée intergalactiques et de barbares en short, alors que le cinéma ne nous proposait que des épopées de la seconde guerre mondiale avec des comédiens qui n’avaient même plus l’âge d’être sous les drapeaux, ou des comédies franchouillardes avec des acteurs pas drôles. Aujourd’hui, nous sommes submergés sous la mauvaise SF, le paranormal gore, les histoires de cousins au 3ème degré de super-héros. Les films indépendants coûtent des fortunes (20M$ pour The Descendants, ou pour le Cosmopolis de Cronenberg) !

Où va cet argent ? Où sont les histoires ? Lucas et Spielberg ont lancé récemment un appel prophétique : le cinéma est au bord de l’implosion, s’écroulant sous sa propre masse. Le futur, selon eux, c’est la broadwaytisation du cinéma : quelque mégafilms qu’on paierait 50$ la place dans des supersalles, tandis que les vraies histoires émigreraient vers la télé.

Une prophétie qui vient de gens qui ont bâti ce système, de Jaws à Star Wars. Mais au moins, c’était une époque où Hollywood bâtissait ses propres franchises… Chacun peut le constater : les histoires adultes sont désormais à la télé ; le divertissement devenant le seul viatique du cinéma : Game of Thrones sur OCS, Conan à l’UGC. Si l’on veut parler des grands sujets d’aujourd’hui, de politique, d’environnement ou tout simplement de l’évolution de la cellule familiale, il n’y a plus de « cases » pour parler de cela dans le cinéma américain contemporain.

Après Man of Steel, nous sommes allés manger – un burger évidemment – et nous avons parlé de Game of Thrones en nous désolant du nanar de Zack Snyder. Il y a trente ans, c’eut été l’inverse : se désoler d’une télé gangrenée par le foot et Dallas, et la satisfaction de trouver au cinéma un tout autre niveau.




lundi 8 juillet 2013


Princesse Sabine et Cendrillon Bartoli
posté par Professor Ludovico

On l’a déjà dit ici, le sport est un formidable outil dramaturgique. Comme le cinéma, même si rien n’y est écrit à l’avance.

Quoique.

Le cadrage, le timing, c’est bien le réalisateur de télévision qui les décide. Et qui utilise les astuces dramaturgiques (ralentis, gros plan, plan large, …) pour signifier l’évènement. Samedi, tandis que nous patientions jusqu’au soir (ces choses-là ne se regardent qu’à la nuit tombée) pour regarder le terrible S309, notre télécommande zappa entre Wimbledon et Castre-Ax 3 Domaines.

Dun côté, le gazon de la noblesse anglaise, ce parfait petit carré vert où deux chevalières en jupette blanche en venaient aux mains ; de l’autre, les prolos du Tour de France, bleu de chauffe et les muscles luisants, fabriquaient la victoire de Sky à grands coups de pédale.

Deux univers, deux dramaturgies. Duel à mort d’un côté, sans limite de temps : l’affrontement tennistique peut durer des heures, des jours. Mais pour que cela s’arrête, il suffit que l’un des prétendants mettent deux fois de suite le genou à terre. De l’autre, une fin prévue, inéluctable, toujours aux alentours de 17 heures, mais dont le déroulement n’est jamais prévisible. D’où cette dramaturgie particulière du Tour de France : une étape, c’est – forcément – de plus en plus intéressant. Ainsi, on se passionne pour l’échappée du petit français d’AG2R, tandis qu’un nouveau personnage prend subitement la vedette, Quintana, le jeune premier Colombien. On fait l’erreur de zapper vers Wimbledon, et quand on revient, Mister Froome a pris deux minutes à tout le monde : il gagne l’étape, son équipe prend les cinq premières places, et il a peut-être déjà gagné le Tour, après une seule semaine de compétition. Ça apprendra à être infidèle à la Grande Boucle.

De l’autre côté, un autre drame se noue : la belle Princesse Sabine Lisicki, jeune biche blonde aux yeux bleus, subit les coups implacables du laideron, Cendrillon Bartoli. Et l’impensable arrive : Princesse Sabine se met à pleurer. Pas sur le banc, pas à la fin du match. Non, au milieu du service. Du jamais-vu en finale. Bambi regarde sa mère, laideron impassible, parfaite douairière, à qui l’émotion de sa fille ne fait ni chaud ni froid. Des larmes, tu en verseras d’autres, ma fille. C’est le sort des femmes que de pleurer.

Mais Sabine ne pleure pas des méchancetés de Bartoli, non, elle pleure contre elle-même, son fameux service qui la lâche aujourd’hui, devant tout le monde. Et contre ses retours minables… Elle pleure de décevoir le public, ce public anglais si chic dans ses jolies tenues blanches, strawberries and cream à la main. Car la foule penche évidemment pour sa princesse saxonne, si blonde et si jolie, so charming.

La télévision, consciente de ce qui se joue là, de cette dramaturgie inédite, ne rate aucun gros plan de la Princesse. Ni ses larmes, ni ses gestes de désespoir vers sa mère impavide.

En face, Bartoli serre le poing à chaque point marqué, comme une mama corse. Le public ne peut pas l’aimer ; elle n’est pas belle, elle n’est pas gentille, elle ne peut pas gagner, ce serait une terrible injustice. Pourtant, comme sa prédécesseuse, Arantxa Sanchez, Bartoli gagne. Et comme dans la meilleur des drama, Bartoli court vers la tribune, pour embrasser son coach, son Prince Charmant, qui vient de lui donner sa victoire, vers Mauresmo, sa mère de substitution, et – moment magique – elle se jette finalement dans les bras de son père. Ce Barbe-Bleue qui l’accompagne depuis la plus tendre enfance et qu’elle vient pourtant de répudier, quelques semaines auparavant.

Le père, visiblement gêné, ne sut pas vraiment embrasser sa fille. Ce qui rendit l’histoire encore plus belle.




samedi 22 juin 2013


Titanic, plongée n° 3
posté par Professor Ludovico

Et voilà, on retourne plonger – grâce à l’ami Pacobalcon – sur la plus célèbre épave d’Hollywood. L’occasion de former une nouvelle fois nos chères têtes blondes (des quatrièmes de classe européenne) aux mystères de la narration, via Titanic, le chef d’œuvre pop de James Cameron.

Rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous, mais dans un grand film, il y a toujours matière à creuser. Ici, ce n’est pas ce qui manque, et on n’a toujours pas fouillé le Pont B, le Café Français, la Salle des Machines ou la Chambre du Capitaine…

Aujourd’hui, on s’attaquera donc à Brock Lovett. Oui, Brock, le chasseur de trésor, le pilleur d’épaves interprété par Bill Paxton, notre chouchou d’Une Créature de Rêve, Un Faux Mouvement, Twister, et Apollo 13.

Qui est donc Brock Lovett ? Eh bien, Brock Lovett, c’est vous ! Le point de vue du film, et aussi l’avatar de James Cameron, sa représentation au sein de son propre film*.

Dans un film ou une série, il faut toujours un point de vue : un personnage neutre auquel le spectateur pourra se rattacher pour porter des jugement sur les autres personnages. Jerry Seinfeld est un bon exemple de point de vue, dans Seinfeld, la série.

Mais Brock Lovett est un drôle de point de vue. Dans la première scène du film, Lovett se filme (narcissisme) en train de plonger sur l’épave du Titanic. Lewis Bodine, son assistant rouquin, Falstaff geek , sarcasme vivant, qui arbore en permanence un T-Shirt des Watchmen, se présente immédiatement comme sa conscience, son gepetto, son bouffon : « You’re so full of shit, boss ! ». Il va être présent tout au long du film, et particulièrement dans l’introduction, pour moquer Lovett, mais aussi Rose : « She’s a liar ! She was an actress, goddamit! ».

Mais pour Lovett, la messe est dite : Lovett is only here for the money, comme disait Frank Zappa. Un pilleur d’épave qui surjoue la tragédie Titanic devant sa caméra, pour faire pleurer dans les chaumières et vendre probablement le making of de son expédition. Brock Lovett n’est là que pour une seule chose : trouver le plus gros diamant du monde : le Cœur de l’Océan. Et ça, c’est mal…

Car comme le CineFaster le sait parfaitement, par cet étrange retournement philosophique qu’opère le cinéma américain, l’argent, c’est mal. Pour un pays qui met le succès au-dessus de tout, c’est assez étonnant. Pourtant, le cinéma US regorge de ces méchants ultra-riches, de JR aux frères Winklevoss. Brock Lovett fait partie de ces méchants assoiffés d’argent. Il sera donc puni. Dans une scène parfaitement freudienne, Lovett (love it ?) fouille un coffre empli d’une substance brune et gluante : l’argent, c’est de la merde.

Pourquoi cette introduction peu ragoûtante, qui semble vouloir nous dégoûter d’un personnage, qui pourtant est notre point de vue ? Mais parce qu’on te parle, spectateur ! Mieux, on te parle… de TOI ! Car James Cameron sait exactement ce que tu es venu faire dans cette salle, petit être vil ! Tu n’es pas, en effet, animé des meilleures intentions. Tu as payé tes 10 euros pour mater un bon petit film catastrophe des familles. Côtoyer, comme tes congénères depuis maintenant un siècle, la légende morbide du Titanic. Voir des enfants mourir et des femmes pleurer. Voir peut-être un peu de romance aussi, un peu de sexe si possible. Ne t’inquiète pas, décadent spectateur. On va te donner ça. Mais pas tout de suite. Pas comme ça.

Cette introduction – interminable selon les standards Hollywoodiens (vingt minutes sans star, sans action, sans violence, tout le contraire des règles érigées par les studios) – est pourtant un chef d’œuvre de mise en place. Tout y est. La catastrophe à venir. La tragédie. La love story. Mais avant de passer aux choses sérieuses, Cameron veut vous nettoyer sérieusement la tête. Vous amener, immaculé, devant SON film. Car vous n’êtes pas venu voir le 43ème film sur le Titanic. Vous êtes venu voir LE Titanic de James Cameron. Il vous faut donc, comme Brock Lovett, expier d’abord vos péchés.

Le péché de voyeurisme. « The experience of it was somewhat different », répond la vieille Rose à Bodine, après son exposé de mauvais goût 3D (« And that’s a big ass, we’re talking 20-30,000 tons »). Cette scène est un coup de génie. Elle vide le film, dès le début, de son étiquette de « film catastrophe », la tumeur cancéreuse qui pourrait tuer le film dans l’œuf. C’est ça que vous êtes venus voir ? Un naufrage ? Le voilà ! semble nous dire Cameron. Mais moi, je suis venu vous montrer une tragédie. Une expérience humaine comparable à nulle autre. Et toi, Bodine, fan habituel de mes films (Aliens, Terminator…), geek sans conscience, qui ne respecte rien et se moque de tout… Eh bien, c’est un nouveau Cameron que tu vas voir ici.

Péché d’impatience ? Oui, nous sommes comme Lovett, coincés dans ce cinéma depuis vingt minutes. Et, oui, nous n’en pouvons plus de ce film documentaire que tu nous assènes, Jim. Des plans vidéo de l’épave. Des robots qui se baladent dans les coursives et qui retournent des planches pourries… et ce piano figé dans l’eau pour toujours… Mais nous voulons de l’action, nous voulons Leo, nous voulons Kate, nous voulons notre film catastrophe… pas ce documentaire sur History channel.

–  Tell us this story, Rose.

C’est à cet endroit précis que Cameron nous prend au bout de sa ligne, qu’il a appâté avec des morceaux de vieille dame indigne (Rose) depuis vingt minutes :

– Do you want to hear this story or not?

Symboliquement, Lovett s’assoit au pied de Rose, dans une position qui évoque celle du spectateur du cinéma, le bon vieux mécanisme de transfert film-spectateur.

Le film peut enfin commencer. « It’s been 84 years, and I can still smell the fresh paint. The china had never been used. The sheets had never been slept in. Titanic was called the Ship of Dreams, and it was. It really was. »

Belles voitures, beaux chapeaux, gants beurre frais, les riches et les pauvres, le ship of dreams, l’iceberg, Plus Près de Toi Mon Dieu… tout le monde est prêt à voir enfin LE Titanic de monsieur Cameron.

On retrouvera les mêmes trois heures plus tard, dans une position légèrement différente. Filmé à hauteur d’homme (ils ont grandi) et les yeux embués de larmes, même Falstaff-Bodine.

Le shaman Kameron nous a emmené au-delà de l’espace et du temps, nous a raconté le grand mythe rédempteur du Titanic, la folie que les hommes croyaient insubmersible, dans une époque où les riches pouvaient enfermer les pauvres à fond de cale, et les femmes, avec un diamant. Enfin éduqués, Lovett, Bodine, peuvent se laisser aller à l’émotion. Le spectateur, lui, pleure comme une madeleine depuis le mitan du film, quand Jack a « libéré » Rose, dans un baiser devenu iconique, à la proue du bateau.

Désormais, il ne reste qu’une chose à faire : conclure cette intrigue « B » (Lovett, l’épave, la vieille Rose) avant de conclure l’intrigue principale « A » (Où est passé le Cœur de l’Océan ? Rose retrouvera-t-elle son Jack ?)

C’est chose faite dans l’une des rares scènes ratées du film : sur l’entrepont, Brock Lovett se confie à Lizzy, la petite fille de Rose : « 3 ans que je bosse sur Titanic, et je suis passé à côté** » ; Lovett jette son cigare sans le fumer : le symbole du succès est à la poubelle, il a échoué, il ne retrouvera jamais le Cœur de l’Océan, d’ailleurs il n’en a plus envie, maintenant qu’il a touché du doigt la vérité vraie de la tragédie du Titanic.

Mal jouée, mal filmée, cette scène est pourtant conservée telle quelle. Probablement parce qu’elle comptait énormément pour James Cameron. Comment ne pas y voir, en effet, l’expression de sa propre angoisse de créateur ? L’angoisse de « rater » Titanic, le film ? De céder aux injonctions des studios, de faire ce film catastrophe avec des stars que la Fox et Paramount exigent de lui ? De subir cette pression de 200 millions de dollars qui manque de l’écraser, et dont il ne se protège qu’en renonçant à toute forme de salaire pour conserver le final cut*** ?

Brock Lovett, c’est évidemment lui. Et Lizzy, c’est Cameron APRES le film, qui regarde le premier avec ce regard amusé que les femmes posent sur l’immaturité des hommes. Tu n’as pas atteint le succès, Brock, mais tu as grandi. Tu as finalement touché du doigt cette tragédie. Tu as laissé les sentiments t’envahir.

Maintenant, tu es un homme …

* Bill Paxton est aussi un des fidèles de Cameron : Aliens, True Lies, Titanic, Terminator
**Three years, I’ve thought of nothing except Titanic; but I never got it… I never let it in.
*** Des droits qui lui furent gracieusement restitués par les studios devant l’immense succès du film




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