Si un film mérite le qualificatif de séminal, c’est bien celui-là. Un film séminal pour CineFast, et un film séminal pour le cinéma, tout court. Pour Cinefast, ce n’est pas compliqué, nous avions quinze ans, et le cinéma c’était ça : une sorte de chose rare (trois chaînes de télé, ma bonne dame !), un loisir cher, et peu accessible (15 km pour le cinéma le plus proche) ; mais surtout, c’était interdit. Nous n’avions pas 18 ans, et nous nous cachions au premier rang du Rex à Rambouillet, espérant que les flics avaient mieux à faire. Mad Max serait l’un des piliers de notre cinéphilie, avec Shining, Alien, Blade Runner… Il nous inciterait à faire ce qui est le fondement de CineFast, c’est-à-dire questionner les films, parfois bien au-delà des intentions de leurs auteurs…
Pour le cinéma, l’affaire est entendue depuis longtemps : il y a un avant Mad Max et un après Mad Max. Philippe Manœuvre, Métal Hurlant, ont beaucoup écrit là-dessus, mais il est vrai que ce film fut au cinéma ce que le punk fut à la musique : une libération. Si un médecin du Queensland nommé George Miller pouvait se mettre au cinéma avec 350 000$, et réaliser ça du premier coup, alors n’importe qui pouvait le faire. Surtout quand ça rapporte 100 M$.
Mad Max ressort aujourd’hui en salle, 30 ans après. Bien sûr vieilli, pas toujours très bien joué, mais qui reste toujours ce diamant noir d’énergie brute. Punk, en un mot. Au début du film, il y a cet acteur falot, et à la fin du film, il y a Mel Gibson. A tel point que Mad Max sera le moule de la carrière de Gibson, justicier solitaire, détruit par une détresse interne.
Et puis il y a ces intuitions troublantes, pour un film qui prétend se passer « dans quelques années » (on est en 1979) : dans quelques années, l’essence est chère, et on la vole au cul du camion, dans quelques années, les accidents de la route sont si fréquents que les dépanneuses se font une concurrence acharnée pour ramasser les voitures cassées en premier, dans quelques années, la justice n’a plus de moyens, et doit se bricoler une justice, forcément expéditive… et réservée, selon le Capitaine MacCaffee « seulement aux héros »
Donc, pour le souvenir ou redécouvrir Mad Max, pour savoir où nous en serons « dans quelques années », foncez en salles…
posté par Professor Ludovico
Et voilà ! On s’emballe ! On va à New York, on fait le pèlerinage au Carnegie Deli (grosse bouffe pas terrible), et en rentrant, on offre Broadway Danny Rose à sa chérie. Pire : on propose de le regarder ensemble !
Bon, les filles, c’est quoi votre truc avec Woody Allen ? Qu’est ce qu’il a de plus que Stanley Kubrick ou Jerry Bruckheimer ?
Broadway Danny Rose, comme 90% de la production allenienne, c’est de la merde ! Une heure vingt une de dialogue speedés, pour une histoire épaisse comme du papier à cigarettes ! Le pitch : Danny Rose est un loser, agent minable pour artistes minables, tapdancers unijambistes et crooners italiens à la ramasse. Sa mission du jour : amener discrètement la maîtresse dudit crooner au concert. Pour cela, il devra triompher des portes-flingues d’un mafioso jaloux… Et en sera piètrement récompensé.
Voilà, c’est tout ! 10 €, 1h20. Où est le fameux talent du bonhomme ? Dans les dialogues ? Une fois qu’on a éclusé ses sempiternelles blagues juives, il ne reste pas grand’chose… On est loin de Seinfeld, par exemple, auquel on pense souvent en s’ennuyant très fort devant Broadway Danny Rose. C’est mieux écrit, il y a une histoire, c’est plus court, en clair : y’ a pas photo….
Au final, qu’est ce qu’il a fait de bien Woody Allen ? Manhattan ? Prends l’Oseille et Tire Toi ? Match Point ?
Non, Woody Allen est une escroquerie française. Il ne marche qu’ici, faisant plus d’entrées Paris-Surface que dans tous les Etats-Unis réunis… A chaque fois, la critique s’extasie, tout en critiquant, a posteriori bien sûr, mais de manière de plus en plus affirmée, les films précèdents du « Maître ».
C’est irritant, mais avouons-le, rassurant : le temps fait aussi son oeuvre sur Woody Allen.
mercredi 2 juillet 2008
Rome
posté par Professor Ludovico
Le film historique est placé, comme le biopic, sous le signe de la malédiction. Après les Tudors, mais avec beaucoup plus de talent, Rome succombe en partie à cette malédiction.
En partie seulement, car il y a beaucoup à sauver. Les acteurs d’abord, qui sont tous excellents, à commencer par Ciaran Hinds dans le rôle de César, qui a déjà interprété une palanquée de gueules au cinéma (La Somme de Toutes Les Peurs, Miami Vice, Munich, et même Excalibur).
Rome se distingue ensuite par la qualité de sa production. On pourrait même dire que c’est là le vrai projet de la série : reconstituer, dans ses moindres détails, la vie romaine sous l’Empire. On sent chez les initiateurs du projet un véritable amour de Rome : John Milius (Conan, Apocalypse Now), Michael Apted (Gorky Park, Coeur de Tonnerre, Le Monde ne Suffit Pas), et Bruno Heller (scénariste de la BBC), et c’est peut-être ce qui les perd.
Car s’il y a, comme dans toute bonne série, enchevêtrement d’intrigues, il n’y a pas ici d’enjeu centré sur les personnages ; et l’on n’arrive pas à se passionner pour le sort de l’un ou de l’autre. Il y a des pistes, mais elles ne sont pas assez assumées comme véritable ligne directrice. On pourrait ainsi suivre les deux légionnaires et leur amitié indéfectible, ou s’attacher au charismatique César, on pourrait suivre les hésitations de Brutus, formidablement joué par Tobias Menzies, mais Rome ne s’attarde pas assez sur ces personnages pour nous les rendre aimables.
Reste une splendide fresque pédagogique en 12 leçons sur la chute de la République, suffisamment passionnante pour qu’on en redemande une deuxième saison !