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Commentaires et/ou Conseils d’achat de DVD – Peut dégénérer en étude de fond d’un auteur



mercredi 20 février 2013


Il Était Une Fois Dans l’Ouest
posté par Professor Ludovico

Croyez-le ou non : le Professore n’avait jamais vu de Western Spaghetti, malgré ses origines (la famille Ludovico est évidemment originaire de la campagne florentine, vers Sant’Andrea in Percussina), malgré sa génération, gavée de Sergio Leone, malgré la musique d’Ennio Morricone, malgré Claudia Cardinale… Et malgré le cadeau de Notre Agent au Kremlin : le DVD de Il Était Une Fois Dans l’Ouest attendait patiemment dans sa boîte le bon moment…

Jusqu’à ce jour. Maintenant, j’ai vu Il Était Une Fois Dans l’Ouest. Et ce ne fut pas facile. La première partie laisse la drôle d’impression de regarder un Tarantino, quarante ans plus tôt : perfection stylistique, dialogues ciselés, acteurs hiératiques (trop !), mais narration pas claire et fond inexistant.

Heureusement, l’action se déploie petit à petit, et on découvre le secret de McBain, le mari malheureux de Claudia Cardinale, qui devait, au passage, être la plus belle femme du monde à l’époque. On accepte alors plus facilement les incohérences du scénario (Morton, le semi paralytique, rejoignant miraculeusement Frank, alors qu’il était le prisonnier de Bronson et Robards quelques minutes avant).

Si Leone a les mêmes défauts que Tarantino (c’est à dire une perfection dans le réalisme, oxymoré au ridicule de certaines situations), il réussit en revanche à créer des personnages de chair et de sang. Cheyenne, Jill et Harmonica fournissant un triangle amoureux improbable, mais magique.

On reste scotché devant la perfection et le gigantisme des décors, le cadrage (chaque plan est sublime), les dialogues au couteau de Bertolucci et Argento, et la musique, devenue iconique (qui finit même par cannibaliser le film)…

On tombe amoureux de Claudia Cardinale, veuve courage, à qui Robards adressera ce compliment magnifique*.

La fin, belle et amère, entraîne le film du côté du chef d’œuvre.

* « You can’t imagine how happy it makes a man to see a woman like you. »




mercredi 13 février 2013


Eternal Sunshine of the Spotless Mind
posté par Professor Ludovico

How happy is the blameless vestal’s lot!
The world forgetting, by the world forgot
Eternal sunshine of the spotless mind!
Each prayer accepted, and each wish resigned

Soleil éternel d’un esprit sans tache, pour les vestales irréprochables ? Le message du film de Michel Gondry est pourtant d’affirmer le contraire du très beau poème d’Alexander Pope : non, il n’y a pas de soleil éternel, ni d’âme sans tache, que l’on soit irréprochable ou pas. Et le coup de génie, c’est d’en faire un film léger, drôle, sympa, et émouvant, qui dépoussière au passage la comédie romantique.

L’argument est simple : que se passerait-il si nous pouvions effacer les gens qui nous déplaisent de notre mémoire ? Et en particulier, les histoires d’amour ratées ?

C’est ce que décide Joel Barish, impeccablement joué par Jim Carrey. Joel veut se débarrasser de tous ses souvenirs de Clementine (Kate Winslet), amour fantasque aux cheveux mandarines : la belle histoire d’amour a tourné au couple aigri. S’en débarrasser comme l’on débarrasse son bureau en changeant de job : toute une vie dans un carton et hop, poubelle ! L’image sera réutilisée plus tard.

Mais rien n’est simple dans la vie, et cet « effaçage » va tourner à la catastrophe, et démontrer l’inanité de la proposition.

Dans ce film-cerveau, Michel Gondry est à l’aise comme un poisson dans l’eau. Il suffit de comparer avec ce que Spike Jonze avait fait du même matériau : Dans la peau de John Malkovich (fourni par le même scénariste Charlie Kaufman). Autant Jonze avait accouché – selon la belle formule de Philippe de Winterfell – d’un film « avec un cerveau, mais pas de cœur », autant Eternal Sunshine of the Spotless Mind montre ses muscles. Un film de cœur tout autant que de cerveau.

D’abord, parce que c’est une vraie love story, entre deux déficients de l’amour, un Barish autiste, et une Clementine virevoltante.

Ensuite, parce que l’histoire est magnifiée par un message, un vrai : nous ne sommes pas des êtres parfaits, et nous n’avons pas vocation à le devenir. Aucune machine ne peut enlever les taches de nos souvenirs malodorants, de nos erreurs, de nos fautes. Nous ne pouvons pas réécrire nos histoires Une idée anti-américaine s’il en est, au pays de la « seconde chance ».

Enfin, parce que ce message est sublimé par le génie visuel et graphique de Michel Gondry. Sa narration explosée supprime tous les temps morts, et coupe au sein d’une scène tout ce qui est inutile. Ce pourrait être qu’un délire esthétique de plus, dans un monde où le montage est un art à la portée du moindre utilisateur de Mac. Mais Gondry est un vrai cinéaste, et sa mise en scène déconstructiviste sert parfaitement le propos délirant du film.

C’est d’autant plus fort que ses effets spéciaux, fort coûteux au demeurant, sont utilisés avec beaucoup de discrétion : une couverture de livre qui s’efface par ci, une maison qui s’écroule par là, dans l’obscurité d’un arrière-plan.

A aucun moment, Gondry ne fait étalage de sa virtuosité ; il conserve même, grâce à son intrigue secondaire et ses personnages annexes (Kirsten Dunst, Mark Ruffalo, Elijah Wood, Tom Wilkinson), une sorte d’humour foutraque, utile contrepoint de la tragédie ambiante.

On comprend mieux pourquoi on vient de confier les manettes de L’Ecume des Jours : qui d’autre que lui peut adapter le délire poétique de Boris Vian ?

Après Soyez Sympas, Rembobinez, Gondry affirme à nouveau son amour du cinéma. Le cinéma, c’est la vie.

Effacer ses souvenirs, c’est effacer le cinéma. Mais rien n’effacera Eternal, qui porte si bien son nom, finalement.




jeudi 31 janvier 2013


The Rock
posté par Professor Ludovico

En 1996,  The Rock signe l’aboutissement du film « High Concept » mis en place par le duo  de producteurs Simpson/Bruckheimer ; une aventure des eighties à découvrir dans Box Office, le passionnant livre de Charles Fleming consacré à Don Simpson.

Or ce film, c’est aussi le dernier : la même année, Don Simpson meurt dans ses toilettes, une bio d’Oliver Stone à la main. Incident cardiaque, dû à l’abus de médicaments et de drogues. Simpson ne verra pas Armageddon, futur film de leur poulain Michael Bay. Or, The Rock n’est que le brouillon d’Armageddon, en alignant les mêmes thématiques, et les mêmes figures de style. Démonstration.

Le parcours du héros

The Rock et Armageddon, c’est – malgré les apparences – la même histoire, le même Parcours du Héros Simpsono-Bruckheimerien. Deux types ordinaires, deux real McCoys sauvent la planète, en combattant à la fois l’ennemi intérieur (qui n’en est pas vraiment un) et l’Etat Tyran  (qui nous a vraiment mis dans le pétrin).

Dans Armageddon, c’est le duo Willis/Affleck, binôme antique Vieux Con/Jeune Con, qui sauve la planète, aidé par une joyeuse bande de Village People issue des recoins de l’Amérique trash. Dans The Rock, ce binôme est déjà là : Nicolas Cage débute sa fructueuse coopération avec les S&B dans le rôle de Stanley Goodspeed (« Bon vent » en anglais (1)), un ingénieur spécialisé dans les armes bactériologiques. Sean Connery est John Patrick Mason, un ancien détenu d’Alcatraz, évadé multirécidiviste. Les voilà obligés de faire équipe pour empêcher un général renégat, Hummel, (Ed Harris, en beauté !), de bombarder San Francisco, pour (sic !), restaurer l’honneur perdu des centaines de Marines morts au combat dans des missions secrètes. Pour cela, le duo Mason/Goodspeed doit se rendre sur The Rock, qui n’est pas un astéroïde tueur mais bien la prison d’Alcatraz, dans la baie de San Francisco.

L’Etat Tyran, l’Etat Menteur

Constante américaine, constante républicaine, constante simpsono-bruckheimerienne : depuis la Révolution de 1776, les américains semblent vivre dans l’angoisse du retour de la tyrannie, sous la férule d’un ennemi extérieur (les british, les communistes, les extraterrestres), ou intérieur (l’administration fédérale, le FBI, Washington) (2). Un propos parfaitement illustré par X-Files, 24 ou Homeland.

Mais chez Simpson/Bruckheimer, l’ennemi extérieur n’existe pas. Les Russes d’Armageddon sont nos amis. Les Russes d’USS Alabama sont nos amis, aussi, à part quelques exaltés, vite réduits au silence par les troupes loyalistes. Il y a bien une menace extérieure dans Top Gun (des Lybiens), mais le véritable ennemi de Maverick, c’est lui-même. La constante de Simpson/Bruckheimer, c’est bien la tyrannie intérieure, le risque d’un état centralisateur, omnipotent, manipulateur, qui commande tous les espaces de nos vies. L’état est une menace ; l’état, c’est LA menace.

C’est précisément l’argument de The Rock : le Général Hummel prend Alcatraz, ses 80 touristes, et la ville de San Francisco en otage pour extorquer au gouvernement 100M$ : une récompense pour les familles des soldats morts en opération secrète, sans sépulture. On n’a rien dit aux familles : premier mensonge. Cet argent, Hummel veut qu’il provienne des trafics d’armes de la CIA, c’est à dire l’Irangate (vente d’armes à l’Iran pour financer les Contras nicaraguayens). Deuxième mensonge.

Pour cela on fait appel à Mason, un type qui a passé trente ans à Alcatraz, parce qu’il est l’agent secret britannique qui a volé… les dossiers secrets de Hoover ! « This man knows our most intimate secrets from the last half century! The alien landing at Roswell, the truth behind the J.F.K. assassination. » Troisième, quatrième, cinquième mensonge !!! L’état nous ment, et il nous ment depuis toujours ! Kennedy, Zone 51, Irangate.

Dans cette introduction, Bay a posé le dilemme : même si ses méthodes sont contestables, Hummel met le doigt où ça fait mal, sur l’état manipulateur, qui surveille les citoyens, bafoue leurs libertés individuelles, et qui – terrible péché – nous ment. Comme dans Armageddon, Ennemi d’Etat, USS Alabama, ou Déjà Vu.

Cela permet de justifier – au passage – le port d’arme, autre obsession redneck. Chaque citoyen devant être capable, comme les Minutemen de 1776, de se retrouver armes à la main pour casser de l’Habit Rouge. C’est traité ici au travers d’une blague : le gardien d’Alcatraz n’est pas autorisé à porter une arme (comme s’il pouvait faire quelque chose contre cinquante marines surentrainés !) Une mama noire, touriste otage, se moque de lui : « Oh you’re not allowed to carry a gun? I got a goddamned gun! If I’d’a known this was gonna happen, I’d’a brought my mother-fuckin’ gun! » Si on avait armé les citoyens, tout cela ne serait pas arrivé ; heureusement, deux citoyens lambda vont prendre les choses en main.

Le Président des Etats-Unis, créature luciférienne

Si les démocrates – et donc Hollywood en général – magnifient souvent la fonction (A La Maison Blanche, Président d’un Jour, Deep Impact, 2012…), c’est une antienne du cinéma « républicain », que d’en faire la critique. Avec une autre illustration de la tyrannie : l’imagerie présidentielle.

Dans Armageddon, POTUS (3) donne l’ordre de faire sauter l’astéroïde et sacrifie ainsi Bruce Willis. Idem dans The Rock : le Président ne croit plus en Goospeed et Mason, il envoie donc ses avions bombarder le rocher d’Alcatraz, alors que nos héros sont justement sur le point de stopper Hummel et ses Marines terroristes.

Manque de confiance dans l’héroïsme du Citoyen lambda ? Usage inconsidéré de la force brute ? Décisions absurdes, prises dans le brouillard ? Cette critique de la fonction présidentielle est déjà développés dans l’USS Alabama de Tony Scott, où des procédures foireuses, sans tête, rédigée en haut lieu sans le pragmatisme du terrain manquent de mener à l’apocalypse nucléaire, c’est à dire : l’Armageddon.

Comment mieux illustrer ce gouvernement « sans tête » ? En évitant de le filmer. Dans toutes ces oeuvres, on ne voit rien du Président des Etats-Unis. Invisible dans USS Alabama, simple regard bleu-vert dans The Rock, nimbé d’une sorte de vapeur (le diable ? l’indécision ?), et carrément dans l’obscurité du Bureau Ovale dans Armageddon, tel Méphistophélès dans les ténèbres, force immatérielle possédé de noirs desseins.

Les soldats perdus de l’extrême droite

Les extrémistes de droite sont des personnages récurrents dans l’univers Simpson/Bruckheimer. Provocation Sudiste et républicaine (4) vers un Hollywood Nordiste, bien-pensant et démocrate ? Pas seulement. Les personnages très à droite de leurs films sont toujours nuancés et un perpétuel mouvement de balancier vise à les mettre en perspective. D’abord de manière très négative, puis sensiblement positive, jusqu’au point où ces films finissent irrémédiablement par sonner comme un plaidoyer avec circonstances atténuantes. Un processus tout à fait à l’œuvre dans Le Plus Beau des Combats, mélo sur le foot US, sorti en 2000. Le facho n’est pas celui qu’on croit : l’entraineur sudiste a les idées plus ouvertes qu’on ne le suppose de prime abord, et le vrai facho (sur le terrain, du moins), c’est Denzel Washington, le coach noir imposé au premier. A la fin, ce mouvement de balancier aura « positivé » les deux personnages, qui deviendront amis, comme dans la vraie vie.

Dans The Rock, Michael Bay poursuit ce même but : Hummel est d’abord présenté comme un personnage sombre, terrifiant et sans pitié : il fait tuer des dizaines de soldats pour s’emparer des munitions. Mason – tout à son rôle de sidekick british – moque l’absurdité de la démarche (et au passage, du scénario !) : « I don’t quite see how you cherish the memory of the dead by killing another million. And, this is not combat, it’s an act of lunacy, General Sir. Personally, I think you’re a fucking idiot. » Cette autodérision scénaristique est une indication du caractère comique, autoparodique, de The Rock.

Mais ensuite, Hummel révèle une grande compassion pour tous les soldats, amis ou ennemis, et un grand sens de l’honneur (5). Dans un mexican standoff (6) d’exception, les Navy Seals (commandés par Anderson, un officier ayant servi sous les ordres du Général) se font piéger dans les douches d’Alcatraz, ce Fort Alamo du pauvre. Ils refusent de se rendre, et se font abattre jusqu’au dernier.

Hummel, consterné par un massacre qu’il a tenté d’éviter, montre alors toute son humanité (au mépris de tout réalisme scénaristique !) Hummel est certes un facho, mais 1) il a des raisons valables (le message politique du film, voir plus haut), 2) il peut se montrer humain. A la fin du film, Hummel déviera même un missile avant sa chute fatale sur San Francisco. « Me prenez-vous pour un dément ? Je n’allais pas tuer des milliers de gens !! » : Hummel admet sa défaite, et demande à ses hommes de se rendre. Mais certains ne sont pas aussi nobles : « I want my fucking money !!! » Ce sont eux, les véritables traîtres. Ils n’étaient là que pour l’argent, pas pour l’honneur. CQFD.

La Loi du Talion

« L’Europe est baignée dans le culture du Nouveau Testament (égalité, charité, pardon), tandis les Etats-Unis sont dans le culte primitif de l’Ancien Testament (Dix Commandements, Loi du Talion) » Si je me permets de citer la théorie du FrameKeeper, c’est que c’est une constante du cinéma US, qui irrigue tout aussi bien le film d’action (La Loi du Talion) que la comédie (happy ending sur les valeurs familiales). The Rock, mi-film d’action, mi-comédie, possède évidemment les deux.

Quand sonne l’heure du jugement, séparant le bon grain de l’ivraie, Hummel « l’Homme d’Honneur » meurt dans les bras de Goodspeed, qui a tenté de le sauver d’un deuxième mexican standoff. Comme un châtiment divin, il répond au premier : « Qui vit par l’épée périra par l’épée ! » Les autres terroristes subissent également la Loi du Talion, symboliquement punis en fonction des crimes commis : empalé par le missile qu’il allait lancer, ou avalant la munition bactériologique qu’il allait répandre sur San Francisco.

La rédemption des pères

Si les femmes sont rigoureusement absentes de The Rock, hormis les quelques apparitions habituelles (et minuscules) de la Fille ou de l’Epouse/Mère (7), c’est que le thème de la famille, et particulièrement des défaillance paternelles, est central.  En mineur dans The Rock, et en vrai thème dans Armageddon, les pères sont à la ramasse à Alcatraz.

Mason a passé sa vie à tenter de s’évader (dans tous les sens du terme) et n’a jamais vu sa fille. Nick Cage est un adulescent, qui tripatouille sa guitare et commande via Fed-Ex des vinyls des Beatles ; il ne veut pas d’enfant. Pas de bol, sa compagne est enceinte.

Voilà donc nos deux personnages principaux confrontés aux affres de la maturité. C’est l’objet d’une scène, lourde de sens, au sommet de San Francisco, dans le jardin du Musée des Beaux Arts (le bâtiment s’appelle aussi Legion of Honor !) Au milieu de colonnes grecques, de l’Athena moderne, nos deux mâles gagnent en sagesse : Mason promet à sa fille de revenir, en faisant un mea culpa retentissant, et Goodspeed lui sauve la mise (en faisant croire qu’il est « en mission », et pas évadé de nouveau)…

Même cause, même effet dans Armageddon. Bruce Willis n’a pas été un bon père pour Liv Tyler : sa rédemption finale sera de « confier » sa fille à Ben Affleck. Will Paxton est divorcé : il retrouvera épouse et enfant. Steve Buscemi est un obsédé sexuel : il voudra un enfant, après ses exploits interstellaires. La morale est sauve : tout désordre, même après la pire catastrophe humaine possible (l’armageddon !) doit retourner à l’ordre moral, social et familial, dans la plus pure tradition puritaine US.

Le Rookie/L’Homme d’Expérience

Etait-ce une allégorie de leur propre association ? Ou le signe de brûlures plus intimes ? Les deux producteurs ont multiplié les duos de mâles dans leur cinématographie : 48 heures, Le Flic de Beverly Hills, Bad Boys, USS Alabama, Jours de Tonnerre, jusqu’à ce duo de père et fils virtuels.

Mason, le Père, a tout raté : il multiplie les conseils à Goodspeed, son « Fils », lui-même père en devenir : « Losers always whine about their best. Winners go home and fuck the prom queen ! » ; « I’m fed up saving your ass. I’m amazed you ever got past puberty. » ; « I’m sure all this will make a great bed time story to tell your kid. »

Selon les canons de la comédie américaine, ces personnages ne sont que deux faces interchangeables, que l’on réconcilie à la fin. Goodspeed devient courageux et bagarreur, Mason devient sage et plein d’honneur. Le coup de génie étant d’avoir inversé les rôles au début. On croit que Mason est un vieux gâteux, il est en fait un agent secret en forme exceptionnelle, et Goodspeed, qui a montré son courage dans l’intro en désamorçant une bombe bactériologique serbe, se révèle plutôt poule mouillée. Les scènes d’action du milieu du film s’en trouvent renforcés, car le spectateur jubile devant l’énergie du vieux et le regard perpétuellement effrayé du rookie, le tout appuyé de dialogues délicieusement hardboiled (« Je vais très bien, CONNARD !!! »).


Le partenariat avec la Navy

Avec Top Gun, les Simpson Bruckheimer ont développé un partenariat riche avec l’US Navy (8). La Marine avait mis à leur disposition porte-avions et F-15 sans compter, elle fut récompensée par un clip de recrutement de 110 mn. Ces bonnes relations serviront ensuite à monter USS Alabama, et The Rock. Les « méchants » sont des Marines, les gentils des Navy Seals, et les méchants avions qui vont les bombarder sont eux aussi prêtés par la Navy (mais on cache soigneusement leur appartenance !)

Figures stylistiques

Côté style, rien de nouveau sous le soleil : l’œuvre simpsono-bruckheimerienne n’est qu’un éternel work in progress, de Flashdance  aux Experts. Entre les deux, la « patte » S&B se sera installée, elle aura même fait florès dans tout Hollywood.

Côté image, The Rock perfectionne le look fluo mis en place dès Top Gun. Vert et bleu pétant, et jolis filtres Belkin, furieusement eighties, pour des couchers de soleil couleur tabac. Côté musique, grosse pop qui tache pour vendre des CD, et musique russo-wagnérienne de gros tonnage pour le reste.

Au-delà de cette averse de couleurs et de sons, un déluge phénoménal de cascades et d’explosions, même quand l’action le justifie peu. L’évasion de Mason dans San Francisco donne lieu par exemple à une course-poursuite dantesque et totalement irréaliste (la Ferrari 355 explosant fenêtres et devantures sans jamais se rayer, jusqu’à sa destruction finale.) Le tout, faut-il le souligner, sans aucun trucage numérique…

Ce style apocalyptique est devenu la marque de fabrique de l’usine Bruckheimer. Des Experts à l’ensemble de la filmographie qui va suivre : Les Ailes de l’Enfer, 60 Secondes Chrono, Black Hawk Down, Bad Company, The Island, Transformers

Mais The Rock est sûrement l’apogée de ce style. Don Simpson va mourir. Le duo commençait à battre de l’aile, devant ses excès coke-médocs-putes, mais la mort de Simpson va profondément affecter Jerry Bruckheimer. De fait, sa production va s’assagir : moins de violence (Coyote Ugly), plus de films familiaux grâce à un contrat en or avec Disney (Pirates des Caraïbes, Benjamin Gates), ou plus profonds (Le Roi Arthur, Le Plus Beau des Combats). Il entamera aussi une série de succès exceptionnels à la télé avec Les Experts, mais aussi Cold Case, et FBI : Porté Disparus.  Aujourd’hui, son royaume est consensuel. Question de business, mais aussi d’âge.

De son côté, Michael Bay sera finalement le plus fidèle continuateur (9), avec des films sur-vitaminés (Bad Boys II), mais eux aussi plus profonds (The Island), ou plus familiaux, sous influence de Spielberg (Transformers)

The Rock, (Ge Rock pour les intimes, attachés à la prononciation toute particulière de Sir Connery) sera évidemment massacré par la critique à sa sortie et tout aussi évidemment un formidable succès en salle.

Il reste aujourd’hui le parangon de ce cinéma drôle et écervelé.

Et, disons-le tout net, un classique.

  1. On dit aussi God speed, ce qui est aussi le nom d’un bateau célèbre, chargé de colons qui qui fondèrent la colonie de Jamestown en Virginie. Les Pères Fondateurs, encore, toujours.
  2. Comme le dit le Commandant Anderson (Michael Biehn), chef des Navy Seals venus l’intercepter : « But like you, I swore to defend this country against all enemies, FOREIGN, sir… and DOMESTIC »
  3. President Of The United States
  4. Jerry Bruckheimer est un des rares donateurs du parti républicain à Hollywood
  5. Tout comme le personnage de Déjà Vu, interprété par Jim Caviezel
  6. Figure de style chère au western spaghetti, où trois cowboys  (ou plus) se menacent mutuellement. Ça finit en général par un carnage.
  7. On notera l’obsession Bayenne pour les filles pointues, aux yeux en amande et brunes : Kate Beckinsale dans Pearl Harbor, Liv Tyler dans Armageddon, Vanessa Marcil dans The Rock, Megan Fox dans Transformers
  8. Il faut à ce propos absolument lire l’excellent livre de Jean-Michel Valantin « Hollywood, le Pentagone et Washington, Les trois acteurs d’une stratégie globale ».
  9. Il fera encore trois films avec Jerry Bruckheimer : Armageddon, Pearl Harbor et Bad Boys II

 




mercredi 16 janvier 2013


Le Silence des Agneaux
posté par Professor Ludovico

Les grands films ne meurent jamais. Les grands acteurs non plus. Je suis tombé sur Le Silence des Agneaux, j’ai voulu regarder la scène culte (la rencontre avec Hannibal Lecter), et évidemment, je suis resté jusqu’au bout.

Pour une raison simple : Le Silence des Agneaux est a priori une série B (un shocker destiné aux teenagers à pop corn du samedi soir*), magnifiée en chef d’œuvre par un bon réalisateur (Jonathan Demme) mais surtout par son casting A-list : Jodie Foster et Anthony Hopkins. C’est eux qui tiennent le film, c’est eux qui en font une œuvre, qui transforment le monstre en être humain (à certains moments, aussi incroyable que cela puisse paraître, on est avec lui, contre le docteur qui le garde) et l’apprentie G-Man en personnage de chair et d’os, avec passé et fêlures. Jodie Foster est évidemment parfaite dans ce genre de rôle.

A côté, l’intrigue marche toujours, et elle est fort bien gérée par Demme (la scène de l’ascenseur, ou le double assaut) qui procurent l’effroi sous toutes ses formes : psychologique face à Lecter, ou physique dans l’ultime face à face avec le Tueur au Papillon.

A regarder à nouveau, de préférence en plein jour …

* Les suites (Dragon rouge, Hannibal et Hannibal Lecter : Les Origines du Mal), sont d’ailleurs retournées à cet état initial.




dimanche 13 janvier 2013


Une Femme Disparaît
posté par Professor Ludovico

Le Professore n’est pas devenu snob, il est snob.

Aux alentours de 1983, une grande rétrospective Hitchcock enflamma Paris. Le Professore, jeune Rastignac beauceron, venait de monter à Paris pour mener les brillantes études que l’on sait. Reclus dans un cul de basse fosse à Malakoff, terrifié par les dangers de la capitale, il engloutissait l’essentiel de son maigre budget dans les salles de cinéma. Mais cet engouement pour un cinéaste populaire était plus que suspect à ses yeux. Que la multitude communie ainsi, de façon si œcuménique, sur La Mort Aux Trousses, Rebecca, ou Vertigo , le répugnait au plus haut point.

Un an plus tard, la MJC de Malakoff proposa elle aussi ce cycle Hitchcock, au modique tarif de 5F la place. Le sang beauceron de Ludovico ne fit qu’un tour : à ce prix-là, vingt dieux, on pouvait bien se damner pour un Hitchcock.

Ce film, c’était Une Femme Disparaît.

Dès lors, le Professore entreprit son chemin de Damas. Rétrospective complète, Ciné-Club avec Claude-Jean Philippe (sur Antenne 2 le samedi soir) ou Cinéma de Minuit, sur FR3, avec la douce de voix de Patrick Brion le dimanche soir, le but étant de voir les 53 Hitch possibles. Ainsi paré, il restait à lire la Bible (« Hitchcock/Truffaut ») conseillé par elBaba. Lecture indispensable à tout cinéphile, même si on ne s’intéresse pas à Hitchcock. Car ce livre dit tout ce qu’il faut savoir sur le cinéma, de la direction des actrices blondes à l’impossibilité d’adapter des Agatha Christie, en passant par la définition du célèbre McGuffin*.

Bref, j’ai revu hier Une Femme Disparaît, et c’est effectivement une bonne façon de commencer chez Hitch : tout y est, en mode léger. C’est une comédie, un film d’espionnage, un thriller, et on ne s’y ennuie jamais.

Pourtant ça commence très doucement : un hôtel dans les Balkans, bondé à cause d’une avalanche qui retarde un train. Cette première nuit inconfortable permet à Hitch d’installer ses personnages, sans placer pourtant l’enjeu principal : une jeune fille va se marier, un couple illégitime se dispute, deux anglais crypto-gays sont des obsédés de cricket, un musicien dilettante, pénible et charmeur, ennuie la future mariée et une vieille dame sympathique passionnée de musique folklorique.

C’est elle qui va disparaître, et la future mariée qui va s’en inquiéter. Après avoir débuté sur ce mode comique, Hitch change de ton. Bizarrement, et contre toute apparence, on accuse Iris (la jeune mariée) d’être mentalement dérangée. Non, elle n’était pas accompagnée d’une vieille dame dans le train, non, elle n’a pas pris le thé avec elle. Le scénario joue alors à la perfection de l’empathie que nous avons nouée avec ce personnage ; nous somme les seuls, semble-t-il, à croire Iris… Un principe qui sera repris dans les grandes lignes, et aussi dans les détails (le nom sur la vitre) dans FlightPlan, avec Jodie Foster.

La mise en place du début, qui peut sembler longuette, se révèle alors diablement efficace : les obsédés de cricket se taisent car ils ne veulent pas retarder le train, la maîtresse illégitime ment, car elle veut faire divorcer son amant. Et une TSI** commence à naître entre la future mariée et le musicien encombrant, modèle inusable de la comédie, associant la pimbêche et le fâcheux.

A la fin, chacun aura néanmoins révélé son vrai caractère : les anglais seront courageux dans l’adversité, l’amant, un vrai lâche, et le dilettante, un vrai courageux.

Outre le talent d’Hitchcock à bâtir une histoire passionnante autour d’un argument aussi mince, Une Femme Disparaît a plein d’atouts dans sa poche : une ambiance sexy (la scène des jambes, les actrices girondes, les sous-entendus sexuels, future marque de fabrique hitchcockienne), un humour très british (Une Femme Disparaît est le dernier film anglais de Sir Alfred), le tout dans une grande économie de moyens « Nous avons tout tourné dans un studio de 90 pieds », déclare-t-il à Truffaut.

Une Femme Disparaît possède aussi un troublant sous texte, pour un film de 1939 : condamnation du « pacifisme idiot » de l’avocat, américains écervelés et anglais tétanisés par le cricket, tandis que des pays d’Europe centrale sont au bord de la guerre. Une paix qui sera sauvée par un artiste : le musicien polyglotte et cultivé, tout un symbole.

Si vous ne connaissez pas Hitchcock, l’entrée est donc par ici, dans une gare perdue du Bandrika, au coeur des Balkans…

*Le McGuffin, est selon Hitch « un truc très important pour les personnages, mais pas du tout pour moi, le narrateur » (p.111 du Hitchcok/Truffaut). Dans Une Femme Disparaît, c’est le message secret que doit convoyer la vieille dame (on ne saura jamais ce que ce message contenait (et on s’en fout), mais les personnages se battent pour lui, et ça, c’est intéressant.


** Tension Sexuelle Irrésolue : quand un homme et une femme se désirent, mais du fait de l’intrigue, ne peuvent conclure : Mulder et Scully en sont le plus vibrant exemple




mercredi 26 décembre 2012


Charade
posté par Professor Ludovico

C’est quoi ce truc avec Charade ? Ce buzz multiséculaire autour de Charade, Hepburn, Stanley Donen. On soupçonne la critique des années 60-70 d’avoir fantasmé grave sur le plus jolie fille du monde : Miss Audrey Hepburn, comme d’autres le feront plus tard sur Ali McGraw, Kathleen Turner, Julia Roberts, Scarlett Johansson.

Car Charade est imbitable, pas drôle, avec des rebondissements abscons, et des dialogues (volontairement) absurdes qui devaient faire tordre de rire en 63, mais qui sont horriblement désuets aujourd’hui.

Bref fuyez cette Charade, pas plus fraîche que celles du Père Fouras !




vendredi 7 décembre 2012


Polisse
posté par Professor Ludovico

Il est des films qui vous arrivent comme dans un coup de poing dans la gueule. Par dandysme, je ne voulais pas voir Polisse à sa sortie. Trop de consensus, trop de branchouillerie Canal+, trop d’amis qui ne vont jamais au cinéma, mais qui t’expliquent que c’est le chef d’œuvre de l’année.

Hier, je cherchais un film pour me divertir (sic), pas trop long (il était déjà tard). Tiens Carnage, 76mn, why not ? Sauf que dans ma mémoire éléphantesque résidait une autre information, la péremption des films. Sur Canal à La Demande, les films restent deux ou trois mois, et après, nada. Va jusqu’au bout de la liste, Professore. Ils sont là, les films que tu dois voir en priorité.

Bam.

Polisse. Expire le 21 décembre. Allez, courage… On en regarde une heure, et on regardera la fin demain.

Comme le disait John Ford, il faut mettre la moitié du budget d’un film au début, et l’autre moitié à la fin. Le spectateur entre tout de suite dans l’histoire, et repart sur la meilleure des impressions, qui lui donne envie de revoir votre prochaine œuvre.

C’est exactement le programme de Polisse, qui vous scotche dès les dix premières minutes, s’arrange pour ne pas trop vous lâcher en route, et finit de manière grandiose. Pour sûr, j’irais voir le prochain Maïwenn.

Parfaitement servi par son cinéma-vérité, qui colle ici parfaitement au propos (la vie, la vie, rien que la vie), Polisse va enchaîner les morceaux de bravoure. Mélangeant les horribles témoignages des enfants abusés, les scènes de vie du commissariat (où l’on glande aussi), les vies annexes de la flicaille (anorexie, divorces, cocufiages divers).

Maïwenn souffle le chaud et le froid, alternant, avec un sens parfait du rythme, tragédie et comédie. Son art consommé du montage, qui semble capable de tirer parti de n’importe quel bout de pellicule, ou des multiples improvisations des acteurs. Et quels acteurs ! La Viard, impériale as usual, Marina Foïs, parfaite en vraie-fausse bonne copine de la précédente, Joey Starr, géniale oxymore dans un rôle de flic.

Bien sûr, il y a quelques faiblesses : le chef de brigade est un peu raté (et très mal joué), et le grand chef flic, franchement caricatural. Des choses marchent moins que d’autres : l’amourette Joey Starr-Maïwenn sent un peu le journal intime de la réalisatrice, et Mrs Maïwenn avec son Leica ne ressemble pas vraiment à un photographe embedded.

Mais tout ça ne sont que peccadilles, devant un film qui vous emporte, vous émeut, mais aussi vous fait rire. C’est la grande force du film, que de traiter d’un tel sujet en deux heures, si souvent mal-traité ou expliqué, et, de réussir à en faire le tour. Sans concession, mais pas sans compassion. Aborder les roms ou l’inceste sans se voiler les yeux, mais sans non plus tomber dans les clichés misérabilistes. Ça se passe ici, Paris Capitale de la France, pas à Outreau, et pas dans un bouge, mais dans une famille huppée, ou dans un gymnase, avec des petits blonds, ou des arabes…

J’ai fini le film à une heure du matin, et je n’étais plus fatigué.




mardi 4 décembre 2012


Le Stratège, deuxième
posté par Professor Ludovico

Un bon film, c’est un film qui vous hante. On continue donc de repenser au Stratège, et surtout à une scène en particulier (Brad Pitt qui écoute les matches de son équipe sur une petite radio, puis, nerveusement, coupant le volume, le remettant, le recoupant, comme pour éviter les péripéties du match – trop consommatrices de battements de cœur – et ne connaître que l’évolution du score.

Alors re-citons (récitons) Don de Lillo, qui a consacré son plus beau livre, Outremonde, à un balle de base ball :

« J’avais une radio portable que je trimballais partout. A la plage, au cinéma – là où j’allais ma radio allait. J’avais seize ans. Et j’écoutais les matches des Dodgers sur le toit. J’aimais être seul. C’était mon équipe. J’étais le seul fan des Dodgers dans le quartier. Je mourais intérieurement quand ils perdaient. Et c’était important de mourir seul. Les autres me dérangeaient. Il fallait que j’écoute tout seul. Et la radio me disait si j’allais vivre ou mourir. »

Impossible de croire qu’Aaron Sorkin n’a pas lu Outremonde, parce que cette scène, avec Brad Pitt seul dans un stade vide (on comprendra plus tard que son équipe joue à l’extérieur, et que Beane ne va jamais voir un match), le doigt sur le bouton volume d’un poste radio. Même s’il ne veut pas voir le match, Beane veut le résultat. Savoir, tout simplement, s’il va vivre ou s’il va mourir. Et dans ces cas-la, mieux vaut être seul, non ?




mardi 27 novembre 2012


La Neuvième Porte
posté par Professor Ludovico

Un grand film, c’est quoi ? C’est un film qui passe sur NRJ12 (en VF mal doublée), qu’on prend au milieu, et qu’on regarde jusqu’au bout, malgré l’alléchant Mad Men S05e1 qui nous attend sur Canal à la Demande.

Malgré tout ce qu’on a pu entendre sur ce film (à part un excellent plaidoyer, à l’époque, dans les Inrocks), La Neuvième Porte n’est pas un petit Polanski. Ou, au contraire, les petits Polanski sont les meilleurs Polanski (comme Ghostwriter, par exemple).

La Neuvième Porte, c’est une sorte de traduction cinématographique idéale du fantastique, un idéal qu’il a été quasiment le seul à atteindre. Pourquoi ? Parce que le genre y est enfin représenté en majesté, sans les habituels effets spéciaux, acteurs au rabais, scénarios gore ou inutilement violents. Pour une fois, on effleure le genre, en restant très proche du réel, ce qui le rend bien plus séduisant. Et bien plus terrifiant.

Les effets spéciaux, par exemple. Il y en a quelques-uns dans La Neuvième Porte, mais ils sont utilisés avec parcimonie. Pas de flot sanguinolent, pas de tête tranchée, pas de caméra virevoltante au-dessus du lit des damnés. Juste une petite musique entêtante, un regard de travers. Comme dans la vraie vie, quand soudain, l’irréel semble surgir du trottoir.

Parce que ce sont enfin de grands acteurs aux commandes (Johnny Depp, Frank Langella, Lena Olin, Emmanuelle Seigner, Barbara Jefford), qui jouent de vrais gens (bouquiniste voyou, millionnaire assoiffé de pouvoir, jet-seteuse sataniste à la petite semaine, sorcière du sabbat, vieil écrivain). Clichés de la littérature fantastique, ils sont enfin incarnés.

Parce que les décors sont réels. Le Paris des bouquinistes, le New York de la finance, le château à la campagne : tout sonne vrai.

Et parce qu’au milieu de cette trame simpliste (retrouver les 9 éditions d’un livre « écrit par Lucifer »), Polanski n’oublie pas de faire l’auteur, parsemant son film d’indices (les nombreuses portes, les représentations du diable (le chauffeur de taxi, le chien…)), ou en glissant son humour bien à lui dans une histoire, qui, sinon, se prendrait probablement trop au sérieux.

C’est ce mélange de terreur sourde et d’humour slave qui font de La Neuvième Porte un film étonnant, qui prend lentement – mais sûrement – sa place dans la cinéphilie.




dimanche 25 novembre 2012


Le Stratège
posté par Professor Ludovico

Le baseball, Aaron Sorkin, Brad Pitt, Soderbergh (puis finalement Bennett Miller aux commandes), voilà une affiche alléchante. Les américains sont passés maîtres dans le film sportif, probablement parce qu’évoluant dans une société plus égalitaire, le mépris du sport qui règne dans nos contrées n’existe pas outre-atlantique. Hollywood ne rechigne pas à faire des films sur le sport, sa beauté, son ingérable dramaturgie. La France, qui a pourtant de belles histoires sportives à raconter (France 98, le Tour de France, Noah, Tabarly…), nous en prive depuis toujours. La faute à la bourgeoisie française, qui fournit son quota de réalisateurs, et, partant, ses préoccupations et ses sujets.

Ici, Le Stratège entre dans cette longue lignée de film sur le baseball, mais amène un truc en plus, une modernité troisième millénaire qui est son principal atout : un film intelligent, subtil, pas si empathique que ça avec son héros. Un antihéros, plutôt : Brad Pitt est Billy Beane, ex-grand espoir du national pastime, mais qui a raté sa carrière de joueur et est devenu manager général des Oakland Athletics, les A’s. Problème : son équipe a un tout petit budget et chaque année, elle se fait piquer ses meilleurs joueurs par les Yankees ou les Red Sox.

Comment faire, alors, si ce n’est innover ? Au détour d’une négo pour acheter un joueur, il repère Peter Brand, un geek du baseball, qui connaît par cœur toutes les stats des 20 000 joueurs de la MLB. Uniquement à l’aide de ces chiffres, le stratège va bâtir une équipe moins chère, mais efficace. Avant, il devra combattre les réticences internes, les barons du baseball, les medias, et même sa propre famille. C’est la que Le Stratège est le plus intéressant.

Brad Pitt, qui prouve une fois de plus son immense talent, malheureusement masqué par son aura de star, incarne un Beane sympathique, mais pas plus que ça : un type entièrement centré sur son objectif, sans état d’âme, capable de virer un type en deux phrases.

Le contraire, somme toute, du mélo wagnérien façon Bruckheimer, Le Plus Beau des Combats, pourtant film-étalon du film sportif selon le Professore.

La bonne nouvelle là-dedans, c’est que la télé vient enfin régénerer le cinéma moribond, via Aaron « Maison Blanche » Sorkin. Le Stratège serait alors en fait être l’évolution naturelle du biopic, modernisé par l’inévitable Sorkin, qui ré-invente le genre après The Social Network avec ce motto : nous émouvoir sur le sort d’un connard génial.




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