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Commentaires et/ou Conseils d’achat de DVD – Peut dégénérer en étude de fond d’un auteur



dimanche 20 octobre 2013


Cogan, deuxième
posté par Professor Ludovico

Cogan, Killing Them Softly passe en ce moment sur Canal+. Ce qui veut dire, en clair, que quand vous aurez fini d’admirer le PSG ridiculiser ses adversaires de Ligue2 à coup de d’ailes de pigeon Ibrahimoviciennes, vous avez pour mission de regarder le chef d’œuvre d’Andrew Dominik.

104 minutes de polar old school avec peu de coups de feu, mais ceux-ci, le Professore vous le garantit, seront intenses. 104 minutes de performance d’acteurs tous plus extraordinaires les uns que les autres, dont, tout particulièrement, celle de notre regretté James « Tony Soprano » Gandolfini. 104 minutes d’une mise en scène parfaite, esthétisante mais d’un classicisme extrême. 104 minutes sur fond d’élection d’Obama, pour comprendre ce qu’est l’Amérique, et ce qu’elle devient, pour le meilleur et pour le pire.




lundi 14 octobre 2013


Le Faucon Maltais
posté par Professor Ludovico

Jouer à LA Noir, le GTA raté à la sauce Ellroy, c’est l’occasion de faire découvrir aux jeunes les fabuleux films noirs qui en sont l’inspiration principale. À tout seigneur, tout honneur : Le Faucon Maltais, le chef d’œuvre du jeune John Huston.

Si ce Faucon est le parangon du polar, c’est que les qualités du livre de Dashiel Hammett se retrouvent projetées dans le film. Cette poursuite rocambolesque d’un faucon en or massif ayant appartenu aux templiers, et excitant les convoitises d’une femme et de trois hommes, n’est que le prétexte d’une étude de caractère. La menteuse égoïste (Mary Astor en Brigid O’Shaughnessy), le levantin oblique (inoubliable Peter Lorre), le bouffi dégénéré (Sydney Greenstreet) et évidemment, le privé hard boiled : Humphrey Bogart.

On se désintéresse vite de comprendre quoique ce soit à l’intrigue (dans Le Grand Sommeil, personne, de l’écrivain au scénariste, ne fut capable d’expliquer l’intrigue) ; mais on se passionne pour ces êtres vils, poussé par l’avidité et la violence, qu’aucune justification psychologique ne vient légitimer. Il n’y a pas de héros dans les bas-fonds, seulement des bêtes qui veulent sauver leur peau dans la jungle, à l’image du retournement final.

Entre temps, on se sera préoccupé de la température d’un slip féminin, on n’aura pas pleuré la mort d’un associé – mais on cherchera à le venger par principe (et par principe seulement) – et on balancera le maillon faible aux flics, le pédé, comme l’appelle Sam Spade, pour sauver la peau des autres voyous.

A la fin, le spectateur contemple ce champ de ruines, où – selon la célèbre dernière réplique qui plagie Shakespeare – il ne reste que l’étoffe dont on fait les rêves.




vendredi 11 octobre 2013


Chroniques de Tchernobyl
posté par Professor Ludovico

Petit film de survival horror mal fait mais distrayant, Chroniques de Tchernobyl est surtout regardable pour son formidable décor, Prypiat, la ville fantôme évacuée en 24 heures après la fameuse nuit du 26 avril 1986.

Selon mes informations (tenues directement d’un premier assistant qui a travaillé sur un autre film – plus sérieux – tourné là-bas (La Terre Outragée)), on peut se promener sur place et même y tourner des films ; il faut juste ne pas traîner à l’intérieur des bâtiments (à cause de la poussière) ou s’adosser aux murs, toujours contaminés.

C’est exactement ce que font ces pauvres américains en goguette, se payant un petit frisson d’occidentaux biens nourris en louant les services de Yuri, un Ukrainien qui propose des virées extreme tourism. Ça devient bien extrême, effectivement, quand le combi tombe en panne (ah ces russkofs, s’ils avaient des pick up Chevrolet !), que la nuit tombe et que l’on entend de drôles de bruits dehors. Evidemment, on se sépare en deux groupes (il ne faut JAMAIS se séparer en deux groupe !) et tout ce petit monde finira par se faire boulotter, un par un comme il se doit, jusqu’à la scène finale. Une scène finale, elle, plutôt réussie.

L’histoire n’est pas idiote, mais côté slasher movie on a vu mieux fait (La Colline A Des Yeux version Aja), plus drôle (Meurtres à la Saint Valentin), avec des personnages mieux écrits (Scream). Non, le principal intérêt de Chroniques de Tchernobyl tient dans ces vrais décors abandonnés (dont un manège d’enfant qui hantera longtemps nos souvenirs de cinéphiles), ces vieilles salles des fêtes soviétiques, et ces bunkers souterrains désaffectés.

C’est ce réalisme qui sauve Chroniques de Tchernobyl de sa médiocrité et qui vous autorise à y jeter un coup d’œil, si vraiment, vous n’avez pas mieux à faire.




mardi 8 octobre 2013


Les Femmes du Bus 678
posté par Professor Ludovico

Une fois qu’on a dit le superficiel, c’est à dire que le film de Mohamed Diab, n’est pas très bien joué, cadré à l’arrache et volontiers outrancier, on a les yeux ouverts pour voir ses qualités. Un BOATS émouvant, décillant façon Farhadi, et d’une certaine manière prémonitoire sur les événements égyptiens.

Le pitch : trois destins qui se croisent, façon Amours Chiennes, autour d’une place, au Caire : une petite fonctionnaire pauvre sort du bus où elle s’est faite peloter comme d’habitude ; elle manque de se faire écraser par un riche chirurgien dont la femme a été agressée par des hooligans lors d’un match de foot. La scène est observée du balcon par une troisième jeune femme, et son fiancé, tous deux artistes de stand-up et couple au bord de la crise de nerfs.

Au-delà de la coïncidence, le destin va réunir ces trois femmes, harcelées différemment par les hommes, mais un harcèlement qui participe du même machisme égyptien, mélange de terrible frustration sexuello-economique et d’interdits religieux. Le grand mérite de ces Femmes du Bus 678 est bien de démontrer le piège dans lequel l’Egypte (et monde arabe) s’est empêtré : après la modernisation des années 60, l’Egypte, l’Iran, la Tunisie, étaient devenus des parangons de modernisme. Jusque dans les années 80, on croisait beaucoup de femmes à l’occidentale, maquillé et en tailleur. Mais l’évolution des mentalités ne s’est pas accompagnée par une démocratisation du régime ; c’était des dictatures pro-féministe, si l’on peut dire : Nasser, Sadate, le Shah d’Iran, Ben Ali, vendait cette image à l’Occident en échange d’une tyrannie intérieure sans limite. Une autocratie corrompue, qui n’aboutissait qu’à renforcer les inégalités et creuser le gouffre entre les pauvres et les puissants. Ce qui est parfaitement analysé chez Farhadi : la révolution iranienne, si décriée en Occident, a aussi mis en place un système républicain, avec des partis, des élections, et la création d’une véritable classe moyenne, qui est la protagoniste principale de l’œuvre farhadienne. Ce que montre Farhadi, c’est que la révolution iranienne n’a pas tout réglé ; qu’il y a encore beaucoup d’injustice et de corruption, et des grands malaises économiques…

Dans Les Femmes du Bus 678, on insiste aussi sur les difficultés financières : à plusieurs reprises, Mohamed Diab montre que les frustrations sexuelles ne sont pas que le seul produit d’une « culture islamique » mais aussi du fait qu’il est très coûteux de se marier et donc d’avoir des relations sexuelles. Et comme l’interdit religieux pèse très fort sur l’adultère ou les relations hors mariage, le cercle vicieux est en place : il ne reste que le viol, ou les « filles faciles » – donnée très vaste si l’on en croit les mâles cairotes de bus 678 – pour assouvir sa sexualité.

C’est ce qui intéresse ici Diab : les trois classes qui sont représentées subissent chacune à leur manière la frustration économique ou sexuelle ; la pauvre fonctionnaire ne s’en sort pas et donc se ruine en taxi pour ne pas se faire harceler dans les bus bondés, la jeune stand-upeuse sexy et moderne qui rêve d’un meilleur destin que téléopératrice ou employé de banque, mais qui doit se plier au diktats familiaux si elle veut se marier, et la bourgeoise désœuvrée qui n’échappe pas à la violence du peuple, et aux interdits moraux de son chirurgien de mari, un intellectuel englué dans cette culture machiste.

Celle qui lancera la révolution, comme d’habitude, c’est évidemment la prolétaire, les autres recherchant les voix plus tranquilles de la Justice ou de l’émission de télé.

On fera donc grâce du manque de subtilité de ces Femmes du Bus 678, et on acceptera le film pour ce qu’il est : une belle parabole. A la fin, les femmes gagnent, et le harcèlement devient un délit en Egypte. Mais, comme conclut le film, peu de plaintes sont enregistrées…




jeudi 3 octobre 2013


Séance de rattrapage sous-marine
posté par Professor Ludovico

Pour ceux qui ont raté – et ils sont nombreux K-19, Le Piège des Profondeurs*, Canal+ propose en ce moment une séance de rattrapage sur l’odyssée de ce sous-marin nucléaire soviétique. Mal conçu dès le départ, le K-19 rencontra de nombreux incidents avant d’éviter de justesse l’explosion de son réacteur, ce que l’on apprit seulement après la chute de l’URSS.

Le film, qui ressemblait à sa sortie à une GCA pour aficionado de film de sous-marin (avec l’improbable Harrison Ford en Capitaine Vostrikov), se révéla un excellent film.

Peut-être parce qu’il était réalisé par une certaine Kathryn Bigelow, qui a fait depuis le chemin que l’on sait.

*The Widowmaker en anglais, ça a plus de gueule…




vendredi 27 septembre 2013


Iron Man 3
posté par Professor Ludovico

La fréquentation baisse dans les cinémas français, depuis le jackpot d’Intouchables. Et selon les prévisions, ça va encore baisser cette année. En même temps, Iron Man 3 est le roi du box-office US (400 millions de dollars), français (2 millions d’entrées) et mondial (1,2 milliard de dollars).

Ce matin sur Europe1, une exploitante expliquait cette baisse de la fréquentation par un manque de films originaux, remplacé par des films faits à la chaîne, selon des recettes ultra-éprouvées. Parlait-elle d’Iron Man ? On ne sait.

Ce que je sais moi, c’est que je vais de moins en moins au cinéma, de peur de voir Iron Man 3 ou l’un de ses clones. Je ne suis pas allé voir les 3ème aventures de Tony Stark, malgré l’affection que j’ai pour Robert Downey Jr., et j’ai bien fait. Le jeune Fulci m’a prêté le DVD, et je l’ai donc regardé, en quatre fois. D’abord pour respecter les horaires de couchage de la Professorinette et du Professorino, mais surtout, parce que le hamburger était immangeable. Trop épais, pas assez de viande et trop de cornichon…

Iron Man 3 propose d’emblée un argument ridicule : le grand méchant devient Maître du Monde pour se venger de Tony Stark parce qu’il… n’est pas venu à un rendez-vous (sic), il y a dix ans de cela (resic) ; Guy Pearce a beau jouer parfaitement Aldrich Killian, ça ne passe pas la barre du crédibilomètre.

Iron Man 3 est mal fait, parce qu’il faut avoir vu tout le reste (IM 1&2, The Avengers) pour ne pas être perdu et comprendre les angoisses des Pepper-Stark (la peur du vide, le couple qui va pas fort, tout ça).

Iron Man 3 est épais ; les bastons occupent tout le film, ça défouraille dans tous les sens, et à la fin, Monsieur Stark sort ses quarante-deux armures (reresic), qui volent toutes seules. A quoi ça sert d’avoir Iron Man si, à la place, on peut faire combattre son slip en acier ?

Iron Man 3 se la joue. On a mis Shane Black aux commandes, Monsieur Arme Fatale et surtout Monsieur Kiss Kiss Bang Bang, un film où Robert Downey Jr. jouait déjà ce petit gars futte-futte, qui te sort la vanne qui tue en plein milieu des combats. Cette sorte d’humour witty auquel les amerloques ne comprennent rien. Il faut être européen, a fortiori anglais, pour tenter ce genre de truc sans se casser la gueule. Ici, Robert Downey Jr., épuisant, balance vanne sur vanne, censée être « pointues », tandis qu’il remet son armure en place, se réconcilie pas avec sa femme, et se moque du grand méchant.

A la toute fin, Tony Stark fait exploser – pour les yeux de sa belle (Gwyneth Paltrow, définitivement hot) – ses quarante-deux joujoux. Un joli feu d’artifice ? Ou une métaphore, finalement, de l’Hollywood des années 2010 ? un adulte crétin resté définitivement ado met des pétards dans ses vieux jouets et les fait exploser.

Hollywood n’aime plus son cinéma, il le casse.




mercredi 18 septembre 2013


Gods and Generals
posté par Professor Ludovico

Gods and Generals fait partie de ces films, nanars improbables, qui hantent la collection mentale – en existe-t-il une autre ? – des cinéphiles, comme des péchés inavouables.

Il sera difficile d’oublier Gods and Generals, ce pantagruélique hamburger sudiste de 3h20. 3h20 de troupes confédérées marchant en ligne vers l’ennemi, de la gauche de l’écran vers la droite de l’écran, 3h20 de troupes de l’Union marchant en ligne vers l’ennemi, de la droite de l’écran vers de la gauche de l’écran, 3h20 de sous-titres indiquant le nom du régiment , 3h20 de bigoteries du général sudiste « Stonewall » Jackson, implorant Dieu de le rappeler à lui dès aujourd’hui, si tel est son destin (je vous rassure, c’est son destin), 3h20 de citations historiques utilisées comme dialogue (« Il a perdu son bras gauche, j’ai perdu mon bras droit »), 3h20 de personnages noirs jouant à l’Oncle Tom (l’esclavage c’est mal, mais nos maîtres sont drôlement sympas), 3h20 de drapeaux, de coups de fusil et d’explosions, 3h de reconstitutions de batailles (Bull Run, Fredericksburg, Chancellorsville). Mais 3h20 sans la moindre histoire, sans le moindre personnage, sans le moindre enjeu.

Comment un tel film a pu se monter ? Par le caprice d’un seul homme, Ted Turner, qui dépensa de sa poche les 56 millions de dollars nécessaires. Comme tous les Civil War buffs, Ted Turner est passionné par les batailles, les drapeaux, les uniformes, (qui sont tous authentiques, comme il tient à le préciser dans l’intro du DVD), son seul désir de film étant « qu’on se sente comme revenu à cette époque ». Du cinéma de petit soldat de plomb, donc, comme ces collectionneurs napoléoniens qui s’amusent à aligner les figurines de la bataille d’Austerlitz. Ici, c’est une collection à 56M$, entièrement au service des de la cause sudiste (Ted Turner, né dans l’Ohio, est un Georgien de cœur). Tout le monde est héroïque, courageux, dévoué à sa famille, sa terre, à Dieu et évidemment, personne n’est raciste (sauf un personnage yankee, tiens tiens…)

Le soldat héroïque, courageux, dévoué à sa famille, à sa terre mérite mieux (La Ligne Rouge) ; la Guerre de Sécession mérite beaucoup mieux (The Civil War).




dimanche 15 septembre 2013


Layer Cake
posté par Professor Ludovico

Fin de la trilogie recommandée par Notre-Dame-de-l’Ardéchoise. Après deux films de Guy Ritchie, Arnaques, Crimes et Botanique et Snatch, Layer Cake est cette fois-ci réalisé par Matthew Vaughn, le producteur des deux films.

Changement de ton aussi, car il s’agit là d’une tragédie, qui, si elle reprend le contexte habituel (gangsters british, arnaque et arnaque dans l’arnaque), Layer Cake s’attache à décrire la fin d’un gangster. Ici, dans un rôle qui va le révéler au grand public, notre James Bond national, Daniel Craig himself. S’il n’a pas encore les muscles, il a déjà la classe. Producteur de cocaïne haut de gamme, le personnage de Craig (qui n’a pas de nom) conçoit son travail comme un business, et ce business, il faudra bien l’arrêter un jour. Pour cela, comme dit Manchette, il faut avoir «  un plan de vie beau comme une ligne droite*… »

Mais évidemment, rien ne va marcher comme prévu.

Le film est chargé d’une douce langueur, qu’on pourrait associer à la nostalgie. On imagine que XXXX (Craig) a commencé par dealer du hasch, comme dans Arnaques, Crimes et Botanique, puis a pris quelques coups – et un peu de sagesse – comme dans Snatch. Le voilà un homme fait, qui se marierait bien à Sienna Miller (nous aussi). Mais pour cela il faut réaliser le grand coup, le denier coup, celui qui vous met à l’abri pour trois générations.

Le film replonge alors dans les délices de ses deux prédécesseurs : arriver à faire de la somme de toutes les pressions une opportunité, et résoudre, d’une pierre trois coups, tous les problèmes.

Côté réalisation, Layer Cake est plus léché, plus abouti, même s’il erre dans les mêmes facilités scénaristiques que Snatch. On finit par se moquer de toutes ces intrigues puisqu’on n’y comprend rien. Mais si le film reste plaisant jusqu’au bout, c’est grâce à cette tonalité tragique.

Et on ne peut s’empêcher d’y voir une trajectoire pour nos deux scénaristes-producteurs. Mathew Vaughn partira ensuite à Hollywood (Kick Ass, X-Men-Le Commencement) ; Guy Ritchie s’enterrera un peu avec Madonna (Swept Away, Revolver) pour rebondir avec les Sherlock Holmes. La fin d’une époque.

* Martin Terrier était pauvre, esseulé, bête et méchant, mais pour changer tout ça, il avait un plan de vie beau comme une ligne droite.

La position du tireur couché, Jean-Patrick Manchette




samedi 14 septembre 2013


Les grands films ne meurent jamais…
posté par Professor Ludovico

Un Conte de Noël, Vol 93. Deux films qui passent cette semaine à la télé, vus et revus. Mais on commence à regarder et on ne peut plus s’arrêter…

Chez Desplechin, on est à la maison. Une maison étrange, biscornue, peuplée de gens bizarroïdes, des conflits rances qui remontent à l’enfance ; la maison de tout un chacun, en quelque sorte. On connait par cœur ce Conte de Noël, mais on reste pour les répliques cultes « Ferme ta gueule, je suis là ! – Oui mais toi, tu ne comptes pas ! » « Ton frère n’est pas parfait et ton fils est bancal » « Tu ne m’aimes toujours pas. – Je ne t’ai jamais aimé, maman ! – Oui, tu étais mon petit juif !»

Images somptueuses, acteurs énormes – de la diva Deneuve au moindre second rôle de petit rebeu ami de la famille. Et on s’enthousiasme de cette inventivité foisonnante. Car Desplechin tente tout : les génies, c’est à ça qu’on les reconnait. Fausses coupes, dialogues improbables, fondus façon cinéma muet. Tout est bon dans la dinde de noël de Roubaix…

Dans Vol 93, c’est une autre forme d’innovation qui nous est proposée : filmer la réalité, le concept le plus stupide du cinéma, mais ici réussi. De l’ambiance absconse des contrôleurs aériens « American Airlines, CD 193, Delta Kilo Sierra, en approche à 200 nautiques, pression 29,26, restez à cette altitude », aux terribles messages d’adieu lancés par les portables des passagers du UA93, Paul Greengrass ne nous épargne rien. Sauf une chose, le pathos. Ses terroristes sont extrêmement crédibles, extrêmement humains, et on se met à angoisser pour eux. Et espérer un ultime revirement qui bien sûr ne viendra pas. Ajoutez à cela une fin sublime, abrupte comme le crash, qui évite à Vol 93 les fautes de goût habituelles du cinéma américain, et vous obtenez un chef d’œuvre.




jeudi 12 septembre 2013


Les Kaïra
posté par Professor Ludovico

Divine surprise : Les Kaïra est un excellent film ! Le carton comique de l’an dernier (1 million d’entrées, le film français le plus rentable de 2012) est bien fait, bien joué, et surtout très drôle.

Il faut dire qu’un film sur la banlieue qui glisse, discrètement dans le décor, une station de bus « Mathieu Kassovitz » ne peut pas être entièrement mauvais.

En deux mots, le pitch : trois losers de banlieue, dont un nain, tuent le temps en jouant au foot à la playstation, écoutant du rap et en matant du porn. Et envisagent de prendre au premier degré les propositions de carrière afférentes : footballeur, rappeur, pornstar. Ils vont aller de déconvenue en déconvenue : le bonheur, c’est plus simple que ça, c’est souvent à portée de nain. Euh, de main.

C’est ça, les Kaira, une comédie qui joue sur toutes les palettes de l’humour, du slapstick (les burqa qui se prennent un poteau) à la parodie (gangsta rap revu par Ramzy, excellent en méchant), name-dropping (cameo de Cantonna, de Katsuni), ou blagues de nain. Kaira s’attaque à tout : la banlieue, le porno, les wesh wesh et les islamistes, sans jamais baisser de rythme.

On regrettera juste l’happy end convenu, mais tout le reste est impeccable, à commencer par la réalisation, magnifique. A voir absolument.




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