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Commentaires et/ou Conseils d’achat de DVD – Peut dégénérer en étude de fond d’un auteur



mercredi 7 mai 2014


Enfants de Salauds
posté par Professor Ludovico

C’est la bonne surprise signée Maître Fulci : un film de guerre des années soixante qu’on n’avait pas vu ! Avec Michael Caine en plus ! A mi-chemin entre Les Rats du Désert et Les Douze Salopards, une épopée dans le désert de l’Afrique du Nord en 1942, en plein rush de Montgomery sur les troupes de Rommel.

Le film n’est pas parfait, un peu long, un peu chiant, mais très étonnant. C’est l’histoire d’un commando hétéroclite, composé de racaille britannique et locale (dont un couple égyptien homo !) envoyé au casse-pipe sous le commandement de Michael Caine, pour faire sauter un dépôt d’essence. En fait, leur but est de faire diversion. Pendant ce temps, un vrai commando, honnête et britannique, va faire le travail. Evidemment, les hommes de Michael Caine ne le savent pas.

C’est le principal intérêt d’Enfants de Salauds, une charge anti-militariste féroce, anarchiste et nihiliste, où le commandement est encore pire que les soldats. Il n’y en aura pas un pour rattraper l’autre.

L’autre intérêt est un sens inné du rebondissement, d’autant plus étonnant qu’Enfants de Salauds semble totalement manquer de rythme. Des personnages apparaissent, d’autres disparaissent et maintiennent et l’intérêt tout au long du film. Mais aussi pour quelques tentatives quasi-expérimentales, comme ces étonnantes scènes de tempête de sable, sans dialogue ni musique, si ce n’est le terrifiant souffle du désert.




mardi 6 mai 2014


James Bond 007 contre Dr No
posté par Professor Ludovico

Pour une fois, le Professore Ludovico ne voulait pas faire son coinçouille : profitant d’une diffusion TNT, il s’est mis à regarder James Bond 007 contre Dr No.

A mater, pourrait-on dire, car l’espoir de voir Ursula Andress en petit bikini blanc n’était pas étranger à l’affaire. Il fallut être patient, car la belle mit une heure à jaillir du lagon jamaïcain du bon docteur. Elle était – accrochez-vous – partie pêcher des coquillages à l’endroit même où son père, le professeur Ryder, avait disparu quelques années auparavant. Le paternel était marine biologist, ce qui ne manquera pas de déclencher des rires discrets chez les fans de Seinfeld.

Bref, à part le chemisier blanc, (champion du monde de T-Shirt mouillé), et la séance de douche anti-radioactive (on veut tous bosser au CEA), il n’y a rien à sauver de James Bond contre Dr No. L’histoire est pathétique (le Dr No cache sur son île jamaïcaine une mine d’uranium qui lui permet d’alimenter sa centrale nucléaire afin de dérégler les fusées américaines qui partent pour la Lune de Cap Canaveral, dans un but probablement criminel, il fait partie du SPECTRE, après tout !), la mise en scène indigente, les gadgets ridicules (la Voiture Dragon ! Le compteur geiger !) et tout ce petit monde joue comme un pied, comme toujours, et pour toujours, dans les James Bond.

Pas étonnant que ce soit les mêmes qui s’extasient sur James Bond et sur 24. Mauvaise nouvelle, il paraît que Jacko revient. En Angleterre. S’il pouvait en profiter pour buter l’agent 007, ça m’irait bien.




mercredi 23 avril 2014


The Town
posté par Professor Ludovico

On va commencer par ce qui défrise : une trop grande proximité avec le modèle avoué, l’Heat de Michael Mann. Le même argument – éternel – du polar : un gars bien, mais gangster, veut s’en sortir en réalisant un coup ultime. Pour enfin se défaire de ses amis, de sa famille, de ses encombrants protecteurs. Tout ça pour l’amour d’une femme, évidemment. Mais tout aussi évidemment, c’est impossible… Eternel argument du manuel de scenario. Machin veut quelque chose, mais tout concourt à ce qu’il ne puisse l’obtenir.

Si The Town est loin d’accéder à son modèle, c’est qu’appliquant la règle, il ne sait pas y apporter un peu de subtilité, un peu de déviance, qui rendrait le truc à la fois moins prévisible et plus original. Comme en musique, il y a un thème, et il faut jouer avec, pas le reproduire note pour note.

Pareil pour les acteurs : ils sont tous bons, mais Ben Affleck n’ose pas aller trop loin, il ne leur en demande pas assez. Il manque une forme de profondeur qui les distinguerait des archétypes qu’ils sont censés représenter : le gangster intègre (Ben Affleck), l’amour de ma vie (Rebecca Hall), la cagole irlandaise (Blake Lively), le copain embarrassant (Jeremy Renner), le flic déterminé (Jon Hamm), le parrain destructeur (Pete Postlethwaite).

C’est ce qui faisait la différence chez Mann, cette intensité, cette capacité à transformer le polar Heat en chef d’œuvre choral : flics ou voyous avaient une épaisseur, une profondeur, qui les distinguait de clichés en carton-pâte.

Cela étant dit, The Town est un excellent divertissement, parfaitement réalisé. Les acteurs sont bons, parfois très bons. On ne s’ennuie pas une seconde. Et la fin, pour le coup, est originale, en proposant une morale différente de Heat.




dimanche 6 avril 2014


Flight
posté par Professor Ludovico

Quel étrange film que voilà ! Un film qui commence mal, finit mal, mais est passionnant le reste du temps. Bien fait, bien joué, et profondément américain dans sa façon de voir les choses, tout en proposant une étonnante ambiguïté.

Dès le début, pourtant, on s’inquiète voir Denzel Washington en commandant de bord, fumer, boire, sniffer un rail de coke en compagnie d’une hôtesse de l’air complètement à poil, oui, full frontal, vous avez bien lu le Professore. Le lecteur habitué de ces colonnes sait qu’il y a quelque chose qui cloche. Denzel, notre Denzel, Mr USS Alabama, Coach Boone du Plus Beau des Combats, Malcom X chez Spike Lee, Mister Right en personne, fidèle à sa femme au point de refuser d’embrasser ses partenaires, protestant dévot (Le Livre d’Eli), pris en pleine fornication et abus de boisson ? Hypothèse immédiatement avancée par la Professora : rédemption puissance 10 garantie à la fin du film. Surtout qu’on enchaîne avec un deuxième personnage (interprété à la hache par Kelly Reilly, débarquant de chez Klapisch) : une photographe devenue junkie, qu’on imagine, par on ne sait quel revers de fortune, rencontrer notre Denzel.

Bref, notre commandant de bord prend son envol, reprend un petit coup de bibine (visiblement tout le monde est au courant) et décolle en plein tempête. L’avion, mal entretenu, perd alors une pièce. Part en vrille. Mais Denzel, tout bourré qu’il est, manœuvre comme un chef. Tandis que tout le monde est pris de panique, se met à prier et à appeler la petite famille pour lui faire ses adieux, Denzel redresse l’avion, le fait voler sur le dos, l’écarte des zones habitées et finit par le crasher sans trop de dégâts (2 morts quand même).

Et c’est là que le film devient passionnant : car au lieu de débiter l’habituel film de procès, Zemeckis dessine le portrait d’un homme rebelle, pas du tout en lutte avec lui-même (du moins en surface), très pragmatique, voire hautain. Je n’ai rien à me reprocher, j’étais saoûl, certes, mais j’ai sauvé l’avion et la plupart des passagers, et l’avion était défaillant. Et je n’ai pas peur d’un procès, car il me donnera raison.

Mieux, quand la compagnie, le syndicat des pilotes, les amis, tentent le damage control, Denzel se rebiffe. Il n’a peur de rien. Là où l’on s’attendait à une figure classique de la rédemption : de rédemption, point.

A partir de là on bascule dans un autre film, et un personnage rarement vu dans le cinéma US grand public. Un noir, alcoolo, absolument pas en quête de rédemption, et convaincu de son bon droit. Et même si ce personnage va subir une évolution toute prévisible, celle-ci n’intervient qu’en toute dernière fin, laissant à Zemeckis le temps de développer confortablement ce personnage étonnant, interprété magistralement par Washington. Car s’il est capable du pire (Training Day, Déjà Vu, Le Livre d’Eli) mais aussi de performances extraordinaires.

Rien que pour lui, il faut jeter un œil à Flight.




lundi 31 mars 2014


Good Bye Lenin
posté par Professor Ludovico

C’est toujours amusant de voir un film longtemps après la hype. Good Bye Lenin faisait partie des films qu’on m’avait violemment conseillés à l’époque, que je n’avais pas refusé de voir, mais bref, ça n’a s’était pas fait. Il est depuis passé à la télé plusieurs fois, et je l’ai raté à chaque fois. Le signe – quand même – d’une très faible volonté de la part du Professore.

Mais voilà la Professorinette passe le bac, et considérant que le meilleur des profs d’allemand, c’est encore le cinéma, décide de bosser sa compréhension orale en visionnant quelques films. Immédiatement, le Professore suggère La Chute et Das Boot, mais bizarrement la jeune fille préfère Good Bye Lenin.

Bon, ben, c’est bien, sans plus. Après toutes ces années, il ne reste que les souvenirs de la hype : des scènes soi-disant très drôles d’une RDA reconstituée. Il ne reste qu’une forme de nostalgie de la chute du Mur, mélangée à une forme d’empathie distanciée pour ces ossies qui voyaient le rêve socialiste s’effondrer.

Tout cela semble bien loin maintenant.




mardi 25 mars 2014


Le Juge Fayard dit le Shérif
posté par Professor Ludovico

Ça faisait des années que je voulais revoir le biopic d’Yves Boisset, Le Juge Fayard dit le Shérif. Aussi bizarre que ça puisse paraître dans une famille UDF, mes parents m’avaient laissé voir le film à la télé. Peut-être parce que, de droite mais pas gaullistes, ils n’appréciaient guère les magouilles du SAC de Charles Pasqua.

Aujourd’hui, pour la première fois à la télé, on entend le mot SAC. Car à l’époque, c’est un bip qu’on entendait : le SAC avait gagné en référé le droit de ne pas apparaître dans le film. Mais il y avait toujours un type pour le révéler aux Dossiers de l’Ecran, pour hurler que la télé de droite censurait les artistes, immédiatement démenti par un représentant du ministère le traitant de gauchiste irresponsable.

La force du film de Boisset, ce n’est pas sa forme qui, contrairement au Police Python 357 d’Alain Corneau, est très classique. C’est avant tout l’intrigue, très bien faite, pleine de suspens (l’évasion, le braquage) et son casting de révoltés fracassants (Patrick Dewaere, sa copine Aurore Clément, le flic intègre Philippe Léotard). Ils sont en très bonne compagnie, une flopée de seconds rôles incarnant cette France rancie (Michel Auclair, le gangster, Jean Bouise, le Procureur Général, Jean-Marc Bory, le type arrogant du SAC, Marcel Bozzuffi, l’ancien de l’OAS) et évidemment le magnifique Jacques Spiesser, ange blond de la vengeance.

Ensuite, si le film est un brûlot engagé, il est loin d’être gentillet. Fayard est un personnage sympathique, mais en demi-teinte. Face à sa copine prof, évidemment anti flic, Fayard est un républicain, un type qui croit lui aux institutions, et qui n’a pas, selon ses propres termes, renoncé à changer le monde.

Mais petit à petit, Fayard va se prendre au jeu de faire tomber ces notables. Obsessionnel, menacé, mais confronté à son impuissance, il devient un type odieux, capable de secouer un suspect sur son lit de mort. Sans parler du rôle trouble du Syndicat de la Magistrature, incarné par Spiesser, qui instrumentalise Fayard jusqu’à sa perte.

Le Juge Fayard, c’est aussi le sentiment d’assister à la fin d’une époque, illustré par la destruction finale de l’usine Camus (sic) : un monde qui implose sur les ruines du gaullisme, de l’Indochine, et de l’Algérie.

Bozzuffi en est le vivant emblème, soldat perdu de l’OAS mis au service d’intérêts particuliers qu’il méprise. En en prenant conscience, il préfère mourir en duel à mort face à Philippe Léotard, comme dans un western, plutôt que d’être pris. Quant à Dewaere, il meurt abattu comme un chien, pour n’avoir su lâcher du lest au bon moment.

Bozzuffi/Dewaere, deux idéaux opposés, mais qui se rencontrent dans la mort… Un final de rêve pour un film cauchemardesque.




mardi 11 mars 2014


Docteur Folamour
posté par Professor Ludovico

L’autre jour, c’était école du soir à CineFast : dans cette grande dictature éclairée, le Professorino et la Professorinette avaient cours du soir, option Kubrick. Ça n’a pas marché : trop long, trop vieux, trop compliqué. Pour des enfants qui l’étudient en cours, la Guerre Froide ne signifie pas grand’chose, pour nous, si. Petit, je vivais dans l’angoisse d’une guerre atomique, c’est peut-être pour ça que Docteur Folamour fait rire les gens de ma génération.

Le film reste néanmoins une pierre blanche dans la filmographie de Kubrick, et sa meilleure comédie (c’est facile, c’est la seule !) Revue de détail.

Eros et Thanatos
Kubrick avait titré sa première œuvre Peur et Désir : toute était dit, pour toujours : ce thème sera omniprésent dans l’œuvre kubrickienne, et à son apex dans Eyes Wide Shut.

Dans Docteur Folamour, elle prend un sens particulier, c’est le fondement même de l’intrigue : si le colonel Jack D.Ripper lance ses bombardiers à l’assaut de l’URSS, c’est bien parce que ses « fluides corporels » sont menacés. En clair, il ne bande plus. Kubrick va jouer du motif sexe/guerre pendant tout le film : dans le coffre des codes nucléaires du B-52, il y a des posters de filles nues, dans les rations de survie, cohabitent colt 45 et préservatif, et au lieu de retourner à son poste, le general Turgidson (dont le nom est tout un programme) préfére rester avec sa secrétaire en bikini. Quant au salut nazi du Docteur Folamour, il ressemble à une érection mal contrôlée. Le bon docteur est en train d’expliquer son plan de survie : s’enterrer dans des mines pendant en un siècle, entouré de jeunes femmes sélectionnées pour leurs « attrait sexuels » afin de favoriser la reproduction, et dans une proportion de dix femmes pour un homme, ce qui ne manque pas d’émouvoir profondément le General Turgidson (George C. Scott).

L’anti-militarisme
Peace is our Profession. C’est ce panneau publicitaire mis en évidence dans le cadre à plusieurs reprises, dans les arrière-plans. Comme Orange Mécanique, Docteur Folamour est évidemment un conte philosophique, une farce pour faire passer un message plus grand que la blague qui le contient. Ici, pas mieux qu’ailleurs, les militaires passent un sale quart d’heure. Stratège à la petite semaine, Petit César de Bataillon, Jack D’Ripper (Jack l’Eventreur, Sterling Hayden) est la version drôle des brutes galonnées qui hantent l’œuvre kubrickienne, de Full Metal Jacket aux Sentiers de la Gloire, de Peur et Désir à Barry Lyndon. Ici, dans un versant ridicule, mais tout aussi effrayant. Et c’est le message, évidemment, de Kubrick sur la Guerre Froide : il suffit d’un abruti comme Ripper pour sombrer dans l’apocalypse.

L’homme est une machine
Un autre élément central de Docteur Folamour, c’est le concept de l’homme-machine. Une idée assez centrale chez Kubrick : quand on met l’homme dans un système, il est capable de tout, et surtout du pire : l’aliénation du libre arbitre d’Alex dans Orange Mécanique, via la méthode Ludovico, la soumission à l’ordinateur dans 2001, à l’ordre social dans Eyes Wide Shut, à l’esprit de corps dans Full Metal Jacket.

Dans Docteur Folamour, Kubrick s’attarde tout particulierement à cette logique. L’introduction, dans le bombardier B52, décrit de manière interminable la procédure, extrêmement rigoureuse, à appliquer en cas d’attaque nucléaire. Une façon de montrer que la guerre ne se lance pas à la légère, pense-t-on. L’équipe vérifie, revérifie, et revérifie encore, grâce à des procédures très absconses, codées comme dans une secte. Mais non, le « code R » a bien été déclenché. Après un petit discours de motivation « je ne suis pas très doué pour ça les gars, » dit le Major King Kong, alors que son discours est excellent (il promet des récompenses et des médailles à la fin, même pour les noirs !), on se lance de manière très professionnelle dans l’extermination de masse. Sans aucune crise de conscience des membres de l’équipage. Sans questionnement. Car le piège de la technique s’est refermé sur eux : les soldats sont devenus des robots. Ce que Kubrick va démontrer dans la scène finale, où le sort s’acharne sur eux (missile russe, incendie, soute à bombes en panne), mais, petits robots dévoués, ils triompheront des éléments pour détruire l’humanité. La scène finale répond alors à la première par une interminable litanie de chiffres : « cap 060, cible 5 miles, CPI enclenché à 7... » Quand la communication a échoué, il ne reste que le programme.

C’est le rêve du Docteur Folamour. Lui qui est l’incarnation de ce rêve, mi-homme, mi machine, avec son bras mécanique et sa chaise roulante. Le bon docteur explique en détail – et avec un plaisir non dissimulé – comment fonctionne la Doomsday Machine, l’outil de dissuasion ultime, puisque c’est un ordinateur russe qui décide, dans aucune intervention humaine, de la riposte nucléaire. Petit oubli : pour qu’il y ait dissuasion, il faudrait que l’ennemi en face le sache, mais les russes avaient oublié.

Échec de la communication humaine, triomphe de la machine, thème kubrickien par excellence.




samedi 8 mars 2014


L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot
posté par Professor Ludovico

C’est l’histoire d’un film maudit, un film que vous ne verrez jamais : L’Enfer, d’Henri-Georges Clouzot, l’un des plus grands – si ce n’est le plus grand – réalisateur français : L’assassin habite au 21, Le Corbeau, Quai des Orfèvres, Le Salaire de la peur, Les Diaboliques

En 1963, Henri-Georges Clouzot sort d’une grave dépression personnelle et il a ce sujet, l’histoire d’un homme qui reprend un hôtel au Viaduc de Garabit et devient jaloux de sa femme, jaloux jusqu’à la folie. Cette femme, c’est tout simplement Romy Schneider, splendide du haut de ses vingt-six ans.

Comment filmer la jalousie ? C’est ce qui préoccupe Clouzot. Il retient l’idée de filmer la réalité en noir et blanc, et les hallucinations en couleur… Va commencer alors un tournage délirant qui va mener le film à sa perte. D’autant plus que Clouzot est alors un cinéaste A-List : à telle enseigne que la Columbia, émerveillée devant ces premiers essais hallucinatoires, lui ouvre une ligne de crédit illimitée pour réaliser son film. Erreur dramatique : Clouzot va se lancer dans des recherches interminables, mais sublimes.

C’est l’objet de ce merveilleux documentaire, L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot, signé Serge Bromberg. Ces bobines sublimes nous montrent à la fois l’étendue du talent de Clouzot et ce que le film aurait pu être. Un film onirique, lynchéen, d’une perfection graphique et musicale sublime, à base d’effets de couleur, d’éclairages tournants, de musique électro-acoustique et dégageant un érotisme incroyable. Clouzot a tout simplement trois ans d’avance avant que la vague psyché ne déferle sur Londres avec les light show du Pink Floyd.

Une fois cette phase de recherches terminée, Clouzot se lance dans le tournage à proprement parler. Et c’est là, ivre d’argent et de pouvoir, qu’il va échouer. Comme Coppola pour son Apocalypse Now, Clouzot a « trop d’argent, trop de monde » et pas assez de temps : il tourne au lac artificiel de Garabit, qui doit bientôt être vidé. Clouzot a trois semaines de tournage ce qui est largement suffisant, sauf qu’il décide de multiplier les prises, les caméras, les équipes, tout en voulant tout contrôler : le cadre, la lumière, la mise en place.

Evidemment, qui trop embrasse mal étreint. Les équipes attendent Monsieur Clouzot, puisqu’il va vouloir tout refaire, et le plan de travail n’avance pas. Le réalisateur du Salaire de la Peur harcèle ses jeunes assistants, démotive ses grognards, et pousse au burn out son acteur principal, Serge Reggiani qui rend son tablier, même sous la menace d’un procès.

Clouzot n’a pas le temps de trouver un remplaçant, terrassé lui-même par une crise cardiaque en filmant (sic !) une scène lesbienne entre Romy Schneider et Danny Carrel.

Il n’y aura jamais d’Enfer. Claude Chabrol en tirera un remake en 1994, avec François Cluzet et Emmanuelle Béart.

Clouzot fera encore un film (La Prisonnière) mais ne retrouvera jamais le niveau, et mourra 13 ans plus tard, à 70 ans.

Reste ces bobines magiques, exhumées dans ce magnifique documentaire. A ne pas rater.




mardi 18 février 2014


Jurassic Park III
posté par Professor Ludovico

Moins mauvais que dans mon souvenir, mais pas un chef d’œuvre non plus, tel est le bilan de la revoyure hier soir de Jurassic Park, troisième du nom, exigé par le Professorino.

A vrai dire, il manque quelqu’un au casting de Jurassic Park 3 : Steven Spielberg. Seul l’homme de Rencontres du Troisième Type ou E.T. pouvait magnifier ce scénario épais comme un sandwich SNCF, signé de l’immonde Alexander Payne (Sideways, The Descendants).

Le professeur Grant (Sam Neill, transparent as usual) est réembauché par les Kirby (William H. Macy, Téa Leoni), un couple de richards qui veulent se payer le grand frisson survoler l’île aux dinosaures. Évidemment il y a un blême ; ils ne sont pas riches, ils ne sont plus un couple, mais ils veulent retrouver leur fils qui s’y est égaré huit semaines auparavant sur l’Ile aux Dinos avec le nouveau chérie de madame.

Rien ne tient là-dedans, à part William H. Macy, toujours crédible en mari cocu (a-t-il jamais joué autre chose ?). Le Professeur Grant est toujours un non-personnage*, Tina Leoni a l’air de sortir de Enid, Oklahoma, comme Mélanie Laurent pourrait sortir de Pithiviers, et la bande de pieds nickelés qui sert de A-Team aux Kirby est à peine esquissée ; de toutes façons, ils vont mourir très vite. Il suffit de comparer avec ce que Tonton Steven fait avec Roland Tembo (Pete Postlethwaite), son chasseur de safari dans Le Monde Perdu, pour comprendre le fossé qui sépare Joe Johnston de Steven Spielberg.

Néanmoins la série fonctionne quand même, comme une série justement. On applique les recettes définies dans le pilote, et voilou. Face ahurie devant les dinos. Enfant qui crie en courant dans la forêt. Silhouette de dino en ombre chinoise à l’arrière-plan. Un couloir qui tombe dans le vide avec les héros dedans (un camping-car dans Un Monde Perdu, une passerelle ici). Des gags scatos…**

Joe Johnston, l’honnête faiseur de Chérie J’ai Rétréci les Gosses ou Captain America, réalise le plan de vol en pilotage automatique, aux commandes de Flight Simulator 2001 .

C’est pour ça que ça marche, et c’est pour ça que ça ne marche pas.

* Il refuse même de partir à la recherche du gamin, c’est dire le type de héros que c’est !
** Décidément, les américains aiment bien mettre la main dans du caca. Voir Jurassic Park, Titanic, etc.




lundi 17 février 2014


L’homme au Bras d’Or
posté par Professor Ludovico

L’homme au Bras d’Or est un ovni cinématographique. Quand Otto Preminger s’empare, en 1955, du livre de Nelson Algren, la drogue et les drogués sont un sujet tabou aux États Unis. Une seule vision émerge*, celle du dope fiend, le camé, danger pour la société. Il faudra beaucoup de temps, et peut-être L’Homme au Bras d’Or, pour voir les drogués comme des malades et des victimes.

Frank Sinatra avait raté Sur Les Quais, il n’allait pas rater L’homme au Bras d’Or. Avant d’avoir fini de lire le script, il accepte de tourner le film.

Certes, le film est daté, dans sa volonté très Actor’s Studio. Les acteurs en font des tonnes, comme dans Sur les Quais. A commencer par Sinatra qui surjoue la scène de sevrage cold turkey. Son épouse, mythomane en chaise roulante (Eleanor Parker), en fait de tonnes. Sa maîtresse, Kim Novak, sublimement sensuelle, bien plus belle que chez Hitchcock, est aussi un peu too much. Et le dealer d’héroïne à l’air bien propre sur lui. Pas grave, le film marche quand même.

Grâce à Sinatra, impeccable au final… Grâce au fatum, dans lequel tous les personnages semblent englués…. Grâce à la musique jazzy d’Elmer Bernstein, une première au cinéma.

Grâce à Otto Preminger enfin, qui aligne les plans séquence comme d’autres alignent des strike.

Une curiosité à redécouvrir.

* si bien décrite par Burroughs dès Junky




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