[ A votre VOD ]

Commentaires et/ou Conseils d’achat de DVD – Peut dégénérer en étude de fond d’un auteur



lundi 3 novembre 2014


Sin City
posté par Professor Ludovico

Sin City fait la preuve qu’il faut croire dans le cinéma avant toute chose. Croire dans le cinéma, c’est l’antienne de CineFast. Qui croit dans le cinéma ? Truffaut, Hitchcock, Kubrick Spielberg ; Denis Villeneuve récemment*, Hazanavicius (voir The Artist). Qui n’y croit pas ? Une bonne partie du cinéma français, qui lui croit à la littérature. Et les (mauvaises) séries américaines, qui, elles, croient à la télévision.

Rodriguez croit au cinéma. Mieux, il croit au genre. Après le thriller horrifico-SF transgressif The Faculty, la délirante Nuit en Enfer, le grindhouse Planet Terror, il s’attaque au polar, le vrai, le sombre, celui de Hawks, de Aldrich, de Preminger. Alors que son programme initial semble très faible, adapter graphiquement le roman déjà très graphique de Frank Miller, Rodriguez réussit sur tous les tableaux. Il fait un film d’une esthétique parfaite : musique d’ambiance, éclairage noir et blanc classieux, colorisation parfaite (une bouche, du sang, une balle). Mais en même temps son histoire tient debout, les dialogues, simplistes mais pas ridicules.

Et, au passage, Rodriguez dresse un fabuleux hommage à tous les maîtres du polar. Une vraie fausse bonne idée qui se révèle un vrai bon film…

A suivre : Sin City : J’ai Tué pour Elle

* dont le magnifique Prisoners passe en ce moment sur Canal, ne le ratez pas …




samedi 1 novembre 2014


Mediterraneo
posté par Professor Ludovico

C’est par hasard, le plus souvent, que l’on rencontre les plus beaux films. Celui-là, téléchargé pour faire plaisir à quelqu’un qui ne savait pas où le trouver, a traîné presque un an sur mon disque dur.

Le Professore aime évidemment le cinéma italien, mais pas forcément celui de Gabriele Salvatores. Surtout quand ça commence comme du mauvais cinéma italien.

Six soldats perdus sur une île grecque en plein milieu de la méditerranée, en 1941. Leur bateau a coulé et les voilà coincés. Et nous voilà coincés, nous, les spectateurs, en pleins stéréotypes. Le lieutenant intello et cultivé, évidemment non violent. La brute évidemment galonnée, le petit gars qui aime sa mule, évidemment sensible.

Sur l’île grecque, les hommes ont fui. Il ne reste que les femmes, dont une vieille, une bergère peu farouche (Irene Grazioli) et une prostituée sublime (Vanna Barba). Et – c’est vraiment pas de chance – la radio est cassée. Voilà nos italiens installés avec les grecques pour un bon bout de temps. Progressivement, l’ambiance se détend, on joue au foot avec les enfants, on couche avec les filles et on repeint la chapelle.

Le film vire alors à la Don Camillo et devient vraiment drôle. Quand soudain la guerre réapparaît, réveillant, un peu à contre-temps, les idéaux nationalistes (ou pacifistes) de nous soldats.

Ce double acte, et une très belle fin, transforme un film quelconque en très beau film.




lundi 20 octobre 2014


20 Feet from Stardom
posté par Professor Ludovico

« Ayons une pensée pour nos collègues de la scène et du spectacle qui sont actuellement sans travail, sous prétexte qu’ils n’ont aucun talent ». Qu’ils sont durs, ces mots de Pierre Desproges, mais tellement justes, après deux heures des jérémiades insupportables de 20 Feet from Stardom.

Nous aurons vu défiler les choristes de Mick Jagger, David Bowie, Elton John, Michael Jackson, Sting, Bruce Springsteen. Avec le même motto misérabiliste : elles étaient belles, elles étaient talentueuses, elles chantaient mieux que leurs employeurs : pourquoi n’ont-elles pas percé ?

On est ici au cœur d’une grande illusion américaine. Si tu veux quelque chose vraiment très fort, alors tu réussiras. Si tu es le meilleur, tu réussiras. Si tu travailles dur, tu réussiras. Malheureusement ce vœu pieux et protestant est une fiction, tout du moins dans le domaine artistique.
Il faut du travail sûrement, beaucoup de travail. Il faut aussi de la chance,beaucoup de chance. Mais il faut aussi du talent, pas seulement de la technique. Comme disait Boris Vian, il ne suffit pas à l’artiste de faire, il faut encore faire autrement.

Certes, toutes ces chanteuses ont une technique irréprochable, bien supérieure à celles de leurs patrons, Sting ou Mick Jagger, pour ne pas les nommer. Mais ces deux-là ont quelque chose à dire ! Ils ont écrit des chansons extraordinaires, qui ont marqué une génération. Walking on the Moon, c’est seulement deux notes de basse que n’importe qui peut jouer. Mais quelles notes !! Il faut oser se contenter de ces deux notes-là.

Les choristes de 20 Feet sont de fabuleuses techniciennes. A l’évidence, elles ont enrichie les chansons sur lesquelles elles ont travaillé : le fabuleux « Rape, murder, it’s just a shot away » de Gimme Shelter est sûrement la pierre angulaire de l’une des plus grandes chansons des Rolling Stones. Mais pour autant, cette chanson aurait-elle existée sans sa choriste Merry Clayton ? Probablement. Sans Mick Jagger, sans Keith Richards ? Sûrement pas.

C’est pourtant ce que tente de nous faire croire 20 Feet from Stardom. La première moitié du film est pas mal du tout, très pédagogique sur l’irruption, derrière les chanteurs blancs propres sur eux, des « coloured girls saying doo doo doo », comme aurait dit Lou Reed. Dans le monde de la musique blanche, l’objectif est de réussir le crossover (je vends aux blancs et je vends aux noirs), en ajoutant cette couleur soul/gospel que popularise alors les Raelettes de Ray Charles. Bientôt le rock lui-même ne peut plus se passer de ces choristes, des Stones à Bowie, en passant par Dylan*.

La seconde partie raconte leur déclin et c’est là que ça se gâte. Chacune tente une carrière solo, mais ce n’est pas le même métier, comme l’explique Bruce Springsteen : il faut franchir ces vingt pieds qui te séparent de la célébrité. Franchir ces six mètres entre l’ombre et la lumière.

Et pour cela, pas besoin de talent. Il faut juste un ego démesuré.

* en allant même plus loin (cf. l’enfant caché de Mick avec une de ses choristes, et le mariage discret de Dylan avec l’une d’entre elles)




mardi 7 octobre 2014


The Artist
posté par Professor Ludovico

Le snobisme du Professore Ludovico est proverbial. Par conséquent, le succès de The Artist ne pouvait le laisser indifférent. Jamais le Professore n’irait voir en salles ce succès populaire (3 millions d’entrées en France, 133 M$ dans le monde), encore moins un film qui récolte autant d’Oscars.

Mais voilà le Professore faible. Ludovico coincé dans un avion de Delta Airlines, 20 000 pieds au-dessus de l’Atlantique. On pourrait finir Thucydide, mais on a un peu la flemme. Rien d’autre à faire, donc, que de regarder la VOD de plus en plus évoluée que nous proposent les compagnies aériennes. Mais il reste des efforts à faire, camarades, la VOST par exemple. Car soit on regarde en anglais (et on ne comprend rien), soit on regarde en français, horriblement doublé, Tendres Passions. Quoi de mieux alors, qu’un film muet ?

C’est donc parti pour The Artist, le film que les américains nous envient. En fait c’est pas mal. On se laisse aller peu à peu au charme racoleur de Dujardin, et au charme plus subtil de Bejo. Si l’intrigue est épaisse comme un sandwich SNCF (le douloureux passage au parlant d’une star adulée du muet (Dujardin), obligé de contempler la montée inéluctable de la petite comédienne qui a su s’adapter à la nouvelle donne (Bejo)), ce qui est intéressant dans The Artist, comme dirait Rupellien, c’est le message. Une ode inconditionnelle au cinéma, à la force du cinéma en tant que moyen d’expression, en tant qu’art exclusif.

Le film de Michel Hazanavicius démontre une chose très simple : il suffit de coller deux plans côte à côte pour faire un film. Le choix de la durée de ces plans, l’endroit exact où on les colle, et ce que signifie le résultat obtenu, devient cette opération magique qu’on appelle l’Art.

Un art de pas grand-chose, quelques acteurs, une caméra fixe, un peu de bonne musique et pas de dialogue, peut raconter une histoire. Ce que nous propose le cinéma depuis Meliès.

Ce qui est remarquable dans The artist, c’est ce qui s’est passé aux Oscars. Un mouvement d’hommage en va-et-vient, que le français a finalement gagné, et qui confirme le désarroi qui s’empare de Hollywood depuis peu.

D’un côté un film français en noir et blanc, au budget de 15M$, avec un auteur un peu connu en France. De l’autre, Hugo Cabret, énorme production 3D qui a coûté plus cher que ce qu’a rapporté The Artist (170M$), et signé par l’un des plus grands réalisateurs de son temps, Martin Scorsese. L’américain, grand cinéphile, transforme maladroitement son épopée pleurnicharde en hommage à Méliès, l’inventeur du cinéma. Dans un mouvement de retour, Hazanavicius réalise son hommage au cinéma, en passant par la case Hollywood 1920. Et c’est ce même Hollywood qui décide de récompenser le « petit » film français contre la grosse machine Hollywoodienne*. Comme si un petit film noir et blanc glorifiait mieux cette industrie, son art, et sa nostalgie de l’Age d’Or, que le film de Scorsese, qui représente lui le cinéma US actuel, survitaminé, sans tête et sans cœur.

De The Artist on retiendra cela, et cet extraordinaire plan séquence final, où les deux comédiens – le muet et le parlant – sont enfin réunis, là où ils peuvent se réunir : la comédie musicale ; Bejo et Dujardin faisant des claquettes, sans besoin de se dire un mot ; la magie du cinéma, intacte.

* Même si les deux films ont été tourné aux Etats-Unis avec majoritairement des comédiens américains




dimanche 21 septembre 2014


No Pain No Gain
posté par Professor Ludovico

On défend ici, contre vents et marées, l’auteur Michael Bay, convaincu que l’on finira par reconnaître l’œuvre, un jour. Une œuvre, c’est à dire un ensemble de films à la fois cohérent et protéiforme, de The Rock à Armageddon, en passant par quelques ovnis (The Island). On occulte pourtant souvent une partie de son talent : la comédie. Cette composante est pourtant présente dans tous ses films, de Bad Boys à Transformers

Et Michael Bay a beau être un républicain pur sucre, nationaliste et chauvin, ce n’est pas un puritain pour autant.

No Pain No Gain en est la parfaite illustration. Bay sort de son répertoire habituel – le film d’action – pour réaliser un biopic, et une comédie. Enfin, sort, c’est vite dit : No Pain No Gain ferait passer Transporteur pour un film de Tarkovski.

C’est peut-être grâce à cette vivacité, et ce style inimitable, que Michael Bay réussit enfin à nous faire un BOATS digne de ce nom. Si vous avez au moins suivi la promo, vous savez que cette histoire de pieds nickelés est vraie* : trois idiots d’un club de muscu décident de se faire un de leurs clients, riche et odieux (Tony Shalhoub). Malheureusement, c’est un coriace, qui se laisse torturer sans vraiment parler et refuse même de se faire tuer, quand on lui roule dessus. Il faudra l’intervention d’un privé (Ed Harris), pour qu’on arrête les frais, car la police ne croit pas à son histoire.

La force de No Pain No Gain, c’est ce qui a toujours été la force de Michael Bay, une forme de second degré qui n’exclut pas l’empathie pour ses personnages. Une qualité, faut-il le répéter, essentielle au cinéma.

On ne peut s’empêcher de frémir pour Daniel Lugo (superbe Mark Wahlberg), ce « doer », incarnation sous stéroïde du rêve américain, qui ne veut plus être un « don’ter ». Un pauvre type de Miami, qui veut ce que les autres ont à Miami : une belle voiture, une belle femme, une belle maison. Bay fait de même pour les deux autres personnages, en nous installant dans une compassion amusée pour Paul (Dwayne Johnson, quel acteur quand on pense que ce type a commencé dans Le Roi Scorpion !), une âme d’enfant perdue dans une montagne de muscle imbibée de catholicisme mal digéré, ou encore pour Adrian (Anthony Mackie), un sidekick minable, entièrement obsédé par la longueur de son pénis, mais gentil dans le fond. C’était ce qui était typiquement à l’œuvre dans Transformers, un film pour enfant avec de l’humour paillard dedans, et où l’on pouvait à la fois être du côté de Sam Witwicky et se moquer de lui : « Were you… masturbating? »

Mais ici, le fond de No Pain No Gain, c’est – de manière très surprenante – une critique acide du rêve américain. Surprenant parce qu’elle émane de l’un de ses plus principaux promoteurs à Hollywood. Dans les films précédents de Michael Bay, difficile de ne pas trouver un plan de la Bannière Etoilée… Mais ici, c’est comme si l’auteur de Pearl Harbor s’amusait à ruiner tous les stéréotypes US dont il s’est auparavant servi à haute dose : la victime, incarnation du Self Made Man (il a monté sa franchise de restaurants) est une parfaite ordure, prétentieuse, mettant du fric à gauche et insultant flics, infirmiers, employés et tortionnaires, comme si certains ne le méritaient pas un peu plus que d’autres. Dans la même veine, la police est incompétente, le prêtre est pédophile, la musculation se fait sous dopage, et les séminaires vendant l’american way of success ne sont que de morbides escroqueries menant au meurtre, à la torture, à l’extorsion. La propagande russe des années soixante n’aurait pas fait mieux.

Si vous aimez Michael Bay et l’Amérique survitaminée qu’il nous propose depuis vingt ans, vous devez regarder cette curiosité qu’est No Pain No Gain. Si vous ne l’aimez pas, vous devriez aussi.

* Un des meilleurs gags de NPNG est de rappeler, par un arrêt sur image, que cette histoire est vraie, à chaque fois que ça devient encore plus invraisemblable
« Rappelons qu’il s’agit d’une histoire vraie »




vendredi 19 septembre 2014


The Fountain
posté par Professor Ludovico

Ça fait partie des devoirs de vacances que laisse parfois Karl Ferenc quand l’Université Patrice Lumumba ferme ses portes pendant l’été moscovite. Vous me regarderez ça et ça, Wyatt Earp, Cloud Atlas et The Fountain et vous me ferez des fiches de lecture à la rentrée, petites vermines révisionnistes.

Alors rentré de la mère partie au mitan de l’été, on s’y met. Premier trouble (on avait absolument refusé de se documenter), ça commence très fort : des conquistadors, au cœur de la jungle du Yucatan, prêts à prendre d’assaut une pyramide maya. C’est ce qui s’appelle prendre le Ludovico par les sentiments. D’autant que ça continue au fin fond de l’espace. Mystère, mystère.

Pour ne rien gâcher, c’est aussi une merveille graphique, belle et dorée, le tout sur la musique entêtante de Clint Mansell.

Mais voilà, ça se gâte après, quand on commence à chercher à comprendre de quoi ça parle. Car – pas très subtilement – on apprend vite – vers la douzième minute – qu’il s’agit d’une histoire d’amour et de maladie, traitée comme une métaphore un peu barrée issue du cerveau du héros, Tommy. Joué avec autant peu de réalisme que possible par Hugh « Wolverine » Jackman.

D’où l’impression finale d’un exercice de style magnifique, mais légèrement hyper dimensionné rapport à la faiblesse du propos.




samedi 30 août 2014


Pop Rédemption sur Canal
posté par Professor Ludovico

Séquence copinage bis : la comédie métalo-liverpudienne passe sur Canal+. Retrouvez nos Dead MaKabés (menés par Julien Doré, excellent) sur la route du Hellfest, contraints de reprendre des chansons des Beatles à la Fête de la Fraise à Saint-Peperac, alors qu’ils sont poursuivis par le meilleur de la Police Française (Alexandre Astier), et de la Gendarmerie Nationale (Audrey Fleurot)…




samedi 23 août 2014


Tendres Passions
posté par Professor Ludovico

S’il s’agissait de démontrer l’ineptie des Oscars (ou de toute autre récompense artistique, Césars et autres Victoires de la Musique), Tendres Passions serait un candidat tout trouvé. Le film de James Brooks a remporté cinq Oscars en 1984. Et pourtant vous ne connaissiez pas Tendres Passions. Par contre, vous connaissez les perdants : L’Etoffe des Héros et Les Copains d’Abord.

James L. Brooks a gagné l’oscar du meilleur réalisateur contre Ingmar Bergman pour Fanny et Alexandre. Shirley McLaine a gagné l’oscar de la meilleure actrice contre Meryl Streep dans le Mystère Silkwood. C’est ça les Oscars : la capacité à distinguer ce qui n’a aucune valeur.

Pourquoi alors, regarder Terms of Endearment ? Une seule raison taraude le Professore : revoir la plus belle femme du monde : Miss Debra Winger.

Oui, l’actrice mystérieusement sous employée des eighties (Officier et Gentleman, La Veuve Noire, L’Affaire Chelsea Deardon, Un Thé au Sahara)…

A part ça, le scénario est horriblement daté. Emma (Debra Winger) est une jeune femme plein d’allant, et va se marier avec l’amour de sa vie, Flap (Jeff Daniels). Ce mariage est désapprouvé par Aurora, sa mère, (Shirley MacLaine), une veuve acariâtre et frustrée, malgré les nombreux prétendants qui lui font une cour assidue (dont Danny de Vito !) Aurora considère Flap comme un incapable et refuse d’assister au mariage. Malgré cela, Emma fait tout pour garder le lien avec cette mère odieuse. Peu après le mariage, Flap est nommé dans l’Iowa. Les prédictions de la mère se confirment : Flap est un bon à rien et sa fille, enceinte, peut dire adieu à sa carrière et devenir femme au foyer. Le temps passe et la prédiction se réalise : Flap devient de plus en plus distant et il devient évident qu’il trompe sa femme.

Malgré les méchancetés permanentes, Emma garde le contact avec sa mère et découvre ainsi qu’un autre prétendant s’est attaqué au glaçon. C’est Garrett (Jack Nicholson) ancien astronaute, très cool, l’opposé absolu d’Aurora. Il finit par déglacer un peu la mégère, et nous rendre enfin le film un peu acide et amusant.

Mais alors que tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des monde (Emma en parfaite Mère Courage-Épouse-fidèle-Fille-Parfaite, sa mère enfin casée), le destin frappa à nouveau à la porte. Badaboum : on lui diagnostique un cancer. Elle fait face une fois de plus avec courage et humour et convainc son mari de confier ses enfants à sa mère !

Ce mélo, dont on voit très bien ce qu’il avait d’osé en 1984, avec ce personnage un peu salé dans les dialogues mais très conventionnel dans le fond, semble bien pathétique aujourd’hui.




mardi 3 juin 2014


Only God Forgives
posté par Professor Ludovico

Nicolas Winding Refn est-il un cinéaste chrétien ? On peut se poser la question, dès le titre, puis après une séance d’Only God Forgives.

Car au-delà de la claque esthétique – le danois semblant vouloir faire toujours mieux que son précédent film – c’est bien la question que pose le film. Une interrogation, en forme de polar hard boiled hongkonguisant, sur l’homme sauvage, primitif, Ancien Testament, œil pour œil – dent pour dent, avant la révolution chrétienne du pardon.

Sur le papier, Only God Forgives n’est qu’une longue litanie de vengeances. C’est souvent ce quon reproche à Refn : une vision compassée et esthétisante de la violence. Pourtant, si cette thématique est au cœur des films du Danois (Pusher 1, 2 et 3, Bronson, Valhalla Rising (Le Guerrier Silencieux), Drive), il semble qu’il y ait toujours à matière à réfléchir. On est plus chez Scorsese que chez Jia Zhang Ke ou Millenium. Ici, la violence est bijective entre flics et voyous au cœur d’un Bangkok d’opéra. Tu tues une prostituée, le père te tue. Tu tues le père, car il a tué ton frère. Un flic te pourchasse ? Tu essaies de le tuer, et lui aussi. Ca serait presque drôle.

Mais là où Refn devient intéressant, c’est sur la morale de l’histoire, comme toujours. Car la solution serait évidemment de pardonner, et de laisser faire la Loi, l’évolution majeure de nos sociétés depuis 10 000 ans. Passer de la violence au sacré. Résoudre les problèmes par l’intérêt général, c’est à dire la religion ou l’état, et pas par la violence. Laisser la société s’intermedier dans les conflits, quels qu’ils soient. Mais c’est impossible ici, entre une famille d’Abel et de Caïn pilotés au talion par une mère castratrice, dominatrice et incestueuse, et un flic qui se rêve en Archange silencieux de la Vengeance. La seule solution, tout aussi archaïque, sera de se couper les mains pour s’empêcher d’agir.

L’auteur du Guerrier Silencieux met en scène ces vengeances sans fin dans une orgie de couleurs. Ce qui serait pathétique dans n’importe quel autre film touche ici au sublime. Chambres rouges, visages bleus, yeux dorés, cigarette orange, tout est magnifique, du bordel de luxe à la rue populaire de Bangkok. Le son, la musique de Cliff Martinez, étant, comme dans Drive, l’indispensable contrepoint de cette photo parfaite signée Larry Smith, le chef op’ d’Eyes Wide Shut. Pas un hasard qu’on pense pendant tout le film à la perfection formelle (et permanente) d’un Apocalypse Now ou d’un 2001.

Et les acteurs – certes hiératiques, certes désincarnés, certes réduits à des caricatures d’humanité – sont très bien, avec une mention particulière pour Kristin Scott Thomas, qui trouve enfin un rôle à sa mesure, c’est à dire à cent lieues de son personnage habituel de grande bourgeoise anglaise.

Ce choc esthétique finit par un symbole, le policier chantant sur scène devant ses équipiers. Une chanson sentimentale, d’amour et de beauté, tandis qu’un double noir, son ombre portée d’Ange de la Mort fait de même.

La violence et l’amour, le pardon et la vengeance, la sentimental et l’implacable, réuni en une seule personne humaine.




lundi 19 mai 2014


Goldfinger
posté par Professor Ludovico

Malgré ses airs d’ayatollah hitchcocko-kubrickien, l’imam Ludovico est un être tolérant, juste et bon. Il accepte la contradiction, le débat d’idées, il est capable de se mettre dans le paysage de ses interlocuteurs.

C’est pour cela qu’il s’est décidé, sur la pression amicale de quelques amis, à jeter un œil à Goldfinger. Et pas – comme le voudrait une méchante rumeur – parce que le film contiendrait quelques allusions saphiques.

Eh bien avouons-le : Goldfinger, c’est pas mal. En fait, c’est un vrai film. Avec un scénario (et son ridicule argument habituel*, mais on me dira que « C’est du James Bond »), des acteurs (et l’excellent Gert Fröbe dans le rôle du méchant, sorte de James Gandolfini blondinet), des James Bond girls très sexy dont la fameuse Pussy Galore et ses galorettes). Des décors excellents signés Ken Adam (Dr Folamour, Le Limier, Barry Lyndon). Un début, une fin, des répliques drôles, des gadgets, des bagarres, des poursuites en voiture… et un méchant intéressant : la théorie de Maître Fulci, qui préside la Chaire d’Etudes Bondiennes à l’Université de Ferrare, se vérifie : « Les bons Bond sont les Bond avec des bons méchants ». Hormis l’allitération, Fulci a tout Bond. Ou tout bon.

* Goldfinger veut faire sauter une bombe nucléaire « sale » à Fort Knox. La réserve d’or américaine, devenue radioactive, précipitera les Etats-Unis dans une crise sans précédent, au plus grand profit des chinois et de Goldfinger, dont les réserves personnelles d’or s’apprécieront d’autant. Bref, les Accords de Bretton Woods Pour Les Nuls.




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