[ Les films ]



vendredi 22 février 2013


Hitchcock
posté par Professor Ludovico

Pauvre Hitch. Il méritait mieux que ce pitoyable Hitchcock, réalisé évidemment dans une totale perfection hollywoodienne, mais sans l’âme – et le vice – nécessaire à ce beau sujet.

Il aurait fallu un auteur derrière la camera, et pas Sacha Gervasi*. Un David Lynch, un Fincher, un Sean Durkin** ou un Asghar Farhadi : bref un auteur passionné par les tréfonds de l’âme humaine, qui aurait questionné ce sujet comme il convenait. Pourquoi Alfred Hitchcock, au sommet de sa gloire, l’homme qui côtoie Grace Kelly et James Stewart, veut filmer un slasher movie ? Pourquoi, d’ailleurs, ce bourgeois british et bonhomme, marié depuis toujours à la même femme, est obsédé par le sexe et la violence ? Et refuse de faire une thérapie mais parsème son œuvre de références freudiennes ?

Le sujet est ébauché, par la présence d’un vrai tueur en série (Ed Gein) qui vient hanter l’inconscient du réalisateur. Mais il est esquissé, juste esquissé…

Hitchcock se contente d’ânonner ses anecdotes, sur le choix du sujet, les actrices, la censure, la promotion du film. Et se termine comme une belle success story, où un réalisateur mal-aimé de la critique réalise le plus gros triomphe de sa carrière, et où un couple dysfonctionnel (Hitch et Madame) finit par se réconcilier. Heureusement, les deux acteurs sont extraordinaires (Anthony Hopkins et Helen Mirren), ce qui fait passer le temps.

* Auteur du parait-il extraordinaire Story of Anvil, sur le groupe de heavy metal eighties
** réalisateur de Martha Marcy May Marlene




mercredi 20 février 2013


Il Était Une Fois Dans l’Ouest
posté par Professor Ludovico

Croyez-le ou non : le Professore n’avait jamais vu de Western Spaghetti, malgré ses origines (la famille Ludovico est évidemment originaire de la campagne florentine, vers Sant’Andrea in Percussina), malgré sa génération, gavée de Sergio Leone, malgré la musique d’Ennio Morricone, malgré Claudia Cardinale… Et malgré le cadeau de Notre Agent au Kremlin : le DVD de Il Était Une Fois Dans l’Ouest attendait patiemment dans sa boîte le bon moment…

Jusqu’à ce jour. Maintenant, j’ai vu Il Était Une Fois Dans l’Ouest. Et ce ne fut pas facile. La première partie laisse la drôle d’impression de regarder un Tarantino, quarante ans plus tôt : perfection stylistique, dialogues ciselés, acteurs hiératiques (trop !), mais narration pas claire et fond inexistant.

Heureusement, l’action se déploie petit à petit, et on découvre le secret de McBain, le mari malheureux de Claudia Cardinale, qui devait, au passage, être la plus belle femme du monde à l’époque. On accepte alors plus facilement les incohérences du scénario (Morton, le semi paralytique, rejoignant miraculeusement Frank, alors qu’il était le prisonnier de Bronson et Robards quelques minutes avant).

Si Leone a les mêmes défauts que Tarantino (c’est à dire une perfection dans le réalisme, oxymoré au ridicule de certaines situations), il réussit en revanche à créer des personnages de chair et de sang. Cheyenne, Jill et Harmonica fournissant un triangle amoureux improbable, mais magique.

On reste scotché devant la perfection et le gigantisme des décors, le cadrage (chaque plan est sublime), les dialogues au couteau de Bertolucci et Argento, et la musique, devenue iconique (qui finit même par cannibaliser le film)…

On tombe amoureux de Claudia Cardinale, veuve courage, à qui Robards adressera ce compliment magnifique*.

La fin, belle et amère, entraîne le film du côté du chef d’œuvre.

* « You can’t imagine how happy it makes a man to see a woman like you. »




lundi 18 février 2013


Shadow Dancer
posté par Professor Ludovico

La bande annonce était alléchante : l’IRA, Clive Owen, Aidan Gillen, le fabuleux maire de Baltimore dans The Wire et le Littlefinger de Games of Thrones, et même Gillian Anderson, notre Scully en blonde quinqua. Et un pitch intéressant : Colette, militante de l’IRA, est arrêtée et retournée par le MI-5 ; si elle espionne sa famille, elle et son fils seront sauvés, sinon, c’est la prison assurée.

Dilemme très bien interprété par la comédienne Andrea Riseborough, prise entre le marteau britannique et l’enclume irlandaise.

Shadow Dancer n’est pas un mauvais film, il mérite d’être vu, mais on aimerait que ça décolle un peu plus. Il reste un goût de trop peu.




samedi 16 février 2013


Zero Dark Thirty
posté par Professor Ludovico

Kathryn Bigelow aime les films couillus. Les vampires couillus, les surfers couillus, les fliquettes couillues, les russes couillus*. Ici, elle est servie : quoi de plus couillu, en effet, que la chasse à Ben Laden ?

Le film a une histoire étrange : le scénario initial racontait la traque ratée de Ben Laden en Afghanistan. Mais voilà que la réalité rejoint la fiction : le chef d’Al Qaeda est retrouvé, et abattu… Que faire de ce nouveau matériel ? comment passer d’un échec à une happy end ? Bigelow réécrit entièrement le scénario et ajoute l’assaut, qui constitue la deuxième partie du film.

On imagine pourtant que la coloration du premier draft devait être bien différente ; une interminable traque amère, qui ne mène à rien. Un film sur l’impuissance, un sujet si rare dans le cinéma américain. Et voilà qu’il faut inverser la tendance du film…

C’est ce défi pourtant que relève Bigelow, qui depuis Démineurs réinvente son cinéma. Après avoir été le parangon d’un cinema hard-boiled avec un cerveau (Strange Days, K-19), puis s’être aventurée dans quelques tentatives esthétiques (Blue Steel, Le Poids de l’Eau), la réalisatrice a radicalement modernisé sa manière de filmer : séquences cuts, caméra à l’épaule, scénario relégué à l’arrière plan (parfois aux dépens de la compréhension).

Mais cette modernité n’est pas qu’esthétique. En refusant de se conformer aux modes éprouvés de la narration (personnages, enjeux, intrigue principale, intrigue secondaire), elle propose un cinéma plus excitant, débarrassé des clichés qui auraient pu polluer un sujet aussi sensible que la mort de Ben Laden. Elle évite ainsi, dans Zero Dark Thirty, tous les pièges, toutes les fautes de goût qu’on pourrait légitimement s’attendre à trouver.

Par exemple, elle ne filme pas Ben Laden. Jamais. Il reste ainsi, pour toujours, le croquemitaine de l’Amérique, une histoire qu’on racontera aux enfants pas sages les nuits de pleine lune. Elle ne crée pas non plus des motivations psychologiques à Maya (Jessica Chastain), petite rousse froide, sans attache, sans ami, qui s’est trouvée la mission d’une vie. Il n’y aura pas de petit frère tué en Afghanistan, ni de boyfriend mort sous les décombres du WTC. Non, ces agents de la CIA sont juste des pros, qui font leur boulot, comme les marins russes de K-19, comme les Démineurs, comme les flics de Point Break.

Cela laisse aussi le temps du débat, et Zero Dark Thirty, assez finement, réussit à poser les bonnes questions : la torture est-elle nécessaire ? Tuer Ben Laden, était-ce une priorité ? Comment prendre la décision de l’assaut, alors qu’aucune preuve formelle n’a été fournie, et que les dommages politiques avec le Pakistan peuvent être considérables ? Kathryn Bigelow passe la parole aux différents points de vue, laissant le spectateur juger.

Reste l’assaut, la deuxième partie, le joyau brut de Zero Dark Thirty. Pour la première fois, on filme la réalité des commandos. Sans pathos, sans affect. Bigelow a refusé d’érotiser sa Maya ; elle refuse tout autant d’héroïser ses SEALs. C’est son coup de force. En évitant les « C’mon you guys », « Let’s move on » et autres « Let’s kill the fucker », Bigelow s’offre son meilleur passeport. Nous sommes avec eux, nous tremblons pour eux, alors que ces personnages viennent seulement de débarquer dans le film, et que nous en ignorions tout, même leur nom. Pire, rien ne nous est épargné : leur froideur à tuer, la technicité de leur métier, leur flegme après. Aucun pathos ne viendra enrichir un personnage. Juste la réalité brute, ce qui est d’habitude particulièrement inintéressant au cinéma.

Kathryn Bigelow garde en fait l’émotion pour la fin, dans un plan sublime, où le personnage, et l’Amérique toute entière, laissera l’émotion la submerger.

* Elle a divorcé de James « King of the World » Cameron, à vous d’en tirer les conclusions




samedi 16 février 2013


The Deep Impact of 2012 Armageddon
posté par Professor Ludovico

Mieux que Michael Bay, mieux que Mimi Leder, mieux que Roland Emmerich : Youtube !

Découvert sur le site polyartitisque de l’ami Ostarc, Le Glob est Plat, le plus beau plan séquence sur la forêt de Tungunska depuis les X-Files.

Profondeur de champ, stabilité du cadre, équilibre des couleurs, il ne manque que la musique d’Alexandre Desplats.

A vous de juger…




mercredi 13 février 2013


Eternal Sunshine of the Spotless Mind
posté par Professor Ludovico

How happy is the blameless vestal’s lot!
The world forgetting, by the world forgot
Eternal sunshine of the spotless mind!
Each prayer accepted, and each wish resigned

Soleil éternel d’un esprit sans tache, pour les vestales irréprochables ? Le message du film de Michel Gondry est pourtant d’affirmer le contraire du très beau poème d’Alexander Pope : non, il n’y a pas de soleil éternel, ni d’âme sans tache, que l’on soit irréprochable ou pas. Et le coup de génie, c’est d’en faire un film léger, drôle, sympa, et émouvant, qui dépoussière au passage la comédie romantique.

L’argument est simple : que se passerait-il si nous pouvions effacer les gens qui nous déplaisent de notre mémoire ? Et en particulier, les histoires d’amour ratées ?

C’est ce que décide Joel Barish, impeccablement joué par Jim Carrey. Joel veut se débarrasser de tous ses souvenirs de Clementine (Kate Winslet), amour fantasque aux cheveux mandarines : la belle histoire d’amour a tourné au couple aigri. S’en débarrasser comme l’on débarrasse son bureau en changeant de job : toute une vie dans un carton et hop, poubelle ! L’image sera réutilisée plus tard.

Mais rien n’est simple dans la vie, et cet « effaçage » va tourner à la catastrophe, et démontrer l’inanité de la proposition.

Dans ce film-cerveau, Michel Gondry est à l’aise comme un poisson dans l’eau. Il suffit de comparer avec ce que Spike Jonze avait fait du même matériau : Dans la peau de John Malkovich (fourni par le même scénariste Charlie Kaufman). Autant Jonze avait accouché – selon la belle formule de Philippe de Winterfell – d’un film « avec un cerveau, mais pas de cœur », autant Eternal Sunshine of the Spotless Mind montre ses muscles. Un film de cœur tout autant que de cerveau.

D’abord, parce que c’est une vraie love story, entre deux déficients de l’amour, un Barish autiste, et une Clementine virevoltante.

Ensuite, parce que l’histoire est magnifiée par un message, un vrai : nous ne sommes pas des êtres parfaits, et nous n’avons pas vocation à le devenir. Aucune machine ne peut enlever les taches de nos souvenirs malodorants, de nos erreurs, de nos fautes. Nous ne pouvons pas réécrire nos histoires Une idée anti-américaine s’il en est, au pays de la « seconde chance ».

Enfin, parce que ce message est sublimé par le génie visuel et graphique de Michel Gondry. Sa narration explosée supprime tous les temps morts, et coupe au sein d’une scène tout ce qui est inutile. Ce pourrait être qu’un délire esthétique de plus, dans un monde où le montage est un art à la portée du moindre utilisateur de Mac. Mais Gondry est un vrai cinéaste, et sa mise en scène déconstructiviste sert parfaitement le propos délirant du film.

C’est d’autant plus fort que ses effets spéciaux, fort coûteux au demeurant, sont utilisés avec beaucoup de discrétion : une couverture de livre qui s’efface par ci, une maison qui s’écroule par là, dans l’obscurité d’un arrière-plan.

A aucun moment, Gondry ne fait étalage de sa virtuosité ; il conserve même, grâce à son intrigue secondaire et ses personnages annexes (Kirsten Dunst, Mark Ruffalo, Elijah Wood, Tom Wilkinson), une sorte d’humour foutraque, utile contrepoint de la tragédie ambiante.

On comprend mieux pourquoi on vient de confier les manettes de L’Ecume des Jours : qui d’autre que lui peut adapter le délire poétique de Boris Vian ?

Après Soyez Sympas, Rembobinez, Gondry affirme à nouveau son amour du cinéma. Le cinéma, c’est la vie.

Effacer ses souvenirs, c’est effacer le cinéma. Mais rien n’effacera Eternal, qui porte si bien son nom, finalement.




dimanche 10 février 2013


Starbuck
posté par Professor Ludovico

Le film canadien de l’année laisse une drôle d’impression, une fois qu’on l’a vu ; un mélange étonnant de qualités et de défauts dans le même film, parfois dans la même scène.

Son pitch est extraordinaire : un type qui a donne du sperme dans les années 80 sous le pseudonyme de Starbuck découvre qu’il a enfanté 533 enfants. 142 d’entre eux, par un accident administratif, réclament désormais son identité. Va-t-il se dévoiler, lui l’adulescent mal dégrossi, au moment où lui-même va être père, cette fois ci d’une femme qu’il aime et qu’il tente de reconquérir ?

Par ce processus, il découvrira qu’il est plus que temps de ne plus être un enfant.

L’enjeu est joliment posé, le personnage est bien campé, dès les premières scènes : irresponsable, endetté, menteur : Starbuck, aka Wozniak est mal parti dans la vie. La suite – qui consiste à rencontrer ses « enfants » via des stratagèmes – est le point fort du film. Balayant les préjugés génétiques, et démontrant par là même l’incroyable variété de l’expérience humaine : du footballeur à succès à l’ado EMO à problème, de la publicitaire junkie au guitariste de rue, le sperme de Starbuck peut tout enfanter des existences très différentes.

Mais, malheureusement, le film est pareil : de ce sperme scénaristique sortent de brillantes idées, des coups de théâtre inespérés, des situations inattendues, mais aussi, des clichés affligeants, des gnangnanteries typiques de la romcom, comme l’inévitable réconciliation père-fils.

A voir oui, mais par une dure nuit d’hiver, et pas une douce nuit d’été le long du Saint Laurent.




jeudi 31 janvier 2013


The Rock
posté par Professor Ludovico

En 1996,  The Rock signe l’aboutissement du film « High Concept » mis en place par le duo  de producteurs Simpson/Bruckheimer ; une aventure des eighties à découvrir dans Box Office, le passionnant livre de Charles Fleming consacré à Don Simpson.

Or ce film, c’est aussi le dernier : la même année, Don Simpson meurt dans ses toilettes, une bio d’Oliver Stone à la main. Incident cardiaque, dû à l’abus de médicaments et de drogues. Simpson ne verra pas Armageddon, futur film de leur poulain Michael Bay. Or, The Rock n’est que le brouillon d’Armageddon, en alignant les mêmes thématiques, et les mêmes figures de style. Démonstration.

Le parcours du héros

The Rock et Armageddon, c’est – malgré les apparences – la même histoire, le même Parcours du Héros Simpsono-Bruckheimerien. Deux types ordinaires, deux real McCoys sauvent la planète, en combattant à la fois l’ennemi intérieur (qui n’en est pas vraiment un) et l’Etat Tyran  (qui nous a vraiment mis dans le pétrin).

Dans Armageddon, c’est le duo Willis/Affleck, binôme antique Vieux Con/Jeune Con, qui sauve la planète, aidé par une joyeuse bande de Village People issue des recoins de l’Amérique trash. Dans The Rock, ce binôme est déjà là : Nicolas Cage débute sa fructueuse coopération avec les S&B dans le rôle de Stanley Goodspeed (« Bon vent » en anglais (1)), un ingénieur spécialisé dans les armes bactériologiques. Sean Connery est John Patrick Mason, un ancien détenu d’Alcatraz, évadé multirécidiviste. Les voilà obligés de faire équipe pour empêcher un général renégat, Hummel, (Ed Harris, en beauté !), de bombarder San Francisco, pour (sic !), restaurer l’honneur perdu des centaines de Marines morts au combat dans des missions secrètes. Pour cela, le duo Mason/Goodspeed doit se rendre sur The Rock, qui n’est pas un astéroïde tueur mais bien la prison d’Alcatraz, dans la baie de San Francisco.

L’Etat Tyran, l’Etat Menteur

Constante américaine, constante républicaine, constante simpsono-bruckheimerienne : depuis la Révolution de 1776, les américains semblent vivre dans l’angoisse du retour de la tyrannie, sous la férule d’un ennemi extérieur (les british, les communistes, les extraterrestres), ou intérieur (l’administration fédérale, le FBI, Washington) (2). Un propos parfaitement illustré par X-Files, 24 ou Homeland.

Mais chez Simpson/Bruckheimer, l’ennemi extérieur n’existe pas. Les Russes d’Armageddon sont nos amis. Les Russes d’USS Alabama sont nos amis, aussi, à part quelques exaltés, vite réduits au silence par les troupes loyalistes. Il y a bien une menace extérieure dans Top Gun (des Lybiens), mais le véritable ennemi de Maverick, c’est lui-même. La constante de Simpson/Bruckheimer, c’est bien la tyrannie intérieure, le risque d’un état centralisateur, omnipotent, manipulateur, qui commande tous les espaces de nos vies. L’état est une menace ; l’état, c’est LA menace.

C’est précisément l’argument de The Rock : le Général Hummel prend Alcatraz, ses 80 touristes, et la ville de San Francisco en otage pour extorquer au gouvernement 100M$ : une récompense pour les familles des soldats morts en opération secrète, sans sépulture. On n’a rien dit aux familles : premier mensonge. Cet argent, Hummel veut qu’il provienne des trafics d’armes de la CIA, c’est à dire l’Irangate (vente d’armes à l’Iran pour financer les Contras nicaraguayens). Deuxième mensonge.

Pour cela on fait appel à Mason, un type qui a passé trente ans à Alcatraz, parce qu’il est l’agent secret britannique qui a volé… les dossiers secrets de Hoover ! « This man knows our most intimate secrets from the last half century! The alien landing at Roswell, the truth behind the J.F.K. assassination. » Troisième, quatrième, cinquième mensonge !!! L’état nous ment, et il nous ment depuis toujours ! Kennedy, Zone 51, Irangate.

Dans cette introduction, Bay a posé le dilemme : même si ses méthodes sont contestables, Hummel met le doigt où ça fait mal, sur l’état manipulateur, qui surveille les citoyens, bafoue leurs libertés individuelles, et qui – terrible péché – nous ment. Comme dans Armageddon, Ennemi d’Etat, USS Alabama, ou Déjà Vu.

Cela permet de justifier – au passage – le port d’arme, autre obsession redneck. Chaque citoyen devant être capable, comme les Minutemen de 1776, de se retrouver armes à la main pour casser de l’Habit Rouge. C’est traité ici au travers d’une blague : le gardien d’Alcatraz n’est pas autorisé à porter une arme (comme s’il pouvait faire quelque chose contre cinquante marines surentrainés !) Une mama noire, touriste otage, se moque de lui : « Oh you’re not allowed to carry a gun? I got a goddamned gun! If I’d’a known this was gonna happen, I’d’a brought my mother-fuckin’ gun! » Si on avait armé les citoyens, tout cela ne serait pas arrivé ; heureusement, deux citoyens lambda vont prendre les choses en main.

Le Président des Etats-Unis, créature luciférienne

Si les démocrates – et donc Hollywood en général – magnifient souvent la fonction (A La Maison Blanche, Président d’un Jour, Deep Impact, 2012…), c’est une antienne du cinéma « républicain », que d’en faire la critique. Avec une autre illustration de la tyrannie : l’imagerie présidentielle.

Dans Armageddon, POTUS (3) donne l’ordre de faire sauter l’astéroïde et sacrifie ainsi Bruce Willis. Idem dans The Rock : le Président ne croit plus en Goospeed et Mason, il envoie donc ses avions bombarder le rocher d’Alcatraz, alors que nos héros sont justement sur le point de stopper Hummel et ses Marines terroristes.

Manque de confiance dans l’héroïsme du Citoyen lambda ? Usage inconsidéré de la force brute ? Décisions absurdes, prises dans le brouillard ? Cette critique de la fonction présidentielle est déjà développés dans l’USS Alabama de Tony Scott, où des procédures foireuses, sans tête, rédigée en haut lieu sans le pragmatisme du terrain manquent de mener à l’apocalypse nucléaire, c’est à dire : l’Armageddon.

Comment mieux illustrer ce gouvernement « sans tête » ? En évitant de le filmer. Dans toutes ces oeuvres, on ne voit rien du Président des Etats-Unis. Invisible dans USS Alabama, simple regard bleu-vert dans The Rock, nimbé d’une sorte de vapeur (le diable ? l’indécision ?), et carrément dans l’obscurité du Bureau Ovale dans Armageddon, tel Méphistophélès dans les ténèbres, force immatérielle possédé de noirs desseins.

Les soldats perdus de l’extrême droite

Les extrémistes de droite sont des personnages récurrents dans l’univers Simpson/Bruckheimer. Provocation Sudiste et républicaine (4) vers un Hollywood Nordiste, bien-pensant et démocrate ? Pas seulement. Les personnages très à droite de leurs films sont toujours nuancés et un perpétuel mouvement de balancier vise à les mettre en perspective. D’abord de manière très négative, puis sensiblement positive, jusqu’au point où ces films finissent irrémédiablement par sonner comme un plaidoyer avec circonstances atténuantes. Un processus tout à fait à l’œuvre dans Le Plus Beau des Combats, mélo sur le foot US, sorti en 2000. Le facho n’est pas celui qu’on croit : l’entraineur sudiste a les idées plus ouvertes qu’on ne le suppose de prime abord, et le vrai facho (sur le terrain, du moins), c’est Denzel Washington, le coach noir imposé au premier. A la fin, ce mouvement de balancier aura « positivé » les deux personnages, qui deviendront amis, comme dans la vraie vie.

Dans The Rock, Michael Bay poursuit ce même but : Hummel est d’abord présenté comme un personnage sombre, terrifiant et sans pitié : il fait tuer des dizaines de soldats pour s’emparer des munitions. Mason – tout à son rôle de sidekick british – moque l’absurdité de la démarche (et au passage, du scénario !) : « I don’t quite see how you cherish the memory of the dead by killing another million. And, this is not combat, it’s an act of lunacy, General Sir. Personally, I think you’re a fucking idiot. » Cette autodérision scénaristique est une indication du caractère comique, autoparodique, de The Rock.

Mais ensuite, Hummel révèle une grande compassion pour tous les soldats, amis ou ennemis, et un grand sens de l’honneur (5). Dans un mexican standoff (6) d’exception, les Navy Seals (commandés par Anderson, un officier ayant servi sous les ordres du Général) se font piéger dans les douches d’Alcatraz, ce Fort Alamo du pauvre. Ils refusent de se rendre, et se font abattre jusqu’au dernier.

Hummel, consterné par un massacre qu’il a tenté d’éviter, montre alors toute son humanité (au mépris de tout réalisme scénaristique !) Hummel est certes un facho, mais 1) il a des raisons valables (le message politique du film, voir plus haut), 2) il peut se montrer humain. A la fin du film, Hummel déviera même un missile avant sa chute fatale sur San Francisco. « Me prenez-vous pour un dément ? Je n’allais pas tuer des milliers de gens !! » : Hummel admet sa défaite, et demande à ses hommes de se rendre. Mais certains ne sont pas aussi nobles : « I want my fucking money !!! » Ce sont eux, les véritables traîtres. Ils n’étaient là que pour l’argent, pas pour l’honneur. CQFD.

La Loi du Talion

« L’Europe est baignée dans le culture du Nouveau Testament (égalité, charité, pardon), tandis les Etats-Unis sont dans le culte primitif de l’Ancien Testament (Dix Commandements, Loi du Talion) » Si je me permets de citer la théorie du FrameKeeper, c’est que c’est une constante du cinéma US, qui irrigue tout aussi bien le film d’action (La Loi du Talion) que la comédie (happy ending sur les valeurs familiales). The Rock, mi-film d’action, mi-comédie, possède évidemment les deux.

Quand sonne l’heure du jugement, séparant le bon grain de l’ivraie, Hummel « l’Homme d’Honneur » meurt dans les bras de Goodspeed, qui a tenté de le sauver d’un deuxième mexican standoff. Comme un châtiment divin, il répond au premier : « Qui vit par l’épée périra par l’épée ! » Les autres terroristes subissent également la Loi du Talion, symboliquement punis en fonction des crimes commis : empalé par le missile qu’il allait lancer, ou avalant la munition bactériologique qu’il allait répandre sur San Francisco.

La rédemption des pères

Si les femmes sont rigoureusement absentes de The Rock, hormis les quelques apparitions habituelles (et minuscules) de la Fille ou de l’Epouse/Mère (7), c’est que le thème de la famille, et particulièrement des défaillance paternelles, est central.  En mineur dans The Rock, et en vrai thème dans Armageddon, les pères sont à la ramasse à Alcatraz.

Mason a passé sa vie à tenter de s’évader (dans tous les sens du terme) et n’a jamais vu sa fille. Nick Cage est un adulescent, qui tripatouille sa guitare et commande via Fed-Ex des vinyls des Beatles ; il ne veut pas d’enfant. Pas de bol, sa compagne est enceinte.

Voilà donc nos deux personnages principaux confrontés aux affres de la maturité. C’est l’objet d’une scène, lourde de sens, au sommet de San Francisco, dans le jardin du Musée des Beaux Arts (le bâtiment s’appelle aussi Legion of Honor !) Au milieu de colonnes grecques, de l’Athena moderne, nos deux mâles gagnent en sagesse : Mason promet à sa fille de revenir, en faisant un mea culpa retentissant, et Goodspeed lui sauve la mise (en faisant croire qu’il est « en mission », et pas évadé de nouveau)…

Même cause, même effet dans Armageddon. Bruce Willis n’a pas été un bon père pour Liv Tyler : sa rédemption finale sera de « confier » sa fille à Ben Affleck. Will Paxton est divorcé : il retrouvera épouse et enfant. Steve Buscemi est un obsédé sexuel : il voudra un enfant, après ses exploits interstellaires. La morale est sauve : tout désordre, même après la pire catastrophe humaine possible (l’armageddon !) doit retourner à l’ordre moral, social et familial, dans la plus pure tradition puritaine US.

Le Rookie/L’Homme d’Expérience

Etait-ce une allégorie de leur propre association ? Ou le signe de brûlures plus intimes ? Les deux producteurs ont multiplié les duos de mâles dans leur cinématographie : 48 heures, Le Flic de Beverly Hills, Bad Boys, USS Alabama, Jours de Tonnerre, jusqu’à ce duo de père et fils virtuels.

Mason, le Père, a tout raté : il multiplie les conseils à Goodspeed, son « Fils », lui-même père en devenir : « Losers always whine about their best. Winners go home and fuck the prom queen ! » ; « I’m fed up saving your ass. I’m amazed you ever got past puberty. » ; « I’m sure all this will make a great bed time story to tell your kid. »

Selon les canons de la comédie américaine, ces personnages ne sont que deux faces interchangeables, que l’on réconcilie à la fin. Goodspeed devient courageux et bagarreur, Mason devient sage et plein d’honneur. Le coup de génie étant d’avoir inversé les rôles au début. On croit que Mason est un vieux gâteux, il est en fait un agent secret en forme exceptionnelle, et Goodspeed, qui a montré son courage dans l’intro en désamorçant une bombe bactériologique serbe, se révèle plutôt poule mouillée. Les scènes d’action du milieu du film s’en trouvent renforcés, car le spectateur jubile devant l’énergie du vieux et le regard perpétuellement effrayé du rookie, le tout appuyé de dialogues délicieusement hardboiled (« Je vais très bien, CONNARD !!! »).


Le partenariat avec la Navy

Avec Top Gun, les Simpson Bruckheimer ont développé un partenariat riche avec l’US Navy (8). La Marine avait mis à leur disposition porte-avions et F-15 sans compter, elle fut récompensée par un clip de recrutement de 110 mn. Ces bonnes relations serviront ensuite à monter USS Alabama, et The Rock. Les « méchants » sont des Marines, les gentils des Navy Seals, et les méchants avions qui vont les bombarder sont eux aussi prêtés par la Navy (mais on cache soigneusement leur appartenance !)

Figures stylistiques

Côté style, rien de nouveau sous le soleil : l’œuvre simpsono-bruckheimerienne n’est qu’un éternel work in progress, de Flashdance  aux Experts. Entre les deux, la « patte » S&B se sera installée, elle aura même fait florès dans tout Hollywood.

Côté image, The Rock perfectionne le look fluo mis en place dès Top Gun. Vert et bleu pétant, et jolis filtres Belkin, furieusement eighties, pour des couchers de soleil couleur tabac. Côté musique, grosse pop qui tache pour vendre des CD, et musique russo-wagnérienne de gros tonnage pour le reste.

Au-delà de cette averse de couleurs et de sons, un déluge phénoménal de cascades et d’explosions, même quand l’action le justifie peu. L’évasion de Mason dans San Francisco donne lieu par exemple à une course-poursuite dantesque et totalement irréaliste (la Ferrari 355 explosant fenêtres et devantures sans jamais se rayer, jusqu’à sa destruction finale.) Le tout, faut-il le souligner, sans aucun trucage numérique…

Ce style apocalyptique est devenu la marque de fabrique de l’usine Bruckheimer. Des Experts à l’ensemble de la filmographie qui va suivre : Les Ailes de l’Enfer, 60 Secondes Chrono, Black Hawk Down, Bad Company, The Island, Transformers

Mais The Rock est sûrement l’apogée de ce style. Don Simpson va mourir. Le duo commençait à battre de l’aile, devant ses excès coke-médocs-putes, mais la mort de Simpson va profondément affecter Jerry Bruckheimer. De fait, sa production va s’assagir : moins de violence (Coyote Ugly), plus de films familiaux grâce à un contrat en or avec Disney (Pirates des Caraïbes, Benjamin Gates), ou plus profonds (Le Roi Arthur, Le Plus Beau des Combats). Il entamera aussi une série de succès exceptionnels à la télé avec Les Experts, mais aussi Cold Case, et FBI : Porté Disparus.  Aujourd’hui, son royaume est consensuel. Question de business, mais aussi d’âge.

De son côté, Michael Bay sera finalement le plus fidèle continuateur (9), avec des films sur-vitaminés (Bad Boys II), mais eux aussi plus profonds (The Island), ou plus familiaux, sous influence de Spielberg (Transformers)

The Rock, (Ge Rock pour les intimes, attachés à la prononciation toute particulière de Sir Connery) sera évidemment massacré par la critique à sa sortie et tout aussi évidemment un formidable succès en salle.

Il reste aujourd’hui le parangon de ce cinéma drôle et écervelé.

Et, disons-le tout net, un classique.

  1. On dit aussi God speed, ce qui est aussi le nom d’un bateau célèbre, chargé de colons qui qui fondèrent la colonie de Jamestown en Virginie. Les Pères Fondateurs, encore, toujours.
  2. Comme le dit le Commandant Anderson (Michael Biehn), chef des Navy Seals venus l’intercepter : « But like you, I swore to defend this country against all enemies, FOREIGN, sir… and DOMESTIC »
  3. President Of The United States
  4. Jerry Bruckheimer est un des rares donateurs du parti républicain à Hollywood
  5. Tout comme le personnage de Déjà Vu, interprété par Jim Caviezel
  6. Figure de style chère au western spaghetti, où trois cowboys  (ou plus) se menacent mutuellement. Ça finit en général par un carnage.
  7. On notera l’obsession Bayenne pour les filles pointues, aux yeux en amande et brunes : Kate Beckinsale dans Pearl Harbor, Liv Tyler dans Armageddon, Vanessa Marcil dans The Rock, Megan Fox dans Transformers
  8. Il faut à ce propos absolument lire l’excellent livre de Jean-Michel Valantin « Hollywood, le Pentagone et Washington, Les trois acteurs d’une stratégie globale ».
  9. Il fera encore trois films avec Jerry Bruckheimer : Armageddon, Pearl Harbor et Bad Boys II

 




dimanche 27 janvier 2013


Topten 2012
posté par Professor Ludovico

C’est la saison des galettes et le retour de l’inévitable Topten, institution morganienne depuis dix huit ans (de Morgane, l’association où le Professore a réalisé une poignée de chefs d’œuvres en Super8 dans les années 90). En clair, une bande de potes et de potesses qui s’étripent sur les films de l’année.

Un exercice un peu vain, vu qu’ils n’ont pas vu les mêmes. Entre l’école GCA (Grosse Connerie Américaine, Battleship en tête) et GcrA (Grosse comédie romantique Américaine, Jusqu’à Ce Que LA Fin du Monde nous Sépare), entre ceux qui ont vu deux cent films, donc forcément quelques films ouzbeks, et ceux qui ont en vu vingt, dont forcement Astérix, ceux qui aiment encore Pixar, et ceux qui le détestent depuis Monstres et Cie. Bref, c’est magouille et compagnie (« Allez, vote, Gilles ! On fera gagner John Carter !)

Le Professore, aidé des outils les plus modernes (Excel 2003), avait préparé son Topten, et ça donnait ça :

1 Les Enfants de Belle Ville
2 Martha Marcy May Marlene
3 Margin Call
4 Damsels in Distress
5 Looper
6 Cogan Killing them softly
7 Les Adieux à la Reine
8 Battleship
9 John Carter
10 Moonrise Kingdom

Et son Bottom Five :

1 Prometheus
2 Cosmopolis
3 Les Bêtes du Sud Sauvage
4 Les Seigneurs
5 The Descendants

Aucune surprise, donc, pour ceux qui suivent ce blog.

Les Topten de chacun furent passés à la moulinette mathématique du Président Philippe (ceux qui n’ont vu que 45 films ne peuvent voter que pour 10 films, par exemple)…  ça finit par donner ça :

1 Starbuck
2 Argo
3 Margin Call
4 De Rouille et d’Os
5 Anonymous
6 ex ae Cloclo
   ex ae Jusqu’à Ce que la Fin du Monde nous Sépare
8 Les Adieux à la Reine
9 ex ae John Carter
    ex ae La Part des Anges

Et le Bottom 3 :
1 Prometheus
2 Associés contre Crime
3 Astérix au Service de sa Majesté

Au final, comme dans toute GcrA qui se respecte, tout le monde tombe d’accord pour dire que 2012 est un très bon cru avec beaucoup, beaucoup de bons films, et peu, très peu de mauvais films.

Et on repart du Topten avec une liste de films à voir, les bonnes résolutions de l’année : Starbuck (déjà conseillé par une CineFasteuse canadienne), Premium Rush, Camille redouble, Oslo 31 août, Du vent dans les mollets, Le bus 678

Au travail !




lundi 21 janvier 2013


Django Unchained
posté par Professor Ludovico

Et voilà ! On s’est encore fait avoir par Quentin T., le roi du pitch, comme deux autres grands escrocs : Luc Besson, ou Ridley Scott. On a beau savoir ce que c’est, une escroquerie à grande échelle, un faux chef d’œuvre, on y va quand même. Comme quand Luc B. nous proposera un super film sur Valerian, on ira, ou Ridley S., le film définitif sur Alien ou Blade Runner, on s’y rendra pieds et poings liés. C’est inexplicable, c’est comme ça.

Le Professore a beau dire pis que pendre sur ce diable de Tarantino, mais pour autant, il y va quand même ! Un film « double feature » de bagnole ? Il y va ! Un film sur la seconde guerre mondiale ? Avec Brad Pitt ? Allez on y va ! Sur le western spaghetti (le Professore n’a vu aucun western spaghetti : on y va aussi !

Pourquoi ? Parce que l’on sait que le gars est sincère, qu’il y aura beaucoup d’amour dans le film de QT, un amour irréductible pour le cinéma, mais malheureusement rien que ça.

Pendant la première heure, pourtant, on croit que le mec a grandi, qu’il s’est acheté une conscience, qu’il veut faire un film sur les horreurs de l’esclavage, lui le petit rital blanc qui aime tant les noirs et leur culture (Jackie Brown, Pulp Fiction). C’est plutôt réussi, ça avance pas mal, mi-comédie, mi-pastiche. Mais QT ne peut résister à une bonne scène de cinéma : quand il récupère Leonardo di Caprio au mitan du film, il lui confie les clefs du camion et l’autre les prend, dans une performance extraordinaire.

À partir de là, le film devient n’importe quoi, mais Tarantino s’en fiche, parce que lui, son truc, c’est le pastiche ! Peu importe que l’histoire ne tienne pas debout, que les gags ne soient pas terribles, que ça commence à traîner en longueur. « Je suis dans le PASTICHE, vous dis-je ! » semble-t-il hurler au spectateur. Et comme à chaque fois, on commence à s’ennuyer… tout simplement parce qu’il est impossible de regarder quelque chose qui ne veut rien dire. Même les films les plus ringards de Michael Bay ont un petit quelque chose à dire, ce ne sont pas juste des jouets de cinéma. Même quand Spielberg s’amuse avec des dinosaures, ou la bio de Lincoln, il raconte quelque chose. Ça peut être ridicule (les messages républicains de The Rock, chronique à venir), prétentieux (Le Lincoln de Spielberg pèse déjà très lourd, et on n’a vu que la bande annonce), mais au moins il y a un adulte derrière, qui essaie de nous raconter quelque chose.

Un jour, j’étais dans un taxi marseillais ; il ne cessait de crier sa vindicte sur ses congénères automobilistes « Regardez moi ces côônards, monsieur ! Espèce de côônard, qui roule à 120, dans le tunnel du Vieux Port !!! Si c’est pas un côônard ! » Comme je lui fais remarquer que lui-même roule à 110, il me répond, dans un grand sourire : « C’est que moi aussi, je suis un côônard ! »

Et bien moi aussi, je suis un côônard qui va voir les films de Tarantino.




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