[ Les films ]



mardi 9 juillet 2013


Man of Steel
posté par Professor Ludovico

Il y a des films cons, et il y a des films concons. Des premiers, le Professore a fait une catégorie à part entière : la GCA, Grosse Connerie Américaine, un genre qui emplit une bonne partie de CineFast. Armageddon est la formule gagnante de ce cinéma : un scénario épais comme un sandwich SNCF, des personnages bourrins, des clichés à la pelle. Mais de ce viatique on peut faire des bons films : Armageddon, The Rock, ou des mauvais : 2012, Independance Day.

Man of Steel appartient à une autre catégorie : le film concon. Il voudrait être une GCA, mais il n’y arrive pas. Pour cela, il faudrait travailler un peu ce scénario.

D’ailleurs, il faudra un jour réévaluer à la baisse Christopher Nolan, n’en déplaise à Karl Ferenc. Ce que Nolan apporte à Batman, il ne sait pas le faire chez Superman : cette remise à plat du mythe ne marche pas, et pas uniquement parce qu’à la base, Superman, c’est déjà très con.

Non, c’est bien d’un manque de cinéma qu’il s’agit : pas assez de scénario, pas assez de bons dialogues, pas assez de bons comédiens, pas assez de mise en scène. Notre chouchou Zack Snyder livre ici sa plus mauvaise performance, mis à part peut-être les réjouissantes – mais longuettes – séances de baston. Il ne sait pas quoi faire de ses comédiens, pourtant excellents, issus d’A La Maison Blanche, Battlestar Galactica, Oz, Les Tudors… Il rate Russell Crowe, Amy Adams, Michael Shannon, et Kevin Costner, un comble ! Henry Cavill, notre chouchou des Tudors, est lamentable en Superman, cucul la praline de bout en bout. Les dialogues sont d’une bêtise absolue, et les quelques gags sont lourdement mis en scène. Quant au scénario, c’est carrément celui d’une série B, ce dont on s’aperçoit dès la pitoyable séquence d’ouverture.

En réalité, pendant tout le film on ne cesse de penser à Christopher Reeves, le Superman de 1978, et son onirique ballade amoureuse dans le ciel avec Margot Kidder, ou sa course-poursuite au missile nucléaire dans la faille de San Andreas ; deux scènes qui pourtant ne volaient pas bien haut, on en conviendra. Quand on pense à un autre film pendant qu’on en regarde un au cinéma, c’est déjà plié.

Concon, cucul, caca : on cherchait le plus mauvais film de l’année, on l’a trouvé.




lundi 8 juillet 2013


Princesse Sabine et Cendrillon Bartoli
posté par Professor Ludovico

On l’a déjà dit ici, le sport est un formidable outil dramaturgique. Comme le cinéma, même si rien n’y est écrit à l’avance.

Quoique.

Le cadrage, le timing, c’est bien le réalisateur de télévision qui les décide. Et qui utilise les astuces dramaturgiques (ralentis, gros plan, plan large, …) pour signifier l’évènement. Samedi, tandis que nous patientions jusqu’au soir (ces choses-là ne se regardent qu’à la nuit tombée) pour regarder le terrible S309, notre télécommande zappa entre Wimbledon et Castre-Ax 3 Domaines.

Dun côté, le gazon de la noblesse anglaise, ce parfait petit carré vert où deux chevalières en jupette blanche en venaient aux mains ; de l’autre, les prolos du Tour de France, bleu de chauffe et les muscles luisants, fabriquaient la victoire de Sky à grands coups de pédale.

Deux univers, deux dramaturgies. Duel à mort d’un côté, sans limite de temps : l’affrontement tennistique peut durer des heures, des jours. Mais pour que cela s’arrête, il suffit que l’un des prétendants mettent deux fois de suite le genou à terre. De l’autre, une fin prévue, inéluctable, toujours aux alentours de 17 heures, mais dont le déroulement n’est jamais prévisible. D’où cette dramaturgie particulière du Tour de France : une étape, c’est – forcément – de plus en plus intéressant. Ainsi, on se passionne pour l’échappée du petit français d’AG2R, tandis qu’un nouveau personnage prend subitement la vedette, Quintana, le jeune premier Colombien. On fait l’erreur de zapper vers Wimbledon, et quand on revient, Mister Froome a pris deux minutes à tout le monde : il gagne l’étape, son équipe prend les cinq premières places, et il a peut-être déjà gagné le Tour, après une seule semaine de compétition. Ça apprendra à être infidèle à la Grande Boucle.

De l’autre côté, un autre drame se noue : la belle Princesse Sabine Lisicki, jeune biche blonde aux yeux bleus, subit les coups implacables du laideron, Cendrillon Bartoli. Et l’impensable arrive : Princesse Sabine se met à pleurer. Pas sur le banc, pas à la fin du match. Non, au milieu du service. Du jamais-vu en finale. Bambi regarde sa mère, laideron impassible, parfaite douairière, à qui l’émotion de sa fille ne fait ni chaud ni froid. Des larmes, tu en verseras d’autres, ma fille. C’est le sort des femmes que de pleurer.

Mais Sabine ne pleure pas des méchancetés de Bartoli, non, elle pleure contre elle-même, son fameux service qui la lâche aujourd’hui, devant tout le monde. Et contre ses retours minables… Elle pleure de décevoir le public, ce public anglais si chic dans ses jolies tenues blanches, strawberries and cream à la main. Car la foule penche évidemment pour sa princesse saxonne, si blonde et si jolie, so charming.

La télévision, consciente de ce qui se joue là, de cette dramaturgie inédite, ne rate aucun gros plan de la Princesse. Ni ses larmes, ni ses gestes de désespoir vers sa mère impavide.

En face, Bartoli serre le poing à chaque point marqué, comme une mama corse. Le public ne peut pas l’aimer ; elle n’est pas belle, elle n’est pas gentille, elle ne peut pas gagner, ce serait une terrible injustice. Pourtant, comme sa prédécesseuse, Arantxa Sanchez, Bartoli gagne. Et comme dans la meilleur des drama, Bartoli court vers la tribune, pour embrasser son coach, son Prince Charmant, qui vient de lui donner sa victoire, vers Mauresmo, sa mère de substitution, et – moment magique – elle se jette finalement dans les bras de son père. Ce Barbe-Bleue qui l’accompagne depuis la plus tendre enfance et qu’elle vient pourtant de répudier, quelques semaines auparavant.

Le père, visiblement gêné, ne sut pas vraiment embrasser sa fille. Ce qui rendit l’histoire encore plus belle.




mardi 2 juillet 2013


Frances Ha, avant-première
posté par Professor Ludovico

Malgré une actualité brûlante et un emploi du temps de ministre (Man of Steel toujours pas vu, Lost Saison 1 à lancer avec le Professorino, World War Z avec AG Beresford, divers DVD sur la pile et surtout Game of Thrones, Game of Thrones, Game of Thrones (!!!), le Professore prend le temps de vous conseiller un petit film pas cher qu’il n’a pas vu : Frances Ha. À l’instar de Charlie qui critiquait Orange Mécanique en 1971 « On l’a pas vu, mais c’est génial », Ludovico reprend cette joyeuse insouciance à son compte : « Frances Ha, je l’ai pas vu, mais c’est génial ».

Deux raisons d’y aller : 1, c’est un film de Noah Baumbach, le subtil auteur des Berkman Se Séparent, le chef d’œuvre comico-caustique sur le divorce. Si je vous dis que Baumbach fait partie de la bande de Wes Anderson (Moonrise Kingdom, Darjeeling Limited, La Vie Aquatique), vous aurez tout compris. C’est aussi l’auteur de Greenberg, ce que vient de découvrir le Professore Ludovico : Aargh, il l’a pas vu… c’est aussi l’homme qui a adapté pour la télévision Les Corrections, le chef d’œuvre de Jonathan Franzen et livre culte du Professore Ludovico ; il l’a pas vu non plus !*

2 Frances Ha, c’est Greta Gerwig, une comédienne brillante découverte dans Damsels in Distress, le coup de cœur de l’an dernier. Etrangement jolie, bizarrement drôle, cette fille a un boulevard devant elle.

Rien que pour Greta Gerwig, j’irais voir Frances Ha.

*Qu’attendent les télés francaises pour l’acheter ?




jeudi 27 juin 2013


Le Passé
posté par Professor Ludovico

On a mis du temps avant d’aller voir Le Passé, un peu terrifié à l’idée de ce qu’Asghar Farhadi, notre nouveau chouchou de Une Séparation, Les Enfants de Belle Ville, et A Propos d’Elly, ait pu devenir dans les griffes de la production française.

Ils sont nombreux, en effet, à avoir quitté le pays d’origine pour chercher un eldorado – Paris ou Hollywood – et y avoir perdu leur talent. Comme si ce talent était intimement lié à la terre qui avait produit ce cinéaste et son cinéma, et n’autorisait pas une greffe en terre étrangère. Ainsi, la rose Haneke avait perdu beaucoup de ses épines en terre française, malgré Auteuil, Binoche et Huppert. Probablement parce qu’il est très difficile de diriger un comédien quand on ne maitrise pas sa langue : comment savoir s’il joue faux, par exemple ?

Soit Farhadi parle très bien le français, soit il a un excellent premier assistant. Les acteurs du Passé sont très bons (Bérénice Bejo, Tahar Rahim, Ali Mosaffa), et notamment les enfants (Pauline Burlet, Elyes Aguis, et Jeanne Jestin). Et, dans ce transfert de Téhéran à Sevran, le film de Farhadi gagne ce que la production française peut apporter de mieux : super travail de déco, et photo magnifique.

On retrouve néanmoins les habituelles obsessions Fahradiennes : la fin de l’amour, séparation, les problèmes de l’adolescence, et ses motifs coutumiers : les vitres qui empêchent la communication, les voies de chemin de fer qui dressent d’invisibles frontières, les patrons et les ouvriers, et, comme toujours, les mensonges qui tuent ; le poids du passé qui nous empêche d’avancer.

Mais, comme le prédisait l’Oracle du Kremlin, il y a comme un goût de trop peu dans cette dernière livraison farhadienne : est-ce l’Iran qui nous manque ? Ou le manque d’intensité ? Pas de meurtre, pas de menace, pas de disparition : l’enjeu de ce film-là n’est pas assez fort pour nous coller sur notre siège. Quand, au bout d’une heure, arrive le célèbre Farhadi Time : le moment où l’intrigue se noue, et notre estomac avec.

Il reste néanmoins un très bon film, comme on en voit peu dans l’année de toute façon.




samedi 22 juin 2013


Titanic, plongée n° 3
posté par Professor Ludovico

Et voilà, on retourne plonger – grâce à l’ami Pacobalcon – sur la plus célèbre épave d’Hollywood. L’occasion de former une nouvelle fois nos chères têtes blondes (des quatrièmes de classe européenne) aux mystères de la narration, via Titanic, le chef d’œuvre pop de James Cameron.

Rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous, mais dans un grand film, il y a toujours matière à creuser. Ici, ce n’est pas ce qui manque, et on n’a toujours pas fouillé le Pont B, le Café Français, la Salle des Machines ou la Chambre du Capitaine…

Aujourd’hui, on s’attaquera donc à Brock Lovett. Oui, Brock, le chasseur de trésor, le pilleur d’épaves interprété par Bill Paxton, notre chouchou d’Une Créature de Rêve, Un Faux Mouvement, Twister, et Apollo 13.

Qui est donc Brock Lovett ? Eh bien, Brock Lovett, c’est vous ! Le point de vue du film, et aussi l’avatar de James Cameron, sa représentation au sein de son propre film*.

Dans un film ou une série, il faut toujours un point de vue : un personnage neutre auquel le spectateur pourra se rattacher pour porter des jugement sur les autres personnages. Jerry Seinfeld est un bon exemple de point de vue, dans Seinfeld, la série.

Mais Brock Lovett est un drôle de point de vue. Dans la première scène du film, Lovett se filme (narcissisme) en train de plonger sur l’épave du Titanic. Lewis Bodine, son assistant rouquin, Falstaff geek , sarcasme vivant, qui arbore en permanence un T-Shirt des Watchmen, se présente immédiatement comme sa conscience, son gepetto, son bouffon : « You’re so full of shit, boss ! ». Il va être présent tout au long du film, et particulièrement dans l’introduction, pour moquer Lovett, mais aussi Rose : « She’s a liar ! She was an actress, goddamit! ».

Mais pour Lovett, la messe est dite : Lovett is only here for the money, comme disait Frank Zappa. Un pilleur d’épave qui surjoue la tragédie Titanic devant sa caméra, pour faire pleurer dans les chaumières et vendre probablement le making of de son expédition. Brock Lovett n’est là que pour une seule chose : trouver le plus gros diamant du monde : le Cœur de l’Océan. Et ça, c’est mal…

Car comme le CineFaster le sait parfaitement, par cet étrange retournement philosophique qu’opère le cinéma américain, l’argent, c’est mal. Pour un pays qui met le succès au-dessus de tout, c’est assez étonnant. Pourtant, le cinéma US regorge de ces méchants ultra-riches, de JR aux frères Winklevoss. Brock Lovett fait partie de ces méchants assoiffés d’argent. Il sera donc puni. Dans une scène parfaitement freudienne, Lovett (love it ?) fouille un coffre empli d’une substance brune et gluante : l’argent, c’est de la merde.

Pourquoi cette introduction peu ragoûtante, qui semble vouloir nous dégoûter d’un personnage, qui pourtant est notre point de vue ? Mais parce qu’on te parle, spectateur ! Mieux, on te parle… de TOI ! Car James Cameron sait exactement ce que tu es venu faire dans cette salle, petit être vil ! Tu n’es pas, en effet, animé des meilleures intentions. Tu as payé tes 10 euros pour mater un bon petit film catastrophe des familles. Côtoyer, comme tes congénères depuis maintenant un siècle, la légende morbide du Titanic. Voir des enfants mourir et des femmes pleurer. Voir peut-être un peu de romance aussi, un peu de sexe si possible. Ne t’inquiète pas, décadent spectateur. On va te donner ça. Mais pas tout de suite. Pas comme ça.

Cette introduction – interminable selon les standards Hollywoodiens (vingt minutes sans star, sans action, sans violence, tout le contraire des règles érigées par les studios) – est pourtant un chef d’œuvre de mise en place. Tout y est. La catastrophe à venir. La tragédie. La love story. Mais avant de passer aux choses sérieuses, Cameron veut vous nettoyer sérieusement la tête. Vous amener, immaculé, devant SON film. Car vous n’êtes pas venu voir le 43ème film sur le Titanic. Vous êtes venu voir LE Titanic de James Cameron. Il vous faut donc, comme Brock Lovett, expier d’abord vos péchés.

Le péché de voyeurisme. « The experience of it was somewhat different », répond la vieille Rose à Bodine, après son exposé de mauvais goût 3D (« And that’s a big ass, we’re talking 20-30,000 tons »). Cette scène est un coup de génie. Elle vide le film, dès le début, de son étiquette de « film catastrophe », la tumeur cancéreuse qui pourrait tuer le film dans l’œuf. C’est ça que vous êtes venus voir ? Un naufrage ? Le voilà ! semble nous dire Cameron. Mais moi, je suis venu vous montrer une tragédie. Une expérience humaine comparable à nulle autre. Et toi, Bodine, fan habituel de mes films (Aliens, Terminator…), geek sans conscience, qui ne respecte rien et se moque de tout… Eh bien, c’est un nouveau Cameron que tu vas voir ici.

Péché d’impatience ? Oui, nous sommes comme Lovett, coincés dans ce cinéma depuis vingt minutes. Et, oui, nous n’en pouvons plus de ce film documentaire que tu nous assènes, Jim. Des plans vidéo de l’épave. Des robots qui se baladent dans les coursives et qui retournent des planches pourries… et ce piano figé dans l’eau pour toujours… Mais nous voulons de l’action, nous voulons Leo, nous voulons Kate, nous voulons notre film catastrophe… pas ce documentaire sur History channel.

–  Tell us this story, Rose.

C’est à cet endroit précis que Cameron nous prend au bout de sa ligne, qu’il a appâté avec des morceaux de vieille dame indigne (Rose) depuis vingt minutes :

– Do you want to hear this story or not?

Symboliquement, Lovett s’assoit au pied de Rose, dans une position qui évoque celle du spectateur du cinéma, le bon vieux mécanisme de transfert film-spectateur.

Le film peut enfin commencer. « It’s been 84 years, and I can still smell the fresh paint. The china had never been used. The sheets had never been slept in. Titanic was called the Ship of Dreams, and it was. It really was. »

Belles voitures, beaux chapeaux, gants beurre frais, les riches et les pauvres, le ship of dreams, l’iceberg, Plus Près de Toi Mon Dieu… tout le monde est prêt à voir enfin LE Titanic de monsieur Cameron.

On retrouvera les mêmes trois heures plus tard, dans une position légèrement différente. Filmé à hauteur d’homme (ils ont grandi) et les yeux embués de larmes, même Falstaff-Bodine.

Le shaman Kameron nous a emmené au-delà de l’espace et du temps, nous a raconté le grand mythe rédempteur du Titanic, la folie que les hommes croyaient insubmersible, dans une époque où les riches pouvaient enfermer les pauvres à fond de cale, et les femmes, avec un diamant. Enfin éduqués, Lovett, Bodine, peuvent se laisser aller à l’émotion. Le spectateur, lui, pleure comme une madeleine depuis le mitan du film, quand Jack a « libéré » Rose, dans un baiser devenu iconique, à la proue du bateau.

Désormais, il ne reste qu’une chose à faire : conclure cette intrigue « B » (Lovett, l’épave, la vieille Rose) avant de conclure l’intrigue principale « A » (Où est passé le Cœur de l’Océan ? Rose retrouvera-t-elle son Jack ?)

C’est chose faite dans l’une des rares scènes ratées du film : sur l’entrepont, Brock Lovett se confie à Lizzy, la petite fille de Rose : « 3 ans que je bosse sur Titanic, et je suis passé à côté** » ; Lovett jette son cigare sans le fumer : le symbole du succès est à la poubelle, il a échoué, il ne retrouvera jamais le Cœur de l’Océan, d’ailleurs il n’en a plus envie, maintenant qu’il a touché du doigt la vérité vraie de la tragédie du Titanic.

Mal jouée, mal filmée, cette scène est pourtant conservée telle quelle. Probablement parce qu’elle comptait énormément pour James Cameron. Comment ne pas y voir, en effet, l’expression de sa propre angoisse de créateur ? L’angoisse de « rater » Titanic, le film ? De céder aux injonctions des studios, de faire ce film catastrophe avec des stars que la Fox et Paramount exigent de lui ? De subir cette pression de 200 millions de dollars qui manque de l’écraser, et dont il ne se protège qu’en renonçant à toute forme de salaire pour conserver le final cut*** ?

Brock Lovett, c’est évidemment lui. Et Lizzy, c’est Cameron APRES le film, qui regarde le premier avec ce regard amusé que les femmes posent sur l’immaturité des hommes. Tu n’as pas atteint le succès, Brock, mais tu as grandi. Tu as finalement touché du doigt cette tragédie. Tu as laissé les sentiments t’envahir.

Maintenant, tu es un homme …

* Bill Paxton est aussi un des fidèles de Cameron : Aliens, True Lies, Titanic, Terminator
**Three years, I’ve thought of nothing except Titanic; but I never got it… I never let it in.
*** Des droits qui lui furent gracieusement restitués par les studios devant l’immense succès du film




dimanche 16 juin 2013


Star Trek Into Darkness
posté par Professor Ludovico

Ce qui est bien avec JJ Abrams, c’est qu’on n’est pas déçus. On sait à quoi s’attendre : il foirera le truc, quoiqu’il arrive. Et en matière de plantade, JJ delivers, comme on dit de ce côté de l’Atlantique. Alias, Lost, Super8, Star Trek : Jay-Jay est le plus grand gâcheur de bonnes idées à l’ouest du Pecos.

Ici, on ne s’attendait à rien (le reboot ayant implosé, from day one) et c’est ce qu’on obtient : pas grand’ chose. Des blagounettes Kirko-Spockiennes. Des combats de boxe pour sauver le monde (un gimmick imposé par la franchise depuis 1966), des combats spatiaux, des phaseurs, des boucliers. Bref, le service minimum.

Côté scénario, on mixe trois tranches de Blade Runner avec un bol de La Revanche de Khan* et ça fera le plat pour saucer.

De ce qui aurait suffit à un épisode de cinquante deux minutes (mais sûrement pas à un film de deux heures), deux ou trois idées viennent nous tirer du coma, car il est vrai que les paupières sont lourdes devant Star Trek Into Darkness : la plongée dans l’espace façon chute libre, la course dans les couloirs avec la pesanteur inversée, la bagarre finale sur les camions poubelles rouges…

Que d’argent et de talent gâché dans une si petite enterprise

* Avec une petite inversion scénaristique : cette fois-ci c’est Kirk qui se sacrifie au lieu de Spock. Cette précision, qui nous avait échappée, nous en remercions le Dr Malakansar, diplômé en Trekkie Studies à l’Université de Vulcania. Accompagné de son assistant, il m’a tiré du confort intellectuello-bobo du Passé Asgharfarhadiesque du XII°, pour me plonger dans les Halles de la GCA, into deep space…




samedi 15 juin 2013


Nostalgie de la forme
posté par Professor Ludovico

Voilà une chronique exceptionnelle : elle sera publiée conjointement ici, et sur Planet Arrakis, le site Jeu de rôle/Jeu de Plateau de Paul Moud Ubid, un lointain cousin du Professore.

Car cette chronique se situe à la croisée des chemins scénaristiques, un problème qui intéresse tout autant les rôleux que les cinéphiles.

La semaine dernière, donc, je dirigeai une partie de Donjons & Dragons old school. C’est à dire, comme en 1974, quand Gary Gygax se mit à commercialiser la drogue ultime de l’entertainment occidental : le Jeu de Rôle. A l’époque, c’était bien peu de chose : une porte, un monstre, un trésor. Le fameux PMT. Pour les non-pratiquants, ce qu’on trouve le plus souvent dans le jeu vidéo aujourd’hui : on ouvre une porte, on tue un monstre, on empoche un trésor.

Depuis le JDR a considérablement évolué, dans les eighties, cela suffisait à nos nuits blanches.

Sur un coup de tête, il y a deux mois, cette nostalgie s’est emparée de moi, immédiatement boostée par l’enthousiasme de mes vieux joueurs (plus une nouvelle recrue). La simple idée de ressortir leur Players Handbook et autre Dungeon Master Guide, leurs dés vintage et leurs figurines de plomb a permis de trouver rapidement une date. Le contrat était clair : jeu à l’ancienne, règles à l’ancienne : pas d’univers chiadé, pas de profil psychologique du personnage, pas d’intrigue, pas de metaplot. Toutes ces leçons apprises par le JDR en trente ans des séries et des films, et peu à peu intégrées, étaient ici bannies.

Mais rien ne se déroula comme prévu…

Malgré l’experience, malgré ce contrat tacite, rapidement, mes joueurs ajoutèrent peu à peu de la chair scénaristique à ce squelette PMT sommaire. Quel était donc ce mystérieux Ordre de Feu qui possède l’Œil de Feu, ce diamant gigantesque ? Pourquoi ces moines cohabitent avec des hommes-lézards ? Où dorment-ils, d’ailleurs ? Pas dans la même pièce, quand même, que les hommes-lézards ? Et cette mystérieuse rune, que signifie-t-elle ?* Nous fûmes obligés, de part et d’autre, d’improviser. Et de créer de truculents personnages, comme ce prisonnier orc, finalement bien sympathique et fort accommodant.

Que tirer de cette experience ? D’abord, notre insatiable besoin de fiction. Jouer aux échecs, pourquoi pas, mais pour jouer des aventuriers dans un souterrain, il faut une histoire. Ensuite, une histoire bien construite, qui se tient, qui ait un sens même dans un monde où des prêtres elfiques réaniment des hommes-lézards morts-vivants pour leur faire tester des pièges…

Mais surtout, dans l’histoire des genres, une nouvelle forme se substitue toujours à une autre plus ancienne, au cinéma ou ailleurs. Trente ans après, il n’est tout simplement plus possible de jouer à Donj’. Aujourd’hui cette forme d’art (indubitablement c’en est une, fusse-t-elle mineure) a formidablement évolué, sous le coup de butoir de révolutions idéologiques (L’Appel de Cthulhu (1981) : je joue un personnage dans un monde réaliste, ou Vampire (1991) : je ne joue pas, j’interprète un personnage)…

Il en va de même pour la fiction en général, et le cinéma en particulier. La photo, par exemple, a tué à la fois la peinture réaliste et le roman naturaliste. Pourquoi se fader les dizaines de pages de description de terrils dans Germinal, alors qu’une simple photo en rend immédiatement la taille, la couleur, la substance…? Pourquoi représenter fidèlement un visage, si une photo le fait vite et mieux ? Le XXème siècle nous a débarrassé de ces obligations en accompagnant ces révolutions technologiques de profondes mutations artistiques : l’impressionnisme, l’abstraction. Au cœur des Ténèbres, le chef d’œuvre de Conrad paru en 1899, ne fait que 180 pages. Son lecteur a déjà vu des photos de l’Afrique, la description du Congo n’est plus un enjeu littéraire.

Dès lors, une fois la révolution achevée, les formes anciennes nous apparaissent illisibles, inutiles, et ne peuvent fonctionner qu’à l’aune de la nostalgie. Nous avons adoré joué ce lundi soir-là « à la manière de« , parce que c’était manière de rendre hommage à ce loisir qui nous a tant donné. Mais la résurgence moderne d’une telle forme nous serait insupportable. Comme, par exemple, La Nuit Nous Appartient, le prétendu chef d’oeuvre de James Gray : très beau (dans la forme) et très vieillot (dans le fond). Son intrigue, ses rebondissements apparaissent comme les formes surannées d’un cinéma à l’ancienne, irregardables après dix années de Sur Ecoute ou de Braquo. Tout comme l’Heroic Fantasy de Xena la Guerrière ou Conan le Barbare sembleront bien pâlot en face du monstre Seigneur des Anneaux ou du titan Game of Thrones.

Autre temps, autre mœurs…

*Toutes ces questions qu’on ne se pose pas dans un jeu vidéo, parce que l’on accepte la forme encore « préhistorique » du genre




dimanche 9 juin 2013


Sur La Route
posté par Professor Ludovico

Attention, film Patrimonial. Comme il y a la GCA, Grosse Connerie Américaine, le FdF, Film de Festival, il y a le FP, le Film Patrimonial.

C’est à dire le film obligatoire.

Le film de l’œuvre, ou de la vie de l’homme illustre, qu’il faut absolument adapter au cinéma. Ainsi, les films de Roger Planchon, qui adapta le Dandin de Molière au cœur des années 80, ou les vies doloristes de Molière, Beaumarchais, l’Insolent, ou Jean de La Fontaine, le défi. Avec un objectif avoué : séduire le public des écoles, c’est-à-dire se garantir des milliers d’entrées. Plutôt que de faire lire Sur La Route, faisons le voir. Comme chacun sait, les jeunes d’aujourd’hui sont des partisans du moindre effort. Peut-être qu’on peut les intéresser, surtout s’il y a Kisrten Stewart, Miss Twilight, dedans.

Je précise que je fabule, peut-être que Walter Salles a une passion d’enfance pour Kerouac, la Beat Generation, et Sur La Route. Malheureusement, ça ne se voit pas.

Pour ma part, je n’avais qu’un objectif en me fadant Sur La Route, sachant déjà à quelle sauce (voir ci-dessus) j’allais être mangé. On n’apprend pas à un vieux singe à faire des grimaces. Non, il n’y avait que dix minutes qui m’intéressaient dans Sur La Route. Les dix petites minutes consacrées à chez Bull Lee, aka William Burroughs, The Priest himself, Mr Naked Lunch, le héros du Professore. La Beat Generation, c’est lui qui l’a inventé, un peu sans le savoir. Plus âgé que les autres (Kerouac, Ginsberg) mais aussi plus déjanté. Déjà junkie dans les années quarante, déjà pédé. De sorte que l’on peut vénérer l’auteur du Festin Nu, et s’ennuyer royalement à Sur la Route, le livre.

Mais le problème du film n’est pas là : Salles essaie d’adapter quelque chose d’inadaptable, la seule chose qui soit intéressante dans la littérature : le style. Celui de Kerouac est jazzy, et donc Salles tente misérablement de trouver un équivalent cinématographique : montage haché, faux raccords. Jazzy movie ? Mais ce n’est pas ça, le cinéma. Adaptation : trahison, dit de façon prémonitoire l’un des personnages dans les débuts du film. Pour que le film veuille dire autre chose qu’une belle carte postale (« Quinze jours sous le soleil du beat country, jazz et marie-jeanne tous les soirs, bises à toute la famille »), il faut un point de vue, un personnage. A aucun moment, notre cœur bat pour Sal Paradise-Kerrouac (Sam Riley). Que veut-il ? Être un héros moderne, comme Dean Moriarty ? Ou le juge-t-il comme ce qu’il est, c’est à dire un petit junkie, voyou, queutard sans morale ?

Pour cela Salles devrait prendre son courage à deux mains et dire quelque chose ; mais il n’ose pas. Il se concentre sur les paysages, les chambres d’hôtel forties, le beau visage de Kirsten Stewart, qui accroche si bien le soleil couchant. Ça, ce n’est pas du cinéma, c’est de l’illustration. Quant au point de vue, à part une sorte d’optimisme béat devant la Beat, on ne voit pas.

David Croneneberg avait tenté de son côté, l’inadaptable : s’attaquer au Festin Nu. Mais au moins, il y avait mis quelque chose de lui-même : ses obsessions insectoïdes, ses extraterrestres, ses secrétions corporelles : il y avait des vrais morceaux de Cronenberg dans ce film-là. Mais où est l’artiste Walter salles dans Sur la Route ? Nous n’avons rien d’autre qu’un chromo luxueux.

Tout est beau, tout est bon, mais tout est vide.




samedi 8 juin 2013


Jonah, le Souffle de la Colère
posté par Professor Ludovico

Plutôt que s’embêter devant les biopics, il reste une option : la vraie vie. Ainsi, la contemplation de Jonah, le Souffle de la Colère, sur Canal+ ce week-end, valait bien trois J. Edgar et deux La Môme.

Jonah, c’est bien entendu Jonah Lomu, l’un des plus grands joueurs de rugby de tous les temps, l’icône qui fit passer le rugby d’aimable compétition celtique à un sport mondialisé. Ce qu’on peut regretter, bien sûr, mais là n’est pas le propos.

Jonah, le Souffle de la Colère, c’est l’histoire d’un parcours rare, et pourtant coutumier de la légende sportive. Un petit tongien néo-zélandais, élevé à la dure par son père, mais protégé par sa mère, dans les bas-fonds d’Auckland. La rédemption par le pensionnat, où sa mère supplie le proviseur de l’accepter. Le rugby à VII, à XIII, puis à XV. Et une trajectoire inédite : directement All Black à 19 ans, le plus jeune Homme en Noir de l’histoire de la plus grande équipe du monde.

2 coupes du monde plus tard, toutes deux perdues lors de deux matches historiques, la finale contre l’Afrique du Sud (oui, celle d’Invictus) et la demi-finale magique contre la France, peut-être le plus grand match de notre Quinze à nous. Dans l’enceinte sacrée de Twickenham, grâce à deux essais de Lomuh, les néo-zélandais mènent 17-10 à la mi-temps. Mais les hommes de Villepreux, les géniaux Lamaison, Dourthe, Dominici, Bernat-Salles humilient les hommes en noir lors d’une deuxième mi-temps anthologique, 45 à 31.

Lomuh ne gagnera aucune coupe du monde, et seulement 3 Tri-nations. Il sera frappé par la maladie, ce mauvais rein qui fait mal depuis toujours. Après la transplantation, Lomuh reprendra l’entrainement mais ne retrouvera évidemment jamais son niveau et mettra un terme à sa carrière en Fédérale 1, échouant à aider le petit club de Marseille à passer en ProD2…

Jonah, le Souffle de la Colère se paye le luxe d’être formidablement filmé, mis en musique, na mâchons pas nos mots, à la Terrence Malick. Une perfection esthétique au service d’un sport brutal, et peu porté sur la finesse. Mais c’est avant tout la trajectoire d’un homme, mal compris dans son pays mais adulé ailleurs, et ce qu’il est, au-delà du rugby. Le documentaire de Stéphane Le Goff aligne un casting de rêve (Fitzpatrick, Hastings, Piennaar, Benazi, Lievremont, N’Tamack, Catt, Williams) mais surtout il révèle un homme simple, qui priait avant chaque match pour que personne ne soit blessé (!) et qui est tout étonné à 32 ans d’être encore en vie…




jeudi 30 mai 2013


Pop Redemption
posté par Professor Ludovico

Séquence copinage.

Les amis d’Avalon sortent la semaine prochaine leur troisième long métrage, Pop Redemption, après Le Soleil au Dessus des Nuages. Déjà une histoire de rédemption (celle de Daniel Prévost), en plus sérieux tout de même. Et le mi-documentaire, mi-fiction La BM du Seigneur.

Le pitch : un groupe de black metal trentenaires au bord de la séparation, les Dead MaKabés, obtiennent la chance de leur vie : un concert au Hellfest, le plus grand festival français de metal. Mais suite à un malheureux concours de circonstances (on va pas tout vous raconter non plus), les voilà obligés de changer d’identité et… à jouer des chansons des Beatles : pop redemption.

Regard tendre sur un univers vilipendé (celui du black metal), satire bien vue sur les difficultés de la musique amateur, cette aimable comédie réunit des gens comme Audrey Fleurot (Mme Larcher du Village Français) ou Alexandre Astier. Mais surtout l’immense Julien Doré, qui fait là des débuts fracassants dans un premier rôle. Crédible en métalleux (avec quelques répliques cultes autoréférentielles !),drôle et émouvant.

Juju, on te revoie quand tu veux.




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