dimanche 9 juin 2013


Sur La Route
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Les films ]

Attention, film Patrimonial. Comme il y a la GCA, Grosse Connerie Américaine, le FdF, Film de Festival, il y a le FP, le Film Patrimonial.

C’est à dire le film obligatoire.

Le film de l’œuvre, ou de la vie de l’homme illustre, qu’il faut absolument adapter au cinéma. Ainsi, les films de Roger Planchon, qui adapta le Dandin de Molière au cœur des années 80, ou les vies doloristes de Molière, Beaumarchais, l’Insolent, ou Jean de La Fontaine, le défi. Avec un objectif avoué : séduire le public des écoles, c’est-à-dire se garantir des milliers d’entrées. Plutôt que de faire lire Sur La Route, faisons le voir. Comme chacun sait, les jeunes d’aujourd’hui sont des partisans du moindre effort. Peut-être qu’on peut les intéresser, surtout s’il y a Kisrten Stewart, Miss Twilight, dedans.

Je précise que je fabule, peut-être que Walter Salles a une passion d’enfance pour Kerouac, la Beat Generation, et Sur La Route. Malheureusement, ça ne se voit pas.

Pour ma part, je n’avais qu’un objectif en me fadant Sur La Route, sachant déjà à quelle sauce (voir ci-dessus) j’allais être mangé. On n’apprend pas à un vieux singe à faire des grimaces. Non, il n’y avait que dix minutes qui m’intéressaient dans Sur La Route. Les dix petites minutes consacrées à chez Bull Lee, aka William Burroughs, The Priest himself, Mr Naked Lunch, le héros du Professore. La Beat Generation, c’est lui qui l’a inventé, un peu sans le savoir. Plus âgé que les autres (Kerouac, Ginsberg) mais aussi plus déjanté. Déjà junkie dans les années quarante, déjà pédé. De sorte que l’on peut vénérer l’auteur du Festin Nu, et s’ennuyer royalement à Sur la Route, le livre.

Mais le problème du film n’est pas là : Salles essaie d’adapter quelque chose d’inadaptable, la seule chose qui soit intéressante dans la littérature : le style. Celui de Kerouac est jazzy, et donc Salles tente misérablement de trouver un équivalent cinématographique : montage haché, faux raccords. Jazzy movie ? Mais ce n’est pas ça, le cinéma. Adaptation : trahison, dit de façon prémonitoire l’un des personnages dans les débuts du film. Pour que le film veuille dire autre chose qu’une belle carte postale (« Quinze jours sous le soleil du beat country, jazz et marie-jeanne tous les soirs, bises à toute la famille »), il faut un point de vue, un personnage. A aucun moment, notre cœur bat pour Sal Paradise-Kerrouac (Sam Riley). Que veut-il ? Être un héros moderne, comme Dean Moriarty ? Ou le juge-t-il comme ce qu’il est, c’est à dire un petit junkie, voyou, queutard sans morale ?

Pour cela Salles devrait prendre son courage à deux mains et dire quelque chose ; mais il n’ose pas. Il se concentre sur les paysages, les chambres d’hôtel forties, le beau visage de Kirsten Stewart, qui accroche si bien le soleil couchant. Ça, ce n’est pas du cinéma, c’est de l’illustration. Quant au point de vue, à part une sorte d’optimisme béat devant la Beat, on ne voit pas.

David Croneneberg avait tenté de son côté, l’inadaptable : s’attaquer au Festin Nu. Mais au moins, il y avait mis quelque chose de lui-même : ses obsessions insectoïdes, ses extraterrestres, ses secrétions corporelles : il y avait des vrais morceaux de Cronenberg dans ce film-là. Mais où est l’artiste Walter salles dans Sur la Route ? Nous n’avons rien d’autre qu’un chromo luxueux.

Tout est beau, tout est bon, mais tout est vide.


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