[ Les films ]



samedi 7 décembre 2013


Mad Men saison 6, y’a quand même un défaut…
posté par Professor Ludovico

Ben oui. Un seul. Il faut bien en trouver un dans la Cathédrale de Chartres de Matthew Weiner ; un petit bug très franco-français.

Si vous suivez la série, vous savez que Don est désormais marié à son ex-secrétaire, la délicieuse canadienne Megan. (Si vous ne suivez pas la série, tant pis pour vous. Votre identifiant et votre mot de passe CineFast ont été effacés automatiquement).

Bref. Megan a des parents bien frappés, un père prof et communiste, qui se paie le luxe de se faire ridiculiser par cette petite merde de Kartheiser, et une mère nymphomane, Marie, qui se tape n’importe qui, dès qu’elle a un verre dans le nez.

Fidèle à son positionnement haut de gamme, Mad Men se paie le luxe de faire parler ses personnages en français. Fait rare, comme on sait, dans les films US. C’est là que le bât blesse : Megan est jouée par Jessica Paré, qui propose un accent québécois parfait. Sa mère, censée être française, est jouée par l’excellente Julia Ormond. Problème, elle est anglaise, et, si elle parle un très bon français, elle ne peut faire illusion.

Petite faute de goût, qui sera aisément pardonnée.




jeudi 5 décembre 2013


La Vie d’Adèle
posté par Professor Ludovico

Les motivations pour aller voir le dernier film de Kechiche ne sont pas claires, voire même tout aussi obscures que les intentions du cinéaste.

Objectivement, qu’est-ce qui pousse à voir La Vie d’Adèle ? Le scandale ? Vérifier in situ que les comédiennes ont bien été poussées à bout par le Kubrick niçois ? La fameuse goutte de morve que Lea Seydoux aurait été obligé de lécher ? Ne faites pas les malins, on vous connait ! On sait bien que vous avez lu ces cancans. Depuis Cannes, la polémique traine comme un boulet aux basques du réalisateur de L’Esquive.

Et s’il n’y avait pas eu le scandale, les raisons ne seraient pas moins avouables : deux petits canons qui s’embrassent sur écran géant (et plus si affinités), dans le film le plus hot de l’année. Rien de nouveau sous le soleil : le cinéma, c’est un art fait par des voyeurs avec des exhibitionnistes, pour les voyeurs. Louise Brooks-Mae West-Élisabeth Taylor-Adjani-Kirsten Stewart. Rudolf Valentino-James Stewart-Hugh Grant-Tom Cruise : c’est ça le moteur pour aller au cinéma ; tomber amoureux de demi-dieux de celluloïd, et si possible les voir tous nus. One pound of flesh, no more, no less… un bout de sein, une fesse, le torse imberbe de Cary Grant. Le cinéma, cet art de foire, vend ce spectacle de strip-tease depuis toujours.

Comme Kechiche l’avait prévu, la polémique pollue le film. On met du temps à s’en détacher ; mais ensuite, le film déploie ses ailes de mini chef-d’œuvre.

Mini car tout n’est pas réussi dans La Vie d’Adèle, et en premier lieu, ces fameuses scènes de cul ; il y en a trop, elles sont trop longues et on ne croit pas une minute que Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos soient lesbiennes. Elles simulent, et c’est horrible. Il est évident qu’il aurait fallu deux actrices homosexuelles et mieux, un vrai couple, car il est impossible de mentir dans de telles circonstances intimes. Et on ne peut s’empêcher de penser que Kechiche réalise un fantasme en tournant cette scène; malheureusement, ça se voit.

Ceci mis à part La Vie d’Adèle est un grand film, tenu de bout en bout. Un film qui arrive à faire reposer sur les épaules d’une actrice débutante (Adèle Exarchopoulos, extraordinaire) le passage de l’adolescente à la femme, de la bachelière pleine d’espoir à la jeune prof. Cette métamorphose est très bien filmée, avec comme d’habitude un Kechiche très précis. On peut filmer caméra portée sans être un tâcheron.

Ensuite le réalisateur a un propos. Toujours le même, depuis L’Esquive ou La Graine et le Mulet. Clair et contestable, mais son film est au service de ce propos. On n’est pas prisonnier de son cœur, dit en substance Kechiche, ni de sa sexualité. On peut expérimenter et découvrir ce que l’on est. Mais les classes sociales sont un piège dont on ne peut s’extraire. Adèle est pauvre, Emma est riche et bourgeoise. Malgré l’amour, malgré le sexe, tout ça n’a pas vocation à changer. Emma peut changer la sexualité d’Adèle mais elle ne peut pas la changer, elle.

Si le propos peut sembler parfois caricatural ou un peu trop appuyé (la fête d’artiste chez Emma, le comédien beur), il n’empêche que ce décrit Kechiche, c’est la loi commune : les cadres font des cadres, les ouvriers font des ouvriers, et les profs font le plus souvent des profs, même si notre idéal démocratique s’accommode mal de cette réalité. La force de La Vie d’Adèle c’est de démontrer cela, implacablement.




dimanche 24 novembre 2013


13 channels of shit on the TV to choose from…
posté par Professor Ludovico

Incroyable Bob Dylan.

A 70 ans, il surprend encore. Pour lancer son coffret intégral, le voilà qui propose un clip de sa chanson-phare, Like a Rolling Stone, un clip tout simplement extraordinaire…

Ça se présente sous la forme d’une télé dont vous pilotez la télécommande. Sur la première chaîne, Dylan lui-même, dans sa période sublime, c’est à dire 1966, Blonde on Blonde, la tournée en Grande-Bretagne, le Royal Albert Hall, Don’t Look Back

Mais si vous zappez sur la chaîne suivante, vous tombez sur une chaîne de télé-achat. O surprise, la blondasse qui vend un aspirateur de table chante aussi Like a Rolling Stone ! Enfin, en play back, c’est toujours Dylan qui chante… mais en désignant l’aspirateur de son doigt manucuré : « How does it feel … », en passant l’aspirateur : « To be on your own … »

Zappez sur la 3 et la comédie dramatique fait de même « Like a complete unknown… » Et ainsi de suite, sur le match de tennis (Diotvesky-Plotnivich), l’émission de Télé Réalité, Le Juste Prix, etc.

L’effet est tout bonnement extraordinaire : la juxtaposition du texte de Dylan sur des images à chaque fois différentes les charge d’un sens nouveau.

Coup de génie aussi : comment mieux démontrer l’universalité de cette chanson, déjà considéré comme l’une des plus importantes de l’histoire du rock ?




jeudi 21 novembre 2013


Dredd
posté par Professor Ludovico

Et de deux.

Deuxième film raté sur les aventures du Judge. Deuxième film, après celui de Stallone en 1995, qui passe à côté de la BD de John Wagner et Carlos Ezquerra*. Judge Dredd est une satire, amis cinéastes ! Pas un film d’aventures. Pas un film d’action hard-boiled. C’est tout le contraire, même, c’est leur parodie ! Un metteur en scène a compris Judge Dredd, c’est Paul Verhoeven, et son Robocop n’est qu’une adaptation déguisée.

Un peu d’histoire. En 1977, 2000 A.D. publie les premières aventures de Judge Dredd. Philippe Manœuvre – à l’époque brillant rédac chef de Métal Hurlant (il a 23 ans !) – les achète pour les publier dans le mensuel. Il réalise même une adaptation radiophonique pour sa délirante émission de France Inter, Intersideral**.

C’est ainsi que nous découvrons les aventures du Judge. Et feuilletons Métal chez le libraire(c’est moins cher), pas loin du lycée de Rambouillet. Puis mettons nos économies de côté pour l’acheter plutôt que se procurer le dernier album des Dogs***. Et dévorons les aventures du Judge.

Le pitch ? Le même que celui du film. En 2099, la terre a été ravagée par une guerre nucléaire. C’est la Terre Maudite (Cursed Earth). La population s’est réfugiée dans une gigantesque mégapole, Mega City One, qui va de New York à Boston. La criminalité y est endémique. Pour y répondre, on a créé les Judges, au programme Sarkozyste avant l’heure : Flic, Juge, et Bourreau dans un seul homme. La justice est rendue en deux minutes, c’est quand même plus efficace, et ça coûte moins cher au contribuable. Les Judges ses déplacent sur de gros choppers un peu ridicules, et ils sont casqués : on ne verra jamais le visage du Judge Dredd. Au fil de ses aventures, Dredd poursuit les crimes, tous les crimes, meurtre en série ou franchissement au feu rouge. Combat les punks, les mutants, les excès de vitesse et les Cocos. Et applique la sentence. Car, comme il le répète au fil des pages : « I’m the Law ». Ou comme l’admettent volontiers les contrevenants « Il est dur, mais il est juste ! »

On l’a compris, Judge Dredd est une parodie de l’implacabilité, une claque à Dirty Harry et autres Justicier dans la Ville. Une parodie qui propose des méchants délirants (mention spéciale au Judge Death, un ancien juge devenu zombie, ou le Tyran Cal, un autre Juge façon Caligula qui s’entoure d’hommes-crocodiles pour sa garde rapprochée). Dredd, c’est aussi des dialogues décalés (« There is no justice, there is just us », et des aventures ubuesques (les Jeux Olympiques sur la Lune). L’unique objectif semble être de se payer une certaine morale conservatrice, à base d’œil pour œil et de dent pour dent.

Dredd, la nouvelle tentative d’adaptation de Pete Travis ne comprend pas mieux que la version Stallone ce qu’est Judge Dredd. Graphiquement, cette nouvelle tentative est magnifique, notamment les scènes avec la drogue slo-mo. Mais Travis n’a rien compris au Judge Dredd. Son scénario prend au sérieux Mega City One et ses habitants (dans la BD, le populace qui accepte cette justice expéditive est autant vilipendée que les Judges).

Dredd nous propose donc le spectacle très sérieux de narcotrafiquant ayant pris une cité en otage. Malgré le casting de luxe, ces narcos ne dépareraient pas dans un nanar des années 80, au hasard, Commando. Lena Headey (ma chérie de Game of Thrones), Wood Harris (Avon Barksdale, qu’est tu venu faire dans ce bousier, on était si bien à Baltimore !) surjouent la méchanceté comme il y a trente ans: « TUEEEEZ-LE !!! » avec des capitales et des points d’exclamations à chaque phrase. Les scènes de combat sont pas mal, mais comme dans Commando, assez répétitives, vous voyez le genre : deux trafiquants font les malins, ils répètent à qui veut l’entendre qu’ils vont buter le Judge, mais Dredd les bute. Puis on passe à deux autres trafiquants, qui répètent qu’ils vont buter le Judge, mais Dredd les bute. Etc., etc.

Ces épisodes étant irrémédiablement conclus par une phrase définitive du Judge, en ligne droite de la BD : « Negotiation’s over. Sentence is death ».

Mais comme toute intention comique a disparu, elles provoquent plutôt le malaise.

Car ce peut être un choix d’adapter la BD sérieusement ; c’est la liberté de tout artiste. Mais dans ce cas, la thématique devient plutôt rance, et moi, spectateur, je n’ai pas envie de voir ce film-là. C’est d’ailleurs exactement ce qui se produit : Dredd le film finit par développer des thématiques malsaines typiquement américaines (alors que le film est anglo-sudafricain) : viol fantasmé d’une petite blonde par un grand black, puis vengeance féminine ad hoc : un coup de dents mal placé, là où justement le fantasme était placé (cf. affaire Bobbitt.)

Vous vous en doutez : à la fin, le Judge gagne. Comme dans les BD. Mais sans nous avoir fait rire. Peter Travis n’a pas compris qu’ils filmait une comédie.

*Personnellement je préfère la partie dessiné par Brian Bolland
** Peut-être la seule émission de radio au monde à avoir proposé des parties de jeux de rôles en direct avec ses auditeurs !
*** Too Much Class For The Neighborhood




mercredi 20 novembre 2013


Un Football Français, season finale
posté par Professor Ludovico

Il est fort ce Deschamps. Après nous avoir endormis pendant toute la saison avec une intrigue secondaire (Evra-Menes-Lizarazu), il sort deux épisodes de folie pour la fin de la saison de Un Football Francais, Direction Le Brésil.

Avant-dernier épisode, les méchants Ukrainiens plantent deux buts à nos héros. Enjeu maximum : comment réaliser l’impossible, puisque jamais une équipe n’a remonté deux buts en éliminatoire ? Mais à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Deschamps a relu Corneille et surtout Hitchcock/Truffaut à Clairefontaine pendant la causerie d’avant match.

Surprise is not Suspense : Didier filme en gros plan un joli chronomètre calé sur 90. Dans quatre-vingt dix minutes, la bombe va exploser à la tête de l’Equipe de France, si nos vaillants héros n’arrivent pas à la désamorcer.

On commence par un but de Sakho (le sidekick, le p’tit gars de Paris dont le Qatar ne veut plus) à la 22°minute, puis deux du Tom Cruise du Football français, Karim B., dont un refusé –(ça fait monter le suspens). Fin du premier acte.

Et là, 70ème, gag final Sakho : troisème but. La France est qualifiée. Et hop ! Didier Hitchcock déclenche un deuxième chrono, calé sur les vingt dernières minutes. Vingt minutes d’angoisse, à ne pas se trouer sur un corner, prendre un péno ou un coup franc…

Mais voilà, c’est fini, l’arbitre a sifflé, Giroud chante la Marseillaise, comme à la fin de Casablanca.

C’est simple, le football.




mercredi 20 novembre 2013


The Gospel According to Saint Alfred#6 : Surprise is not Suspense
posté par Professor Ludovico

Imaginez une table. Deux personnes discutent et quelqu’un (pas Hitchcock) filme ça. Qu’est-ce qu’ils racontent ? Bof, on s’en fout un peu, on n’écoute pas trop. Soudain, une bombe explose. Sous la table. Surprise. « C’est bien si vous voulez un twist » dit Maître Hitch. Par exemple, quand vous révélez qui est Keyser Söse, traduit le Professore Ludovico. Mais sinon, rien ne vaut le suspense… »

C’est quoi le suspense ? C’est l’essentiel de l’œuvre hitchcockienne : l’ironie dramatique. Le spectateur sait quelque chose que le personnage ne sait pas.

Imaginez une table. Deux personnes discutent et quelqu’un (Hitchcock) filme ça. Sous la table, il filme une bombe qui fait tic-tac. On sait déjà que la bombe explose à treize heures. Et Hitch filme la montre qui indique l’heure : une heure moins le quart. Comme dit le Patron, « Maintenant, au lieu de quinze secondes de surprise, vous avez quinze minutes d’attention du spectateur ! Et ces quinze minutes de dialogue vont devenir beaucoup plus intéressantes ! »

C’est simple le cinéma.




mardi 19 novembre 2013


The Gospel According to Saint Alfred#5 : The Problem of the Set Dresser
posté par Professor Ludovico

« Le problème avec les chef-décorateurs, c’est qu’ils achètent des meubles et arrangent l’appartement comme un décorateur d’intérieur. Alors qu’ils devraient être des écrivains, qui décriraient la personnalité, le goût des personnages au travers du décor. »

Un défaut fréquent dans la production française, où le moindre flic a souvent un appartement designé par Conran…

Dans ce troisième opus de l’excellent podcast Hitchcock, le Maître pose la question usuelle : réalisme ou stylisme.

En fait, il vient de répondre à Truffaut qui croit lui faire un compliment en disant une vacherie sur Clouzot « C’est pour ça que [Clouzot] a du mal : il essaie de faire des choses dans votre style. En même temps il a un tempérament très réaliste… Chez vous, tout est très stylisé, comme le tapis rouge de L’Homme qui en Savait Trop.» Pas de bol, Hitch se sent très réaliste lui aussi. Et dans cette relation SM entre adultes consentants, l’« esclave » Truffaut va recevoir la « leçon » de « maître » Hitch.

« Pour résoudre ce problème, je les envoie avec un appareil photo couleur, et je leur demande prendre des vrais appartements en photos. Pour Les Oiseaux, j’ai fait photographier les habitants de Bodega Bay, pour le département des costumes. Le restaurant est l’exacte copie d’un restaurant local. Pour l’appartement de la prof, j’ai fait photographié de fond en comble un appartement de San Francisco (parce que c’est de là qu’elle vient) et un appartement de Bodega Bay ».

Le réalisme permet au spectateur d’oublier qu’il est au cinéma, dans l’art ancestral de la magie, où l’on « fait semblant » de faire quelque chose. Mais pour que le tour ne se voie pas, il faut distraire l’attention du spectateur.

Une leçon que retiendra Kubrick : dans Eyes Wide Shut, il enverra son gendre photographier une rue entière sur un escabeau pour reconstituer son New York de studio. Son tour de passe-passe à lui, c’est de nous faire oublier – grâce à ce réalisme extrême – que nous ne sommes pas à New York, pour mieux nous concentrer sur les personnages, et le flux d’émotions qu’ils engendrent en nous.




lundi 18 novembre 2013


The Gospel According to Saint Alfred#4: The Lack of Clarification
posté par Professor Ludovico

« I find these errors all the time… »

Des erreurs furent commises, comme le dit un chapitre fameux du Freedom de Jonathan Franzen. En fait, c’est Maître Hitch qui s’insurge devant le nombre incroyable d’approximations, d’erreurs, de fausses pistes, que laissent passer ses collègues réalisateurs.

« On découvre soudain qu’on a changé de lieu, sans explication, ou deux personnages portent le même costume, et de fait, on ne sait plus qui est le méchant… »

Et ça c’est très grave nous dit l’homme de L’Homme qui en Savait Trop. Pendant que le spectateur s’interroge, il ne pense plus à autre chose. Je croyais que nous étions dans la chambre de Claire ? L’homme au complet gris, c’est lui l’agent russe ? L’esprit est accaparé à recoller les morceaux. « Alors qu’il devrait être envahi par les émotions » nous dit Hitchcock.

« Il faut avoir un esprit de simplification » ajoute Truffaut. « Il faut styliser » Ce qu’Hitchcock nie plus tard, voir chronique à venir…

Ce manque de clarification, c’est arrivé pas plus tard que lundi, dans le 11ème arrondissement de Paris. Tandis que le Professore et le Professorino tentaient d’initier madame la Professora aux arcanes d’Un Village Français saison 1 (sur France 5, faut-il le répéter ?) ; la tragédie de juin 40, l’exode, les allemands qui débarquent et abattent des français dans la rue tandis que l’armée française se débande… Celle-ci décrocha au bout de dix minutes. Motif : Tequiero, le bébé qui venait de naître n’était pas alimenté depuis 24 heures.

On avait perdu la Professora, amateure du naturalisme de Zola et de Maupassant, dans les limbes de la fiction… Les vagues de l’émotion s’étaient brisées sur un petit rocher de réalisme*…

*Réalisme ou crédibilité, un sujet déjà abordé là




dimanche 17 novembre 2013


Dramaturgie du football
posté par Professor Ludovico

Et voilà, la France l’a, son grand drame du football. En s’inclinant à Kiev, l’Equipe de France de Football écrit une des plus grandes pages de sa dramatique histoire.

Car évidemment, ils l’ont fait exprès. Perdre, a fortiori 2-0, un score qu’aucune équipe n’a jamais remonté en barrage, c’est le script d’un scénariste de génie (Didier Deschamps) qui écrit le blockbuster de l’année. Les médias, qui s’acharnaient sur les à-côtés des bleus (putes, insultes, et défis divers) sont revenus à l’essentiel : le sport. Il faut gagner mardi.

Et en utilisant les plus grosses ficelles de la GCA : le tic-tac de la bombe prête à exploser, réglé sur 90:00, comme dans Speed ou Die Hard.

Et en sortant sa bande de Douze Salopards gritty : Ribery, Evra, l’énigmatique Benzema, et la petite frappe Koscielny.

S’ils gagnent, c’est un film américain. S’ils perdent, c’est la tragédie grecque.




jeudi 14 novembre 2013


Inside Llewyn Davies
posté par Professor Ludovico

Les frères Coen aiment la musique. Ils aiment aussi les losers. Un jour, il faudra faire un film sur les perdants magnifiques du rock ; c’est chose faite avec Inside Llewyn Davies, le biopic inversé d’un folksinger qui ne réussira pas.

Inversé parce que quand on dit folk, on pense Dylan. C’est ce que n’importe quel studio aurait demandé aux Coen : la geste dylanienne, les Débuts au Gaslight, la Love Story Avec Joan Baez, l’Accident de Moto, la Rédemption Christique, et, bien sûr, le Trauma Familial Originel (à inventer, parce que Dylan n’en a pas). Mais les Coen sont des croyants du cinéma, et ils adorent le Dieu Fiction. Plutôt que de faire le biopic de Dave Van Ronk (un vrai raté du folk), ils s’en inspirent. Et racontent ce qu’ils veulent…

Inversé parce qu’il ne s’agit pas d’une histoire épique (comme dans bio-pic), mais bien d’un ratage, celui de Llewyn Davies. Inside Llewyn Davies, donc… Qu’y’a-t-il à l’intérieur d’un poète folk trentenaire, qui chante bien, joue gracieusement de la guitare, compose de très belles chansons, mais peine à réussir dans le boom folk de cette année 61 ? Inside Llewyn Davies, c’est A Serious Man version tragique. Le Livre de Job revu par les Coen. La tragédie d’un homme que Dieu abandonne, et sur qui tout tombe dessus. L’ex-copine qui est enceinte, le partenaire qui se suicide, le manager qui le vole…

Ça pourrait être drôle, comme dans A Serious Man. Ici c’est tragique, et c’est probablement le tour de force des frères Coen. Arriver à nous faire toucher du doigt le moment où l’on réalise qu’on ne sera pas un artiste. Malgré les efforts, les galères, les canapés pour dormir quelque part, la Déesse de la Musique ne s’est pas penchée sur vous. Le folk explose, mais sans vous.

Là aussi, les Coen sont brillants. Ils auraient pu choisir un Llewyn Davies pathétique, pas doué, pas diplomatique : donner au spectateur une raison qui explique l’insuccès. Ça aurait été une Comédie des Idiots qui veulent réussir, comme dans Burn After Reading. Non, au contraire, Davies a tout pour lui. Il est beau, il chante bien, ses chansons sont émouvantes. Mais pour réussir dans le showbiz, il faut de la chance. Être là au bon moment. Au début de 1961, il faut être poli et un peu lisse pour réussir dans le revival folk (le film propose de formidables imitations de Peter Paul and Mary en la personne de Justin Timberlake et de Carey Mulligan). Mais Llewyn Davies ne colle pas dans le tableau : trop libertaire, trop en colère, trop en rébellion contre la société. A la fin de l’année 61 (et à la fin du film) c’est pourtant ce qu’il faudra être, comme ce jeune chanteur qui débute au Gaslight, les cheveux fous et une voix pas terrible.

Bob Dylan. Mais c’est trop tard.




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