[ Les films ]



lundi 26 octobre 2015


Connasse, Princesse des Cœurs
posté par Professor Ludovico

Dans la série des films d’avion, Connasse, Princesse des Cœurs est aussi un parfait candidat, certes à l’opposé de Fast & Furious 7, mais pour des raisons inverses (VF directe), parfaitement visible en l’état. Et de toute façon, on ne serait pas aller le voir au cinéma.

On regarde aussi sous la pression du Professorino et de la Professorinette, porteurs d’un début de buzz (« Tu vas voir ; elle est folle, c’est trop drôle »). La Connasse, c’est évidemment Camille Cottin, qui tente en long métrage les sketches du même acabit qu’elle faisait sur Canal. L’exercice est risqué, comme on le verra. Car Connasse, Princesse des Cœurs fait partie du genre de film « caméra invisible », ce qui sont toujours drôle, mais qui a longue peuvent finir par lasser. C’est le cas de celui-ci.

Camille (comme une certaine catégorie de citoyens de notre beau pays), en a marre de ce pays de merde qui empêche les gens de réussir. Cette partie-là est réjouissante, car l’ambition business de Camille se résume vite à épouser le Prince Harry ! La voilà partie en Grande Bretagne (tout en oubliant pas une petite parodie de Titanic sur les ferries Sealink).

On suit les aventures de notre princesse de cœur, qui va enchaîner provocation sur provocation auprès de populations variées (horseguards, polo men, hôteliers et taxis londoniens…)

Si au début c’est drôle, au bout d’un moment nous voilà lassés de notre Connasse. On a compris le principe, et on a presque pitié de ce pauvre prof de maintien. Bref, les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures.




vendredi 23 octobre 2015


Quatre de l’Espionnage
posté par Professor Ludovico

Hitchcock n’aimait pas Quatre de l’Espionnage (Secret Agent), c’est bien dommage parce que nous on aime bien ce film. Il ne l’aime pas parce que son personnage principal (Edgar, joué par une jeune John Gielgud) a un objectif négatif : il refuse de faire ce qu’on lui demande ; tuer un agent secret allemand pendant la guerre de 14-18. Et ça, ça ne marche pas avec le public, dit le grand Hitch. Il n’a pas tort, c’est le truc un peu bizarre du film.

Mais Quatre de l’Espionnage est quand même passionnant. D’abord parce qu’il y a le toujours génial Peter Lorre, ici dans un rôle délirant de séducteur-obsédé sexuel-tueur à gages, et Madeleine Carroll est pas mal non plus, une des premières blondes hitchcockiennes.

Mais surtout, il y a une scène culte ; celle du personnage tué en montagne. Les deux espions (Gielgud, Lorre) emmènent en randonnée un british bien sous tous rapports qu’ils soupçonnent d’être l’espion allemand. Mais Gielgud est soudain pris de doute, tandis que Lorre, véritable psychopathe, veut le tuer à tout prix. Gielgud fait demi-tour et assiste au meurtre depuis un observatoire, mais Hitchcok cache la scène au spectateur au dernier moment*. Il filme en parallèle une autre scène, un cours d’allemand improvisé pour distraire la femme du randonneur qui se déroule dans leur chalet suisse. Le chien cherche frénétiquement son maître et hurle à la mort, évidemment, au moment pile où celui-ci tombe dans le vide.

Une excellente utilisation du son comme ressort dramatique. Il y en a d’autres dans Quatre de l’Espionnage : un orgue qui joue à vide (l’organiste a été assassiné) ; des cloches qui sonnent dans le clocher où se sont refugiés nos espions, les obligeant à se parler de la bouche à l’oreille – un gros plan que David Lynch n’aurait pas renié -, une course poursuite dans une usine uniquement rythmé par le bruit assourdissant des machines à chocolat et de l’alarme incendie, etc.

Mais au-delà de ce montage plein de suspense cher à Hirtchcock, le réalisateur montre quelque chose de rare au cinéma : les remords. Ces agents secrets sont terriblement affectés par ce qu’ils viennent de faire (sauf Lorre, inévitablement) ; on ne tue pas impunément sans porter ce fardeau, même quand on est dans les services secrets. Ce genre de regrets, si souvent esquissés dans les films d’action (une simple grimace de Bruce Willis peut faire l’affaire), occupe ici un bon quart d’heure du film.

La fin, elle aussi, est excellente : un terrible accident de train (avec les effets spéciaux 3D de l’époque (un train miniature, des pétards, et les acteurs font semblant d’être gravement blessés)), mais qui fait son petit effet, malgré un happy end convenu.

C’est tellement bon que ça n’a pas vieilli d’un pouce : on pourrait en refaire le remake aujourd’hui sans problème.

* Cette scène montagnarde est reprise en partie par Wes Anderson dans son Grand Budapest Hotel




jeudi 15 octobre 2015


3D, la lente chute
posté par Professor Ludovico

Vous le savez, CineFast ne cesse de se réjouir des déboires de la 3D. Non pas parce que CineFast est méchant, mais parce qu’il dénonce depuis le début cette plaie cinématographique. Une plaie qui affecte à la fois la forme du septième art, détruisant les couleurs, la netteté, le confort du spectateur et son porte-monnaie, mais aussi le fond, car la frénésie 3D qui s’est emparée d’Hollywood a modifié son business model, transformant les blockbusters chers en blockbusters ultra chers.

Certes, les profits s’envolent aussi, mais la 3D oblige à concentrer l’énergie des studios sur 2 ou 3 tentpoles, ces « piquets de tente » qui font tenir debout le cirque du studio pendant toute l’année. En obligeant à produire des films extrêmement onéreux qu’il faut absolument rentabiliser, la 3D castre toute l’industrie ; aucun sujet un tant soit peu clivant ne peut alors éclore ; les histoires, les héros doivent rassembler non pas seulement l’Amérique, mais le monde entier. C’est donc la mort à petit feu d’un cinéma spécifiquement américain et la naissance d’un cinéma mondialisé sans saveur. Des blockbusters au bon goût de burger comme USS Alabama (qui passe en ce moment sur TCM, à ne pas rater !) sont impensables aujourd’hui. Nous voilà condamnés à Divergente, Hunger Games et aux sempiternelles aventures manichéennes de superhéros en short moulant bleu et rouge.

Mais pour combien de temps encore ? Voilà que la 3D est en soldes. Au Gaumont Aquaboulevard, une pub offre la 3D gratuite à la séance du dimanche. La fameuse innovation qui devait tout révolutionner dans le cinéma (dixit Jeffrey Katzenberg) ne se vend pas si bien que ça, comme le témoigne les mentions « disponible en 2D également ».

Rappelons que le western, genre obligé des années soixante comme le sont les superhéros d’aujourd’hui, devint soudain obsolète sous les coups de boutoir des ragings bulls des seventies, Coppola, Scorcese et autres Denis Hopper.

Patience, donc.




samedi 10 octobre 2015


Dans la Brume
posté par Professor Ludovico

Le cinéma russe est-il indissociable de la politique ? En tout cas, le cinéma a rapport avec la psychologie d’une nation. Il y a un cinéma américain, un cinéma français, un cinéma russe. Nous pensons ici, ce n’est pas un scoop, que c’est la psyché slave qui exprime dans le pénible Dans la Brume.

Nous avons ici un problème avec le cinéma russe ; tout nous sort par les yeux : Stalker, Il Est Difficile d’Etre un Dieu, Requiem pour Un Massacre, Dans la Brume. Pourtant nous avons adoré Alexandre Nevski. Mais là…

A la base, c’est plutôt un problème avec l’âme slave. Les cris, les pleurs, les femmes en colère aux portes des moulins, tout ça nous est assez insupportable*.

Certes, et comme d’habitude, Dans la Brume est traversé d’éclairs de génie cinématographiques. Comme ce premier plan séquence sur ce village de Biélorussie, où en quelques minutes, on présente le village, le marché, la gare, et qu’on y pend, presque subrepticement, quatre partisans. A plusieurs reprises, on aura droit à ces plans séquences, majestueux, complexes, et très impressionnants.

Mais l’histoire ? Où est l’histoire ? Distribuée sous forme de fragments (cette idée esthétique n’ayant aucun support, si ce n’est le snobisme de tenter de rendre une intrigue simple extraordinairement complexe**). Si à la fin, on aura compris les grandes lignes et le sous texte (la guerre est une zone grise), on se sera prodigieusement ennuyé.

Et on a autre chose à faire.

*Y a-t-il des comédies russes ? On ne sait.
** Tout le contraire de 71 Fragments d’une Chronologie du Hasard, le grand film de Haneke, qui faisait la même chose dans un but précis, montrer que le drame naissait de l’enchaînement de causes sans rapport entre elles.




jeudi 8 octobre 2015


Fast and Furious 7
posté par Professor Ludovico

Le cinéma en avion vous fait faire des choses étranges ; par exemple regarder Fast and Furious 7 parce que a) ce n’est pas grave de le regarder en VF, b) ce n’est pas grave de le voir monté, découpé haché, c) parce que, à vrai dire, F&F, on s’en fout un peu.

On a déjà vu Fast and Furious : Tokyo Drift (le 3), et on avait bien rigolé, à l’heure de la COP21, devant ce gâchis de pneumatiques et d’essence à haut degré d’octane. Las, on apprit que c’était un spin-off, et que l’intrigue ne fait pas partie du background, qu’elle n’est pas lié à la storyline globale de Fast and Furious. Essayez de relire sérieusement ces deux dernières lignes ; en cas de succès, écrire à CineFast.

Bref, on n’a pas de mal à retrouver le fil de FF7, puisqu’il y a de gros flashbacks pour les nuls aussi baraque que les deltoïdes de Vin Diesel, qui vous rappelle la storyline de l’amour-éternel-qui-renait et le background du retour-de-la-vengeance-qui-est-très-en-colère.

Même si le scenario est rédigé par des ados, ce sont des ados qu’on aime bien ; Vin Diesel (Pitch Black), Michelle Rodriguez (Lost, Girlfight), Tyrese Gibson (Transformers), etc.

Et comme en plus on passe un bon moment à voir des explosions dans tous les sens, des coups de fusils partout, des voitures qui sautent en parachute, et qui traversent la tour Burj al khalifa, etc.

Ca va pas chier loin, mais ça fait le plat pour saucer…




mardi 6 octobre 2015


L’Odyssée du Sous-Marin Nerka
posté par Professor Ludovico

Dans ce sous-genre fétiche du Professore qu’est le film de sous-marin, il reste des pépites inconnues comme celui-ci, L’Odyssée du Sous-Marin Nerka, titre français minable de Run Silent, Run Deep Le film de Robert Wise (1958) était passé sous le sonar du Professore.

Ce Nerka est pourtant excellent, avec un scénario qui a probablement influencé Quentin Tarantino quand il a écrit un bout d’USS Alabama*. En effet, on retrouve dans Run Silent, Run Deep l’affrontement entre un commandant de sous-marin obsessionnel (Clark Gable) et son second, professionnel aimé de l’équipage (Burt Lancaster).

Le commandant Richardson en effet déjà perdu un sous-marin contre un destroyer japonais dans le détroit de Bungo, entre l’île de Shikoku et celle de Ky?sh?. Depuis, il est sans mission et ressasse des idées de revanche. Quand il apparait que le commandant du Nerka va prendre sa retraite, Richardson intrigue pour subtiliser le sous-marin à Jim Bledsoe (Burt Lancaster), le second qui attendait le poste. Celui-ci s’incline mais reste aux aguets.

Deux histoires se superposent alors, faisant l’originalité du film : l’affrontement entre deux commandants aux personnalités antagonistes, et un péril plus grand, à la Moby Dick, la chasse à l’Akikaze, le destroyer japonais/baleine blanche qui a arraché non pas la jambe, mais une partie de l’âme du Commandant Richardson.

L’Odyssée du Sous-Marin Nerka propose un étrange mélange de maquettes ringardes très fifties** et de vraies prises de vues de sous-marins, à la limite du reportage journalistique, mais ce n’est pas l’intérêt de Run Silent, Run Deep. Sans véritable happy end, les deux capitaines se réconcilieront face à l’ennemi commun.

Robert Wise mettra vingt ans à refaire un film de sous-marin : Star trek***.

* Le scénario de Crimson Tide est signé Michael Schiffer et Richard P. Henrick, deux spécialistes du récit militaire, mais, non crédités au générique, il y a trois vrais pros du scénario (Robert Towne (Chinatown , Mission Impossible), Steven Zaillian (La Liste Schindler, Gangs of New York, Le Stratège) et Quentin Tarantino…

** Et des images d’archives qui piquent les yeux de l’amateur : des dauntless bombardant un sous-marin américain !

*** Relire la note 2 d’USS Alabama




samedi 3 octobre 2015


Dheepan
posté par Professor Ludovico

A-t-on encore espoir que Jacques Audiard rate un film ? Bien sûr que oui, car rien n’est parfait en ce monde. Mais ce ne sera pas Dheepan, qui atteint encore la perfection après Regarde les hommes tomber, Un Héros Très Discret, Sur Mes Lèvres, Un Prophète, De Rouille Et D’Os

Pourtant tous les manuels de scénario vous le diront : Dheepan est le sujet casse gueule pour excellence ; on n’est censés écrire en effet que sur ses expériences personnelles (même quand il s’agir d’invasion extraterrestre). Ne se baser que sur son propre vécu, sa propre expérience, ses propres émotions pour être sûr d’être authentique, vrai, et ne pas tomber à côté.

Comment fait Audiard alors ? Comment peut-il se mettre dans la peau d’un tigre tamoul en rupture de ban ? Dans celle de sa fausse épouse, prête à tout pour gagner l’Angleterre et qui, comme tant d’autres, échouera en France ? Dans celle de cette fillette de neuf ans, improvisée fille du couple ?

Il n’y a qu’une réponse : le travail, beaucoup de travail. On se plaît à penser que Jacques Audiard travaille comme les américains, en immersion. Quand Alan Ball a voulu faire Six Feet Under, il a passé un an dans un funérarium. On imagine donc Audiard traîner dans les cités pour faire ses repérages, discuter avec les habitants, rencontrer des tamouls, leur raconter son histoire et vérifier qu’elle est viable. Ça se sent dans la précision des détails, du décor de l’appartement en ruine à celui du dealer, de la façon de parler des personnages, mêmes annexes. Autant dire qu’on est très loin de la fainéantise des frères Dardenne sur le même sujet, et ce Gamin au Vélo, pour ne pas le nommer.

Parce que, pour le reste, Dheepan tient la route, même dans sa si décriée séquence finale ; le film est impeccable de bout en bout, avec des comédiens parfaits (et pourtant débutants), et, comme d’habitude, une grande attention portée à la partie visuelle et musicale du film…

Du cinéma, quoi.




samedi 26 septembre 2015


Happy Birthday Rocky Horror !
posté par Professor Ludovico

Le 26 Septembre 1975, le Rocky Horror Picture Show commençait sa carrière aux Etats Unis (il avait été lancé en août en Angleterre). Ça ne marchait pas trop au début, jusqu’à ce qu’on découvre le culte qui entourait le film aux séances de minuit.

La grande saga du Rocky allait commencer. Quarante ans plus tard, Frank’n’Furter est toujours là.

Bon anniversaire Rocky !

NB Il sera fêté comme il se doit Samedi 31 octobre 2015 au Centquatre, 5 Rue Curial, 75019 Paris, à partir de 19h a? 2h
Infos sur www.weezevent.com/rocky-horror-picture-show-party




lundi 14 septembre 2015


Baron Rouge
posté par Professor Ludovico

On n’a pas besoin de voir la fin de Baron Rouge pour écrire sa chronique. Bien sûr, on va regarder le film jusqu’au bout, et ce pour deux raisons. 1, nous ne sommes pas des escrocs chez CineFast. 2, le fameux théorème de Rabillon nous oblige à regarder les maigres films qui sortent sur nos sujets fétiches, légionnaires romains, templiers en goguette et autres aviateurs de la première guerre mondiale…

Mais voilà ; après avoir subi une heure de Baron Rouge, on sait à quoi s’en tenir. Une dénonciation des horreurs de la guerre qui tombe dans le panneau habituel, c’est à dire le plus parfait romantisme guerrier.

Et c’est parti pour l’usine à clichés. Ces chevaliers du ciel, de nobles jeunes gens qui ne font pas la guerre comme les autres. Et la gentille infirmière qui ouvre les yeux de ce grand benêt de Baron Rouge sur les horreurs de la guerre. Quand on sait que l’infirmière en question c’est Lena Headey, Dame Cersei Lannister en personne, on regarde jusqu’au bout.

Évidemment, le Baron connaîtra la rédemption. Et malheureusement, il se fera tuer, ce que tout le monde sait déjà. Entre-temps, on aura vu de jolis avions, de très beaux combats, et Lena Headey qui promène son regard triste et son sourire mutique. Tout cela est très esthétique. Finalement, que la guerre est jolie !

CineFast préfère les cinéastes qui disent cela frontalement et essaient d’expliquer que c’est justement pour cela qu’on la fait : Apocalypse Now !, Full Metal Jacket, Enfants de Salauds. Ou au contraire, que la guerre est horrible et que malheureusement, on ne peut s’en empêcher : Voyage au Bout de l’Enfer, Fury, La Ligne Rouge

Mais pour ce genre de film qui est exactement ce qu’il prétend dénoncer : berk ! Dommage, les deux acteurs (Matthias Schweighöfer et Lena Headey) sont très sexy.




vendredi 11 septembre 2015


La Famille Bélier
posté par Professor Ludovico

On a du mal à démêler ce qui nous a plu dans La Famille Bélier. La nostalgie, camarade ? Le portrait empathique de la campagne ? Des comédiens qu’on aime bien (Viard, Damiens, Elmosino) et une révélation, Louane, qui chante et joue parfaitement ? Ou bien, évidemment, Michel Sardou ?

N’est-ce pas, tout simplement, de la très bonne mise en scène et un excellent scénario ? En effet, La Famille Bélier respecte à la lettre les consignes du mélo familial. Chaque personnage est clairement identifié avec un enjeu précis et qui tient la route. L’intrigue est plausible, et les retournements de situation ne sont pas délirants.

Ainsi quand Paula (Louane) décide de devenir chanteuse, il est logique que sa mère (Karin Viard) ne veuille pas voir partir sa fille, la seule passerelle pour cette famille de sourds vers le monde extérieur.

Mais tout autant, on comprend le renversement de situation, quand Viard découvre, malgré sa surdité – et via une très belle scène muette -, le talent de Paula. La mère laisse alors la fille partir à Paris.

Ces scènes sont classiques dans le mélo (français ou américain), mais leur réussite dépend essentiellement de la capacité des acteurs à incarner ces figures de style. Ici, tout le monde est parfait. Cette perfection est d’autant plus évidente quand on peut la comparer à une des rares mauvaises scènes (la visite chez le gynéco au début, d’un goût douteux). La faute n’incombe pas aux acteurs, mais bien au texte.

Il y a en plus une spécificité à cette Famille Bélier ; faire jouer des sourds par des non-sourds (Viard, Damiens, Louane, qui « signent » tous correctement la langue des sourds) et arriver à transmettre de l’émotion sans le support habituel du texte. Ce qui, on en convient, n’était pas gagné d’avance.

Mais le tour de force principal d’Éric Lartigau et de Victoria Bedos, sa scénariste, c’est d’adapter un film à partir de Je Vole, la chanson de Sardou, et d’en faire un film d’une heure quarante-cinq. Et d’avoir le courage de dépasser les précautions germanopratines autour du chanteur le plus à droite qui soit, et sa ringarde absolue. Le film fait d’ailleurs un sort à cela pendant la séance d’audition à Radio France.

Si c’est aussi réussi, c’est que le film monte à la perfection la pente raide qui débouche sur ce climax, et Lartigau s’est bien gardé de sortir la chanson avant, alors qu’on y pense pendant tout le film. Le spectateur l’attend, mais patiente avec La Java de Broadway, et autres Je Vais T’aimer. Quand la chanson déboule, les chiens sont lâchés et comme dit Hitchcock, le spectateur est prêt à « réagir et devenir émotionnel ».




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