[ Les films ]



mardi 16 août 2016


Suicide Squad
posté par Professor Ludovico

Le pire n’est jamais décevant. On s’attendait avec cet Escadron Suicide – titre québécois du film – à un de ces films nihilistes, amoraux, dont Hollywood semble décidé à nous abreuver désormais, comme succédané absolu du cool : Deadpool, etc.

C’est en tout cas le pitch : 4 überméchants sont sortis de prison par la CIA pour lutter contre un énigmatique danger imminent. Guérir le mal par le mal, voilà la propos nietzschéen du film. Et c’est là que ça commence à coincer. Pas sur le plan moral, non, sur le plan cinéphilique. En effet, ce grand méchant reste mystérieux pendant une bonne heure de film. Puis on nous révèle – Twist Ultime – qu’il est en fait un des personnages présentés au début (Cara Delevingne dans le rôle du méchant le plus pitoyable depuis les Frères Lumière).

Voilà nos personnages coincés de toutes façons par une terrible menace (une puce explosive insérée dans l’aorte) et obligés à combattre l’un des leurs pour sauver – guess what? – la méchante chef de la CIA. À ce niveau de consternation, il ne reste qu’à sucer le bois de son esquimau Magnum Vanille Chocolat jusqu’à la corde en regardant sa montre.

Mais Suicide squad nous réserve une dernière surprise. En fait, ces grands méchants ont un cœur, ils ne rêvent que de mariage, de famille ou d’enfants. Nous nous attendions à un film amoral, à une orgie pornographique de violence cachée sous un pseudo message révolutionnaire, et c’est une horrible bluette que nous sort Zack Snyder de sa mauvaise poche de producteur*.

Plus que toc, Suicide Squad est complètement con. Et c’est un gars qui vénère Tranformers qui vous dit ça.

* Mon petit Zack, il va falloir se reprendre, sinon ça sent l’exclusion pure et simple de Cinefast !




lundi 15 août 2016


La Vie de Brian
posté par Professor Ludovico

On n’ose le dire, pourtant c’est vrai. La Vie de Brian n’est plus aussi drôle qu’avant. Avant de le revoir hier sur Arte, on expliqua au Professorino comment dans les années quatre vingt, nous decouvriions, hilares à nous faire mal aux côtes, les films des Monty Python. Et si nous avons toujours preféré Sacré Graal à cette Vie de Brian, ces deux films étaient à notre panthéon, pour toujours.

Mais quarante ans après, La Vie de Brian ne fait plus autant rire, et pour de multiples raisons. Comme nous l’expliquions avec Docteur Folamour, pour beaucoup rire, il faut avoir beaucoup peur. La peur de la Bombe disparue, Folamour n’est pas drôle pour cette génération.

En 1985, nous avions (eu) peur des curés. Certains, comme AG Beresford, avaient même subi pendant des années une éducation catholique. Voir la vie du Christ ainsi pastichée était libérateur. Nous avions évidemment, au retour du catéchisme, déjà envisagé à voix basse quelques cochonneries bien senties autour de la virginité de Marie, les impuissances sexuelles du pauvre Joseph, sans compter des mauvaises blagues sur la qualité des clous sous Pilate. Mais là, ça se passait au cinéma, pour la première fois. ET ça faisait scandale…

Depuis, l’eau a passé sous les ponts et ces parodies se sont démultipliées, grâce au travail originel des Monty Python ; les Nuls, les Inconnus, les Guignols, Dogma. La Vie de Brian n’est plus le seul à se moquer de la religion.

La deuxième raison est que le film est vieillot dans sa forme. On voit les mauvaises coupes, et les gags sont répétitifs. On est habitués aujourd’hui à un certain niveau de qualité, et à une avalanche de blagues. Ici il y en a peu, et répétées à l’envi.

Le bon point, c’est que ça incite à revoir Sacré Graal et même le Flying Circus. On fera ça à la rentrée.




mardi 2 août 2016


Ghostbusters
posté par Professor Ludovico

Le plus déplorable, dans ce Ghostbusters-là, c’est de voir une bonne idée partir en fumée. En l’occurrence, rebooter la franchise avec un casting de filles.* Cette idée, qui a bizarrement déchaîné les passions outre-Atlantique, était pourtant un réservoir potentiel de comédie : la chercheuse classy (Kristen Wiig), son ex-meilleure amie obèse (Melissa McCarthy), la bricoleuse steampunk (Kate McKinnon), et la caution black à l’humour dessalé (Leslie Jones). Avec en plus une super bonne idée, la seule qui arrache des rires pendant la séance : Chris Hemsworth en réceptionniste, inversant les clichés de la secrétaire bonnasse mais stupide, recrutée sur son physique.

Mais non, de ce postulat initial, ils ne font rien de nouveau. Au contraire, ils s’installent dans les pas des deux précédents opus ; maison hantée au cœur de New York, base arrière de Ghostbusters dans un endroit atypique, voiture corbillard, combat final de géants, etc., etc.

Tellement scotchés à la légende originale qu’ils finissent par intégrer comme caution (sont-ils si peu rassurés par leur scénario ?) des cameo des acteurs originaux. C’est finalement la même histoire, les mêmes rebondissements, avec des filles. Dans la scène finale, nos ghostbusteuses rachètent la caserne de pompier du premier épisode. Symboliquement, tout est dit.

Je vous conseille donc de passer votre chemin, car moi, je n’ai pas peur des fantômes.


*Et pas n’importe qui, la fine fleur de l’humour US : Paul Feig aux commandes (The Office, Nurse Jackie, Mes Meilleures Amies, Les Flingueuses, Spy), et le quartet
Saturday Night Live (Kristen Wiig, Melissa McCarthy, Kate McKinnon, Leslie Jones) au proton pack.




jeudi 14 juillet 2016


La Neuvième Porte, bis repetita placent
posté par Professor Ludovico

Revoir La Neuvième Porte se fait toujours avec plaisir. Découvrir comment Roman Polanski – pour amener cette histoire à son terme avec beaucoup de subtilité – a glissé des motifs, et même en entrevoir de nouveaux.

Ainsi on découvre que la compagne de Johnny Depp est placée dès les premières scènes, que le code d’entrée de certaines portes s’ouvre avec le code 666, que Polanski fait une fixation sur les chaussettes, que Johnny Depp fume et boit comme un trou, et, qu’évidemment, il y a au moins une porte dans chaque scène.

Au-delà de métaphores sataniques détectées lors de récents visionnages, figures mythiques du diable (le taxi, le chien, …) le franchissement du Styx (ici une petite rivière qui ne laisse pas passer les Rolls Royce), et le feu, bien sûr, le feu omniprésent dans le film auquel répond les volutes de tabac qui sortent de la bouche de Johnny Depp.

Le diable n’est pas celui que l’on croit.




lundi 11 juillet 2016


The Knick
posté par Professor Ludovico

Steven Soderbergh ne cesse de nous étonner. Il est, avec quelques autres, un des derniers innovateurs du cinéma. Au moment même où il annonce (après Liberace) vouloir renoncer à un cinéma qui ne permettrait plus de faire des films ambitieux, le cinéaste et producteur protéiforme* se tourne vers la télé, dernier refuge de l’audace, où personnages adultes et propos intelligents peuvent cohabiter. À croire qu’il lit CineFast !

Steven Soderbergh s’est donc lancé en 2013 dans l’aventure The Knick, grâce à Cinemax (une filiale de HBO), terrain fictionnel permettant d’étendre totalement ses ailes.

The Knick c’est ça. Ce Grey’s Anatomy steampunk part d’une idée toute bête : de la musique électro (signée Cliff Martinez**) pour illustrer un film d’époque. Une façon d’éviter les écueils d’une reconstitution aux petits oignons (ce qu’est The Knick par ailleurs). Ensuite la violence du propos, et la description sans fard de l’Amérique en train de se construire, avec ses immigrants. New York, 1900.

Steven Soderbergh a une certaine façon de regarder cela en biais, comme il l’a fait dans le reste de son œuvre. S’approprier un genre populaire (ici la série médicale) et le travailler sérieusement, socialement, politiquement. Ici, les progrès de la médecine, à pas de géant, mais aussi au forceps, ne sont qu’un prétexte pour attaquer les thématiques qui hantent l’opus soderberghien (en gros : sexe, mensonge, corruption). Avec une quatrième couche au millefeuille : le racisme, incarné par le parcours d’un médecin noir recruté par une famille progressiste, au milieu de l’establishment blanc.

Pour cela il faut un casting énorme, sans grande star, pour incarner cette galerie de personnages tous aussi passionnants les uns que les autres (le grand patron megalo (Clive Owen), la jeune infirmière carriériste (étonnante Eve Hewson***), les jeunes coqs prodiges (André Holland, Eric Johnson, Michael Angarano) et la sublime Cornelia, dame patronnesse de l’hôpital, l’héritière Robertson (Juliet Rylance)…

Le premier coup de génie du réalisateur, c’est à la fois d’avoir soigné la reconstitution (on se demande pendant tout le film où tout cela est tourné, tant on a le sentiment d’être physiquement dans le New York du début du siècle, sans la béquille habituelle de la 3D) et d’avoir filmé ça dans son jus, comme un reportage, caméra à l’épaule, sans éclairage supplémentaire.

C’est d’ailleurs Soderbergh qui tient la caméra, et le travail des éclairages est tout à fait extraordinaire. Prendre la caméra à l’épaule, ça permet de gagner beaucoup de temps et d’argent (pas de mise en place compliquée) ; mais ça permet surtout de mettre le budget ailleurs : dans un plan séquence incroyable (le bal, saison 2) ou dans un décor coûteux (la fête foraine).

Ce mélange d’esthétique est de naturalisme n’est pas à la portée de tous.

* Il suffit de jeter un œil – à rebours – à son incroyable filmographie : le film social caché dans un film de Chippendales (Magic Mike), les limites du porno (Girlfriend Experience), le biopic (Che, Liberace), le blockbuster détourné (Ocean’s 13, Erin Brockovich), la série ou le film politique (K Street, Traffic), le film SF élégiaque (Solaris), le film d’auteur (L’Anglais, Sexe, mensonges et vidéo)…

** Non content d’avoir été le premier batteur des Red Hot Chili Peppers, et d’avoir composé la musique des Soderbergh et des Nicolas Winding Refn, il travaille pour aussi Xavier Gianolli ou Harmony Korine…

*** Message personnel à Notre Agent au Kremlin : vous aviez raison, finalement…




samedi 9 juillet 2016


Jacques Rouffio
posté par Professor Ludovico

Jacques Rouffio faisait partie de ces artisans méconnus du cinéma ; un simple coup d’œil à IMdB nous permet d’estimer la perte qu’il représente pour le cinéma français.

Réalisateur et scénariste de L’Orchestre Rouge, La Passante du Sans-Souci, Le Sucre, 7 Morts sur Ordonnance. Il avait commencé comme assistant dans les années cinquante pour Georges Franju, Henri Verneuil, Gilles Grangier : Le Gentleman d’Epsom, Le Rouge Est Mis, La Tête contre les Murs, Des Gens sans Importance

Ses films étaient simples et bons, bâtis sur des scénarios solides, écrits avec Georges Conchon (scénariste de L’Etat sauvage de Francis Girod, notamment)… et avec des personnages consistants, interprétés par le gratin du cinéma français : Jacques Rouffio a travaillé avec Romy Schneider, Jacques Dutronc, Jean Gabin, Louis de Funès, Gérard Depardieu, Nicole Garcia, Jean-Louis Trintignant, Michel Piccoli, Michel Serrault … une paille !




jeudi 7 juillet 2016


Game of Thrones, saison 6
posté par Professor Ludovico

Après un passage à vide en saison cinq, les dragons sont de retour pour une sixième saison. Avec une certaine émotion, vu que l’on sait qu’il ne reste plus que deux saisons, et une douzaine d’épisodes pour terminer cette immense saga. C’est donc la nostalgie qui prévaut, car on voit bien que la série est en train de replier ses ailes. Les personnages se regroupent, prennent des décisions plus tranchées, et des personnages mineurs (générateurs d’intrigues annexes) sont éliminés purement et simplement.

C’est son premier défaut. On ne devrait pas voir la technique scénaristique à l’œuvre. Le magicien doit cacher la main qui fait le tour. Mais à côté de cela, c’est beaucoup mieux que la cuvée 2015. Même s’il y a peu de rebondissements, la saison avance inéluctablement. On s’opposera – suivant le regard que l’on porte à chacun des personnages – sur le réalisme de tel ou tel rebondissement. Les spécialistes des batailles moyenâgeuses, de la portée d’un arc, du rôle d’un vassal, s’affronteront avec les tenants de la dramaturgie ou de la technique cinématographique (ah, le hors-champ dans Game of Thrones !) mais l’on s’accorde sur le fait que la saison 6 est une bonne saison. Pas excellente, néanmoins, car il lui manque le sens de la repartie, les dialogues mouchetés qui ont fait le succès des quatre premières.

Mais on voudrait déjà être en avril. Une fois que l’hiver sera passé.




samedi 2 juillet 2016


L’Assaut
posté par Professor Ludovico

Le DVD, obligeamment prêté par Mon Lieutenant, a traîné très longtemps sous ma télévision. Il y a pris la poussière, et j’ai été obligé de le nettoyer à plusieurs reprises. Décidé un jour à le rendre, un autre ancien militaire m’a très fortement conseillé d’y jeter un œil. Je ne voulais pourtant pas regarder ce film, que je soupçonnais d’être purement esthétique et sans intérêt.

On met quand même le DVD dans lecteur*, et là, surprise, L’Assaut est un film est musclé sans un gramme de graisse. Ou alors très peu. En l’occurrence, quelques finasseries sur émotionnelles (ma fille, ma femme, ma famille).

Mais le reste est vrai. Rappelons que L’Assaut raconte la prise d’otages, le 24 décembre 1994 de l’avion Air France à Alger par le GIA. Et l’assaut par le GIGN sur l’aéroport de Marseille ; on craignait alors que les terroristes ne veuillent jeter l’avion sur la Tour Eiffel. A l’instar du Vol93 – chef d’œuvre s’il en est – les terroristes sont aussi réussis, plausibles et même émouvants, que les services secrets français. Comme le disait quelqu’un, un grand James Bond réussi, c’est un grand méchant réussi.


* Rien qu’en lisant cette phrase, on se sent déjà vieux.




vendredi 1 juillet 2016


Love & Friendship
posté par Professor Ludovico

Si l’on en croit la pub du film, « Jane Austen n’a jamais été aussi drôle ». La pub cinéma n’a jamais peur, il faut le dire, d’autoproclamer le génie : « le grand retour de Steven Spielberg », « le chef d’œuvre de Christopher Nolan », on en passe et des meilleures… Et on était prêts à la croire, cette pub, après le fabuleux Damsels in Distress

Las ! De Love & Friendship, on se contentera de dire que Whit Stillman a rarement été aussi chiant.

Et ce n’est pas de la faute des acteurs, excellents, à commencer par une Kate Beckinsale extraordinaire en Lady quadra de Jane Austen, loin des nanars Hollywoodiens où elle se cantonnait habituellement (Underworld, Whiteout, le reboot de Total Recall). Ni de la faute du scénario, éblouissant quoiqu’un peu confus et retors. A l’instar de la Beckinsale, dont le personnage, Lady Susan, sème la confusion autour d’elle, et, telle un boa, étreint ses protagonistes de subtils détours ; le seul but étant d’arriver à ses fins, c’est-à-dire épouser un homme riche tout en continuant à coucher avec des hommes beaux.

Quant aux dialogues, censés (sic) évoquer le meilleur de la comédie des années 40, n’est pas Ben Hecht qui veut. Ni Howard Hawks. La mise en scène est plate, interminables champs/contrechamps censés évoquer le ping-pong upperclass des différentes personnages.

Symbole de cet échec cinématographique, une musique omniprésente essaie d’apporter du rythme.

Robert McKee, le grand manitou du scénario, disait qu’il faut toujours partir de ses expériences personnelles pour écrire un personnage, fusse-t-il un extraterrestre.

Whit Stillman devrait retourner à ses bourgeois Ivy League de Metropolitan, Barcelona, des Derniers Jours du disco : c’est ce qu’il connaît de mieux.




jeudi 23 juin 2016


Allez Coucher Ailleurs
posté par Professor Ludovico

On poursuit l’exploration de l’œuvre de Maître Hawks avec Allez Coucher Ailleurs (I Was a Male War Bride dans la langue de Louis B. Mayer) que la Filmothèque du Quartier Latin a le bon goût de restaurer en version 4K.

Bon, c’est pas Seuls Les Anges Ont Des Ailes mais par contre c’est plus drôle. Comme d’habitude chez Hawks, le film joue d’une inversion sexuelle ; une fille au caractère bien trempé (Ann Sheridan) qui passe cent minutes à humilier son galant (Cary Grant) ; la galant faisant mine de ne pas s’intéresser à elle, et vice versa.

Adapté d’un récit célèbre à l’époque, le réalisateur se régale à mélanger dans son shaker les habituels alcools forts hawksiens : la satire de la bureaucratie tatillonne**, la guerre des sexes, et l’inversion métaphorique (et vestimentaire) masculin/féminin.

Pour des raisons budgétaires, le film fut tourné en Allemagne en 1948, dans un pays encore dévasté par la guerre. Cet effet de réel ajoute encore du contraste aux scènes comiques, qui sont servies par des répliques bien senties***, chargées de sous sous-entendus graveleux, des histoires de petites culottes oubliées et un final hystérique avec un Cary Grant travelo.

Même si tout cela a un peu vieilli, on a vu plus coincé …

* Celui d’Henri Rochard, un militaire belge ayant subi des tracasseries sans fin pour épouser son infirmière américaine, dans les Etats Unis de l’immédiat après-guerre

**Cary Grant, imperturbable, obligé de répéter cent fois son mantra, à cent interlocuteurs différents : « I am an alien spouse of female military personnel en route to the United States under public law 271 of the Congress. »

*** A un homme jaloux qui prétend que Rochard (Cary Grant) est peut-être très beau, c’est un homme mauvais, qui battrait Ann Sheridan, d’ailleurs on a vu des traces, une jeune femme répond : « He could leave marks on me anytime. I’d bring the stick! »




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