Allez, ça continue ! Malgré la Fatwa lancée par Faram el Keeper, St Jérôme, dit « le Serpent du Tout-Puissant » Michel le Vaillant, Maître du Temple de Saint-Jean d’Acre depuis 1213, je brave l’interdit : je vais voir mon premier Dardenne.
Que les choses soient bien claires :
– Je n’ai rien contre le cinéma français ; malgré les chroniques comminatoires, injustes, à charge, vachardes, méprisantes, condescendantes dont j’ai pu l’affubler ici, j’aime le cinéma français. Celui de l’Age d’Or des années 30-40, (Quai des Brumes, Les Enfants du Paradis, Le Jour se Lève, …), celui des classiques des années 50 (Les Diaboliques, La Traversée de Paris…) Ou pas classiques (Godard and co…), celui des années 60-70 (Rappeneau, Boisset…), des années 80, ou d’aujourd’hui (Desplechin, Audiard, Klapisch…)
– J’aime le cinéma d’auteur : Fellini, Antonioni, Welles, Kubrick, Despleschin, Lynch, Fincher…
– J’aime la Belgique : Hergé, Brel, Simenon, Poelvoorde, Eddy Merxcx…
Mais voilà, il faut le dire, le cinéma des frères Dardenne (sur la base d’un seul film, je le reconnais) est proche du degré zéro de la performance artistique.
Prenons un exemple extérieur, pour mieux nous faire comprendre; imaginons que l’on demande à des artistes de nous représenter un vélo. Oui, un vélo.
Gainsborough* magnifierait la campagne anglaise en posant le vélo le long d’un chemin du Sussex. Roger van der Weyden ne peindrait que sept rayons au vélo, voulant symboliser par là même les Sept Vertus Cardinales, tandis que Georges de la Tour les peindrait tous, pour montrer comment le reflet d’une bougie les affecte chacun différemment. Picasso dessinerait des roues carrées, pour montrer l’absurdité de la vie, et Damien Hirst détruirait au bulldozer un vélo par jour, pour dénoncer la société de consommation…
Tout ça, que vous l’aimiez ou non, c’est de l’Art. C’est un message, une position face à la vie.
Et les frères Dardenne, dans tout ça ? Les deux belges achètent un jetable chez l’épicier du coin, prennent le vélo en photo devant l’épicerie et se barrent avec la caisse en hurlant « Nous filmons la réalité !!! »
Ce qui prouve qu’ils n’ont rien compris à leur devoir d’artiste. Si on filme la réalité, c’est qu’on fait du documentaire, ce qui est un autre – et noble – métier. Comme le disait Emmanuel Krivine, le créateur du Village Français, «On ne va pas au cinéma voir comment les choses se sont exactement passées. ».
Aucun point de vue, aucun message, aucune espèce de travail sur l’image, le son, le cadrage, le jeu d’acteur : le cinéma des Dardenne, c’est en fait une ode à la fainéantise. Je déteste habituellement cette phrase, mais ici elle s’applique parfaitement : « N’importe qui pourrait faire pareil ». Essayez ! Prenez votre iPhone, trois-quatre copains, un vélo, un gosse, je vous jure que vous faites le même film.
Il y a pourtant de quoi faire dans le sujet : l’abandon d’enfant, le désir maternel, le recrutement des petites mains par les caïds des banlieues… Il y a aussi des pointures (Cécile de France, Jérémie Régnier) mais non, les frangins posent leur caméra, ça tourne, elle est bonne…
Ce cinéma de l’inutile que nous propose les frères Dardenne ne vise en réalité qu’un seul public, celui du cinéma lui-même, celui qui s’accorde des subventions (« banlieue »-« enfance »-« rédemption » étant les mots de passe pour accéder à l’Avance sur Recettes), et qui s’autocongratule dans le monde clos des célébrations professionnelles (César des Ours de la Mostra des Alpes Maritimes)… Un monde où l’on peut donner deux palmes déjà aux frères Dardenne, mais zéro à Kubrick, zéro à Welles, Bergman, Truffaut, etc.
Pas de quoi s’énerver, donc, car justice est déjà faite : les films des frères Dardenne n’ont jamais rencontré de succès public, ne passent pas à la télé (odieux complot contre la Culture), et seront vite oubliés comme de mauvais jambon-beurre de supermarché…
Les artistes officiels finissent toujours à la poubelle…
*Je sais, Gainsborough n’avait pas de vélo…
posté par Professor Ludovico
Hier je suis tombé sur Coup de Tête, et évidemment, je suis resté jusqu’au bout. Tant il est vrai que la présence de Patrick Dewaere est si magnétique, que nous, pauvres électrons bombardés de protons, le rythme de la ville, c’est ça notre vrai patron, sommes incapables de résister. Et c’est d’autant plus vrai que Coup de Tête est le meilleur film de Jean-Jacques Annaud. Bien sûr, il y a aussi Jean Bouise, Michel Aumont, Corinne Marchand, Gérard Hernandez et même Jean-Pierre Darroussin en jeune photographe. Bien sûr, le dialogue est ciselé, le scénario en béton, et on connaît maintenant les répliques par cœur.
L’argument est simple : François Perrin joue au foot dans l’équipe de Trincamp, petite ville qui vit au rythme du notable local (Jean Bouise), qui possède tout et évidemment le club de foot. Une jeune femme (France Dougnac) se fait violer par le capitaine de l’équipe. À quelques jours d’un match capital en Coupe de France, on préfère coller le viol sur le dos de Perrin. Mais après un accident de car, on fait sortir Perrin pour le match, où, évidemment, il marque les deux buts de la victoire.
Trincamp acclame alors Perrin comme il se doit, mais pour lui, le temps de la vengeance a sonné.
Certes, le film a pris un petit coup de vieux depuis 1979.
Sauf Dewaere.
C’est sûrement compliqué à comprendre aujourd’hui, mais Dewaere, c’était notre Kurt Cobain des années 70. Il n’y avait qu’un groupe de rock (Téléphone) et il passait très rarement à la télé. Mais il y avait Dewaere : un type qui se battait dans ses films contre l’injustice (Le Juge Fayard dit Le Shérif), la police corrompue (Adieu Poulet), le poids des convenances (Préparez vos mouchoirs). Un rayon de soleil dans la France pompidolienne dont avait hérité Giscard*.
Patrick Dewaere était beau, Patrick Dewaere était dangereux, Patrick Dewaere était fou. Et ça nous faisait beaucoup de bien.
Il fallait le voir hier, face au jeu un peu vieilli de ses comparses, vouloir rerentrer dans la prison où les bourgeois bien pensants de Trincamp l’avaient jeté, pour comprendre l’intensité du jeu dewaerien. Ou dans Série Noire, se fracasser littéralement la tête contre le capot de sa voiture.
Dewaere ne jouait pas, il était Patrick Dewaere. Et il était le meilleur acteur du monde, au niveau des de Niro et Pacino.
Et il le restera toujours, dans une poignée de film que la TNT nous permet de revoir.
N’ayons pas de regrets : qui voudrait d’un Dewaere vieux et bedonnant…?
*Effacé par une fin de septennat catastrophique, on a oublié que Giscard avait été un président moderne : libéralisation des télés, IVG, majorité à 18 ans.