[ Les gens ]



samedi 10 décembre 2011


Intouchables : la non-critique
posté par Professor Ludovico

Voilà, c’est trop tard. Trop de monde me presse d’aller voir le Super Film de l’Année. Vaguement tenté au début, je n’ai plus du tout envie.

Pour comprendre, il faut entrer dans le petit cerveau schizophrène du Professore. Car dans ce cerveau, il y a un gros snob qui sommeille.

Un gros mot, snob. Élitiste, aussi. Des mots interdits dans notre culture démocratique, qui confond « accès pour tous à la culture », et « culture pour tous ». On n’est pas forcé, pas forcé du tout, d’aimer ce que la majorité aime. On n’est pas forcé de detester obligatirement non plus… Mais voilà, je n’aime pas les Chtis. Pas par atavisme social (le Professore vient du fin fond de la Beauce), mais par une trop grande cinéphilie. Si l’on va voir 5 ou 6 films dans l’année (moyenne nationale), les Chtis sont un divertissement comparable à d’autres, et même plutôt favorablement comparable à d’autres. Si on va en voir 5 ou 6 fois plus, on a des chances d’avoir vu des comédies plus drôles, plus fines, plus subtiles. C’est aussi mathématique que cela.
Pour en revenir aux Intouchables, il se trouve que lorsque j’ai vu la bande annonce, j’ai caressé l’idée d’aller voir le film : j’aime Omar, j’aime Cluzet, et l’histoire avait l’air suffisamment originale. Si je l’avais vu à l’époque, il est possible que je l’ai trouvé suffisamment sympa pour écrire une chronique élogieuse. Mais voilà, je n’y suis pas allé. Et son succès m’a dégoûté de le faire. Ce n’est pas bien dire ça, je le sais ce n’est pas très rationnel non plus, même pas subjectif, mais l’idée d’aller aimer le film que tout le monde aimait, c’était un repoussoir suffisant.

Pourquoi ? C’est dur à dire.

Il y a évidemment une volonté de s’extraire de la masse, de ne pas faire partie du Mainstream, qui est une caractéristique dominante chez moi : être de gauche à une table de sympathisants UMP ou vanter les vertus d’une Kalachnikov à la Fête des Voisins de Boboland, downtown Paris 11°. Mais aussi, sûrement, l’idée qu’un tel succès consensuel ne peut être que suspect. On m’opposera Titanic, ou Tintin (la BD) mais dans le fond, un tel succès touche forcément un nœud sensible de la psyché française, et ça me dérange.

Par ailleurs, et c’est formidablement analysé dans un récent article de Libé, le « chantage au vécu » que nous impose Intouchables (« c’est juste parce que c’est vrai, et comme c’est vrai vous devez rire et vous devez pleurer ») est tout simplement insupportable en tant que spectateur. On a le droit de manipuler le spectateur, mais pas celui de le prendre à la gorge pour lui imposer des sentiments…

Intouchable, en effet.




vendredi 2 décembre 2011


Ken Russell
posté par Professor Ludovico

Le réalisateur provoc british est décédé cette semaine à 84 ans, et j’avoue que ça m’a fait de la peine, parce que j’ai adoré tous les films que j’ai vu, même si j’en ai vu peu (le bonhomme en a réalisé 70)

Mon chouchou reste Les Jours et les Nuits de China Blue, probablement irregardable aujourd’hui, mais que j’ai vu plusieurs fois, tout simplement parce que Kathleen Turner était l’actrice la plus hot des années 80. L’histoire de cette prostituée, libérée la nuit et designer coincée le jour est évidemment un conte de fées, mais c’était à l’époque un choc esthétique et moral.

Sinon, il y a Les Diables, film historique destroy sur les possédés de Loudun, et Tommy, la grande fresque sous acide des Who, le seul film qui mérite véritablement le titre d’opéra rock…

Ken Russell était un grand formaliste, un peu défoncé, un peu délirant, osant un cinéma peut-être foutraque, mais un cinéma original et dérangeant qu’on a du mal à imaginer aujourd’hui… Ken Russell meurt sans héritier.




lundi 17 octobre 2011


3D : Apocalypse Now!
posté par Professor Ludovico

Non, ce n’est pas ce que vous croyez, Coppola n’a pas décidé subitement de convertir son chef d’œuvre pour faire plus de brouzoufs. C’est juste qu’on apprend dans un récent article de Libé sur le MIPCOM (un salon des programmes TV), que la 3D, ça va mal. Pas du côté de la production, qui continue d’aligner le répertoire en 3D (Les 3 Mousquetaires…), mais non, les téléviseurs. On devait en vendre de 7 à 20 millions, seulement 3 de vendus. La faute aux lunettes, qu’on ne veut pas porter à la maison, et le manque de programmes : un match de L1 par ci, un Cars par là, et du porno, du porno, du porno. Le genre, qui traditionnellement est précurseur des révolutions techno (ordinateurs, webcams, Internet…) ne semble pas suffisant pour tirer la stupide charrue 3D.

Pour une raison toute simple : la 3D ne sert à rien. Elle n’amène pas plus de réalisme, pas plus de confort d’utilisation, et aucune émotion supplémentaire.

Moi, j’vous l’dit, c’est mort !




dimanche 11 septembre 2011


Jayne Mansfield 1967
posté par Professor Ludovico

C’est d’un livre dont il s’agit aujourd’hui, qui m’a fait de l’œil dans ma librairie favorite, et que j’ai dévoré : Jayne Mansfield 1967, de Simon Liberati. Sarcastiquement sous titré Roman, il s’inscrit dans la lignée des François Bon (Rolling Stones, une biographie, Dylan, une biographie et Rock’n roll, un portrait de Led Zeppelin), c’est-à-dire une biographie de fan, ultra-documentée, mais qui en même temps, ne prétend pas à la rigueur et à l’exhaustivité historique d’un travail universitaire ou journalistique. Au contraire, c’est un portrait, un triptyque médiéval, centré autour de 1967 : l’accident fatal à Biloxi, l’incident six mois plus tôt à San Francisco, qui éjecta Jayne du star system, en passant par un petit détour satanique, et la dernière soirée en Louisiane, les dernières heures de la star.

Jayne Mansfield 1967 est court (200 pages), mais puissant et détaillé. Il n’est pas exhaustif, mais il sonne juste (la description de l’accident, au milieu du bayou louisianais est un petit chef d’œuvre). Une lecture qui s’impose, même si on n’est pas cinéphile, tendance Kenneth Anger.

Car Simon Liberati s’inscrit dans la veine Hollywood Babylon, il s’en vante, même. Cette cinéphile toute particulière, collectionneuse de ragot, qui aime se rouler dans la fange de l’envers glauque de l’industrie du rêve : meurtres, suicides, violences familiales, satanisme, tout est bon dans le chaudron Angerien.

Jayne Mansfield est un morceau de choix dans cette veine. Sa carrière cinématographique est minuscule (à part l’excellent La Blonde et Moi, qui doit plus à Gene Vincent et à Little Richard), qui pourrait citer une autre œuvre Mansfieldienne, si ce n’est sa mort ?
Son accident de voiture, sa quasi décapitation, voilà la grande œuvre, la porte de sortie grandiose vers le firmament Hollywoodien. Quand on n’a pas de carrière, il faut une vie tragique (Paris Hilton, Britney Spears, Diana).

Sous-Marilyn, malgré son QI de 163, Jayne n’a fait que poursuivre le rêve Hollywoodien. Et inspirer, comme l’a si bien fait remarquer JG Ballard dans Crash**, notre passion quasi-érotique pour les stars, les accidents de voitures, et les accidents de voiture de stars.


*La Blonde et Moi (The Girl Can’t Help It) fait partie de ces projets foireux dont Hollywood a le secret. Le film de Frank Tashlin avait pour but de ridiculiser la scène rock’n’roll naissante (le film date de 1956), et la bêtise de ces nouvelles stars que leurs enfants s’étaient mis à aduler. Jayne Mansfield y incarnait Jerri Jordan, une bombe blonde, qui à la place de chanter, se contentait de pousser un cri à la fin de chaque refrain. Les chanteurs du moment (Eddy Cochran, Little Richard, Gene Vincent), vinrent se déhancher devant un public de jeunes écervelés. Pas de chance : le film fut un énorme succès auprès des teenagers, et permis, ô douce ironie du sort, de populariser encore plus ces musiciens.
**et le film éponyme de Cronenberg…




samedi 10 septembre 2011


Platane
posté par Professor Ludovico

J’ai beau me forcer, Eric et Ramzy ne me font pas rire. Je vois le principe dans H, mais je ne ris pas. Je comprends l’absurdité qui préside à Steak, mais je n’ai pas envie d’y aller.

L’humour, c’est vraiment une question de génération. Pierre Dac ne nous fait pas rire, et mes enfants ne comprendront pas Desproges. C’est aussi pourquoi le rire, et les comiques en général ne sont pas artistiquement reconnus comme les tragédies : ils ne sont pas éternels, ils n’auront jamais la postérité pour eux. Pourtant c’est très difficile de faire rire, beaucoup plus difficile que de faire pleurer.

J’ai donc essayé Platane, sous l’influence de la méga promo, et pour les beaux yeux cendrés de Monica Bellucci au Grand Journal.

Malgré les efforts louables (qualité technique, originalité), je n’ai pas marché… L’argument est louable : au moment où Eric et Ramzy lance une suite à H, Eric percute un platane et sombre dans le coma. Il se réveille un an après, la série a continué sans lui (et l’intérêt de Platane est bien dans la satire de Canal+ et du monde du cinéma) Le voilà obligé de se trouver un nouveau projet… Mais évidemment, ce n’est pas une sinécure, car Eric n’est pas si sympa qu’il en a l’air…

Je tenterais une deuxième incursion, mais je ne vous promets rien…




lundi 29 août 2011


La nouvelle nouvelle guerre des boutons
posté par Professor Ludovico

C’est l’histoire d’une guerre, souterraine, secrète, mais une guerre quand même. Cette guerre, c’est la guerre des boutons. Rappel des faits : en 1912, Louis Pergaud écrit La Guerre des Boutons, le livre, qui deviendra un film drolatique d’Yves Robert, en 1955. (Je peux écrire drolatique, parce que je ne l’ai pas vu, le film….)

Mais grâce à lui, les aventures de Petit Gibus deviennent cultes, comme les répliques « Si j’aurais su, j’aurais po v’nu ! »

Aujourd’hui, le livre est tombé dans le domaine public. Marc du Pontavice, ancien de la Gaumont et producteur de Gainsbourg, Vie Héroïque, flaire la bonne idée, pas chère (pas de droits à payer, malgré une notoriété inentamée : faisons un remake !). Un projet est lancé, sous la direction de Yann Samuell (Jeux d’Enfants) avec notamment Alain Chabat et Mathilde Seigner.

Mais Thomas Langmann (Astérix, Le Boulet) a eu la même idée. Il a monté lui aussi un projet, autour de Christophe Barratier (Les Choristes) et de Kad Merad et de Gérard Jugnot. Le conflit ne peut se régler devant les tribunaux, puisqu’il n’y a plus de droits cédés. Ca sera donc la guerre. On appelle comédiens, techniciens, décorateurs, et on menace « si tu fais La Guerre des Boutons avec Machin, tu ne travailleras plus jamais dans le cinéma français* », entre autres amabilités.

Moralité : deux films sortent, à une semaine d’intervalle (14 et 21 septembre), sans argumentaire marketing sérieux pour faire pencher la balance. D’un côté, l’humour Nuls, la sensibilité et l’esthétisme façon Yann Samuell, de l’autre le plus franchouillard, façon Choristes, Barratier-Merad-Jugnot. Il n’y aura à l’évidence aucun vainqueur, mais deux perdants. D’abord parce que personne de sensé n’ira voir les deux. Et que même si l’un l’emporte sur l’autre, il perdra quand même, mathématiquement, une bonne partie des entrées de son adversaire.

Petits dégâts collatéraux : comment sera géré la promo ? Invitera-t-on en même temps Kad Merad et Alain Chabat aux Enfants de la Télé ? Osera-t-on leur poser une question sur le ridicule de la situation ? Et si on ne le fait pas, c’est l’interviewer qui sera ridicule, d’enchaîner ainsi, sans rien dire, la promo du même film. Et cela promet aussi une belle foire d’empoigne lors des diffusions télé : « Si tu achètes la Guerre de Machin, n’espère pas avoir mon Astérix IV ! »

Rien de grave à tout cela, mais plutôt un sujet de rigolade, assez fréquent si on y regarde de plus près : il y a deux Borgia à la rentrée : celui que Canal+ a produit, écrit par Tom Fontana, et celui que Canal+ a acheté à Showtime, et qui est déjà diffusé partout dans le monde. Si Canal l’a acheté, c’est pour éviter de se faire griller deux fois. Une fois à l’international (c’est fait, personne n’achètera les Borgia façon Canal), et une fois en France (pas question que M6 ne diffuse un Borgia Showtime avant le mien)…

De même, 1998 vit l’affrontement titanesque de Deep Impact et d’Armageddon, sur le même sujet météoritique : Le Simpson-Bruckheimer l’emporta localement, laissant la victoire international au mélo de Mimi Ledder…

*Selon la formule célèbre de Julia Philips : « You’ll never eat lunch in this town again », titre de son livre de révélations sur Hollywood, et menace sous-tendue si elle publiait lesdites révélations. Quatre prostituées d’Hollywood reprirent l’idée dans leurs propres confessions « You’ll Never Make Love In This Town Again »




lundi 15 août 2011


Hollywood Crime Stories
posté par Professor Ludovico

Tout le monde ne peut pas lire la bible, c’est à dire Hollywood Babylon, le chef d’œuvre introuvable de Kenneth Anger. Hollywood Babylon racontait les anecdotes les plus crues, les plus trash, les plus violentes de l’usine à rêves pendant son âge d’or, c’est à dire les années 20-30. Un livre vient de sortir en français sur le même sujet, moins bien écrit, mais qui vaut le détour. D’autant plus que Hollywood Crime Stories ajoute quelques chapitres français à cette histoire : Max Linder et son suicide en couple, Jean Seberg et son suicide en R5, les mauvaises fréquentations d’Alain Delon (l’affaire Markovic) ou de Gérard Lebovici.

Lecture donc indispensable au CineFaster, qui se passionne pour les coulisses, ou pour l’historien, qui adore les mises en perspectives. Ici, on notera que Lady Gaga ou Paris Hilton passeraient pour des bonnes soeurs face aux turpitudes des people californiens : détournement de mineures (Charlie Chaplin), viol, orgies (Fatty Arbuckle, sorte de John Goodman années 10), meurtre (William Desmond Taylor), drogues (Olive Thomas)… On suivra aussi avec intérêt l’histoire de John Holmes, star du porno américain, dont la déchéance criminelle inspirera deux films, l’un médiocre (Wonderland), l’autre un chef d’œuvre instantané (Boogie Nights)

Hollywood Crime Stories, sexe, mensonges et violences dans le monde du cinéma, de Vincent Mirabel, éditions First Document




vendredi 12 août 2011


Le Gamin au vélo, deuxième
posté par Professor Ludovico

Une des passions secrètes du Professore, c’est le scrapbooking. On achète des grands cahiers noirs destinés à la compta, on découpe des articles, des photos, des tickets de cinéma, et on colle ça au petit bonheur la chance. On fait ça en vacances, une fois qu’on a accumulé trois kilos de vieux journaux… Et là, au dos d’un article sur Lady Gaga qu’on est en train de découper, une perle : un article sur les frères Dardenne au Festival de Marrakech, pre-Gamin au vélo.

O joie ! Nos intuitions d’aujourd’hui soudain corroborées par un article venu du passé, on se croirait dans une nouvelle de Philip K. Dick adaptée par John Woo, avec Nicholas Cage dans le rôle du Professore…

Et là, je cite, Libération du 15 décembre 2010, « Marrakech ouvre l’atlas du cinéma » : « A chaque fois, on se dit pas de plan séquence… et puis on craque. On aime le plan séquence parce qu’on aime pas couper, on ne sait pas couper » On avait remarqué.
Et deuxième citation : « Il ne s’agit pas de peindre la vie, il s’agit de faire une peinture vivante […] De toutes façons, ce que l’on attend des acteurs, c’est qu’ils ne jouent pas… »

Merci les gars. On avait compris.




mercredi 10 août 2011


Woody, Paris-New-York, New-York-Paris
posté par Professor Ludovico

Dans le TAL (Trucs à Lire) qui traîne aux pieds du lit vacancier un Nouvel Obs de juillet. Vieux réflexe d’attaché de presse, je lis tout, même le magazine bobo moralisateur à demeures de charme …

Et là, p.21, l’info toute crue qui ravit le Professore. Midnight in Paris*, le dernier Woody Allen, est devenu le plus gros succès du cinéaste New-Yorkais, dépassant Hannah et ses soeurs : 4 millions de dollars de recettes.

Que d’infos en une si petite brève ! D’abord, parce qu’on nous signale au passage que Woody, enchaînant les flops, était obligé de trouver ses financements à l’étranger, d’où sa période anglaise (Match Point), espagnole (Vicky Cristina Barcelona) et francaise… Grâce aussi aux déductions fiscales que propose la vieille Europe… Quoi ? L’Amérique, Land of Opportunity, serait odieusement taxatrice ??? Cela ne surprendra que les contempteurs habituels des impôts-qui-écrasent-l’initiative-individuelle, et qui me connaissent les fonctionnements US en la matière.

Ensuite, on notera qu’un succès de Woody aux USA, ce n’est que 400 000 personnes…

Enfin cela vient corroborer notre théorie des amours contrariés franco-americains : si les américains privilégient Midnight in Paris, c’est probablement parce que le Woody y livre une vision carte postale de la capitale, tout comme le plus gros succès français de Woody en france est évidemment… Manhattan.

*J’ai failli y aller, selon le syndrome aixois, mais j’ai renoncé, grâce à une belle fièvre.




vendredi 5 août 2011


Le Gamin au Vélo
posté par Professor Ludovico

Allez, ça continue ! Malgré la Fatwa lancée par Faram el Keeper, St Jérôme, dit « le Serpent du Tout-Puissant » Michel le Vaillant, Maître du Temple de Saint-Jean d’Acre depuis 1213, je brave l’interdit : je vais voir mon premier Dardenne.

Que les choses soient bien claires :

– Je n’ai rien contre le cinéma français ; malgré les chroniques comminatoires, injustes, à charge, vachardes, méprisantes, condescendantes dont j’ai pu l’affubler ici, j’aime le cinéma français. Celui de l’Age d’Or des années 30-40, (Quai des Brumes, Les Enfants du Paradis, Le Jour se Lève, …), celui des classiques des années 50 (Les Diaboliques, La Traversée de Paris…) Ou pas classiques (Godard and co…), celui des années 60-70 (Rappeneau, Boisset…), des années 80, ou d’aujourd’hui (Desplechin, Audiard, Klapisch…)

– J’aime le cinéma d’auteur : Fellini, Antonioni, Welles, Kubrick, Despleschin, Lynch, Fincher…

– J’aime la Belgique : Hergé, Brel, Simenon, Poelvoorde, Eddy Merxcx…

Mais voilà, il faut le dire, le cinéma des frères Dardenne (sur la base d’un seul film, je le reconnais) est proche du degré zéro de la performance artistique.

Prenons un exemple extérieur, pour mieux nous faire comprendre; imaginons que l’on demande à des artistes de nous représenter un vélo. Oui, un vélo.

Gainsborough* magnifierait la campagne anglaise en posant le vélo le long d’un chemin du Sussex. Roger van der Weyden ne peindrait que sept rayons au vélo, voulant symboliser par là même les Sept Vertus Cardinales, tandis que Georges de la Tour les peindrait tous, pour montrer comment le reflet d’une bougie les affecte chacun différemment. Picasso dessinerait des roues carrées, pour montrer l’absurdité de la vie, et Damien Hirst détruirait au bulldozer un vélo par jour, pour dénoncer la société de consommation…

Tout ça, que vous l’aimiez ou non, c’est de l’Art. C’est un message, une position face à la vie.

Et les frères Dardenne, dans tout ça ? Les deux belges achètent un jetable chez l’épicier du coin, prennent le vélo en photo devant l’épicerie et se barrent avec la caisse en hurlant « Nous filmons la réalité !!! »

Ce qui prouve qu’ils n’ont rien compris à leur devoir d’artiste. Si on filme la réalité, c’est qu’on fait du documentaire, ce qui est un autre – et noble – métier. Comme le disait Emmanuel Krivine, le créateur du Village Français, «On ne va pas au cinéma voir comment les choses se sont exactement passées. ».

Aucun point de vue, aucun message, aucune espèce de travail sur l’image, le son, le cadrage, le jeu d’acteur : le cinéma des Dardenne, c’est en fait une ode à la fainéantise. Je déteste habituellement cette phrase, mais ici elle s’applique parfaitement : « N’importe qui pourrait faire pareil ». Essayez ! Prenez votre iPhone, trois-quatre copains, un vélo, un gosse, je vous jure que vous faites le même film.

Il y a pourtant de quoi faire dans le sujet : l’abandon d’enfant, le désir maternel, le recrutement des petites mains par les caïds des banlieues… Il y a aussi des pointures (Cécile de France, Jérémie Régnier) mais non, les frangins posent leur caméra, ça tourne, elle est bonne…

Ce cinéma de l’inutile que nous propose les frères Dardenne ne vise en réalité qu’un seul public, celui du cinéma lui-même, celui qui s’accorde des subventions (« banlieue »-« enfance »-« rédemption » étant les mots de passe pour accéder à l’Avance sur Recettes), et qui s’autocongratule dans le monde clos des célébrations professionnelles (César des Ours de la Mostra des Alpes Maritimes)… Un monde où l’on peut donner deux palmes déjà aux frères Dardenne, mais zéro à Kubrick, zéro à Welles, Bergman, Truffaut, etc.

Pas de quoi s’énerver, donc, car justice est déjà faite : les films des frères Dardenne n’ont jamais rencontré de succès public, ne passent pas à la télé (odieux complot contre la Culture), et seront vite oubliés comme de mauvais jambon-beurre de supermarché…

Les artistes officiels finissent toujours à la poubelle…

*Je sais, Gainsborough n’avait pas de vélo…




février 2026
L M M J V S D
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
232425262728