[ Les gens ]



vendredi 31 août 2012


Cosmopolis
posté par Professor Ludovico

Comme disait Kubrick, « Mieux vaut adapter un roman de gare qu’un chef d’œuvre… »

David Cronenberg, comme d’autres, a subi les affres de la Valse à Trois Temps. Son œuvre a commencé dans les bas fonds du cinéma d’horreur (Chromosome 3, Scanners). Il y a gagné quelques galons, mais surtout, contrairement à d’autres, cela lui a permis de s’extraire du ghetto gore pour peu à peu, proposer une œuvre plus singulière. Dans cette deuxième phase, il y a gagné une crédibilité critique, même si le trash restait sa marque de fabrique (La Mouche, Faux Semblants). Emergeant sur une plateforme plus consensuelle, il a continué à choquer le bourgeois, mais en proposant une œuvre auteuriste (l’excellent Faux Semblants, l’adaptation ratée du Festin Nu, l’adaptation réussie de Crash)… Mais à force de se retrouver en couverture des Cahiers et de Positif, d’être invité à Cannes, son cinéma s’est embourgeoisé jusqu’à l’insupportable (A History of Violence, Les Promesses de l’Ombre, A Dangerous Method).

Mais comme Luc Besson et Ridley Scott, Cronenberg a un don : pitcher – sur le papier – des sujets a priori irrésistibles au Professore. Donc, malgré tout ce que je sais du déclin irrattrapable du génie canadien, et malgré les avertissement du Kremlin, je vais voir Cosmopolis. Pour une seule et bonne raison : Don De Lillo.

De Lillo est probablement le plus grand écrivain américain vivant de ces quarante dernières années. Une œuvre immense, sûrement une des meilleures descriptions de l’Amérique d’aujourd’hui. Son principal roman, Outremonde, décrit par exemple l’histoire des Etats Unis de 1945 à nos jours, en suivant l’itinéraire d’une balle de baseball. Dans Libra, il « voit » l’attentat de JFK du point de vue de Lee Harvey Oswald. Dans L’homme qui tombe, il évoque les 11 septembre entre deux rescapés. Son œuvre est visionnaire, et a souvent fait croiser fiction et réalité. Ainsi, dans Les Joueurs, De Lillo imagine un attentat au World Trade Center, tout en l’interlaçant avec la spéculation monétaire.

C’est aussi le sujet de Cosmopolis, un livre mineur, mais qui trace le portrait glacial d’un jeune trader milliardaire qui spécule contre le yen. Celui-ci traverse New York en limousine, coincé dans un gigantesque embouteillage, fruit de plusieurs événements chaotiques : un Occupy Wall Street d’avant l’heure (le livre date de 2003), la visite du Président, la mort d’un rappeur célèbre, et un attentat en Corée contre le Président du FMI. La majeure partie de l’intrigue se passe dans la limousine où Eric, le trader, rencontre ses collaborateurs, baise son ex, converse avec son épouse, et se fait faire un examen prostatique.

Que ce livre ait intéressé Cronenberg, on n’en doute pas. Qu’il ait réussi à convaincre quelques producteurs (français), pas étonnant. Qu’il ait embarqué le jeune Pattinson dans cette galère intello, normal, et même point de passage obligé dans la carrière d’un artiste de son âge (voir Shia LaBeouf /Lars von Trier).

Mais c’est à la lecture du script, au montage, que tout ce petit monde aurait du se rendre compte que quelque chose clochait. D’abord, parce que Cronenberg s’est contenté de reprendre tel quel les dialogues du roman (il a seulement transformé le Yen en Yuan et enlevé la scène de tournage). Or le style de De Lillo est abscons, à la limite de la poésie. Les personnages y sautent du coq à l’âne, et l’écrivain se donne rarement la peine d’expliquer où, et quand, se déroule la scène. Ce qui marche en littérature (où le style est tout), devient un atroce verbiage dans le film. Pire, Cronenberg ne coupe rien, ce qui rend chaque scène non seulement incompréhensible, mais interminable.

Enfin, le style Cronenberg a vieilli. Impossible de filmer une limousine comme il le fait dans le premier plan, ou les acteurs face caméra récitant un texte que, visiblement, ils ne comprennent pas, avec des costumes ridicules pour des gens de ce niveau social. La déco est pathétique, le cadrage est inintéressant, les lumières basiques, et les scènes de Limo sont filmées sur un fond bleu. Inacceptable aujourd’hui, quand on sort de Margin Call, filmé avec autant de réalisme que de grâce*, par un réalisateur de pub dont c’est le premier film, alors que Monsieur Cronenberg a quarante ans de carrière.

David Cronenberg est mort en temps qu’artiste, il faut l’accepter.

* Margin Call a couté 3M$, et Cosmopolis 20M$. Cherchez l’erreur.




vendredi 31 août 2012


Le vrai visage de Clint Eastwood
posté par Professor Ludovico

Clint Eastwood est républicain. Ce n’est pas une tare en soi, beaucoup de gens talentueux à Hollywood le sont : Zack Snyder, Jerry Bruckheimer…

Mais, hier, le grand Clint est monté à la tribune de Tampa Bay pour soutenir Romney-Ryan, probablement le ticket le plus réactionnaire depuis la candidature de Barry Goldwater en 1964. Ces braves gens réclament (en gros) la peine de mort partout et l’avortement nulle part. Clint ne s’est pas contenté de faire une apparition, il s’est fendu d’un discours particulièrement démago, et anti-Obama.

C’est son droit.

Ce qui est cocasse là-dedans, c’est surtout l’admiration sans borne qui règne en France autour d’Eastwood, et tout particulièrement dans la presse de gauche*. A l’instar de Woody Allen (à l’autre bord politique), tout ce que fait le grand Clint est « le nouveau chef d’œuvre de Clint Eastwood » (on notera l’aspect unique du « le », dont la répétition année après année ne cesse de faire sourire).

Bref, Eastwood a fait des bons films, voire des très bons (Un Monde Parfait, Sur la Route de Madison, Million Dollar baby, Mémoires de Nos Pères**). Depuis, il vit sur ce capital de sympathie et enchaîne, il faut bien l’avouer, des nanars (L’Echange, J. Edgar, Gran Torino).

Espérons que le discours droitier de Eastwood Clint fera ouvrir les yeux sur l’œuvre de Clint Eastwood au trio Télérama-Libé-Inrocks.

* dans la même dimension, 24, la série la plus fascisante qui soit recueille aussi l’admiration du même type de presse

**Je ne suis pas un fan d’Impitoyable




lundi 20 août 2012


Tony Scott, un ouvrier à Hollywood
posté par Professor Ludovico

Triste nouvelle ce matin en ouvrant Internet : Tony Scott est mort. Pire, il s’est suicidé, en se jettant d’un pont de San Diego.

Tony Scott, frère de Ridley, était un pilier de l’analyse CineFastienne. Réalisateur de 26 films, dans la grande tradition des faiseurs d’Hollywood, producteur de films et de séries, publicitaire renommé, il s’était fait connaître par Les Prédateurs, et son célèbre trio vampirique Sarandon-Bowie-Deneuve.

Immédiatement repéré par les Simpson-Bruckheimer, il enchaînera avec eux pendant quinze ans quelques joyaux de la GCA (Top Gun, Le Flic de Beverly Hills II, Jours de Tonnerre, Revenge, True Romance, USS Alabama, Ennemi d’Etat).

La décennie 2000 verra son talent s’émousser, trop marqué par ce style coloré des productions Bruckheimer, désormais partout, et repris par ses propres disciples (Michael Bay).

Pendant ce temps, Don Simpson mourrait et Jerry Bruckheimer assurait un tournant plus familial à ses productions.

A partir de là, Tony Scott tournera surtout avec Denzel Washington (Man on Fire, Domino, Déjà Vu, L’attaque du Métro 1 2 3, Unstoppable) ; il produira aussi des séries (Numb3rs, The Good Wife, Les Piliers de la Terre…)

Son cinéma était efficace, puissant, toujours au service de ses histoires. Il n’a jamais eu la prétention des œuvres de son frère Ridley, ce qui explique qu’il n’a réalisé aucun chef d’œuvre, mais aussi qu’il a échappé à la vindicte des déçus.

Le cinéma de Tony Scott était dans la pure tradition Hollywoodienne.




mardi 24 juillet 2012


Batman begins, returns, rises
posté par Professor Ludovico

Ça y est je me suis lancé enfin dans la « Trilogie Nolan » ; j’ai vu Batman Begins, The Dark Knight, et bientôt en salle : The Dark Knight Rises.

En prolégomènes (ça fait toujours bien de dire « en prolégomènes »), je dirais ceci : on peut habiller une vache avec une robe de mariée, ça restera toujours une vache. Même quand Karl Lagerfeld s’appelle Christopher Nolan.

Car Batman, arrêtons ce relativisme geek et honteux, c’est quand même pas Dostoïevski ! Les comics, c’est pas Tintin ! C’est pas Moebius non plus… Si l’on extrait quelques œuvres marquantes (From Hell par exemple), le reste tient plus de la littérature jetable, certes parfois de qualité, mais jetable quand même.

Donc, quand Christopher Nolan joue l’ambition (« Vous allez voir ce que vous allez voir ! »), on peine à oublier la faiblesse du propos : des méchants sont en ville, ils ourdissent un plan capillo-tracté de domination mondiale et de destruction universelle, tandis que Batman se pose des questions métaphysico-existentielles, et finit par résoudre ces questionnements jungiens à coup de latte dans la gueule.

Mais prétentieux ne veut pas forcément dire ennuyeux, donc, dans le détail, ça commence juste en dessous.

Batman Begins
The Dark Knight
The Dark Knight Rises




lundi 18 juin 2012


Prometheus, deuxième couche
posté par Professor Ludovico

Je n’ai pas eu le courage mais quelqu’un l’a fait. Sur l’excellent site Sens Critique, Lomig, de sa plus belle plume, s’est amusé à lister 221 lignes d’incohérences scientifiques, psychologiques, scénaristiques, qui parsèment la grosse bouse d’origine extraterrestre Prometheus.

A lire d’urgence, surtout si on a vu le film.




samedi 16 juin 2012


Adieu Thierry…
posté par Professor Ludovico

On parle de temps en temps de sport sur CineFast, mais aussi de stars. L’une d’elle vient de s’éteindre, elle n’a joué dans aucune série à succès, et n’a jamais fait (à notre connaissance*), ses débuts au cinéma. Mais c’est une star.

Il en va ainsi avec le temps, qui efface tout, même les blessures. Ainsi Thierry Roland, vilipendé à longueur d’articles vengeurs, détesté, moqué, parodié, se trouve soudain sanctifié sous le fallacieux prétexte qu’il est mort.

Le Professore ne vaut pas mieux que les autres : il a craché dans la soupe Rolandaise, jusqu’à ce merveilleux soir de juin 1998 : « Maintenant on peut mourir… Enfin, le plus tard possible ! »
Comme si on découvrait, comme dans le Tandem de Patrice Leconte, un autre Thierry Roland : celui qui, depuis 50 ans, couchait dans des hôtels de seconde zone, se tapait des matches merdiques à 0-0 dans des pays aussi riants que les Iles Faeroe, tout ça pour une seule obsession, la nôtre : un petit ballon rond, vingt-deux types en short, et un autre encore plus ridicule, habillé en noir…

Des milliers de matches, des millions de passes, des milliards de tirs, dont une grande partie non cadrés.
Mais la France était Championne du Monde, et Thierry pouvait partir tranquille, au paradis des chroniqueurs sportifs, tout aussi malade que lui, les Chapatte, Gilardi, Couderc, Zitrone.

Pas forcement des mecs biens, mais des passionnés. Car on pleure plus « nos années Thierry Roland » que le mec lui-même. Il en sera de même pour d’autres stars, comme Delon, Depardieu, ou Adjani. « Je ne l’aimais plus trop, mais ça m’a fait quelque chose ».

Adieu Thierry, on t’aimait bien (finalement) !

* Assertion partiellement fausse : http://www.imdb.com/name/nm0738089/




jeudi 31 mai 2012


Nanni Moretti a toujours raison (part deux)
posté par Professor Ludovico

« Je suis désolé de dire une chose aussi banale, mais je ne comprends toujours pas pourquoi tant de spectateurs ne parviennent pas à couper leur mobile pendant une heure et demie. Quand je vais au cinéma, ça me rend fou. Pas seulement le bruit, même la luminosité d’un portable dans l’obscurité me dérange profondément. »

Pas mieux, Nanni.

NB même interview de Libé que là.




mercredi 4 avril 2012


Chroniques de désastres annoncés
posté par Professor Ludovico

C’est un des fardeaux du CineFaster ; sentir les viandes faisandées avant qu’elles n’arrivent chez votre boucher local, MK2 ou UGC…

Deux exemples qui ne sentent pas bon en ce moment : Twixt et Sur la Piste du Marsupilami. Twixt, c’est le nouveau Coppola. Dans notre beau pays où il-n-y-a-que-des-artistes-et-pas-d-odieux-producteurs, on s’efforce de croire qu’il existe encore un Artiste Maudit appelé Francis Ford Coppola. Pourtant, il n’a réalisé que deux véritables chefs d’œuvres, Le Parrain et Apocalypse Now!, et quelques films intéressants, Rusty James, Conversations Secrètes, Cotton Club ou Jardins de Pierre.

Cette fois-ci, le mangeur de spaghetti et viticulteur nous revient avec une sorte de polar mystique, avec comme tête de gondole Val Kilmer version Maïté (110kg), Twixt ! Un film craspec tourné en vidéo HD et avec des images-qui-font-peur-façon-Tim-Burton. Indice de tomates pourries dans la cagette : 90%.

L’autre, c’est la comédiepourenfantsfaçonalainchabat, Sur la Piste du Marsupilami. Là, plusieurs indices concordent : une bande annonce bien pourrie, très années 60, avec des gags rances qui font pas trop peur aux mamans, et une campagne de pub au contraire un peu trash, avec quelques sous-entendus sexuels douteux en vue des spectateurs visés ; mais surtout, nous disposons, en direct de Notre Agent au Kremlin, d’informations de première main sur le budget « images de synthèse », raboté par la production. Pas de bol, c’est le seul moment un peu magique de la bande annonce.

Après, c’est vous qui voyez…




vendredi 16 mars 2012


Jurassic Park 2, Le Monde Perdu
posté par Professor Ludovico

S’il devait rester un seul film pour démontrer le génie de Steven Spielberg, ce serait sûrement celui-là. Car Jurassic Park, 2ème du nom, n’a a priori rien pour lui : pas de background historique qui vous pose un homme (La Liste Schindler, Amistad, Munich), pas d’acteur-phare consensuel (Tom Hanks dans Il Faut Sauver le Soldat Ryan), pas de concept-hero qui déchire (Indiana Jones), ou de magie de l’enfance (E.T.), pas de suburb américaine (La Guerre des Mondes) ou de monstres captivants (Rencontres du 3ème Type), pas de révolution technologique (la 3D de Jurassic Park) ; non, Le Monde Perdu n’a rien pour lui. Juste une volonté : faire du pognon, vendre des jouets, sucer la moelle de la franchise jusqu’à l’os.

C’est là que l’incroyable talent de Spielberg se manifeste, en magnifiant cette feuille de route vaste comme un ticket de métro. Un talent omniprésent, de la mise en scène au scénario (signé David Koepp), des acteurs principaux (Jeff Goldblum) aux seconds rôles (Julianne Moore, Pete Postlethwaite, Peter Stormare…)

Commençons justement par les acteurs. Dans Jurassic Park, Goldblum jouait le rôle du sidekick de luxe. Dans Le Monde Perdu, il devient le héros, doté lui-même d’une sidekick, son improbable fillette, noire (Vanessa Lee Chester), d’une épouse (Julianne Moore, qu’il n’embrassera pas une seule fois, Spielberg a décidément un problème avec le sexe), d’un reporter de guerre activiste écologique (sic, Vince Vaughn dans un de ses premiers blockbusters), et d’un scientifique craintif (Richard Schiff, pas encore notre Toby A La Maison Blanche).

Goldblum est parfait, comme d’habitude, mais il est parfaitement parfait dans ce Jurassic Park-là ; car il faut toute sa décontraction classieuse pour participer à cet horrible projet de sequel et s’en moquer en même temps. Ainsi selon l’une de ses premières répliques, Spielberg parle en direct au spectateur. « Je sais que tu es venu voir encore des dinos, semble nous dire le réalisateur, des types qui se font bouffer, des gamins qui hurlent et des bagnoles qui explosent ; ne t’inquiètes pas, j’ai tout ça dans ma besace ! » À un personnage qui s’extasie devant les premiers gentils stégosaures, Jeff Goldblum se fait alors le porte-parole du programme Spielbergien : « Oooh! Ahhh! That’s how it always starts. Then later there’s running, and screaming… »

Ce programme va être déroulé pendant deux heures à un rythme de plus en plus soutenu, entièrement basé sur le principe hitchcockien de l’ironie dramatique (les spectateurs savent, et nos héros ne savent pas), et enchaîner perf sur perf : la scène du camping-car, le safari, la pause pipi, la poursuite dans la brousse, la scène finale à San Diego. Pas une minute, Spielberg ne lâchera le morceau : du hamburger, mais cuit à la bonne température, avec juste ce qu’il faut de ketchup et de cheddar. C’est bien pour ça qu’on retourne chez McDo, non ? Retrouver toujours le même BigMac.

Spielberg se paie même le luxe d’ajouter quelques subtilités (dialogues understatement, personnage atypique du chasseur malheureux, et cet aveu, tellement gros qu’on ne peut imaginer une seule seconde qu’il ne soit pas autobiographique, issu de la bouche de la fille de Jeff Goldblum : « Tu aimes les enfants mais tu n’aimes pas être avec eux ! »

Ce Spielberg sarcastique, nous l’avons malheureusement perdu de vue depuis ses « grands films ». On aimerait retrouver ce Spielberg-là, dans un projet léger, fun, une nouvelle franchise à deux balles, et pas dans Cheval de Guerre ou Terra Nova, dont on est sûr qu’il n’a écrit aucune ligne…




dimanche 11 mars 2012


Moebius
posté par Professor Ludovico

Jean Giraud, alias Gir, alias Moebius, quasi inconnu du grand public, est une légende. Cette légende vient de s’éteindre à 73 ans, et c’est bien trop tôt pour tout le monde.

Car Moebius était un immense dessinateur, aux techniques multiples, un défricheur, et une grande influence sur le cinéma mondial.

Son histoire elle-même est étonnante : dessinateur classique, chapeauté par son mentor, le scénariste Jean-Michel Charlier, Jean Giraud crée Blueberry, probablement la série la plus passionnante de la BD francaise, faisant évoluer son personnage (et son dessin) de manière incroyable en 50 ans d’existence. Mais c’est la rencontre avec Druillet et Jean-Pierre Dionnet, qui mènera à la fondation du magazine Métal Hurlant, qui sera l’élément déclencheur.

Comme cela est magnifiquement raconte dans Métal Hurlant, La Machine à Rêver, de Gilles Poussin et Christian Marmonnier, c’est le jeune Dionnet (28 ans) qui pousse au cul le plus vieux (Jean Giraud, 37 ans), le plus expérimenté, le plus connu, à sortir des sentiers battus, n’hésitant pas à refuser purement et simplement ses planches trop conformiste du dessinateur-star. Il « décoince » Giraud, l’incitant à faire ce qui lui plait (de la SF) ; il fait sortir de la chrysalide Giraud le papillon Moebius. Un chef d’œuvre en éclôt : Le Garage Hermétique. Une œuvre tellement influente que quand Métal, au sommet de sa notoriété, ouvre sa succursale US en 1977, des petits jeunes méconnus (Spielbarg, Lucas, Ridley Scott…) se pressent au cocktail new yorkais pour rencontrer la légende.

C’est ainsi que Moebius allait devenir cette référence graphique, et participer à quelques chef d’œuvres (le projet avorté Dune, Alien, Blade Runner, et évidemment, le très Moebiusien Tron), puis Willow, Abyss, Le Cinquième Élément.

Souvent citée par les réalisateurs, son œuvre dessinée, trop délirante, trop poétique, n’a pas encore connu d’adaptation satisfaite. Même Blueberry, écrit au cordeau par Maître Charlier, a (parait-il) été massacré par Jan Kounen.

Pour l’anecdote (que je tiens de Michel Vaillant lui-même), Jean Giraud vint un jour déjeuner sur le plateau de Blueberry. Ils se mettent évidemment à parler BD, et Jan Kounen confie sa passion pour Moebius. « J’aimerais bien le rencontrer » conclue-t-il, avant que la tablée n’éclate de rire.

Espérons que son décès libère désormais l’imagination des adaptateurs.




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