[ Le Professor a toujours quelque chose à dire… ]

Le Professor vous apprend des choses utiles que vous ne connaissez pas sur le cinéma



mercredi 4 avril 2012


Blackout
posté par Professor Ludovico

Chers CineFasters,

Vous êtes resté 72h sans votre boussole cinéphilique, et soyez en assurés, c’est bien malgré nous. Pour d’obscures raisons informatiques, qu’il serait fastidieux d’expliciter ici, et malgré les efforts déployés par le Snake au cœur même de son week end, le site vient seulement d’être rétabli.

On espère que vous n’en avez pas trop été affectés et que vous en avez profité pour aller au cinéma. Nous en avons consacré ce temps libre, pour notre part, à écrire quelques chroniques qui vont débouler dans les heures qui suivent : Marsupilami, John Carter, et peut-être même une analyse pointue de The Social Network (encore !), L’Année du Dragon… préparez les pop corn !

Bref CineFast is back, Never Give up, Never Surrender !




vendredi 16 mars 2012


Jurassic Park 2, Le Monde Perdu
posté par Professor Ludovico

S’il devait rester un seul film pour démontrer le génie de Steven Spielberg, ce serait sûrement celui-là. Car Jurassic Park, 2ème du nom, n’a a priori rien pour lui : pas de background historique qui vous pose un homme (La Liste Schindler, Amistad, Munich), pas d’acteur-phare consensuel (Tom Hanks dans Il Faut Sauver le Soldat Ryan), pas de concept-hero qui déchire (Indiana Jones), ou de magie de l’enfance (E.T.), pas de suburb américaine (La Guerre des Mondes) ou de monstres captivants (Rencontres du 3ème Type), pas de révolution technologique (la 3D de Jurassic Park) ; non, Le Monde Perdu n’a rien pour lui. Juste une volonté : faire du pognon, vendre des jouets, sucer la moelle de la franchise jusqu’à l’os.

C’est là que l’incroyable talent de Spielberg se manifeste, en magnifiant cette feuille de route vaste comme un ticket de métro. Un talent omniprésent, de la mise en scène au scénario (signé David Koepp), des acteurs principaux (Jeff Goldblum) aux seconds rôles (Julianne Moore, Pete Postlethwaite, Peter Stormare…)

Commençons justement par les acteurs. Dans Jurassic Park, Goldblum jouait le rôle du sidekick de luxe. Dans Le Monde Perdu, il devient le héros, doté lui-même d’une sidekick, son improbable fillette, noire (Vanessa Lee Chester), d’une épouse (Julianne Moore, qu’il n’embrassera pas une seule fois, Spielberg a décidément un problème avec le sexe), d’un reporter de guerre activiste écologique (sic, Vince Vaughn dans un de ses premiers blockbusters), et d’un scientifique craintif (Richard Schiff, pas encore notre Toby A La Maison Blanche).

Goldblum est parfait, comme d’habitude, mais il est parfaitement parfait dans ce Jurassic Park-là ; car il faut toute sa décontraction classieuse pour participer à cet horrible projet de sequel et s’en moquer en même temps. Ainsi selon l’une de ses premières répliques, Spielberg parle en direct au spectateur. « Je sais que tu es venu voir encore des dinos, semble nous dire le réalisateur, des types qui se font bouffer, des gamins qui hurlent et des bagnoles qui explosent ; ne t’inquiètes pas, j’ai tout ça dans ma besace ! » À un personnage qui s’extasie devant les premiers gentils stégosaures, Jeff Goldblum se fait alors le porte-parole du programme Spielbergien : « Oooh! Ahhh! That’s how it always starts. Then later there’s running, and screaming… »

Ce programme va être déroulé pendant deux heures à un rythme de plus en plus soutenu, entièrement basé sur le principe hitchcockien de l’ironie dramatique (les spectateurs savent, et nos héros ne savent pas), et enchaîner perf sur perf : la scène du camping-car, le safari, la pause pipi, la poursuite dans la brousse, la scène finale à San Diego. Pas une minute, Spielberg ne lâchera le morceau : du hamburger, mais cuit à la bonne température, avec juste ce qu’il faut de ketchup et de cheddar. C’est bien pour ça qu’on retourne chez McDo, non ? Retrouver toujours le même BigMac.

Spielberg se paie même le luxe d’ajouter quelques subtilités (dialogues understatement, personnage atypique du chasseur malheureux, et cet aveu, tellement gros qu’on ne peut imaginer une seule seconde qu’il ne soit pas autobiographique, issu de la bouche de la fille de Jeff Goldblum : « Tu aimes les enfants mais tu n’aimes pas être avec eux ! »

Ce Spielberg sarcastique, nous l’avons malheureusement perdu de vue depuis ses « grands films ». On aimerait retrouver ce Spielberg-là, dans un projet léger, fun, une nouvelle franchise à deux balles, et pas dans Cheval de Guerre ou Terra Nova, dont on est sûr qu’il n’a écrit aucune ligne…




dimanche 11 mars 2012


Moebius
posté par Professor Ludovico

Jean Giraud, alias Gir, alias Moebius, quasi inconnu du grand public, est une légende. Cette légende vient de s’éteindre à 73 ans, et c’est bien trop tôt pour tout le monde.

Car Moebius était un immense dessinateur, aux techniques multiples, un défricheur, et une grande influence sur le cinéma mondial.

Son histoire elle-même est étonnante : dessinateur classique, chapeauté par son mentor, le scénariste Jean-Michel Charlier, Jean Giraud crée Blueberry, probablement la série la plus passionnante de la BD francaise, faisant évoluer son personnage (et son dessin) de manière incroyable en 50 ans d’existence. Mais c’est la rencontre avec Druillet et Jean-Pierre Dionnet, qui mènera à la fondation du magazine Métal Hurlant, qui sera l’élément déclencheur.

Comme cela est magnifiquement raconte dans Métal Hurlant, La Machine à Rêver, de Gilles Poussin et Christian Marmonnier, c’est le jeune Dionnet (28 ans) qui pousse au cul le plus vieux (Jean Giraud, 37 ans), le plus expérimenté, le plus connu, à sortir des sentiers battus, n’hésitant pas à refuser purement et simplement ses planches trop conformiste du dessinateur-star. Il « décoince » Giraud, l’incitant à faire ce qui lui plait (de la SF) ; il fait sortir de la chrysalide Giraud le papillon Moebius. Un chef d’œuvre en éclôt : Le Garage Hermétique. Une œuvre tellement influente que quand Métal, au sommet de sa notoriété, ouvre sa succursale US en 1977, des petits jeunes méconnus (Spielbarg, Lucas, Ridley Scott…) se pressent au cocktail new yorkais pour rencontrer la légende.

C’est ainsi que Moebius allait devenir cette référence graphique, et participer à quelques chef d’œuvres (le projet avorté Dune, Alien, Blade Runner, et évidemment, le très Moebiusien Tron), puis Willow, Abyss, Le Cinquième Élément.

Souvent citée par les réalisateurs, son œuvre dessinée, trop délirante, trop poétique, n’a pas encore connu d’adaptation satisfaite. Même Blueberry, écrit au cordeau par Maître Charlier, a (parait-il) été massacré par Jan Kounen.

Pour l’anecdote (que je tiens de Michel Vaillant lui-même), Jean Giraud vint un jour déjeuner sur le plateau de Blueberry. Ils se mettent évidemment à parler BD, et Jan Kounen confie sa passion pour Moebius. « J’aimerais bien le rencontrer » conclue-t-il, avant que la tablée n’éclate de rire.

Espérons que son décès libère désormais l’imagination des adaptateurs.




vendredi 24 février 2012


« Gentillet »
posté par Professor Ludovico

On me reproche d’utiliser à tort et à travers, et surtout hors de propos, ce qualificatif. Je vais essayer d’expliquer ce que j’entends par là.

Qu’est-ce qu’être gentillet dans le cadre d’une œuvre ? Disons que c’est quand un artiste essaie de produire une œuvre « confrontante », en clair un truc censé être violent, dérangeant, décapant, mais qu’au final, cette œuvre retombe sur ses pieds bien pensants. Comme une guitare saturée qui se la joue heavy metal dans une chanson de variété : rock, mais pas trop fort…

Ainsi Walking Dead, le comic-book, ou la série, sont des œuvres Gentillettes : situé dans un univers pourtant désespéré (l’Apocalypse Zombie), elles restent finalement dans le créneau très étroit du mélo américain : famille nucléaire, père-mère-fils, aimons-nous-les-uns-autres-bordel-de-merde ! Le moindre franchissement des valeurs familiales est sanctionné ; le personnage s’en excuse d’ailleurs quelques pages plus loin. Comme si personne ne pouvait tromper sa femme ou mentir à son fils après la fin du monde.

Ce n’est pas tant que ces valeurs soient à jeter (elles font parfaitement l’affaire dans Pretty Woman ou dans Tintin), c’est simplement qu’il y a vis-à-vis du public mensonge sur la marchandise. Walking Dead se présente comme une œuvre clivante (zombies, têtes tranchées, el toutim…), ce qui n’est pas le cas de Tintin.

Autre exemple, de deux œuvres prétendument décapantes : Desperate Housewives et Sex and the City. Dans les deux cas, on nous promet que ça va charcler grave sur les femmes d’aujourd’hui. Mais dans Desperate Housewives, on retombe aussi vite sur des valeurs très traditionnelles : madame rentre au foyer, et les vaches sont bien gardées. Sex and the City, au contraire assume ses choix jusqu’au bout. Une série pleine d’empathie pour ses personnages, mais qui n’hésite pas à franchir la ligne jaune… Sans s’en excuser après.

Cela pose, au fond, le problème du réalisme. Dans l’univers de Tintin, il est aisé de comprendre que même si notre reporter belge commet quelques péchés véniels (se saouler, par exemple) ; on sait qu’il expiera bientôt, avec un petit Milou, ange et démon, sur chaque épaule. Les méchants d’ailleurs sont le plus souvent ridicules, et inoffensifs. Mais dans un monde détruit par l’apocalypse, il est difficile d’imaginer que la société n’ait pas évolué un tant soit peu : La Route fournit un aimable exemple, en contrepoint de Walking Dead. Sans aller jusque là, des films aussi différents qu’Esther, Watchmen, Alien vs Predator, La Colline a des Yeux, Spiderman vont au bout de leur situation initiale et en assument les conséquences… Tout comme les conclusions drôles mais pessimistes de Seinfeld répondent à la niaiserie des fins d’épisodes happy-ending-serrons-nous-dans-les-bras de Friends.




dimanche 12 février 2012


Affiche standard
posté par Professor Ludovico

C’est la Professorinette qui me l’a signalé : quelqu’un s’est amusé à regrouper des affiches de cinéma par « cliché ». Par exemple toutes les affiches avec des Grosses Têtes et un Petit Personnage qui Court en Contre Jour sur la Plage.

C’est drôle et vous trouverez plus loin d’autres exemples, comme par exemple, « Dos à Dos », « Au Lit », ou « Entre les jambes »

Qu’est-ce à dire ? Que nous sommes conditionnés, prêts à réagir à n’importe quel stimulus marketing ? Sûrement. Affiche rouge = film de filles ; affiche bleue avec typographie « à empattement »* = film animalier ou écologique ; affiche bleue avec typographie « sans serif »** = film d’action un peu inquiétant, film avec des jambes dessus = sexy + rigolo…

Témoignage, aussi, de la faiblesse créative, ou simplement d’un certain sens de l’affiche qui marche.

Signe surtout, que l’œuvre d’art appartient depuis toujours à un genre, une donnée immuable depuis le théâtre antique : comédie ou tragédie. L’affiche ne fait que transmettre ce message : « Venez donc voir la nouvelle tragédie de …, la nouvelle comédie de… »

Et ça c’est plutôt rassurant…

* à empattement : une typographie classique, avec des petits patins terminant chaque lettre, comme dans la police Times
** sans serif : une typographie sans empattement, comme la typo de ce site




jeudi 26 janvier 2012


Topten 2011
posté par Professor Ludovico

Il est parfois des Topten consensuels, et l’édition 2011 est de ceux-là : il suffit de comparer le classement du Professore :

1 Une Séparation
2 Drive
3 L’exercice De L’état
4 Melancholia
5 Shame
6 Sucker Punch
7 Source Code
8 Scream 4
9 Morning Glory
10 Faites Le Mur

Bottom Five
1 Les Tuche
2 Battle For L.A.
3 Le Gamin Au Vélo
4 A Dangerous Method
5 Les Adoptés

Versus celui de mes petits camarades :

1 Une Séparation
2 Drive
3 La Piel Que Habito
4 Le Discours D’un Roi
5 Polisse
6 The Artist
7 Et Maintenant On Va Où ?
8 Incendies
9 Melancholia
10 Le Cochon De Gaza

Bottom Five
1 Mon Père Est Femme De Ménage
2 Ex-Ae : Tree Of Life
3 Ex-Ae : Black Swan
4 Ex-Ae : Tous Les Soleils
5 L’exercice De L’état

3 films en commun, c’est déjà pas mal.

Point d’étonnement : L’Exercice de l’Etat, qui a déclenché des torrents de critiques pour le moins inattendus chez des pro-cinéma français.

Pour le reste, on est plutôt d’accord : l’affaiblissement formulaïque du cinéma yankee, la consternante constance du cinéma français, et les séries, les séries, toujours les séries : Game of Thrones, Mad Men, Les Tudors

Mais ça ne nous empêchera pas d’aller voir quelques films en 2012…




mardi 3 janvier 2012


Demandez le programme !
posté par Professor Ludovico

Vous vous inquiétez de la sortie du reboot de Spiderman ? Vous voulez déjà acheter vos lunettes 3 D pour le 4 avril 2012, date à laquelle, 100 après*, le Titanic coule à nouveau ? Vous voulez prendre une semaine de vacances pour éviter la ressortie en salles de Jar-Jar Binks ? Tout le programme des deux prochaines années ciné est là, avec des liens menant à chaque film.

Pratique…

 

*à 10 jours près




dimanche 1 janvier 2012


2011-2012
posté par Professor Ludovico

 C’est l’heure traditionnelle des bilans, et avant le Topten traditionnel de la mi-janvier, on peut d’ores et déjà tirer un bilan de l’année, et tirer quelques perspectives sur la comète maya de 2012, qui rappelons-le, détruira l’an prochain notre monde en général et CineFast en particulier*.

Commençons déjà par le box office, français et US, qui nous donnent déjà un bilan « objectif » de l’année. Aux USA, le Top est chiffré : 7, 3, 4, 2, 4, 5, 2. En effet, les sept premiers du Box office sont des suites :

  1. Harry Potter 7 et les Reliques de la Mort
  2. Transformers 3 : La Face cachée de la Lune
  3. Twilight 4 Révélation
  4. Very Bad Trip 2
  5. Pirates des Caraïbes 4 : La Fontaine de Jouvence      
  6. Fast and Furious 5         
  7. Cars 2
  8. Thor
  9. La Planète Des Singes, Les Origines
  10. Captain America : First Avenger

Une preuve de plus, s’il en fallait, de la décadence du cinéma US, incapable de produire de nouveaux sujets lui-même, tous ces films étant des adaptations de livres à succès, de jouets à succès, d’attractions Disneyland à succès… Seuls Cars, Fast and Furious, et Very Bad Trip sont des franchises créées par Hollywood, et on ne peut pas dire qu’elles soient du niveau des Die Hard, des Aventuriers de l’Arche Perdue ou de Star Wars.

La situation française est légèrement plus ambiguë :

  1. Intouchables   
  2. Rien A Déclarer
  3. Harry Potter 7 et Les Reliques De La Mort
  4. Les Aventures De Tintin, Le Secret De La Licorne
  5. Pirates Des Caraïbes 4, La Fontaine De Jouvence
  6. Twilight 4, Révélation
  7. La Planète Des Singes, Les Origines
  8. Le Chat Potté         
  9.  Le Discours D’un Roi
  10. Cars

Deux grosses comédies françaises en tête, puis les mêmes blockbusters…

Pour ma part, je n’ai vu que trois films US du Top10 (Pirates 4, Transformers 3, Captain America), et seul le dernier m’a plu.

Tout est dit. Le cinéma qu’aime le Professore n’est pas dans le Top : Sucker Punch, Source Code, Drive… Coté français, pareil, mon chouchou Le Service de l’Etat n’est pas au Top, assez logiquement. Mais surtout, comme les 50 premiers films ont dépassé le million d’entrée, un film n’y est pas : Jodaeiye Nader az Simin, on en reparlera.

Pour 2012, que souhaiter ? Titanic en 3D, Star Wars 1 en 3D, le prequel d’Alien, Prometheus, Millenium façon Fincher, Sherlock Homes 2, Extrêmement Fort Et Incroyablement Près, le film du 11 septembre d’après Jonathan Safran Foer, Battleship, un nouveau Judge Dredd qui rendra peut-être enfin justice au comics, Bilbo, et Lincoln… aucun doute, chacun aura ses raisons de retourner au cinéma l’an prochain.

Pour ma part, je regarde de plus en plus la télé : 21 films contre 36 au cinéma. Et c’est sans compter les séries, dont Le Trône de Fer, Mad Men saison 5, et quelques autres surprises qui viendront forcément égayer notre année maya.

Bonne année 2012 à tous, au cinéma ou ailleurs…

* Sauf que le Professore a évidemment déjà sa place dans une des Arches de l’Himalaya (avec écran HD et le câble, full options) 




vendredi 30 décembre 2011


Jérôme Commandeur
posté par Professor Ludovico

Le one man show n’a a priori rien à faire sur CineFast, mais il s’agit ici des espoirs qu’on peut mettre dans le comédien Jérôme Commandeur, ou, au delà de ça, de la différence entre un bon acteur et un mauvais texte.

Car Jérôme Commandeur, le spectacle est pas mal, sans plus. Mais on y décèle, et c’est toujours assez rare, un incroyable potentiel. Commandeur est un comédien-né, capable de se transformer sans accessoire aucun, sinon une paire de lunette, en camionneur ou en pimbeche de conseil général. La transformation est totale, et il en joue ; enlevant un moment ses binocles, pour nous rappeler qu’il y a un acteur sous l’espagnole alter mondialiste fan d’Hélène Segarra…

Côté texte, c’est plus faible. La dénonciation habituelle des feignasses de la fonction publique, les absurdités psychothérapeutiques, ou les engagements politiques à la Florent Pagny. La critique est facile, et un peu grossière. On est loin de Gaspard Proust ou Jerry Seinfeld.

Mais pour avoir découvert Commandeur sur Europe1 où il faisait justement du Seinfeld le vendredi matin, à débusquer en entomologiste nos petits tracas du quotidien (le camping, l’apéritif, les visites chez mémé), le Professore sait qu’il en reste sous la pédale. Comme dans Les Tuche, où il ne sauvait pas le film, mais nous distrayait de la médiocrité ambiante en patron de club de gym obséquieux.

Longue vie au Commandeur.




dimanche 18 décembre 2011


Le Royaume Enchanté
posté par Professor Ludovico

De bruit et de fureur. Voilà ce que propose Le Royaume Enchanté, le livre-événement de James B. Stewart, édité chez Sonatine. Pas étonnant que l’auteur fasse référence au grand Will, car toute l’œuvre shakespearienne peut être convoquée dans cette histoire détaillée de l’entreprise Disney, entre 1984 et 2005. Ces vingt ans c’est tout simplement le règne de Michael Ier, Michael Eisner lui-même. D’abord monarque réformateur, l’ancien président de la Paramount deviendra un Richard III paranoïaque et destructeur, érodant ce qu’il avait précisément contribué à construire.

En 1984, il dépoussière pourtant la vieille maison Disney en quelques coups de cuillère à pot marketing : augmenter le prix des parkings de Disneyland, sortir les classiques Disney en VHS, bâtir des hôtels autour des parcs : en un an, Eisner fait exploser les bénéfices d’une maison endormie. Grâce à son numéro 2, Jeffrey Katzenberg, il renoue Disney avec son glorieux passé, mais oublie de le récompenser au passage. Eisner touche en un an 67M$ de prime, et Katzenberg, zéro. Ce dernier se plaint, mais n’obtient rien. Tout juste lui concède-t-on un petit bonus : 2% sur les profits réalisés sur les films produits par lui, mais uniquement quand il aura quitté la société. Katzenberg fulmine : les films sortent au compte-goutte, et il pourrait très bien ne rien toucher du tout ! Sauf qu’en 5 ans (1989-1994) Katzenberg supervise Qui Veut la Peau de Roger Rabbit ? La Petite Sirène, La Belle et la Bête, Aladin et Le Roi Lion. Très vite, Disney lui doit déjà 200M$.*

Le Royaume Enchanté regorge de ces anecdotes qui font la joie du Professore, qui par ailleurs, déteste Disney, n’est jamais allé à Disneyland, et n’a vu aucun dessin animé de l’oncle Walt.

Mais voilà, la meilleure histoire qu’Hollywood ait jamais écrite, c’est elle-même : combats d’egos, millions de dollars, intégrité artistique vs rentabilité marketing, tout y est, et bien plus encore, dans Le Royaume Enchanté. Mieux, on se plaît à se rappeler tout au long de la lecture du livre une partie de nos vies. Car ces événements, même lointains, nous y avons participé : le scandale Eurodisney, la bulle Internet, la fusion Time Warner, le succès surprise de Lost et Desperate Housewives, le départ de Katzenberg pour fonder Dreamworks (Shrek, Nemo, etc…), le succès de Pixar et le clash avec Steve Jobs, vous vous rappellerez sûrement d’un ou plusieurs de ces événements

Car que vous aimiez ou non Disney, il est le plus parfait représentant de cette culture américaine qui se déverse chaque jour dans nos télévisions, PC et iPads.

Une lecture hautement recommandable.

*Un épisode qui en dit long sur la pseudo génie des affaires américain.

Le Royaume Enchanté
James B. Stewart,
Editions Sonatine





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