[ Séries TV ]

Il n’y pas que le Cinéma dans la vie.. y’a aussi quelques séries TV…



vendredi 18 janvier 2013


Petit Eloge de Martin Winckler
posté par Professor Ludovico

C’est un tout petit livre, mais si vous avez des préjugés contre les séries, c’est le livre qu’il faut lire. En même temps, si vous avez des préjugés contre les séries, vous n’êtes probablement pas en train de lire cette chronique.

Dans son Petit Eloge des Séries, Martin Winckler nous apprend tout ce qu’il faut savoir pour regarder une série : pourquoi une sitcom ne se regarde qu’en VO*, pourquoi il ne faut jamais suivre une série sur TF1** ou sur France2***, a fortiori si c’est un chef d’œuvre****, et pourquoi, finalement, le téléchargement est justifiable.

Martin Winckler est un vrai fan, il possède une culture encyclopédique, et a un vrai sens de la pédagogie. Son Petit Eloge, en plus d’être une porte d’entrée vers les séries américaines, est, comme son nom l’indique, une réhabilitation du genre. « Psyché de la société », « Miroir de notre vie », Winckler échafaude, en quelques pages, une théorie de la fiction comme réparatrice, ou consolatrice, de l’âme. Là où le héros d’un film vous accompagne deux heures, le héros d’un roman, deux semaines, le héros d’une série vous accompagne des années ; il grandit, et vieillit avec vous. Il partage vos joies, vos peines, vos hésitations, vos dilemmes. C’est pourquoi il est si triste de les quitter.

Une lecture salutaire, pour deux euros seulement.




jeudi 3 janvier 2013


Nouvelle partie du Game of Thrones
posté par Professor Ludovico

C’est Canal+ qui l’annonce, via une bande annonce : Game of Thrones arrive sur la chaîne cryptée, trois ans après avoir été diffusé sur Orange Cinéma Séries.

Canal+ ne peut que se mordre les doigts d’avoir laissé passer ce produit premium. L’auto-proclamée « chaîne des séries » n’avait pas cru à l’heroic fantasy, fut-elle produite par HBO.

Las, trois ans plus tard, fini les stéréotypes : point de barbares en slip, d’héroïnes dévêtues à quatre pattes devant des dragons libidineux. Entre temps, le Trône de Fer est devenu phénomène de société. Tout le monde, même Télérama, salue la performance en termes élogieux. Game of Thrones est mainstream, et Canal se doit de l’avoir au catalogue.

Une excellente occasion de découvrir (ou de redécouvrir) les intrigues des Stark, des Lannister, des Baratheon, des froids hivers de Winterfell à la chaleur étouffante de Port Real.




dimanche 23 décembre 2012


Titanic, le téléfilm
posté par Professor Ludovico

C’est drôle à regarder, mais il ne faut pas y passer une heure : Titanic, le téléfilm, passe sur TMC. Quoi d’amusant là-dedans ? Rien, sinon, que cette série B colle (budget et talent en moins) aux traces de son illustre aîné.

Bien sûr, il est difficile de raconter une autre histoire (quoique !) mais là, c’est le décalque pur et simple. Scène après scène, Titanic le téléfilm pompe le découpage, plan pour plan, de Titanic, le film. La scène de l’arrivée des prolos sur le bateau, ou la fuite de la salle à charbon, ou l’embarquement sur les canots de sauvetage : rien ne manque !

A voir pour rire bêtement sous la couette en bouffant des chamallows…




mercredi 19 décembre 2012


Mad Men, saison 5
posté par Professor Ludovico

La mauvaise rumeur, venue d’Amérique*, voudrait que cette saison de Mad Men soit moins bonne que les autres. Où ? Quand ? Déjà quatre épisodes, nimbés de perfection weinerienne : aucune trace de faiblesse, aucun repli tactique vers des rebondissements éhontés, souvent signes d’un manque d’inspiration. Mad Men est toujours là, ce sont juste les Mad Men qui sont fatigués.

Nous sommes en 66, et le vieux monde est en train de disparaître : LSD, ségrégation raciale, rébellion de la jeunesse, tout est en place pour détrôner nos anciens rois du monde. Don Draper à la ramasse avec sa jeune et nouvelle épouse, Betty et ses vingt kilos de trop. Des noirs, enfin, à des postes normaux. Des jeunes loups qui menacent l’ordre publicitaire établi. Tout est en place, en fait, pour le grand chambardement à venir, deux ans plus tard.

Et tout cela est filmé avec la perfection, la légèreté, et le sens du non-dit qui a porté Mad Men au – tout petit – pinacle des séries américaines.

Si toutes les séries vieillissent comme cela, on achète !

* mais liée aux dures négociations financières qui ont retardé la saison 5 ; probable que les fans en ait tenu rigueur à Weiner, et par extension, à la série




lundi 12 novembre 2012


Vestiaires en Access Prime Time !
posté par Professor Ludovico

Pour une fois, citons L’Express, le magazine du Hollande-Bashing. Mais c’est pour la bonne cause : « Une humoriste handicapée du rire se fait remplacer par des handicapés, qui font vraiment rire » Et oui, comme disait Desproges, il ne suffit pas d’être heureux, encore faut-il que les autres soient malheureux…

Car c’est Anne Roumanoff, la comique chansonnière fifties et son humour rassis façon Théâtre des Deux Anes, qui se fait éjecter du créneau le plus hot de la télé (19h50). Éjecter, pas par n’importe qui, mais par les copains, c’est-à-dire Avalon Films, et leur série comique sur les handicapés ; oui, vous avez bien lu – aucune ironie là dedans – une série. Humoristique. Sur des sportifs. Handicapés.

Vestiaires.

Ils oeuvraient jusque là en Division d’Honneur, vers 13h, les voici en Premier League, juste avant Pujadas. Allez donc y jeter un coup d’œil, c’est drôle, et décomplexé.

Et ça rendra le Professore immensément riche. Evidemment.

Vestiaires, saison 2
France 2
Du lundi au vendredi à 19h50




mardi 30 octobre 2012


Homeland, divided we fall
posté par Professor Ludovico

« Pourquoi tuer un homme, si on peut tuer une idée ? » s’interroge un personnage de Homeland dans le Season Finale.

C’est, très simplement, ce que fait la série : tuer une idée, sa propre idée ontologique, celle qui donnait envie de rester coincé le jeudi en éteignait les portables, les tablettes, les iMachins et les iChoses. Une belle idée, en vérité. L’idée de décrire la culpabilité qui traverse la démocratie américaine depuis le 11 septembre. De trancher dans le vif, Guantanamo, l’Afghanistan, Haliburton et les échecs de la CIA et du FBI.

Malheureusement, à force de tordre ses concepts de départ : Armée – Famille – Patrie et de voir ce qu’il en reste après le tsunami al-qaedesque, Homeland montre ses limites, jusqu’à l’implosion.

C’est ce que le Professore appelle le « cinéma adolescent ». Un cinéma Mouai-Euh, On-Dirait-Que, Ho-Là-C’est-Trop-Injuste… Vous vous rappelez de ça, non ? Quand vous jouiez dans la cour de l’école à refaire Mission : Impossible ? Mais voilà, maintenant on est dans la cour des grands, on n’est plus censés jouer. Les américains, si. Et Homeland, c’est ça : quand tout à coup, effrayé de sa propre audace (un de ses GI, le cœur de l’Amérique, serait passé du côté obscur), il se sent obligé de tempérer son propos. D’expliquer sa conversion (en idéalisant l’Islam, voir chronique précédente). De justifier sa décision (les petits nenfants irakiens tués par les méchants drones américains). De pitcher évidemment, sa saison 2 (en relançant le suspense d’une manière abrupte)… Qui y perd là dedans ? Le réalisme, évidemment. On ne croit plus à ce personnage, qui semble aimer ses enfants, mais est prêt à détruire son pays, voire plus. Qui arrête son geste, parce que sa fille lui demande… qui peut être machiavélique et aimant à la fois… et invoquer les mânes de Gettysburg tout en voulant détruire le gouvernement américain ? On retombe là sur les fondamentaux US, décrits déjà dans Armageddon (oui, oui, le film avec le météore) : l’Ennemi est intérieur, ce qui nous guette c’est la tyrannie, c’est Washington.

Pitié.

Comme l’a dit De Villepin « c’est un vieux pays, la France, d’un vieux continent, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui, qui a connu les guerres, l’occupation, la barbarie… » Ce n’est plus possible de filmer de telles conneries (c’est le Professore qui ajoute), de faire un cinéma qui a peur de son ombre, de ses audaces à deux balles, et qui court se mettre à couvert quand les obus commencent à tomber.




vendredi 12 octobre 2012


Homeland, avec du recul…
posté par Professor Ludovico

Prenons un peu de distance avec la série la plus hot du moment. Homeland déçoit, forcément, mais Homeland fascine aussi.

Pour une raison très simple ; elle est produite par les gens qui représentent son antithèse absolue : Fox21, (qui appartient au groupe qui produisit 24, et qui surtout fut le principal soutien de la politique de George Bush). Son showrunner est Howard Gordon, le showrunner du même 24.

On a dit ici tout le mal que l’on pensait de la série qui fascina tant la critique française, au plus grand effroi du Professore. Car si l’on résume le pitch du plus grand succès de la Fox, cela pourrait donner cela : l’Amérique est entourée d’ennemis. Son gouvernement est incompétent, et, le plus souvent, corrompu. Pire, ceux qui sont chargé de nous protéger(le CTU) est probablement vérolé de l’intérieur. Le héros (Jack Bauer) a perdu femme, amante, confiance dans ses supérieurs, et probablement, un peu d’estime de soi. Cette vision terrifiante n’aurait pas eu autant de succès si elle ne dépeignait pas, avec quelque justesse, l’Amérique d’aujourd’hui. Du moins telle que l’Amérique se voit et se ressent. En clair, huit ans de paranoïa bushiste : ennemis extérieurs multiples, ennemi intérieur pourchassé au prix des libertés individuelles, par ailleurs si chères au citoyen américain…

Homeland propose une forme de rédemption, et une demande de pardon.

Mea culpa, mea maxima culpa. C’est ma faute. C’est ma très grande faute, semblent dire les héros de Homeland. Tous les personnages ont « merdé », comme dit Carrie Mathison. Carrie a perdu un indic, Saul Berenson (Mandy Patinkin) perd sa femme en pourchassant les ennemis (imaginaires ?) de l’Amérique. Brody s’est fait prendre par les talibans, et il est peut-être devenu un traître. Jessica, sa femme a merdé. Elle n’a attendu « que six ans » avant de coucher avec son meilleur ami. Comment mieux dire que depuis ce fatidique 11 septembre, c’est toute l’Amérique qui marche de travers ?

Homeland vient donc à point nommé, inévitable catharsis pour une Amérique qui ne demande pas mieux que de laver ses péchés de huit années de bushisme ?

Car pour le coup, Homeland en fait un peu trop dans l’islamophilie. Dans quelques scènes passionnantes, la série révèle son vrai visage : celui du converti, Saint Paul sur le chemin de Damas. Quand Howard Gordon filme ses personnages en prière à Islamabad (il y a 10 ans, les américains ne savaient pas où c’était !), c’est avec une imagerie publicitaire, digne de la pire propagande, comme on n’oserait pas filmer une prière catholique : le soleil inonde la pièce, et éclaire opportunément le visage des personnages. Il ne manque que la pub Coca.

Mieux, une autre scène (la mosquée américaine) est encore plus confondante. Une femme musulmane, plus ou moins cloîtrée chez elle, chargée de servir le thé et d’obéir silencieusement à son mari, et cette situation est présentée comme normale. Tout comme l’agent Carrie Mathison, qui met un voile pour s’approcher de la mosquée, et engueule un agent qui n’a pas enlevé ses chaussures.

Décidément, Amérique a beaucoup à se faire pardonner…




dimanche 30 septembre 2012


Homeland, plus dure sera la chute…
posté par Professor Ludovico

Voilà, c’est l’épisode 7, et Homeland vient de mettre un coup de canif dans le contrat qui nous lie. Sans en révéler plus que ça, il effectue un 180° sur l’un de ses postulats de base.

Chochote, va.

Homeland a eu peur de son ombre, de son ambition grandiose. Courageux, mais pas trop. On peut choquer le public américain (les Marines, honneur-famille-patrie…), mais à un moment faut lâcher du lest…

À moins, évidemment, que ça ne soit un rebondissement dans le rebondissement.

Ce qui serait encore pire, à vrai dire…




vendredi 14 septembre 2012


Homeland
posté par Professor Ludovico

Ça commence mal. On voit tout de suite à la déco, au casting, à l’image, à la lumière, que l’on n’est pas dans une grande série (Trône de Fer, Soprano, Sur Ecoute). On n’est pas chez HBO, mais chez Showtime (une chaîne du câble qui débite des films et des séries, mais dans une gamme inférieure : Dexter, Californication, Weeds…)

Mais si on a le courage d’aller au bout d’un pilote assez poussif, l’héroïne atteint directement votre cerveau, et ça y est, vous êtes accro.

Car c’est quelque chose de très particulier qui séduit dans Homeland : pas l’histoire (un sergent des Marines est libéré après 8 années d’emprisonnement chez les talibans), pas les dialogues, (relativement plats), pas l’ambiance, (étrange croisement de 24 avec Desperate Housewives), non, c’est le dispositif. Un dispositif très particulier, en vérité : une femme qui épie un homme. Une voyeuse. Tellement incongru qu’on a du mal à écrire ce mot au féminin.

Cette voyeuse, c’est l’agent Mathison (Claire Danes) qui travaille à la CIA, et qui ne croit pas à cette belle histoire. Carrie Mathison est convaincue que le sergent Brody a été retourné. Qu’il est devenu un terroriste. Problème : Carrie n’est pas très claire non plus. Elle souffre de troubles bipolaires (évidemment à l’insu de sa hiérarchie), et se lance à corps perdu dans cette quête personnelle.

Et c’est là qu’Homeland devient absolument extraordinaire, au moment où ce dispositif de surveillance se met en place. Car ce n’est pas un agent de la CIA qui espionne un suspect, non, c’est une femme seule, bipolaire, paranoïaque, frustrée, qui surveille 24h/24 la Famille Américaine Parfaite. Avec un seul espoir : trouver une petite trace d’Al Qaeda au milieu de tout ça. Une femme malheureuse, sans enfant, pas à l’aise avec les hommes, face à une famille qu’elle aurait pu avoir, mais dont on sait très bien qu’elle ne l’aura jamais.

Il faut voir ces scènes de contre champ, où l’on ne voit plus que les réactions de l’agent Mathison face aux écrans de surveillance. Les Brody mangent des œufs au bacon, les Brody regardent la télé, les Brody jouent avec les enfants, les Brody font l’amour. Le quotidien, tout le quotidien, rien que le quotidien. Mathison passe ses nuits à contempler la vraie vie. Et réagit : intérêt/ennui, passion/dégoût… Claire Danes, à ces moments-là, est extraordinaire.

Ce qui donne des scènes jamais vues à la télé : on pense à Conversation Secrète. Mais la série bascule chez Lynch. Car les Brody, au-delà des apparences (Mariés, Deux Enfants), sont vérolés de l’intérieur. La fille se drogue, le fils rejoue la guerre du père sur Call of Duty. La femme trompe son mari, et le mari a une façon très particulière d’honorer son épouse. Cerise sur le gâteau, le couple est endetté.

Une vision glaciale de l’Amérique post Bush, l’anti 24, un extraordinaire décapage de l’Amérique des années 2010. Alors que les boys sont encore en Afghanistan, il faut beaucoup de courage à la télé américaine (et à Howard Gordon, le scénariste et showrunner de 24), pour démythifier ainsi la Famille, l’Armée, la Patrie.

Après trois épisodes de ce tonneau, Homeland doit maintenant aller au bout de ses formidables promesses…




lundi 3 septembre 2012


Le Trône de Fer, deuxième
posté par Professor Ludovico

Le Jeu des Trônes a repris, du moins sur mon disque dur. Malgré quelques ennuis de sous-titres, ça repart en quatrième vitesse grâce au talent proche de la perfection de ses créateurs. Scan du chef d’œuvre en 4 points :

Intelligence des dialogues
Les dialogues sont souvent le parent pauvre du cinéma, cantonné à une fonction utilitaire : où se passe l’action, que pense le personnage, est-il un gentil ou un méchant ? D’où des dialogues le plus souvent plats et très premier degré. Foin de tout cela dans Le Trône de Fer, où l’on pratique l’art de la litote et du non-dit : dans une scène merveilleuse à proximité du Mur, le jeune Jon Snow vient d’apprendre que son hôte n’avait pour descendance que des filles, qu’il conservait jalousement autour de lui. Il s’inquiète auprès d’un autre Garde de Nuit : qu’arrive-t-il aux garçons ? Le silence qui lui répond vaut cent lignes de dialogue.

Et chaque épisode de fournir la réplique qui tue : beaucoup de dialogues sont gratuits, ils ne sont pas là pour décrire l’action, mais pour enrichir les personnages.

Beauté et réalisme des décors
C’était le premier attrait du Trône de Fer, son traitement – enfin ! – réaliste du moyen-âge, de la Fantasy. La déco de la saison 2 enchaîne en beauté, avec les pêcheurs de Pyke, les appartements inondés de soleil de Port Réal, les demeures vikings de ceux qui vivent au-delà du Mur, les idoles en flamme sur la plage de Storm’s end… Seul regret persistant : les barbares Dothraki, toujours trop propres à mon goût.

Personnages de légende, interprétations first class
Les personnages sont déjà le point fort du Trône de Fer, le livre, ils restent indubitablement le cœur de la série. Cette saison 2 semble tourner autour de l’incroyable Tyrion Lannister, en passe de devenir le plus célèbre nain de toute l’histoire du cinéma. Porté par un comédien incandescent (Peter Dinklage) qui dérobe chaque scène, même face à nos chouchous Cersei (Lena Headey) et LittleFinger (Aidan Gillen). Mais au-delà des têtes d’affiches, la moindre prostituée, le pauvre serviteur ou le puissant conseiller, bénéficie d’une véritable caractérisation, avec ses enjeux, sa personnalité, une façon de parler ou un accent spécifique. Ainsi Tyrion Lannister, nain joyeux, hédoniste, baiseur-bouffeur-buveur, sait tout autant se révéler machiavélien et fin politique, mais finit aussi par exposer ses blessures, comme dans un venimeux échange avec sa sœur Cersei.

Pédagogie e-learning
Il y a déjà le générique, devenu culte (une carte médiévale en 3D, qui permet en 30 secondes de situer l’action ; le générique évoluant en fonction de la progression de l’intrigue, d’épisode en épisode, pourquoi n’y avait-on pas pensé avant ?). Mais le souci de pédagogie est constant, à la mesure de cet univers foisonnant (lieux, personnages, religions, alliances, amours). Là où cette pédagogie était pesante (dans Dune*, où chaque phrase semble vouloir apprendre quelque chose au spectateur qui n’en peut mais, ou dans Les Tudors, chaque scène commençait systématiquement par le nom de l’interlocuteur (« Hello your Grace ! » « Hello Sir Cromwell ! », au cas où l’on ne l’aurait pas reconnu), dans Le Trône de Fer , la pédagogie se veut subtile. Elle se glisse dans chaque pore de chaque épisode**. Au détour d’une phrase, on apprend que l’acier valaryen est solide, que Machin a tué le père de Truc à la Bataille de Bidule (ce qui explique cette haine tenace entre les deux familles), que la comète serait le présage du retour des dragons, et que l’hiver va être rigoureux.

Ce dernier sujet est exemplaire dans l’excellence pédagogico-cinématographique du Trône de Fer. Dans cet univers, les étés peuvent durer parfois plusieurs années, et les hivers aussi, amènant famine et destruction. L’angoisse d’un long hiver (« Winter is coming ! ») est LE sujet central du livre. Pourtant, la série a sciemment évité le sujet pendant 12 épisodes (la saison 1 + 2 épisodes de la saison 2). Quand cette thématique apparaît enfin, on comprend que cette thématique va prendre de l’ampleur. Pas la peine d’ennuyer le spectateur avant avec un sujet que l’on n’allait pas traiter, même si des allusions avaient parsemé la saison 1.

C’est cet équilibre parfait, entre le besoin de satisfaire la base hardcore (ceux qui ont lu les 14 tomes) et le souci d’initier le public néophyte qui débarque sur HBO, c’est cette réussite qui signe le chef d’œuvre total qu’est Game of Thrones.

* A venir : la critique absolument opposée du Dune de David Lynch, qui rate la plupart de ces objectifs
** Touche supplémentaire, le site de HBO est très bien fait, avec cartes interactives, arbres généalogiques des maisons de Westeros ; un excellent complément à la série.




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