[ Séries TV ]

Il n’y pas que le Cinéma dans la vie.. y’a aussi quelques séries TV…



samedi 17 juin 2017


Girls, saison 5
posté par Professor Ludovico

Problème de poils dans le dos, d’aisselles mal rasées, de canon esthétique « blanc / chrétien » pour un mariage : vous l’avez compris, les Girls sont de retour. Comme à chaque fois, on hésite avant de s’y remettre ; la peur d’être déçu par nos amoureuses, Hannah, Marnie, Jessa et Shoshanna.

Mais voilà, trente secondes après, le talent de Lena Dunham est toujours là. Personnages au cordeau, qui évoluent dans le chaos vers la vie d’adulte, description de la boboïtude newyorkaise ou des incompréhensions intergénérationnelles, tout est dans Girls.

Il faut dire que la série n’est pas seulement portée par des dialogues brillants, mais surtout par les comédiens incandescents, jusqu’au moindre petit rôle, qui les portent. Ainsi, Zosia Mamet venait de nous convaincre que transplanter au Japon le petit lapin Shoshanna était parfaitement génial ; il a suffi qu’elle se retourne face caméra, deux simples larmes dans les yeux, pour nous persuader du contraire.

Il ne manquait plus que la musique de David Bowie pour nous dire que Girls était la meilleure série du monde, parce qu’elle nous parlait, nous qui ne sommes ni filles, ni newyorkais, ni twentysomething, tout simplement de nos étranges vies.

Life on Mars.




mercredi 14 juin 2017


Le Serment
posté par Professor Ludovico

Fascinés par les premiers épisodes de ce Serment, nous sommes allés voir sur IMDb pour y trouver le nom du réalisateur : Peter Kosminsky. Bon sang, mais c’est bien sûr, l’homme de Warriors, le chef d’œuvre sur les casques bleus en Bosnie, qui nous avait pris aux tripes en son temps. La définition même du cinéma pas gentillet.

Ce Serment est pareil, six heures de pédagogie décoiffantes sur la Palestine 1946, la naissance d’Israël et les Britanniques qui n’en peuvent mais. Le tout habilement mêlé, du moins au début, à une intrigue contemporaine. Une jeune britannique découvre le journal de son grand père aux portes de la mort, et son rôle dans cette histoire moyen orientale. Elle profite d’une invitation de sa meilleure amie israélienne qui part faire son service pour découvrir le pays. Les contradictions d’aujourd’hui étant évidemment celles d’hier, les deux histoires pinpongent plutôt bien jusqu’à la dernière heure, où, comme une bonne blague juive, on commence à se demander si ce n’est pas notre héroïne qui porte la poisse, tant l’inétgralité du conflit israélo-palestinien semble retomber sur ses épaules.

C’est la partie la plus artificielle du film. On voit bien que Kosminsky est plus attaché à transmettre son message qu’à s’intéresser à ces viles péripéties, love stories et autres problématiques Best Friend Forever.

Que cela ne vous décourage pas de découvrir ce serment-là…




samedi 10 juin 2017


Westworld
posté par Professor Ludovico

Ce Mondwest défie l’analyse. Passionnant mais pas émouvant. Intéressant, mais sec comme un coup de trique. Surprenant mais sans cliffhanger. Cette série-là prend son temps, ne semble pas s’intéresser aux émotions du spectateur, mais pourtant on ne s’ennuie jamais. Westworld installe patiemment son puzzle et attend les derniers épisodes pour en révéler les contours.

Mais en même temps, elle offre trois mises en abîmes passionnantes, sur notre besoin de fiction, nos addictions aux jeux vidéos, et sur la psychanalyse.

Résumons. Westworld, c’est un parc d’attractions pour ultrariches (il y est dit que la journée y coûte 40000 dollars), où l’on peut faire absolument ce que l’on veut avec des robots ultraréalistes. Évidemment, les touristes ne font que deux choses : les tuer et les baiser.

Sur notre irrépressible besoin de fiction, le spectateur est indirectement confronté là-dessus, au travers de dialogues à double sens posés aux visiteurs du parc : « C’est bien ce que vous voulez vivre, non ? des aventures ? découvrir votre véritable vous-même ? » Une question qui pourrait être posée directement du showrunner au spectateur venu visiter, via HBO, le « parc d’attractions du sexe et de la violence », les arguments marketing de la chaîne depuis ses débuts*. Des questions qui sont posées en fait au spectateur ? Une vieille technique que J.J. Abrams a utilisé dans Lost et qu’il réutilise aujourd’hui.

N’est ce pas là la définition d’une œuvre d’art ? Faire réfléchir. Faire rêver. Faire vivre autre chose, par procuration ? Le sexe, la violence, l’exotisme ?

Mais c’est la deuxième partie de la phrase « découvrir votre véritable vous-même » qui est le fond de Westworld. La critique du jeu video est assez anecdotique, plutôt clin d’œil au gamer que critique en profondeur ; les niveaux, le « labyrinthe », comme boss de fin de niveau, etc. C’est sur la psychanalyse que Westworld est passionnante.

La série propose en effet cette figure de style régulière : un concepteur face à une de ses créatures, comme par hasard toujours nue (ne dit-on pas « se mettre à poil »?). Les concepteurs demandent au robot de « baisser le niveau d’émotions », ou les enjoint à passer en mode « analyse ». La créature (comme on parle de créature de Dieu**) doit alors faire le bilan de l’action qu’elle vient de décrire, dans une perspective mécaniste : « je me suis mis en colère parce que j’ai improvisé sur une des lignes de mon script ». Encore une fois, mélange de la fiction et du psy.

Qui suis-je ? D’où viens-je ? Mes perceptions sont-elles réelles ? Suis-je vivant ? Êtes-vous morts ? Les vieilles questions métaphysiques sont omniprésentes dans la série, et l’empreinte de Philip K. Dick, toujours royalement présente.

Ces questionnements éternels de l’humanité, Westworld y apporte des réponses, parfois troublantes. Au-delà de la formidable cathédrale romanesque qui se construit devant nous (et n’est visible qu’à la toute fin du dernier épisode), c’est bien ça qui passionne.

* HBO a commencé par être une chaîne de boxe puis est devenue, selon la légende, la seule chaîne où on pouvait dire « fuck » à la télé.
** Les robots étant programmés pour croire que les humains sont des dieux, et les moments où ils sont analysés / réparés, des rêves.




dimanche 4 juin 2017


Légion
posté par Professor Ludovico

Après un départ tonitruant et un pilote qui restera dans les annales, Légion peine à tenir la distance.

Légion fait partie de ces films adolescents qui énervent le professeur. Adolescent, c’est-à-dire des films qui semblent partir de très haut (la Vie, l’Univers, et le Reste), où la technique est très ambitieuse (réalisation ultra léchée, musique haut de gamme), les dialogues pointus (une punchline par personne et par scène) mais qui, en réalité, ne sont que des divertissements futiles et enfantins.

Et qui n’assument pas, donc.

Après un pilote époustouflant, mêlant références pop (Kubrick, Pink Floyd, les Who), mise en scène virtuose et narration ambitieuse (réalité, ou schizophrénie), Légion n’a plus avancé d’un pouce. Elle s’est contentée, façon Matrix, d’empiler les univers comme des poupées russes ; le rêve dans la réalité qui est dans les rêves, sauf que c’est peut-être la réalité. Rapidement, le spectateur ne fait plus d’efforts pour tirer le vrai du faux.

Cette fausse complexité ne permet pas de camoufler longtemps la simplicité du propos ; un gars découvre ses pouvoirs, une fille l’aime, des méchants veulent s’emparer de lui. Utiliser sept heures pour ne dévoiler que ça, c’est trop peu.




vendredi 26 mai 2017


Twin Peaks, saison 3
posté par Professor Ludovico

Voilà. Il est de retour, le fils prodigue. 25 ans d’attente et Twin Peaks, « comme promis* », revient sur les écrans. Mais le CineFaster, un peu âgé, a gagné en sagesse. Et même s’il a décidé de regarder Twin Peaks en temps réel (traitement de faveur réservé uniquement au Trône de fer), s’il a bloqué tous ses jeudis à partir de 22h25, s’il a débranché les téléphones, éteint toutes les lumières et obtenu un silence de cathédrale dans le salon, le CineFaster n’est pas dupe. Il sait que ce retour a beaucoup plus à voir avec le business qu’avec l’art, même si l’un n’empêche pas l’autre. Par sécurité, le cinéphile expérimenté se prépare toujours à être déçu.

Mais ces deux premiers épisodes sont, à ce titre, assez étonnants. David Lynch semble vouloir faire de la contrainte une opportunité, ce qui donne souvent de bonnes choses**. En reprenant la quasi intégralité de son casting, Lynch prend le parti de les filmer dans leur jus, c’est-à-dire vieillis, comme nous tous. Que sont-ils devenus ? Norma est-elle enfin heureuse avec Ed ? Shelly et Bobby sont-ils toujours ensemble ? Et James ? Et les frères Horne ?

Lynch a toujours fait ça, filmer les gens comme ils sont, moches, sales, ou magnifiquement beaux. Il va même ici jusqu’à filmer la Femme à la Buche en chimio, comme la comédienne dans la vraie vie.

La grande question de ce retour de Twin Peaks, c’est de savoir si le chef d’œuvre peut accoucher d’un nouveau chef d’œuvre. La foudre ne tombant jamais deux fois au même endroit, on peut en douter. Twin Peaks, premier du nom, est né d’un incroyable concours de circonstances. Des chaines pas prêtes, un réalisateur auréolé d’une image « arty » acceptant de « déchoir » à la télé, des jeunes comédiens en état de grâce, et un script sur les derniers jours de Marilyn recyclé à la hâte, avec son intrigue resituée dans l’état de Washington.

Aujourd’hui, on imagine Showtime calculer sur cinq ans le retour sur investissement : quel potentiel commercial à ressortir l’agent Cooper du placard, à confier une saison à un showrunner qui n’a rien tourné depuis dix ans, et mettre à l’écran des beautés de 47 ans (Madchen Amick), 50 ans (Sherilyn Fenn) ou 71 ans (Peggy Lipton) ? ***

Ces deux épisodes, en tout cas, ne jouent pas la carte de la nostalgie. A part le générique, pas de musique de Badalamenti. De nouveaux personnages, un nouveau Cooper, de nouveaux mystères et une ambiance qui lorgne plus vers Lost Highway que vers le mélo, ce qu’on pourra regretter.

Le nouveau Twin Peaks fait peur, le nouveau Twin Peaks intrigue, mais pour le moment, il ne fait ni rire ni pleurer.

La suite nous dira si cela suffit pour signer le grand retour.

* Dans le dernier épisode de la saison 2, Laura Palmer donnait rendez-vous à l’agent Cooper dans 25 ans. Promesse tenue, donc.

** Les épisodes 123 de Star Wars sont un bon exemple de l’art « sans contrainte »

*** le raisonnement d’ailleurs, doit être tout autre : une série de prestige, à la Mad Men ou West Wing, qui ne fait pas forcement beaucoup d’audience mais qui fait une bonne audience en termes de CSP+.




mardi 9 mai 2017


The Walking Dead, saison 3
posté par Professor Ludovico

C’est dur d’être père. Cédant aux penchants gore du fiston, le Professore Ludovico s’infuse la tisane TWD. On couvre pourtant une partie passionnante de la BD, dite « du Gouverneur ».

Mais c’est tellement mal joué, pontifiant en diable, qu’on attend le générique de fin avec impatience.

Dans la BD, comme dans la plupart des comics, certains mots sont en gras ; pour créer de l’émotion mais surtout – obsession américaine de l’efficacité – pour accélérer la lecture. On a l’impression que les auteurs de la série ont repris ce principe à leur compte en demandant à leurs acteurs de jouer « en gras » une partie de leurs répliques. De sorte que l’on voit ce pauvre Andrew Lincoln, acteur britannique, s’échiner sur son accent redneck du fin fond de la Géorgie, en s’attardant sur certains mots : « At least have the balls to call this what it is: murder! »

Dommage, il y a plein de choses à sauver dans The Walking Dead : le fond d’abord, beaucoup plus subtil que sa réalisation, et quelques bons acteurs, Daryl (Norman Reedus), Maggie (Lauren Cohan), Glenn (Steven Yeun) et le gamin (Chandler Riggs), tout simplement extraordinaire.




dimanche 16 avril 2017


Stranger Things
posté par Professor Ludovico

Par son concept, Stranger Things s’est immédiatement classée dans les séries événements, concept pourtant très galvaudé.

Mais en marchant dans les pas de Spielberg, et en l’assumant, avec les années 80 reconstituées aux petits oignons, voilà qui vise la nostalgie quadra-quinqua sans trop de risque. Si, quand même, car le backlash peut aussi être maximum.

Mais cette partie-là est extraordinairement réussie. Les frères Duffer ne se contentent pas de filmer « à la manière de » mais réussissent leur hommage au cinéma, à la musique, à l’ambiance générale de ces années 80 honnies.

La nostalgie y trouvera son miel ; musique façon Carpenter, Goonies, Au-Delà du Réel (dont il emprunte même le gimmick du titre), E.T., Donjons et Dragons et sa fameuse Demogorgon (200HP, AC-8, alignement Chaotic Evil), les Geeks et les Jocks, Breakfast Club et Retour vers le Futur.

L’intrigue, forcément sera dans le domaine du prévisible : une bande de pré-ados voient un des leurs disparaître. Ils partent à sa recherche, tandis que se profile, dans le centre de recherche voisin, d’étranges expériences. Comme on le voit, on est en terrain connu. La déco et les acteurs jouent parfaitement cette partition pendant six épisodes. La mise en scène, minimaliste, reprend le principe de Mad Men : pour reconstituer une époque, rien de mieux que filmer comme on filmait à l’époque.

Mais les deux derniers épisode sont légèrement décevants. La machine commence à se répéter un peu (Winona Ryder en mère courage, les ados en mode panique/courageux), et même si la série finit parfaitement (à mi-chemin entre une fin définitive et un cliffhanger prêt pour une saison 2), il y a comme un goût de trop ou de pas assez. On voudrait plus d’intrigues, plus de rebondissements, plus de « en-fait-je-suis-ton-père » mais les frères Duffer, trop respectueux de leur cahier des charges initial, en restent là. Un peu comme dans True Detective, ils avancent lentement en ne savant pas finir.

On aura en tout cas découvert une poignée de jeunes acteurs talentueux, dont l’incroyable Millie Bobby Brown, on aura revu Mathew Modine (encore un acteur tué par Kubrick), et on a hâte de voir la suite.




mercredi 22 mars 2017


House of Cards, saison 4
posté par Professor Ludovico

Il est rare que les séries s’améliorent avec le temps. Qu’elles restent au même niveau (les Soprano), c’est déjà bien. C’est pourtant le cas de House of Cards, qui réussit à se débarrasser des défauts des deux premières saisons, et de son irréalisme foncier.

Cette saison 4 est tout simplement magnifique. Magnifiquement filmée (le clair-obscur Fincherien), magnifiquement interprétée (des rôles-titres au moindre figurant), House of Cards peut nous faire avaler n’importe quoi, même ce qui, en apparence, est totalement ridicule. Ludicrous, dit même Frank Underwood, sans s’adresser cette fois-ci au spectateur.

Mais c’est surtout sa proximité à l’actualité qui rend House of Cards indispensable. Cette saison se déroulant pendant l’élection 2016, on pense évidemment à Trump/Obama, avec son candidat républicain et sa famille so cool, assoiffé d’images et de réseaux sociaux. La description des terroristes, de l’intérieur comme de l’extérieur, est tout aussi intéressante et nuancée. Mais sa plus grande œuvre est de nous proposer cette analyse terrifiante : la terreur n’est pas seulement l’arme des terroristes, c’est aussi, et depuis toujours, l’arme de l’État.

Quand aujourd’hui, en France, on n’a que l’état de guerre à la bouche, comme solution et comme viatique, il est important de regarder House of Cards. Version noire d’A La Maison Blanche, House of Cards est tout aussi nécessaire.




dimanche 12 mars 2017


The Walking Dead
posté par Professor Ludovico

J’entretiens avec cette double série une relation schizophrène pour ne pas dire ambiguë. Conseillée en son temps par Blake et Mortimer, aka Ludo Fulci et l’Homme de Mantes-la-Ville, aka le Rupelien, j’ai lu la bande dessinée, et je continue à la lire, avec un mélange d’horripilement et d’admiration. J’avais regardé la série, saison un, il y a quelques années avec les mêmes émotions.

Nous avons repris récemment avec le Professorino qui, lui, est évidemment enthousiaste. Des zombies bien dégueulasses, de la violence, ça rassure plus facilement un ado que les péripéties immobilières de David Simon. La même relation schizophrène s’est installée : j’aime et puis je déteste. J’aime l’idée qu’on ait adapté la série en en faisant carrément autre chose, tout en respectant l’univers et les fondamentaux, c’est-à-dire, en gros, une réflexion politique sur la réorganisation de la société après la catastrophe. Vaut-il mieux une démocratie ou un pouvoir fort ? Peut-on encore être anti-arme à feu dans une Georgie en flammes ? Les zombies ont-ils encore une âme ? etc.

Mais je suis tout énervé par ses défauts : les acteurs qui surjouent, comme s’ils interprétaient les passages en gras, déjà horripilants, dans le BD. Il y a quand même quelques exceptions notables (Norman Reedus (Daryl), Chandler Riggs (le petit Carl, formidable), Lauren Cohan (Maggie), Steven Yeun (Glen))… Donc on continue à regarder : The Walking Dead qui est moins bien que Battlestar Galactica (dans la niche « fauchée qui assume ») mais bien meilleure que beaucoup d’autres…




dimanche 5 mars 2017


Show me a Hero
posté par Professor Ludovico

Il y a deux sortes de séries signées David Simon. Les séries au long cours, comme The Wire, ou Treme, où Simon déploie ses talents de romancier russe, ses quarante personnages dont on ne connait pas le nom et leurs intrigues enchevêtrées. Et puis il y a la version courte, Generation Kill ou Show me a Hero. Simon y est moins à l’aise, parce qu’il a toujours trente personnages, mais seulement six heures pour déployer ses ailes.

De fait, ces séries apparaissaient de prime abord un feu fades (rappelons que The Wire décollait à la troisième heure, ce qui explique le peu d’aficionados lors de sa diffusion).

Et puis, traditionnellement, elles ne se révèlent que dans le dernier épisode ou dans la dernière scène. C’est le cas de Show me a Hero : une série compliquée sur un programme immobilier social dans le Yonkers des années 80. On a connu plus vendeur, plus fun.

Mais le simonien fidèle sait être patient. Il se laisse exposer la galerie de personnages sur fond de Springsteen, et l’intrigue se déployer lentement. Peu importe si on ne comprend rien à ces histoires de zoning, de ballot vote et de majority leader, on sait qu’on aura tout compris à la fin.

Il y a des logements sociaux à construire à Yonkers, dans la banlieue de New York, pour loger la population noire qui s’entassée dans des tours de moins en moins salubres et gangrenées par le trafic de drogue. Ces logements sociaux doivent être dézonés, c’est à dire construits là où il n’y en a pas : chez les blancs. Qui n’en veulent pas, évidemment. NIMBY, not in my back yard. Toute ressemblance avec une situation française serait purement fortuite.

Il y a un procès en cours. Un jeune homme, Nick Wasicsko (Oscar Isaac, qui devient de film en film notre Al Pacino millenial), s’est fait élire contre ce programme de logements. Pas de chance, la ville perd le procès et menace d’être ruinée par les amendes.

Wasicsko prend ses responsabilités, et, contre sa base électorale, applique la sentence. Montre-moi un héros, je t’écrirais une tragédie, disait Fitzgerald. David Simon, avec Paul Haggis à la réalisation, déploient, au travers de ces vies minuscules (une junkie, une mère de famille, une retraitée) ou majuscules (le maire, ses adversaires, ses alliés), l’histoire en marche. L’histoire marche lentement, mais elle est implacable et tragique.

Aidé d’un casting énorme, connu (Catherine Keener, Alfred Molina, Bob Balaban, Jon Bernthal, James Belushi) ou inconnu (Ilfenesh Hadera, Carla Quevedo), Simon déplace sa montagne. Très lentement. Mais force est de constater, au dernier épisode, que c’est lui le plus fort.




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