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Commentaires et/ou Conseils d’achat de DVD – Peut dégénérer en étude de fond d’un auteur



samedi 25 juillet 2009


Fog of War : 11 leçons de la vie de Robert MacNamara*
posté par Professor Ludovico

Voilà une autre mort éclipsée par celle de Grand Jackson. Si Robert MacNamara, qui vient de décéder à 93 ans est grand, ce n’est pas pour le cinéma, car il n’est le héros que d’un seul film, un documentaire d’Errol Morris, Fog of War , consacré à personne d’autre que lui-même.

Car Robert MacNamara est un immense monsieur, à qui un jour la postérité rendra grâce. Jeune boursier à Harvard, il redressa Ford dans les années quarante, puis on lui proposera – une première pour un étranger à la famille Ford – d’en devenir le président. Il démissionnera cinq semaines plus tard, appelé par un autre président John Fitzgerald Kennedy… il lâchera tout (carrière, argent (passant de 800 000$ par an à 25 000$),) pour prendre le Ministère de la Défense. Car selon lui, on ne refuse pas de répondre « à l’appel de son président », et c’est un devoir moral de servir son pays.

Ce sera le début de sa perte. Plaidant pour une retraite du Vietnam en 1963, il assumera pourtant ensuite, sous le président Lyndon Johnson, un engagement de plus en plus meurtrier des forces US, et sera voué aux gémonies pour cela… jusqu’à incarner, à lui seul, l’échec du Vietnam.

Il raconte tout cela, et bien plus encore, dans l’excellent Fog of War : de la difficulté – et de la nécessité – de la diplomatie et de la guerre, et des énormes responsabilités qu’endossent les politiques qui en sont chargés : MacNamara calculera par exemple, à 28 ans, le coût humain d’un bombardement incendiaire. Il faut voir les larmes d’un homme de 90 ans pour comprendre…

Vous l’aurez compris, Fog of War n’est pas pour les démagogues, les âmes simples, les adeptes du « Tous Pourris ! ». C’est l’équivalent cinématographique du Prince de Machiavel, de l’Art de la Guerre de Sun-Tzu, ou De La Guerre de Clausewitz. A l’Age Nucléaire, il faut repenser ces notions anciennes : on ne peut plus faire deux fois la même erreur, car la première est fatale.

Un visionnage indispensable hier, aujourd’hui et demain.

*Les 11 leçons tirés de la vie de Robert McNamara se suffisent à elles-mêmes :

1. Empathie avec ton ennemi
2. Etre rationnel ne nous sauvera pas
3. Il y a quelqu’un au-delà de soi
4. Maximiser l’efficacité
5. La proportionnalité devrait être la loi de la guerre
6. Trouvez l’information
7. Croire et voir ont souvent tort
8. Préparez vous à réexaminer votre raisonnement
9. Pour faire le Bien, vous devrez peut-être faire le Mal
10. Il ne faut jamais dire jamais
11. On ne peut pas changer la nature humaine




samedi 13 juin 2009


Le Seigneur des Anneaux, un bilan
posté par Professor Ludovico

Quid de la trilogie, huit ans après ? Après une relecture familiale des trois opus, Le Seigneur des Anneaux, Les Deux Tours, Le Retour du Roi, il reste à faire un bilan global du nazgul jacksonien. Que restera-t-il de ces films dans dix ans, dans vingt ans ? Nul ne le sait en vérité. La postérité est une sorcière malicieuse, qui laisse peu d’indices aux vivants sur la trace qu’ils laisseront. « Make it count », pourrait-on simplement paraphraser le Jack de Titanic.

Pour ma part, la trilogie me fait penser à Ben Hur. Le Seigneur des Anneaux, la SF au cinéma en général (en tout cas la version survitaminée que se contente de nous proposer Hollywood depuis toujours)*, c’est le péplum de notre génération. Des films à grand spectacle, mais horriblement dépassés aujourd’hui. (A l’opposé, les western tiennent mieux la rampe).

Ben Hur, là-dedans, c’est le haut du panier. Ridicule, mais avec de la gueule. Une scène de chars irremplaçable, un beau scenario, et un peu de ridicule à droite et à gauche. Mais pas honteux, non plus.

Le Seigneur des Anneaux, c’est pareil. On moquera les préciosités elfiques, les combats confus, la musique ringarde, et certains acteurs cantonnés à des taches subalternes, comme on dit dans Drôles de Dames.

Mais on n’oubliera pas la performance de Frodon, de Sam, de Gollum et d’Aragorn, les belles scènes (la Moria, le Gouffre de Helm, l’Eriador, la Bataille de Minas Tirith. Et évidemment, la fin.

Selon la belle formule de l’ami Fulci, Le Seigneur des Anneaux est-il le Star Wars des années 2000 ? Sûrement.

Les chroniques :

Le Seigneur des Anneaux
Les Deux Tours
Le Retour du Roi


* évitant d’adapter correctement les œuvres plus intimistes (voir le traitement réservé à Dick, à Herbert, et à tous les grands auteurs de SF qui attendent d’être adaptés.




mercredi 10 juin 2009


Le Retour du Roi
posté par Professor Ludovico

Le Retour du Roi mérite bien son nom; après deux opus lourdingues, le nazgul de l’infâme Jackson décolle enfin.

Il décolle, en fait, dans une dernière heure d’exception. Avant, on aura dû supporter de ridicules pirates (Peter Jackson lui-même, le chef op’, et quelques autres, costumés, juste pour la fendouille, dixit le making of), des morts vivants aux effets spéciaux vraiment pas terribles, et Denethor qui (sur)joue le désespoir.

On échangea tout cela volontiers contre le siège de Minas Tirith, et le combat avec Sheelob, magnifiques, ou tiout simplement, cette dernière heure du Retour du Roi.

Car, cette heure, mazette ! Elle commence par l’une des plus belles répliques du film, une des plus belles exhortations cinématographiques au courage et au sacrifice : Aragorn, désespéré, lance ses troupes devant la Porte Noire, pour faire diversion et sauver Frodon : « Je vois dans vos yeux la même peur qui s’empare de mon cœur. Un jour viendra peut-être, où le courage des hommes faillira, où nous oublierons nos amis et les liens qui tissent cette communauté. Mais ce jour n’est pas venu. Aujourd’hui, nous combattons, pour Frodon !* »

Pour la première fois depuis neuf heures de pyrotechnie jacksonienne, un frisson me parcourt enfin l’échine. Il ne va plus me quitter jusqu’à la fin. Car en face, on enchaîne avec le martyr hobbit, impeccablement joué par Elijah Wood (Frodon). Et, surprise, comme dans le livre, le vrai héros du Seigneur des Anneaux se révèle enfin : Sam le valet, Sam le lourdaud, Sam le brave type (Sean Astin). On avait déjà compris, dans cette histoire extraordinaire d’anneaux magiques, d’épées brisées, de magiciens wagnériens et de Götterdämmerung, que les vrais héros étaient les hobbits, ces common people, ces paysans aux pieds poilus échappé d’une quelconque campagne anglaise. Des héros petits, faibles, sans armes, et sans magie : c’est eux qui allaient écrire cette histoire**

Mieux, ce n’est pas Frodon, Saint Sébastien percé de milles flèches, qui va détruire l’Anneau comme prévu. Sans Sam, qu’il a congédié sous l’influence de Gollum, Frodon, ne peut plus rien, accablé du poids de l’Anneau. Mais l’amitié, la fidélité indéfectible du « cœur simple » flaubertien de Sam, revient le sauver, selon le fameux adage « Je ne peux pas le porter lui, mais je peux vous porter, vous… » Frodon faillit pourtant, car, par un superbe retournement de situation, il finit, corrompu, par s’emparer de l’Anneau. C’est là qu’intervient la plus belle réussite de Peter Jackson : Gollum.

Car depuis le début, le personnage le plus étonnant, le plus émouvant, c’est un personnage simplement issu du processeur d’un ordinateur (et de la performance en motion capture d’Andy Serkis, qui « joue » non seulement Gollum et King Kong***, mais aussi un marin dans ce dernier film). Gollum est non seulement un personnage splendide, l’archétype de la corruption, du mal, de la trahison, mais aussi un personnage incroyablement riche, et c’est donc une gageure de l’interpréter : à la fois schizophrène, effrayant, amusant, apeuré, comploteur… la 3D, plutôt que d’aplatir le personnage, lui donne une dimension inégalée…

Jackson ne commettra qu’une faute de goût, très hollywoodienne. Dans le film, c’est Frodon qui – en héros – précipite l’Anneau vers sa destruction. Dans le livre, c’est… le hasard ! Gollum recule, et, sans le savoir tombe dans le vide, l’Anneau à la main. Il réalise ainsi la prophétie de Gandalf, qui a permis d’épargner la vie de Gollum à de nombreuses reprise : « Même les gens les plus minuscules ont un rôle à jouer »****.

Il restait à conclure, et c’était l’angoisse majeure des Tolkienniens, l’adaptation de ces cent dernières pages extraordinaires qui font du Seigneur des Anneaux un chef d’œuvre, et pas un livre de fantasy de plus. Dans ces pages, antithèse hollywoodienne, il ne se passe rien. Nos amis sont remerciés, retournent à la Comté, où l’on oublie vite leurs hauts faits. Un simple échange de regards entre Sam et Frodon suffit dans le film à le faire comprendre (le cinéma, c’est simple parfois, hein, Monsieur Jackson !) Puis on raccompagne Bilbon, maintenant très âgé, jusqu’aux Havres Gris.

S’il y avait un gage à donner aux fans, c’est bien cette scène-là : tout le Seigneur des Anneaux est dans ces dernières minutes. Jackson réussit un sans-faute, sans dialogues, sans flonflons, l’émotion pure. Et termine en beauté, avec le retour de Sam,
« à la maison ».

Le Retour du vrai Roi.

* C’est encore plus beau en anglais : I see in your eyes the same fear that will take the heart of me. A day may come when the courage of men fails, when we forsake our friends and break all bonds of fellowship, but it is not this day.
This day we fight.
For Frodo!

** C’est le cas d’ailleurs, littéralement : à la fin, Frodon a complété le Livre Rouge de Bilbo : le récit des souvenirs de son oncle, les siens, il reste à Sam de le compléter.

*** Il est notable de constater que, libéré de toutes contraintes (pas de fils Tolkien sur le dos, pas 30 millions de fans hardcore des Terres du Milieu pour lui faire des leçons de grammaire elfique), le Peter Jackson de King Kong vole en apesanteur, opposé à ses lourdes bottes de plomb orques du Seigneur des Anneaux.

**** L’influence marquante de Tolkien, c’est son expérience des tranchées. Il y connut, comme tant d’autres, les affres de la guerre, mais aussi la naissance d’amitiés indéfectibles. Et aussi l’idée que parfois ce sont des petits « soldats » insignifiants qui peuvent faire de grandes choses.

les chroniques des deux opus précédents :
Le Seigneur des Anneaux
Les Deux Tours




jeudi 21 mai 2009


Les Deux Tours
posté par Professor Ludovico

Le Professore, le Professorino, et la Professorinette continuent leur patrouille aux avants-postes des Terres du Milieu, toujours sous domination de l’affreux Jackson.

Les Deux Tours souffre en effet des mêmes problèmes que Le Seigneur des Anneaux. Sept ans après, c’est déjà ringard (ses effets spéciaux vieillissent très vite). Les obstinations pédagogiques, laissant peu de place à la poésie, finissent par lasser. Alors que la vue du simple objet aurait suffit, tout est nommé et contextualisé dans la trilogie : « l’épée d’isildur », « les aigles du Caradras », « le lembas, le gâteau elfique ». C’est la malédiction des adaptations de livres-cultes : on doit donner des gages au hardcore, et au final, on oublie qu’on fait des films pour tout le monde, et qu’il y a peu d’aveugles dans la salle.

Pas besoin non plus de TOUT nous expliquer (Quand la bataille commence, Thoden dit « la bataille commence », et quand elle finit, Gandalf dit « la bataille se termine ». Merci, on avait compris.

De même la sidekickisation régressive de Legolas en archer surfer, et Gimli en nain de caricature, devient encore deplus en plus insupportable.

A cela s’ajoute un défaut spécifique de la version longue de ce chapitre deux : elle ne se justifie pas. Ainsi, une bonne idée scénaristique (déplacer le chapitre des Ents et l’insérer en contrepoint de l’action principale) se retrouve gâchée en version longue, à force de l’étirer à l’infini. On se croirait dans une étape du Tour de France, quand Jean-Paul Jaud quitte l’échappée pour revenir voir ce qui se passe dans le peloton : rien. Bon, ben, les Ents, on en est où ? Ben, on réfléchit…

Ceci étant dit, Les Deux Tours recèle quelques pépites, qui, comme le reste de la trilogie, justifient de passer 3h30 devant. Ainsi, le Gouffre de Helm reste une incontestable réussite graphique et émotionnelle, tout comme l’épisode du Rohan. L’amour impossible d’Eowyn pour Aragorn est très bien utilisé. Le siège d’Osgiliath, les Nazguls, et le superbe personnage de Faramir donnent enfin de l’épaisseur à quelques personnages secondaires : quelle meilleure façon de rendre grâce au génie de Tolkien ?

Et puis bien sûr, un personnage explose littéralement dans Les Deux Tours, c’est Gollum, mais on y reviendra prochainement.

Le Seigneur des Anneaux
Le Retour du Roi




dimanche 10 mai 2009


The Patriot
posté par Professor Ludovico

Avec The Patriot, de Roland Emmerich, c’est parti pour 2h40 de brit bashing, un art ricain par excellence, où Hollywood, malgré Yorktown, continue de régler ses petites affaires avec les angliches.

D’ailleurs ici, c’est justement une histoire de vengeance : ILS ONT TUE MON FILS, JE VAIS ME VENGER !!! Ce parfum de vendetta permanente irrigue le film, enchaînant vengeance sur vengeance (ils ont tué mon fils, ma femme, mon chien, je vais me venger !!!), tout en rappelant (hypocrite) que la vengeance, c’est mal : « Le temps de la vengeance n’est pas venu », dixit Mel Gibson.

Ah bon ? Mais alors, c’est quand ?

Autre mocheté du film, son étalage de clichés, un vrai catalogue. Quand le méchant brule les pauvres paysans américains, il dodeline de la tête, petite moue meprisante, petit air tarlouze pour marmonner « Brûlez-les tous ! »* Vous vous rappelez sûrement, vous faisiez le même pour punir votre copain de vous avoir obligé de faire le méchant ; lui faisait toujours Zorro.

Donc, on résume les anglais très bêtes, très méchants et massacrent les honnêtes planteurs de tabac dans leur village, et c’est bizarrement filmé comme des Einsatzgruppen en pleine action au fin fond de l’Ukraine. On n’aime pas les anglais, mais c’est peut-être pousser le bouchon un peu loin.

Et, cherry on the cheesecake, le film est austro-allemand (vérifiez vous-même sur IMDb), et fait tellement l’éloge de l’Amérique, des américains, qu’à la fin on a juste envie de vomir. On comprend que le petit Emmerich veuille absolument sa green card, mais le fayotage, ça va bien : Independance Day, The Patriot… Ca commence à se voir.

Moralité : le film a été un échec aux Etats-Unis (110 M$ de budget, 113M$ de recettes). Pas si cons que ça, les ricains.

Depuis, Emmerich se venge : dans Le Jour d’Après, il invite les yankees à émigrer au Mexique pour cause de refroidissement climatique ! Et avec 2012, il leur promet l’apocalypse. T’énerves pas, Roland !

*C’est bizarre que ça passe aussi bien dans Die Hard, et aussi mal dans The Patriot. Problème de genre ?




mercredi 8 avril 2009


Deep Impact
posté par Professor Ludovico

On l’a un peu oublié aujourd’hui, mais Deep Impact, en 1998, c’était la petite soeur intello d’Armageddon, ou plutôt, dans l’esprit de ses géniteurs, un vaporware, c’est à dire un produit fait pour tuer la concurrence.

Combat il y eu, longtemps sans victoire, mais finalement la brute Armageddon l’emporta (201M$) sur le mélo Deep Impact (140M$).

A l’époque, on vouait Armageddon aux gémonies, malgré les avertissements ironiques de l’ami Olivier, et on vénérait Deep Impact, criant à la terrible injustice du box office.

Malheureusement, selon le théorème du Professore Ludovico, le temps a fait son oeuvre : Armageddon est régulièrement rediffusé, signe du classico en voie de maturation, mais Deep Impact ne passe quasiment jamais à la télé.

Il est repassé ce week-end, l’occasion de réexaminer l’engin et de comprendre pourquoi.

D’abord, le principal intérêt du match Armageddon-Deep Impact, c’est de voir ce que l’on peut faire en partant d’une même histoire. Dans les deux cas, il s’agit d’un film catastrophe (la terre menacée par un météore), dans les deux cas, une bande de courageux astronautes ricains (aidé à chaque fois d’un russe sympa, d’un noir courageux, et même d’une femme pas idiote) vont aller sauver le monde.

Mais les ressemblances s’arrêtent là. Armageddon est un film d’action hardcore, Deep Impact est un film catastrophe mélo. Et c’est dans l’action que Deep Impact coule à pic, et dans le mélo qu’il performe. Les scènes avec la navette, avec Robert Duvall et Jon Favreau, font pâle figure face à la pyrotechnie Bruckheimerienne ; les scènes ont irrémédiablement vieilli, dix ans après, ce qui n’est pas le cas d’Armageddon.

Mais là où Deep Impact est fort, c’est dans sa capacité de prendre cette histoire au sérieux. Que se passerait-il, si un météore arrivait ? Que ferait le Président des Etats-Unis ? Comment le peuple réagirait ? Là où Arnageddon est caricatural (mais intéressant), Deep Impact est formidable de réalisme. Oui, le président est obligé de mentir, oui, les états sélectionnent ceux qui méritent de vivre et ceux qui vont mourir, et oui, il y a de la place pour la lâcheté, mais aussi pour l’héroïsme… Le final donne lieu à des scènes sublimes, et notamment la réconciliation entre l’héroïne (Tea Leoni) et son père, un monument du mélo US.

Même vieilli, le Deep Impact mérite donc la (re)voyure, si vous avez la chance de tomber dessus…




vendredi 27 mars 2009


Les Rois Maudits
posté par Professor Ludovico

Je sais, j’ai trente ans de retard, mais chacun son chemin de Damas !

Redécouvrir Les Rois Maudits aujourd’hui, c’est accepter de se colleter 9 heures d’un style suranné, et d’une dramaturgie hésitante. Pour quoi au final ? Un superbe cours d’histoire…

Car si l’oeuvre ne passe plus la barre de nos critères actuels (décors minimalistes, costumes Star Trek, poses hiératiques…), elle reste éminemment regardable pour d’autres raisons. Fort bien écrite (les tirades de Mahaut d’Artois), fort bien joué (Hélène Duc, Jean Piat), elle reste un modèle, finalement, de docu-fiction avant l’heure.

Difficile en effet, de s’intéresser au problème de la succession d’Artois, qui pourtant plongera la France dans la Guerre de Cent Ans. Mais Druon et son adaptateur, Marcel Jullian, étale cette explication sur 9 heures, faisant réelle oeuvre de pédagogie. Mieux, ils évitent le piège – assez commun – de « moderniser » les personnages. Aucun sentiment amoureux, aucune explication psychologisante ne vient en effet justifier les actions des protagonistes. Ils ne se battent que pour de plus haut motifs, difficiles à comprendre aujourd’hui : l’intégrité du Royaume de France, la restitution d’un bout de terre, la suprématie d’un titre sur un autre, la nécessité absolue d’avoir un héritier mâle, etc. Quand la fille de Philippe le Bel vient se plaindre de son mari, le roi d’Angleterre, qui la néglige, elle se fait éconduire : « de quoi vous plaignez vous ? J’ai adjoint le royaume d’Angleterre au royaume de France. J’ai assuré la paix entre nos deux pays… »

Du ringard comme ça, on en redemande…




dimanche 15 mars 2009


Stalingrad(s)
posté par Professor Ludovico

Sortant de l’excellent livre d’Anthony Beevor sur la bataille de Stalingrad, j’ai eu envie de me replonger dans Stalingrad, les films. L’occasion de les réévaluer, l’un à la baisse, l’autre à la hausse.

Stalingrad, de Joseph Wismaier
Sorti en 1993, ce film était déjà un petit événement en soi. Montrer, pour la première fois, le point de vue allemand sur une bataille devenue une image d’Épinal de la Seconde Guerre Mondiale. Montrer aussi la souffrance du soldat allemand, ce qui était révolutionnaire. Le début certainement d’une nouvelle génération d’allemands qui veulent sortir de la culpabilité automatique du nazisme (La Chute, par exemple). Quinze ans après, le film ne fait plus aussi forte impression. Certes, son point de vue est intéressant, mais il pêche par son manque de construction (on passe d’une scène à l’autre sans vraiment d’explication), et par sa naïveté : à force de montrer la souffrance des allemands, on finit par des scènes abracadabrantesques où les soldats se mettent à sauver des civils russes ! (Relire Beevor de toute urgence)

Enfin, un peu comme Dune, il fait partie des dernières superproductions sans effets spéciaux numériques : le film fait pauvre, avec ses trois T-34 et son Junker 52. Ce qui n’est évidemment pas le cas de Stalingrad, Ennemy at the Gates, qui nous en met plein les yeux…

Stalingrad, de Jean-Jacques Annaud
J.-J. Annaud, c’est tout ce que je déteste au cinéma : un pseudo concept, et pas de film derrière. Ce qui explique ma très mauvaise impression à la sortie de ce Stalingrad-là – très survendu comme d’habitude – et qui faisait à mes yeux pâle figure face à l’autre Stalingrad.

En changeant d’optique aujourd’hui, en regardant Ennemy at the Gates pour ce qu’il est – un film d’action et un mélo -, ça le fait. C’est bien filmé, bien construit, bien joué. Bon, c’est Hollywoodien en diable (le maquillage de Rachel Weisz, impeccable sous les obus de 88), c’est gentillet (les bons, les méchants), et ça va pas chier loin, mais on passe quand même un bon moment.

Mea culpa. Mea Maxima Culpa.

*Anthony Beevor, Stalingrad, Le Livre de Poche




samedi 14 mars 2009


USS Alabama
posté par Professor Ludovico

Nous partageons avec quelques-uns un culte étrange pour le Film de Sous-Marin. Genre mineur (en nombre de films), le Film de Sous-Marin exerce une fascination certaine, difficilement explicable au néophyte.

De Torpilles sous l’Atlantique, à A la Poursuite d’Octobre Rouge, ce sous-genre du film de guerre existe finalement au travers de quelques figures de style bien senties (affrontement des officiers supérieurs, courage des machinos, claustrophobie pour tout le monde) et surtout de répliques cultes, photocopiées à l’infini. « Immersion périscopique ! » « Torpilles 1 et 4 parées ! » et l’inévitable : « Si on dépasse les 300 m, la coque ne tiendra pas le choc, Capitaine !!* »

Il était normal que le duo de choc des années 80-90, Don Simpson et Jerry Bruckheimer, apporte lui aussi sa contribution au genre, avec Crimson Tide.**

Adoré à l’époque, comme parangon de la GCA, il était temps de vérifier l’usure du bouzin. Mis en cale sèche sur le disque dur de la Freebox, il a subi un examen complet de la coque : étonnamment, le film passe très bien la barre et – osons le dire -, presque mieux qu’en 1995. Plus subtil qu’il n’y paraît, il révèle (maintenant qu’on connaît Armageddon, mais aussi Déjà Vu, ou Le Plus Beau des Combats), une des clefs de voûte de l’œuvre Simpsonio-Bruckheimerienne, car œuvre il y a.

Le film néon
Esthétiquement, USS Alabama possède les caractéristiques d’usine Simpson-Bruckheimer : grosse cylindrée, couleurs pétantes (rouge-bleu-vert), montage cut, gros plans léchés, tout brille ! Même le casting : Gene Hackman-Denzel Washington, of course, mais aussi plein de petits qui vont aller loin : Viggo Mortensen, James Gandolfini, Ryan Philips, Lilo Brancato…)

Tous pour la Marine !
Dans l’excellent livre de Jean-Michel Valantin « Hollywood, le Pentagone et Washington , Les trois acteurs d’une stratégie globale », l’auteur explique les liens tissés par les différents cadors d’Hollywood avec les armées US, pour les aider à réaliser des films, qui parfois, n’ont plus grand-chose à voir avec des films de guerre (Independance Day, par ex.) Après le carton Top Gun, qui amena un afflux de recrutement pour l’Aéronavale, les deux compères Simpson-Bruckheimer ont dû garder les cartes de la visite de la Navy, car ici encore, la marine est glorifiée (et l’Air Force moquée, via une blague au début du film)

Le film russe
Nous avons déjà vu qu’Armageddon est un grand film russe (les pionniers pragmatiques, le courage, le fatalisme…) USS Alabama est paradoxalement, un film très russe, lui aussi… Sa musique est un long requiem digne des chœurs de l’Armée Rouge, et le film, un soutien objectif à la Russie Eternelle… Les méchants russes sont des démagogues qui veulent renverser le gouvernement actuel (pourtant pas un modèle de démocratie, mais, à la fin, le pouvoir en place (la Russie Eternelle) triomphe, écrasant la rébellion, à la satisfaction générale.

Le cœur de l’Amérique
Républicains convaincus, les deux compères n’ont jamais caché leur préférence pour le cœur de l’Amérique (Oklahoma, Texas, Virginie), plutôt que pour la décadente Los Angeles, la cynique New York ou la tyrannique Washington… Surnommer leur sous-marin Alabama n’est donc pas un hasard, c’est à la fois l’état de l’affrontement racial*** c’est aussi l’état qui vit le commencement de la fin de la ségrégation. Comme le dit Gene Hackman, le commandant blanc et un peu facho, à propos de son bateau : « It bears a proud name, doesn’t it, Mr. Cob? It represents fine people. Who live in a fine, outstanding state. In the greatest country in the entire world. » Ça c’est non seulement l’Alabama, mais le coeur du public des films Simpson-Bruckheimer : leur objectif, avaient-ils coutume de dire, est que ça plaise aux gars de l’Oklahoma (comprendre, pas aux tafioles de New York ni aux gauchos de Los Angeles). Objectif atteint.


L’affrontement racial

C’est à la fois le fil rouge du film et un leurre : un capitaine blanc, un second noir, rednecks opposés aux blacks soul , et cette métaphore, sublime, qui sublime le débat : l’anecdote des chevaux lippizans blancs immaculés, « parfaits », mais « qui naissent noirs ». Cachés derrière cette pseudo-confrontation raciale, il y a en fait la vérité de la Nation, qui dépasse la race, les convictions politiques et religieuses. Là où le film possède cette deuxième couche, c’est bien ici : entre l’intello noir et le chef hard-boiled blanc, la différence, au final sera mince : tout deux se battent pour la liberté, et pour « the greatest country in the entire world. » De même pour l’équipage, où chacun tentera de compter ses troupes, mais où la ligne de partage ne sera pas raciale, mais idéologique.

On retrouve exactement le même thème, transposé à l’univers du College Football, dans Le Plus Beau Des Combats. Ici le « méchant » est Denzel Washington, un coach dur à cuire qui remplace – contre l’avis de tous – le coach blanc (Will Patton, vu aussi dans Armageddon), compétent et sympa. Comme dans USS Alabama, la réconciliation est au bout du chemin, contre le racisme et les préjugés des deux camps.

Le thème racial n’est pas innocent chez Simpson-Bruckheimer : ce duo de producteurs, très à droite, (voir plus loin), a fait dès le début une large place aux noirs dans leurs films. Le Flic de Beverly Hills ainsi, fut le premier blockbuster de l’histoire avec un héros noir (Eddie Murphie, en 1983 !) Une intuition marketing, bien sûr, mais plus que ça. Les noirs dans les films Simpson-Bruckheimer, ont toujours une place de choix, ce ne sont jamais des victimes. Denzel dans Le Plus Beau Des Combats est un leader, pas une victime de la ségrégation. Il emmène ses élèves désunis au petit matin se recueillir sur le champ de bataille de Gettysburg, où tant de jeunes américains blancs, désunis comme eux, sont morts pour ou contre l’esclavage (« United we stand, divided we fall », selon le célèbre mot d’Abraham Lincoln). Le Flic de Beverly Hills, Bad Boys I&II proposent des rôles de flic très proactifs, qui ne subissent ni les gangsters, ni les brimades d’autres collègues.

La compassion pour l’extrême droite
A l’opposé, la droite dure est toujours vue avec une certaine compassion dans les films du duo. C’est le très beau personnage de Déjà Vu, incarné par Jim Caviezel, c’est Ed Harris, le colonel « à principes » dans The Rock, ici c’est Gene Hackman, un facho, mais aussi un grand chef, apprécié de ses hommes.

Au final, USS Alabama propose plutôt un combat de principe, entre les légalistes et les pragmatiques. Un peu ridicule en 1995, ce l’est moins aujourd’hui, quand on voit l’usage que l’administration Bush a pu faire du concept de guerre préventive. On a ainsi droit, au plein milieu du film, à une scène d’explication – surréaliste dans un film US – sur Clausewitz. Devant James Gandolfini en beauf médusé, Denzel périme le penseur prussien : « A l’ère nucléaire, le véritable ennemi, c’est la guerre elle-même. »

A bas Washington !
A la fin, le méchant blanc pardonnera à l’intello noir, et vice-versa, car c’est comme d’habitude l’Etat qui a merdé : l’Etat centralisateur, en créant un bug dans la prise de décision nucléaire.

CQFD.

*prophétie qui, bizarrement, ne se réalise jamais…
** USS Alabama cite d’ailleurs, via un bizutage, un des parangons du genre, Torpilles sous l’Atlantique. Denzel Washington en appellera ensuite aux mânes de Star Trek, qui lui aussi s’apparente au Film de Sous-Marin (relisez les trois phrases-type et vous comprendrez)
*** cf. la chanson de Neil Young, et la réplique de Lynyrd Skynyrd, Sweet Home Alabama




mercredi 11 mars 2009


La Guerre de Sécession
posté par Professor Ludovico

Bon, bien sûr, y’a le foot, mais il y a aussi ce formidable documentaire sur Arte, et encore mieux, sur Internet, sur Arte+7.
Qu’on s’intéresse ou pas à la Guerre de Sécession, les documentaires de Ken Burns sont incontournables. Arte avait déjà diffusé The War, sur la Seconde Guerre Mondiale, qui était déjà très bien, mais La Guerre de Sécession est encore mieux.

Il y a un style Ken Burns, austère, mais rigoureux et efficace : photos d’époques zoomées et dézoomées, musique en arrière-plan léger, et surtout, une méthode : témoignages d’époque, du soldat de ligne au Président des Etats-Unis, quelques rares interviews d’experts, et la guerre toujours vue comme impactant d’abord le quotidien.

Pas d’héroïsme guerrier donc, pas de reconstitutions en 3D, pas de roulement de tambours, pas de clichés, mais un énorme travail de documentation, et d’écriture… et cette petite musique entêtante, celle de la vie quotidienne.

A ne rater sous aucun prétexte, malgré les horaires douteux (samedi et dimanche 16h), mais sans excuse ! Grâce à Internet, on peut voir La Guerre de Sécession sur Arte+7 en streaming, et c’est magique ! On ouvre le documentaire dans une fenêtre, dans puis GoogleMaps pour voir où se déroule cette fichue Bataille de Bull Run et, dans une troisième, Wikipedia pour trouver le texte de Battle Hymn of the Republic

Glory Glory hallelujah !!!




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