[ A votre VOD ]

Commentaires et/ou Conseils d’achat de DVD – Peut dégénérer en étude de fond d’un auteur



mercredi 10 juin 2009


Le Retour du Roi
posté par Professor Ludovico

Le Retour du Roi mérite bien son nom; après deux opus lourdingues, le nazgul de l’infâme Jackson décolle enfin.

Il décolle, en fait, dans une dernière heure d’exception. Avant, on aura dû supporter de ridicules pirates (Peter Jackson lui-même, le chef op’, et quelques autres, costumés, juste pour la fendouille, dixit le making of), des morts vivants aux effets spéciaux vraiment pas terribles, et Denethor qui (sur)joue le désespoir.

On échangea tout cela volontiers contre le siège de Minas Tirith, et le combat avec Sheelob, magnifiques, ou tiout simplement, cette dernière heure du Retour du Roi.

Car, cette heure, mazette ! Elle commence par l’une des plus belles répliques du film, une des plus belles exhortations cinématographiques au courage et au sacrifice : Aragorn, désespéré, lance ses troupes devant la Porte Noire, pour faire diversion et sauver Frodon : « Je vois dans vos yeux la même peur qui s’empare de mon cœur. Un jour viendra peut-être, où le courage des hommes faillira, où nous oublierons nos amis et les liens qui tissent cette communauté. Mais ce jour n’est pas venu. Aujourd’hui, nous combattons, pour Frodon !* »

Pour la première fois depuis neuf heures de pyrotechnie jacksonienne, un frisson me parcourt enfin l’échine. Il ne va plus me quitter jusqu’à la fin. Car en face, on enchaîne avec le martyr hobbit, impeccablement joué par Elijah Wood (Frodon). Et, surprise, comme dans le livre, le vrai héros du Seigneur des Anneaux se révèle enfin : Sam le valet, Sam le lourdaud, Sam le brave type (Sean Astin). On avait déjà compris, dans cette histoire extraordinaire d’anneaux magiques, d’épées brisées, de magiciens wagnériens et de Götterdämmerung, que les vrais héros étaient les hobbits, ces common people, ces paysans aux pieds poilus échappé d’une quelconque campagne anglaise. Des héros petits, faibles, sans armes, et sans magie : c’est eux qui allaient écrire cette histoire**

Mieux, ce n’est pas Frodon, Saint Sébastien percé de milles flèches, qui va détruire l’Anneau comme prévu. Sans Sam, qu’il a congédié sous l’influence de Gollum, Frodon, ne peut plus rien, accablé du poids de l’Anneau. Mais l’amitié, la fidélité indéfectible du « cœur simple » flaubertien de Sam, revient le sauver, selon le fameux adage « Je ne peux pas le porter lui, mais je peux vous porter, vous… » Frodon faillit pourtant, car, par un superbe retournement de situation, il finit, corrompu, par s’emparer de l’Anneau. C’est là qu’intervient la plus belle réussite de Peter Jackson : Gollum.

Car depuis le début, le personnage le plus étonnant, le plus émouvant, c’est un personnage simplement issu du processeur d’un ordinateur (et de la performance en motion capture d’Andy Serkis, qui « joue » non seulement Gollum et King Kong***, mais aussi un marin dans ce dernier film). Gollum est non seulement un personnage splendide, l’archétype de la corruption, du mal, de la trahison, mais aussi un personnage incroyablement riche, et c’est donc une gageure de l’interpréter : à la fois schizophrène, effrayant, amusant, apeuré, comploteur… la 3D, plutôt que d’aplatir le personnage, lui donne une dimension inégalée…

Jackson ne commettra qu’une faute de goût, très hollywoodienne. Dans le film, c’est Frodon qui – en héros – précipite l’Anneau vers sa destruction. Dans le livre, c’est… le hasard ! Gollum recule, et, sans le savoir tombe dans le vide, l’Anneau à la main. Il réalise ainsi la prophétie de Gandalf, qui a permis d’épargner la vie de Gollum à de nombreuses reprise : « Même les gens les plus minuscules ont un rôle à jouer »****.

Il restait à conclure, et c’était l’angoisse majeure des Tolkienniens, l’adaptation de ces cent dernières pages extraordinaires qui font du Seigneur des Anneaux un chef d’œuvre, et pas un livre de fantasy de plus. Dans ces pages, antithèse hollywoodienne, il ne se passe rien. Nos amis sont remerciés, retournent à la Comté, où l’on oublie vite leurs hauts faits. Un simple échange de regards entre Sam et Frodon suffit dans le film à le faire comprendre (le cinéma, c’est simple parfois, hein, Monsieur Jackson !) Puis on raccompagne Bilbon, maintenant très âgé, jusqu’aux Havres Gris.

S’il y avait un gage à donner aux fans, c’est bien cette scène-là : tout le Seigneur des Anneaux est dans ces dernières minutes. Jackson réussit un sans-faute, sans dialogues, sans flonflons, l’émotion pure. Et termine en beauté, avec le retour de Sam,
« à la maison ».

Le Retour du vrai Roi.

* C’est encore plus beau en anglais : I see in your eyes the same fear that will take the heart of me. A day may come when the courage of men fails, when we forsake our friends and break all bonds of fellowship, but it is not this day.
This day we fight.
For Frodo!

** C’est le cas d’ailleurs, littéralement : à la fin, Frodon a complété le Livre Rouge de Bilbo : le récit des souvenirs de son oncle, les siens, il reste à Sam de le compléter.

*** Il est notable de constater que, libéré de toutes contraintes (pas de fils Tolkien sur le dos, pas 30 millions de fans hardcore des Terres du Milieu pour lui faire des leçons de grammaire elfique), le Peter Jackson de King Kong vole en apesanteur, opposé à ses lourdes bottes de plomb orques du Seigneur des Anneaux.

**** L’influence marquante de Tolkien, c’est son expérience des tranchées. Il y connut, comme tant d’autres, les affres de la guerre, mais aussi la naissance d’amitiés indéfectibles. Et aussi l’idée que parfois ce sont des petits « soldats » insignifiants qui peuvent faire de grandes choses.

les chroniques des deux opus précédents :
Le Seigneur des Anneaux
Les Deux Tours




jeudi 21 mai 2009


Les Deux Tours
posté par Professor Ludovico

Le Professore, le Professorino, et la Professorinette continuent leur patrouille aux avants-postes des Terres du Milieu, toujours sous domination de l’affreux Jackson.

Les Deux Tours souffre en effet des mêmes problèmes que Le Seigneur des Anneaux. Sept ans après, c’est déjà ringard (ses effets spéciaux vieillissent très vite). Les obstinations pédagogiques, laissant peu de place à la poésie, finissent par lasser. Alors que la vue du simple objet aurait suffit, tout est nommé et contextualisé dans la trilogie : « l’épée d’isildur », « les aigles du Caradras », « le lembas, le gâteau elfique ». C’est la malédiction des adaptations de livres-cultes : on doit donner des gages au hardcore, et au final, on oublie qu’on fait des films pour tout le monde, et qu’il y a peu d’aveugles dans la salle.

Pas besoin non plus de TOUT nous expliquer (Quand la bataille commence, Thoden dit « la bataille commence », et quand elle finit, Gandalf dit « la bataille se termine ». Merci, on avait compris.

De même la sidekickisation régressive de Legolas en archer surfer, et Gimli en nain de caricature, devient encore deplus en plus insupportable.

A cela s’ajoute un défaut spécifique de la version longue de ce chapitre deux : elle ne se justifie pas. Ainsi, une bonne idée scénaristique (déplacer le chapitre des Ents et l’insérer en contrepoint de l’action principale) se retrouve gâchée en version longue, à force de l’étirer à l’infini. On se croirait dans une étape du Tour de France, quand Jean-Paul Jaud quitte l’échappée pour revenir voir ce qui se passe dans le peloton : rien. Bon, ben, les Ents, on en est où ? Ben, on réfléchit…

Ceci étant dit, Les Deux Tours recèle quelques pépites, qui, comme le reste de la trilogie, justifient de passer 3h30 devant. Ainsi, le Gouffre de Helm reste une incontestable réussite graphique et émotionnelle, tout comme l’épisode du Rohan. L’amour impossible d’Eowyn pour Aragorn est très bien utilisé. Le siège d’Osgiliath, les Nazguls, et le superbe personnage de Faramir donnent enfin de l’épaisseur à quelques personnages secondaires : quelle meilleure façon de rendre grâce au génie de Tolkien ?

Et puis bien sûr, un personnage explose littéralement dans Les Deux Tours, c’est Gollum, mais on y reviendra prochainement.

Le Seigneur des Anneaux
Le Retour du Roi




dimanche 10 mai 2009


The Patriot
posté par Professor Ludovico

Avec The Patriot, de Roland Emmerich, c’est parti pour 2h40 de brit bashing, un art ricain par excellence, où Hollywood, malgré Yorktown, continue de régler ses petites affaires avec les angliches.

D’ailleurs ici, c’est justement une histoire de vengeance : ILS ONT TUE MON FILS, JE VAIS ME VENGER !!! Ce parfum de vendetta permanente irrigue le film, enchaînant vengeance sur vengeance (ils ont tué mon fils, ma femme, mon chien, je vais me venger !!!), tout en rappelant (hypocrite) que la vengeance, c’est mal : « Le temps de la vengeance n’est pas venu », dixit Mel Gibson.

Ah bon ? Mais alors, c’est quand ?

Autre mocheté du film, son étalage de clichés, un vrai catalogue. Quand le méchant brule les pauvres paysans américains, il dodeline de la tête, petite moue meprisante, petit air tarlouze pour marmonner « Brûlez-les tous ! »* Vous vous rappelez sûrement, vous faisiez le même pour punir votre copain de vous avoir obligé de faire le méchant ; lui faisait toujours Zorro.

Donc, on résume les anglais très bêtes, très méchants et massacrent les honnêtes planteurs de tabac dans leur village, et c’est bizarrement filmé comme des Einsatzgruppen en pleine action au fin fond de l’Ukraine. On n’aime pas les anglais, mais c’est peut-être pousser le bouchon un peu loin.

Et, cherry on the cheesecake, le film est austro-allemand (vérifiez vous-même sur IMDb), et fait tellement l’éloge de l’Amérique, des américains, qu’à la fin on a juste envie de vomir. On comprend que le petit Emmerich veuille absolument sa green card, mais le fayotage, ça va bien : Independance Day, The Patriot… Ca commence à se voir.

Moralité : le film a été un échec aux Etats-Unis (110 M$ de budget, 113M$ de recettes). Pas si cons que ça, les ricains.

Depuis, Emmerich se venge : dans Le Jour d’Après, il invite les yankees à émigrer au Mexique pour cause de refroidissement climatique ! Et avec 2012, il leur promet l’apocalypse. T’énerves pas, Roland !

*C’est bizarre que ça passe aussi bien dans Die Hard, et aussi mal dans The Patriot. Problème de genre ?




mercredi 8 avril 2009


Deep Impact
posté par Professor Ludovico

On l’a un peu oublié aujourd’hui, mais Deep Impact, en 1998, c’était la petite soeur intello d’Armageddon, ou plutôt, dans l’esprit de ses géniteurs, un vaporware, c’est à dire un produit fait pour tuer la concurrence.

Combat il y eu, longtemps sans victoire, mais finalement la brute Armageddon l’emporta (201M$) sur le mélo Deep Impact (140M$).

A l’époque, on vouait Armageddon aux gémonies, malgré les avertissements ironiques de l’ami Olivier, et on vénérait Deep Impact, criant à la terrible injustice du box office.

Malheureusement, selon le théorème du Professore Ludovico, le temps a fait son oeuvre : Armageddon est régulièrement rediffusé, signe du classico en voie de maturation, mais Deep Impact ne passe quasiment jamais à la télé.

Il est repassé ce week-end, l’occasion de réexaminer l’engin et de comprendre pourquoi.

D’abord, le principal intérêt du match Armageddon-Deep Impact, c’est de voir ce que l’on peut faire en partant d’une même histoire. Dans les deux cas, il s’agit d’un film catastrophe (la terre menacée par un météore), dans les deux cas, une bande de courageux astronautes ricains (aidé à chaque fois d’un russe sympa, d’un noir courageux, et même d’une femme pas idiote) vont aller sauver le monde.

Mais les ressemblances s’arrêtent là. Armageddon est un film d’action hardcore, Deep Impact est un film catastrophe mélo. Et c’est dans l’action que Deep Impact coule à pic, et dans le mélo qu’il performe. Les scènes avec la navette, avec Robert Duvall et Jon Favreau, font pâle figure face à la pyrotechnie Bruckheimerienne ; les scènes ont irrémédiablement vieilli, dix ans après, ce qui n’est pas le cas d’Armageddon.

Mais là où Deep Impact est fort, c’est dans sa capacité de prendre cette histoire au sérieux. Que se passerait-il, si un météore arrivait ? Que ferait le Président des Etats-Unis ? Comment le peuple réagirait ? Là où Arnageddon est caricatural (mais intéressant), Deep Impact est formidable de réalisme. Oui, le président est obligé de mentir, oui, les états sélectionnent ceux qui méritent de vivre et ceux qui vont mourir, et oui, il y a de la place pour la lâcheté, mais aussi pour l’héroïsme… Le final donne lieu à des scènes sublimes, et notamment la réconciliation entre l’héroïne (Tea Leoni) et son père, un monument du mélo US.

Même vieilli, le Deep Impact mérite donc la (re)voyure, si vous avez la chance de tomber dessus…




vendredi 27 mars 2009


Les Rois Maudits
posté par Professor Ludovico

Je sais, j’ai trente ans de retard, mais chacun son chemin de Damas !

Redécouvrir Les Rois Maudits aujourd’hui, c’est accepter de se colleter 9 heures d’un style suranné, et d’une dramaturgie hésitante. Pour quoi au final ? Un superbe cours d’histoire…

Car si l’oeuvre ne passe plus la barre de nos critères actuels (décors minimalistes, costumes Star Trek, poses hiératiques…), elle reste éminemment regardable pour d’autres raisons. Fort bien écrite (les tirades de Mahaut d’Artois), fort bien joué (Hélène Duc, Jean Piat), elle reste un modèle, finalement, de docu-fiction avant l’heure.

Difficile en effet, de s’intéresser au problème de la succession d’Artois, qui pourtant plongera la France dans la Guerre de Cent Ans. Mais Druon et son adaptateur, Marcel Jullian, étale cette explication sur 9 heures, faisant réelle oeuvre de pédagogie. Mieux, ils évitent le piège – assez commun – de « moderniser » les personnages. Aucun sentiment amoureux, aucune explication psychologisante ne vient en effet justifier les actions des protagonistes. Ils ne se battent que pour de plus haut motifs, difficiles à comprendre aujourd’hui : l’intégrité du Royaume de France, la restitution d’un bout de terre, la suprématie d’un titre sur un autre, la nécessité absolue d’avoir un héritier mâle, etc. Quand la fille de Philippe le Bel vient se plaindre de son mari, le roi d’Angleterre, qui la néglige, elle se fait éconduire : « de quoi vous plaignez vous ? J’ai adjoint le royaume d’Angleterre au royaume de France. J’ai assuré la paix entre nos deux pays… »

Du ringard comme ça, on en redemande…




dimanche 15 mars 2009


Stalingrad(s)
posté par Professor Ludovico

Sortant de l’excellent livre d’Anthony Beevor sur la bataille de Stalingrad, j’ai eu envie de me replonger dans Stalingrad, les films. L’occasion de les réévaluer, l’un à la baisse, l’autre à la hausse.

Stalingrad, de Joseph Wismaier
Sorti en 1993, ce film était déjà un petit événement en soi. Montrer, pour la première fois, le point de vue allemand sur une bataille devenue une image d’Épinal de la Seconde Guerre Mondiale. Montrer aussi la souffrance du soldat allemand, ce qui était révolutionnaire. Le début certainement d’une nouvelle génération d’allemands qui veulent sortir de la culpabilité automatique du nazisme (La Chute, par exemple). Quinze ans après, le film ne fait plus aussi forte impression. Certes, son point de vue est intéressant, mais il pêche par son manque de construction (on passe d’une scène à l’autre sans vraiment d’explication), et par sa naïveté : à force de montrer la souffrance des allemands, on finit par des scènes abracadabrantesques où les soldats se mettent à sauver des civils russes ! (Relire Beevor de toute urgence)

Enfin, un peu comme Dune, il fait partie des dernières superproductions sans effets spéciaux numériques : le film fait pauvre, avec ses trois T-34 et son Junker 52. Ce qui n’est évidemment pas le cas de Stalingrad, Ennemy at the Gates, qui nous en met plein les yeux…

Stalingrad, de Jean-Jacques Annaud
J.-J. Annaud, c’est tout ce que je déteste au cinéma : un pseudo concept, et pas de film derrière. Ce qui explique ma très mauvaise impression à la sortie de ce Stalingrad-là – très survendu comme d’habitude – et qui faisait à mes yeux pâle figure face à l’autre Stalingrad.

En changeant d’optique aujourd’hui, en regardant Ennemy at the Gates pour ce qu’il est – un film d’action et un mélo -, ça le fait. C’est bien filmé, bien construit, bien joué. Bon, c’est Hollywoodien en diable (le maquillage de Rachel Weisz, impeccable sous les obus de 88), c’est gentillet (les bons, les méchants), et ça va pas chier loin, mais on passe quand même un bon moment.

Mea culpa. Mea Maxima Culpa.

*Anthony Beevor, Stalingrad, Le Livre de Poche




samedi 14 mars 2009


USS Alabama
posté par Professor Ludovico

Nous partageons avec quelques-uns un culte étrange pour le Film de Sous-Marin. Genre mineur (en nombre de films), le Film de Sous-Marin exerce une fascination certaine, difficilement explicable au néophyte.

De Torpilles sous l’Atlantique, à A la Poursuite d’Octobre Rouge, ce sous-genre du film de guerre existe finalement au travers de quelques figures de style bien senties (affrontement des officiers supérieurs, courage des machinos, claustrophobie pour tout le monde) et surtout de répliques cultes, photocopiées à l’infini. « Immersion périscopique ! » « Torpilles 1 et 4 parées ! » et l’inévitable : « Si on dépasse les 300 m, la coque ne tiendra pas le choc, Capitaine !!* »

Il était normal que le duo de choc des années 80-90, Don Simpson et Jerry Bruckheimer, apporte lui aussi sa contribution au genre, avec Crimson Tide.**

Adoré à l’époque, comme parangon de la GCA, il était temps de vérifier l’usure du bouzin. Mis en cale sèche sur le disque dur de la Freebox, il a subi un examen complet de la coque : étonnamment, le film passe très bien la barre et – osons le dire -, presque mieux qu’en 1995. Plus subtil qu’il n’y paraît, il révèle (maintenant qu’on connaît Armageddon, mais aussi Déjà Vu, ou Le Plus Beau des Combats), une des clefs de voûte de l’œuvre Simpsonio-Bruckheimerienne, car œuvre il y a.

Le film néon
Esthétiquement, USS Alabama possède les caractéristiques d’usine Simpson-Bruckheimer : grosse cylindrée, couleurs pétantes (rouge-bleu-vert), montage cut, gros plans léchés, tout brille ! Même le casting : Gene Hackman-Denzel Washington, of course, mais aussi plein de petits qui vont aller loin : Viggo Mortensen, James Gandolfini, Ryan Philips, Lilo Brancato…)

Tous pour la Marine !
Dans l’excellent livre de Jean-Michel Valantin « Hollywood, le Pentagone et Washington , Les trois acteurs d’une stratégie globale », l’auteur explique les liens tissés par les différents cadors d’Hollywood avec les armées US, pour les aider à réaliser des films, qui parfois, n’ont plus grand-chose à voir avec des films de guerre (Independance Day, par ex.) Après le carton Top Gun, qui amena un afflux de recrutement pour l’Aéronavale, les deux compères Simpson-Bruckheimer ont dû garder les cartes de la visite de la Navy, car ici encore, la marine est glorifiée (et l’Air Force moquée, via une blague au début du film)

Le film russe
Nous avons déjà vu qu’Armageddon est un grand film russe (les pionniers pragmatiques, le courage, le fatalisme…) USS Alabama est paradoxalement, un film très russe, lui aussi… Sa musique est un long requiem digne des chœurs de l’Armée Rouge, et le film, un soutien objectif à la Russie Eternelle… Les méchants russes sont des démagogues qui veulent renverser le gouvernement actuel (pourtant pas un modèle de démocratie, mais, à la fin, le pouvoir en place (la Russie Eternelle) triomphe, écrasant la rébellion, à la satisfaction générale.

Le cœur de l’Amérique
Républicains convaincus, les deux compères n’ont jamais caché leur préférence pour le cœur de l’Amérique (Oklahoma, Texas, Virginie), plutôt que pour la décadente Los Angeles, la cynique New York ou la tyrannique Washington… Surnommer leur sous-marin Alabama n’est donc pas un hasard, c’est à la fois l’état de l’affrontement racial*** c’est aussi l’état qui vit le commencement de la fin de la ségrégation. Comme le dit Gene Hackman, le commandant blanc et un peu facho, à propos de son bateau : « It bears a proud name, doesn’t it, Mr. Cob? It represents fine people. Who live in a fine, outstanding state. In the greatest country in the entire world. » Ça c’est non seulement l’Alabama, mais le coeur du public des films Simpson-Bruckheimer : leur objectif, avaient-ils coutume de dire, est que ça plaise aux gars de l’Oklahoma (comprendre, pas aux tafioles de New York ni aux gauchos de Los Angeles). Objectif atteint.


L’affrontement racial

C’est à la fois le fil rouge du film et un leurre : un capitaine blanc, un second noir, rednecks opposés aux blacks soul , et cette métaphore, sublime, qui sublime le débat : l’anecdote des chevaux lippizans blancs immaculés, « parfaits », mais « qui naissent noirs ». Cachés derrière cette pseudo-confrontation raciale, il y a en fait la vérité de la Nation, qui dépasse la race, les convictions politiques et religieuses. Là où le film possède cette deuxième couche, c’est bien ici : entre l’intello noir et le chef hard-boiled blanc, la différence, au final sera mince : tout deux se battent pour la liberté, et pour « the greatest country in the entire world. » De même pour l’équipage, où chacun tentera de compter ses troupes, mais où la ligne de partage ne sera pas raciale, mais idéologique.

On retrouve exactement le même thème, transposé à l’univers du College Football, dans Le Plus Beau Des Combats. Ici le « méchant » est Denzel Washington, un coach dur à cuire qui remplace – contre l’avis de tous – le coach blanc (Will Patton, vu aussi dans Armageddon), compétent et sympa. Comme dans USS Alabama, la réconciliation est au bout du chemin, contre le racisme et les préjugés des deux camps.

Le thème racial n’est pas innocent chez Simpson-Bruckheimer : ce duo de producteurs, très à droite, (voir plus loin), a fait dès le début une large place aux noirs dans leurs films. Le Flic de Beverly Hills ainsi, fut le premier blockbuster de l’histoire avec un héros noir (Eddie Murphie, en 1983 !) Une intuition marketing, bien sûr, mais plus que ça. Les noirs dans les films Simpson-Bruckheimer, ont toujours une place de choix, ce ne sont jamais des victimes. Denzel dans Le Plus Beau Des Combats est un leader, pas une victime de la ségrégation. Il emmène ses élèves désunis au petit matin se recueillir sur le champ de bataille de Gettysburg, où tant de jeunes américains blancs, désunis comme eux, sont morts pour ou contre l’esclavage (« United we stand, divided we fall », selon le célèbre mot d’Abraham Lincoln). Le Flic de Beverly Hills, Bad Boys I&II proposent des rôles de flic très proactifs, qui ne subissent ni les gangsters, ni les brimades d’autres collègues.

La compassion pour l’extrême droite
A l’opposé, la droite dure est toujours vue avec une certaine compassion dans les films du duo. C’est le très beau personnage de Déjà Vu, incarné par Jim Caviezel, c’est Ed Harris, le colonel « à principes » dans The Rock, ici c’est Gene Hackman, un facho, mais aussi un grand chef, apprécié de ses hommes.

Au final, USS Alabama propose plutôt un combat de principe, entre les légalistes et les pragmatiques. Un peu ridicule en 1995, ce l’est moins aujourd’hui, quand on voit l’usage que l’administration Bush a pu faire du concept de guerre préventive. On a ainsi droit, au plein milieu du film, à une scène d’explication – surréaliste dans un film US – sur Clausewitz. Devant James Gandolfini en beauf médusé, Denzel périme le penseur prussien : « A l’ère nucléaire, le véritable ennemi, c’est la guerre elle-même. »

A bas Washington !
A la fin, le méchant blanc pardonnera à l’intello noir, et vice-versa, car c’est comme d’habitude l’Etat qui a merdé : l’Etat centralisateur, en créant un bug dans la prise de décision nucléaire.

CQFD.

*prophétie qui, bizarrement, ne se réalise jamais…
** USS Alabama cite d’ailleurs, via un bizutage, un des parangons du genre, Torpilles sous l’Atlantique. Denzel Washington en appellera ensuite aux mânes de Star Trek, qui lui aussi s’apparente au Film de Sous-Marin (relisez les trois phrases-type et vous comprendrez)
*** cf. la chanson de Neil Young, et la réplique de Lynyrd Skynyrd, Sweet Home Alabama




mercredi 11 mars 2009


La Guerre de Sécession
posté par Professor Ludovico

Bon, bien sûr, y’a le foot, mais il y a aussi ce formidable documentaire sur Arte, et encore mieux, sur Internet, sur Arte+7.
Qu’on s’intéresse ou pas à la Guerre de Sécession, les documentaires de Ken Burns sont incontournables. Arte avait déjà diffusé The War, sur la Seconde Guerre Mondiale, qui était déjà très bien, mais La Guerre de Sécession est encore mieux.

Il y a un style Ken Burns, austère, mais rigoureux et efficace : photos d’époques zoomées et dézoomées, musique en arrière-plan léger, et surtout, une méthode : témoignages d’époque, du soldat de ligne au Président des Etats-Unis, quelques rares interviews d’experts, et la guerre toujours vue comme impactant d’abord le quotidien.

Pas d’héroïsme guerrier donc, pas de reconstitutions en 3D, pas de roulement de tambours, pas de clichés, mais un énorme travail de documentation, et d’écriture… et cette petite musique entêtante, celle de la vie quotidienne.

A ne rater sous aucun prétexte, malgré les horaires douteux (samedi et dimanche 16h), mais sans excuse ! Grâce à Internet, on peut voir La Guerre de Sécession sur Arte+7 en streaming, et c’est magique ! On ouvre le documentaire dans une fenêtre, dans puis GoogleMaps pour voir où se déroule cette fichue Bataille de Bull Run et, dans une troisième, Wikipedia pour trouver le texte de Battle Hymn of the Republic

Glory Glory hallelujah !!!




jeudi 5 mars 2009


Les Tudors saison 2
posté par Professor Ludovico

Malgré les défauts inhérents au film historique (poses hiératiques, acteurs compassés, extrême pédagogie), les Tudors, ça le fait !

Le dernier épisode, vu hier, qui arrive à réconcilier le public avec la petite Boleyn, est un chef d’œuvre du genre. Et même si ça pataugeait au milieu de la saison (c’est la malédiction des séries !) avec Peter O’Toole en pape un peu répétitif, et l’obstination de Thomas More, tellement lourdingue que nous aussi, on souhaite qu’il ait la tête tranchée, les Tudors finissent sur les chapeaux de roues…

On voudrait déjà la saison 3, ne serait-ce que pour voir comment notre bon Henry, qui visiblement, n’a pas pris ses cachets depuis longtemps, va se débarrasser de cette fadasse de Jeanne Seymour… Et moi qui croyait que c’était une actrice !




dimanche 1 mars 2009


Titanic, deux leçons de cinéma pour le prix d’un blockbuster
posté par Professor Ludovico

Incoulable Titanic ! 0h20, la semaine dernière, il reste dix minutes au chef d’œuvre de James Cameron. Malgré tout, on regarde la fin, qui contient sûrement l’une des plus belles du cinéma.

Un canot de sauvetage file lentement dans la nuit étoilée de l’Atlantique. On dirait un tableau. L’Officier, superbement joué par Ioan « Captain Fantastic » Gruffudd, cherche désespérément des survivants.

Autre tableau : Rose Dawson, Ophélie moderne, gît glacée sur son lit de bois, serrant la main de Jack : il est mort et elle ne le sait pas.

Ce qui est très fort à ce stade du film, c’est que Cameron arrive à nous faire croire que Rose est en danger de mort, alors que c’est elle qui nous raconte a tragédie, 90 ans plus tard, à bord du Keldysh.

Comment s’y prend-il ? En dilatant le temps à l’extrême, en retardant le climax, moment où le spectateur soulagé va assister au sauvetage de Rose.

Du grand art, en vérité : d’abord un simple reflet de lampe-torche sur le visage de Rose. Mais elle ne réagit pas, engourdie par le froid. Puis son regard accroche la lumière ; elle comprend, tente de réveiller Jack, et perd des secondes interminables : « Jack !? Jack !? Jack !!! » Petite subtilité qui fait la différence, Rose ne hurle pas, elle chuchote. Signifiant qu’elle est quasi-mourante, gelée, enrouée… Son destin semble ne tenir qu’à un fil. Mais réalisant finalement son serment (ne pas mourir ici, comme ça), elle abandonne Jack dans un dernier baiser. Se rue sur le cadavre le plus proche, s’empare du sifflet et maladroitement (le maladroitement est aussi très important), siffle de toutes ses forces. Elle est sauvée, d’ailleurs Cameron ne s’ennuie pas à filmer le sauvetage lui-même.

Les cinq dernières minutes serviront à boucler tous les arcs dramatiques : Rose ne reverra jamais sa mère, son fiancé se suicidera en 1929, le Cœur de l’Océan ne sera jamais retrouvé, etc.

Mais surtout, dans ces cinq dernières minutes, Cameron part avec la caisse. Au début du film, il avait fait en quelque sorte un pari avec le spectateur : « Vous êtes venu voir un film catastrophe ? Et bien moi, je vais vous raconter une histoire d’amour, et je vous parie que vous allez pleurer comme des madeleines à la fin ! »

Pour cela, Cameron va mettre en place un dispositif très malin, pour faire basculer le spectateur de son côté. Pendant les vingt premières minutes, Titanic-le-film s’attache aux aspects les plus prosaïques, pour ne pas dire vulgaires de la mythologie Titanic : chasse au trésor, pilleurs d’épaves, naufrage, catastrophe, etc. Ces éléments installent le spectateur dans un registre connu : le film d’aventure, le film catastrophe, le blockbuster racoleur…

Comment ? D’abord, en décrédibilisant la narratrice : « vieille dame », »fofolle amnésique », « actrice ». Ensuite, en tuant tout suspense. Et pour cela, il utilise deux outils tout aussi vulgaires : l’ingénieur nerd, l’image de synthèse cheap. Lors d’une réplique mémorable, l’ingénieur Bodine (gros barbu à lunettes, T-Shirt Watchmen) explique crûment à la vieille Rose comment s’est déroulé le naufrage, mais surtout, il déflore le sujet en parlant en fait au spectateur : voilà ce que vous, au fond de votre siège, vous allez voir dans les 120 prochianes minutes : « She hits the berg on the starboard side, right? (…) finally she’s got her whole ass sticking up in the air – And that’s a big ass, we’re talking 20-30,000 tons. Okay? (…) The bow section planes away, landing about half a mile away going about 20-30 knots when it hits the ocean floor. « BOOM, PLCCCCCGGG! »… Pretty cool huh? ». Côté image, c’est aussi cheap : des images de synthèse, mais pourries.

Avec cette scène, il a déjà désamorcé le suspens, mais surtout, il a démonté l’aspect sensationnaliste inhérent à ce genre de film. Le film catastrophe, c’est cheap !

Mais maintenant, il faut que le film bascule : il faut inverser la vapeur, passer au film romantique, à l’histoire d’amour, à la tragédie. Rejoindre le vrai projet du film : pas un film catastrophe, mais bien un drame humain. Cameron va alors réutiliser la vieille dame, mais sur un brusque changement de pied : « Thank you for that fine forensic analysis, Mr. Bodine. Of course, the experience of it was… somewhat different. ».

Tout est dit : la vieille folle est devenue une narratrice crédible*. Le film catastrophe est une histoire humaine. L’épave qui vient de couler en 3D est « the Ship of Dreams ».

L’Histoire peut commencer.

*Tant et si bien qu’à la fin, le film aura changé de héros, passant de l’explorateur (Bill Paxton) à Rose (Kate Winslet – Gloria Stuart)




février 2026
L M M J V S D
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
232425262728