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Commentaires et/ou Conseils d’achat de DVD – Peut dégénérer en étude de fond d’un auteur



lundi 21 septembre 2009


Mort à Pixar !
posté par Professor Ludovico

Cette critique aurait bien pu ne jamais être écrite, si je m’étais arrêté à la première demi-heure de Wall-E, sûrement la meilleure que la compagnie de Monsieur Jobs ait jamais produite.

Mais il faut en finir avec le mythe Pixar, sa prétendue infaillibilité (Pixar never fails, avait titré Newsweek), ses films toujours meilleurs, sa technologie photoréaliste toujours plus pointue.

La réalité est que Pixar voulait détruire Disney, et elle y est arrivé : Pixar a tué… le dessin animé 2D. Mais en fait, Pixar est devenu Disney. Sa production annuelle, ses thèmes ultra consensuels et conservateurs, ses scenarios photocopiés : Disney avait trouvé son élève, et il avait dépassé le Maitre.

Car c’est quoi un film Pixar : c’est l’histoire d’un garçon un peu star (Jouet star, Voiture star, Robot star) qui rencontre une fille et, confrontés à l’amour, et aux valeurs revigorantes de la campagne (pure, comme chacun sait, face à la ville corrompue), trouve la rédemption tant attendue.

Ce qui était magique dans Toy Story et dans Mille et Une Pattes, cette inventivité de scénario, ces préoccupations à deux niveaux (parents/enfants), tout cela est devenu un moule dans lequel les businessmen de Pixar injectent un peu de plastique neuf pour vendre un nouveau film, de nouveaux jouets, de nouveaux Happy Meal chez McDo.

Apres le gerbant Cars, j’ai boycotté. Mais l’opportunité a fait que j’ai pu regarder Wall-E, le fameux « dernier chef d’œuvre de Pixar » Évidemment, il y a cette première demi-heure, apocalyptique, géniale, dans un New-York rouillé (la méchante ville, encore), envahie sous les déchets. Et une merveille de petit personnage, Wall-E, le petit robot compacteur. Une demi-heure qui réinvente le cinéma puisque entièrement muette : champ. Contre champ. Effets de profondeur. Pause. Accélération. On peut raconter beaucoup de choses sans dire un mot.

Mais voila, au bout de 30 minutes, ca recommence : Wall-E rencontre une fille, EVE, cette fois-ci plutôt dominatrice, et le film part en couilles : courses poursuites effrénés, allusions foireuses à 2001 (désolé, ca ne suffit pas) et bagarres diverses et variées… Un rythme d’enfer pour une histoire zéro. Wall-E, censément héros du film, disparaît au profit des 700 autres protagonistes, et revient faire cinq minutes de figuration à la fin (et, incroyable mais vrai, il est pas mort, il est blessé seulement)…

Il restera le message écologique étonnant, incroyablement anti-américain (ou le début d’une prise de conscience, enfin ?) : nous sommes trop gros, nous consommons trop, nous gâchons l’eau dans des piscines que nous n’utilisons pas, nous ne faisons plus rien de nos dix doigts et nous gâchons notre intelligence devant la télé et les jeux vidéos.

Ça pique les yeux… mais ça justifie de regarder ces trente premières minutes…




samedi 12 septembre 2009


Battlestar Galactica
posté par Professor Ludovico

Il y a trois ans de cela, je zapouillais tranquillement sur le câble, aux petites heures de la nuit, quand je fus tiré d’un début de somnolence par des images hallucinantes : un vaisseau spatial baptisé Battlestar Galactica, Starbuck et Apollo, le commandant Adama… Je fus pris d’un fou rire : les américains avaient osé faire un remake de la pire série de SF de tous les temps : Battlestar Galactica. Les cons, ça ose tout, c’est à ça qu’on les reconnaît…

Un peu d’histoire : fin des années 70, début des années 80 : les amateurs de la littérature SF n’ont pas grand’ chose à se mettre sous la dent à la télé : L’Age de Cristal, La Quatrième Dimension, La Planète des Singes. Et une série mythique, invisible en France : Star Trek. En 1981, les frères Bogdanoff, qui animent Temps X, apportent la bonne nouvelle : cet été, La Une diffusera les aventures de Spock et Kirk. Juillet arrive. Douche froide : Star Trek « n’est plus disponible, mais à la place, vous allez voir, La Une a beaucoup mieux : Battlestar Galactica ! »

On a vite vu. Malgré quelques aspérités rigolotes (Starbuck et son cigare, les combats spatiaux), Battlestar Galactica était un sous-Star Trek, ce que tout le monde pu vérifier, un an plus tard, quand la série de Gene Roddenberry fut diffusée.

En 2004, quelle mouche avait donc piqué Ronald D. Moore, scénariste sur la franchise Star Trek, pour remettre en piste Battlestar Galactica, qui, par ailleurs, n’avait vécu que le temps d’une saison ?

Une drôle d’idée, en fait. Refaire Battlestar Galactica en gardant les bonnes idées, en enlevant ce qui était ridicule, mais surtout en décidant de prendre la série au sérieux. Au sérieux ? Battlestar Galactica !???

C’est là le tour de force. Battlestar Galactica est une série sérieuse de SF, une sorte de 24 dans l’espace. Le pilote remplit sa mission en donnant le ton : si les Cylons détruisent des planètes humaines à tour de bras, qu’est-ce que ça veut dire, concrètement ? Dans une série normale, on passerait cinq minutes dessus, avec des jolies explosions. Ici, on filme les conséquences pendant une heure : les évacuations et les choix terribles que cela suppose, les tragédies que cela entraîne (jusqu’à filmer la mort d’une petite fille, du jamais vu), les débats que cela engendre (peut-on faire la guerre efficacement et rester une démocratie ?)

A cela, Battlestar Galactica rajoute les ingrédients habituels d’une bonne série : love story, conflits père-fils, cliffhanger… Et une idée de génie, dans ce contexte : 12 cylons ressemblent à des humains : l’ennemi est à l’intérieur même du Galactica…

À suivre, donc…




jeudi 10 septembre 2009


Eyes Wide Shut
posté par Professor Ludovico

J’avais pris des engagements Kubrickiens au début de l’année, et puis vous savez ce que c’est, le boulot s’accumule (The Wire-Lost-les Tudors), et on a le temps de rien. Et puis tout à coup hier soir, l’insomnie pointe : il est temps de regarder Eyes Wide Shut.

Ce qui est important de noter, tout d’abord, c’est que c’est le dernier film de Kubrick. On dit que les chats sentent leur mort venir, eh bien les grands cinéastes, aussi. Le grand Stanley se lâche dans Eyes Wide Shut comme jamais. On retiendra par exemple que le dernier mot proféré à jamais par le Maître (du moins, dans ses films, mais s’est-il jamais exprimé ailleurs ?), ce dernier mot, c’est « Fuck ».

Ça ouvre à toutes les interprétations possibles (fuck the studio, fuck la censure), mais pas besoin d’aller bien loin : Eyes Wide Shut est le 2001 du sexe. Du fessier de Nicole Kidman (plan 1), à cette dernière réplique, rien n’aura changé sous le soleil : on déclinera le fuck à toutes les sauces.

Alors Kubrick, pervers pépère sur le retour ? Sûrement pas, tant son œuvre est irriguée par le sexe : des sous-entendus graveleux de Spartacus, des orgies de Barry Lyndon à Orange Mécanique, des viols de Full Metal Jacket aux problèmes de fluides corporels de Dr Folamour, le sexe n’est pas ce qui manque aux films du sexologue SK. Avec en ligne de mire, l’irrationalité de nos pulsions, la sauvagerie bestiale du désir.

Mais là, dans EWS, il y a une ambition particulière : faire un film entier là-dessus, sur le désir et la jalousie, sur l’incompréhension entre les sexes. Et une autre ambition, plus perverse : faire tourner ensemble le couple le plus hot du moment, Cruise-Kidman. Un viol des conventions, deux giga-stars vont tourner ensemble, faire l’amour ensemble, puis avec d’autres, se déchirer, une prise de risque énorme pour des acteurs de ce niveau. Mais bon, qui refuse quelque chose à Kubrick ?

Ça commence donc très fort, comme un disclaimer de jeu vidéo : interdit au moins de 18 ans, on n’est pas là pour rigoler. Premier plan : les fesses de Mrs Kidman. Deuxième plan : Nicole s’essuie après avoir fait pipi. Troisième plan, elle remet sa culotte. En 1999, le choc est énorme : on entre dans les cuisines des Cruise. Imaginez aujourd’hui la même chose avec Angelina Jolie et Brad Pitt…

Mais cet effet de banalité, appliqué sur des stars habituées au Walhalla Hollywoodien, c’est à la fois une méthode de domination de Stanley (« Vous ferez tout ce que je vous demanderais »), mais aussi un introduction au propos d’Eyes Wide Shut : Qui suis-je ? Qui est réellement ma femme ? Où suis-je dans l’échelle sociale ?

Car Bill Harford a toutes les raisons d’être satisfait de lui-même : médecin new-yorkais réputé, femme superbe, petite fille gentille, appartement somptueux orné de toiles de maître*, et des amis hauts placés. Pourquoi semble-t-il aussi coincé, pendant cette première demi-heure du film ? Pourquoi sa femme semble-t-elle excédée, dès qu’elle n’est plus dans le champ de vision de son mari ?

Bill Harford va bientôt découvrir qu’il vit dans une illusion, et que, si haut que l’on soit dans l’échelle sociale, on est toujours le laquais de quelqu’un. Bill Harford, grand médecin, n’est que l’éboueur de gens beaucoup plus puissants que lui.

Comme l’a formidablement raconté Frederic Raphael dans son livre Deux ans avec Kubrick, le réalisateur n’a jamais vraiment expliqué le changement radical appliqué à la nouvelle de Schnitzler, Rien qu’un Rêve. Dans cette nouvelle, qui se déroule dans le Vienne du début du siècle, c’est d’antisémitisme dont il s’agit. Le bon docteur croit être introduit dans la bonne société viennoise, mais juif il est, juif il restera. Fasciné par cette nouvelle, Kubrick a rêvé toute sa vie de l’adapter, et a fini par le faire. Mais il a demandé à son co-scénariste de la goyiser au maximum, en insistant notamment sur le fait que le héros devait avait un nom WASP, et passe-partout. Bill Harford était né.

Cette volonté simplificatrice, outre l’espoir de gommer peut-être certains aspects autobiographiques douloureux pour Kubrick, a sûrement aussi pour but de renforcer l’aspect conte de fées d’Eyes Wide Shut. Car c’est bien d’un conte de fées dont il s’agit. Un conte pour adultes, pour adultes consentants, mais quand même un conte de fées.

Le héros, gentil prince, subira mille épreuves pour revenir à la maison, transformé mais heureux. On ajouterait bien « pour toujours », mais Nicole Kidman nous l’interdit : « Forever ? Je n’aime pas ce mot ».

Avant, notre petit poucet aura traversé toutes les tentations du sexe, sans y succomber. Toutes les perversions, même : triolisme (les deux filles à la fête), prostituées, pédophilie (la très jeune fille du loueur de costume), homosexualité (le gardien d’hôtel), nécrophilie (Amanda à la morgue), et bien sûr, la fameuse orgie.

Pourquoi Bill en est arrivé là ? Tout simplement parce qu’à la 33ème minute, Mme Kidman lance le film. Un peu shootée, un peu pompette, elle démolit soudain son benêt de mari, qui croit tout savoir sur les femmes, le désir, les aspirations humaines. Et qui – très mâle américain -, aime sa femme, ne peut envisager l’adultère, et ne peut envisager que sa femme l’envisage « I love you. You’re my wife. I know you. I trust you. I won’t do it because you’re my wife… »

Mais mon pauvre, lui répond-elle, tu connais que dalle ! Non seulement tu ne comprends rien à mes désirs, mais rien non plus aux tiens !

Cette révélation déstabilise le pauvre Bill, qui entame alors son odyssée nocturne. Auparavant, Kubrick nous a infligée trente minutes pénibles, à contre-temps du reste du film : la soirée chez les Ziegler. Les dialogues y sont longs, très volontairement étirés, Cruise et Kidman jouent faux. On se demande dans quelle galère on est tombé. Pourtant, les indices kubrickiens sont là : nous sommes dans une phase préparatoire : observe bien l’insecte Bill, ami spectateur, car c’est de lui le héros de cette histoire. Ce garçon est faux, mais pas mauvais au fond. Sa femme va lui donner la bonne leçon dont il a besoin.

Cette leçon, c’est Manhattan, l’île de la Tentation : abasourdi par les révélations, ivre de vengeance, ressassant inutilement les images fantasmatiques de quelque chose qui n’a pas eu lieu (sa femme et l’officier de Marine), Bill Harford dans ses pérégrinations nocturnes va avoir maintes occasions de se venger de sa femme. Il ne cherche rien ; les femmes viennent à lui… Bizarrement, il ne cède à aucune. Un coup de fil de sa femme ? Il lui ment, mais renonce à coucher avec la jolie prostituée. La vieille fille est prête à l’emballer dans la chambre même où son père vient de mourir ? Le professionnalisme du Dr Harford reprend le dessus. On lui propose une mineure pas farouche, il refuse. Il retrouve la pute toxico de chez Ziegler à la Morgue ; plus trop professionnel, il se penche pour embrasser le cadavre, mais renonce, à dix centimètres du visage. Quand on est en conflit avec son désir, dirait le psy, c’est qu’on ne se connaît pas bien. Le Professore confirme : Bill Harford ne sait plus qui il est. Il passe son temps, d’ailleurs, à justifier son identité : « Je suis le Dr Harford » en montrant frénétiquement sa carte de médecin.

Mais le vrai test, c’est évidemment l’Orgie, scène centrale du film, étendard de Eyes Wide Shut. Bill Harford croit être quelqu’un ? Comment mieux le prouver qu’en entrant dans le Saint des Saints, réservé aux initiés qui connaissent le mot de passe magique ? Malgré la gentille fée (à poil) qui tente de le dissuader, il persévéra au risque de perdre la vie. La fée devra se sacrifier pour le sauver. Mais, humiliation suprême, l’épreuve n’en était pas une, cette cérémonie terrifiante n’était qu’un jeu de rôles pour capitaines d’industries partouzeurs. Un, mon petit Bill, tu ne fais pas partie de ce milieu, et deux, tu es un sacré parano ! Si au lieu de fantasmer, tu allais baiser ta femme, pour commencer ?

Cette chronique ne serait pas complète sans un passage en revue des thèmes d’Eyes Wide Shut. Marchons en cela dans les traces du livre séminal de Michel Ciment, Kubrick – que toute personne considérant le cinéma comme un art – devrait lire une fois dans sa vie.

Le Diable

Pour un film sur la tentation, qui emprunte parfois ses codes au film d’horreur (musique, éclairage), la présence du Grand Fourchu dans Eyes Wide Shut n’était pas une surprise. Il apparaît par deux fois, en séducteur hongrois chez les Ziegler, puis sous la forme du pianiste (petite barbiche, sourire machiavélique, et éclairage en contre plongée…) Le satanisme n’est pas loin, dans la cérémonie initiatique de l’orgie, mais aussi dans ces étranges éclairage de Noël chez les Ziegler, qui font penser à des pentacles maléfiques. Mais après, tout, Victor Ziegler n’est-il pas le vrai diable dans cette affaire ?

Eros et Thanatos

On dit que la présence de la mort est indispensable à la mécanique du désir : Kubrick reprend en tout cas cette thèse à son compte. Avant d’être érotique, Eyes Wide Shut fait surtout peur. Musique glaciale de l’orgie (opposée à la soupe jazzy de la fête new-yorkaise), masques terrifiants, déclaration d’amour dans la chambre d’un mort, embrassade de cadavres, sans parler du sida qui traîne : Kubrick joue sur les contrastes. L’éclairage du film est à l’avenant, opposant le violent au pastel, et les beiges/orangées, couleurs chaudes de la vie, au bleus glacials de la nuit et de la mort.

L’odyssée

On pense évidemment à Homère, et son héros voguant sur des océans dangereux, tandis que son épouse est restée à la maison. Bill rencontre des sirènes et des monstres, et rentrera aussi à la maison, heureux après un beau voyage. Mais on pense aussi à Joyce, à l’errance de Daedalus, le cocu de Dublin, et au monologue de Molly.

Venise/Shakespeare

Pas à proprement parler un thème, mais plutôt un motif : Venise, ou plutôt une Venise de pacotille, une Venise shakespearienne, parcourt le film. Les masques bien sûr, Dom Juan et le Commandeur, mais aussi Fidelio, et la pizzeria Vérone, ostensible dans les rues de New York.

Le conte de fées

Sa femme s’appelle Alice, et elle l’entraîne dans un wonderland pour adultes. Mais d’autres emprunts signe l’aspect fabuleux d’Eyes Wide Shut : les deux filles proposent d’emmener Bill « under the rainbow », allusion au Magicien d’Oz. Il finit par y aller, seul : le magasin de costumes s’appelle Rainbow. On y trouve des japonais bizarres, dont l’un d’entre eux est même habillé en lapin ! Et là, la fille du costumier murmure, presque de manière inaudible (comme un sort, ou un code secret) : « Vous devriez prendre un col d’Hermine ». Mystère et boule de gomme…

L’orgie est aussi une cérémonie initiatique : mot de passe, déguisement, masque pour entrer au château. Une gentille fée essaie de le prévenir, comme dans un rêve. Mais il sera démasqué et humilié, par son talon d’Achille : il ne connaissait pas un mot de passe… qui en fait n’existe pas, comme le révélera le Magicien (Ziegler). Au final, nous réalisons de plus que tout cela n’est rien qu’un rêve…

Les masques

C’est le gimmick du film, sa signature, mais c’est surtout qu’Eyes Wide Shut est un film sur les apparences. Bas les Masques ! Derrière le gentil bourgeois, père aimant, mari attentionné se cache quelqu’un d’autre. Bill ne cesse de se cacher, derrière une multitude masques : son nom, sa profession, son professionnalisme froid et mesuré (porte d’entrée dans la haute bourgeoisie, ou porte de sortie chez la vieille fille). Il croit pouvoir se cacher en empruntant des codes (mot de passe, déguisement), mais est trahi par son ignorance (il n’existe pas de mot de passe), sa bêtise (le contrat de location), et sa basse extraction (il est venu en taxi).

Noël

C’est le positionnement dans le temps de cette histoire (la fin de l’année), mais c’est sûrement plus que ça. Dans presque tous les décors, il y a des sapins de Noël. Au début assez évidents, ils deviennent un sujet d’interrogations a posteriori, d’autant que le film se termine dans un magasin de jouets. Car en rentrant chez lui après son ultime épreuve, Tom Cruise éteint le Sapin. Il ne croit plus au Père Noël ? Sa femme va le ramener au magasin, et – gentille Mère Noël -, le rassurer et lui confier le fin mot de l’histoire : « Il ne reste qu’une chose à faire, (maintenant que nous ne sommes plus des enfants ?) : baiser ! »

Eyes Wide Shut, comme tous les Kubrick, fut une déception à sa sortie, pour les Kubrickiens en premier, tétanisés par la rumeur que le Maître, mort avant la sortie, n’aurait pas fini le film. Il déçut aussi la Warner, qui avait parié beaucoup sur le caractère porno de l’affaire et sur le scandale afférent : on masqua les corps aux USA, mais le film ne fut pas remonté. Au final, Eyes Wide Shut ramena de l’argent, comme tous les Kubrick : 55 millions de dollars (pour un budget de 65M$, et fini par gagner de l’argent à l’international). Comme tous les Kubrick, il est régulièrement diffusé à la télé, signe évident de la postérité qui s’annonce… Annonciateur de la vague porno-chic, le film a fait école. Mais surtout, il reste le dernier témoignage d’un auteur réputé misanthrope, et qui laisse pourtant un film plein d’humanité.

* signé par Mme Kubrick, comme dans Orange Mécanique




mardi 8 septembre 2009


Deux Sœurs pour un Roi
posté par Professor Ludovico


Refusant d’aller le voir, pour cause de spoiler, pendant la diffusion des Tudors, j’ai enfin regardé
Deux Soeurs pour un Roi, la version Hollywoodienne de la tragédie de la petite Boleyn.

Malheureusement, malgré le casting Ferrari (Portman-Johansson-Bana, que demander de mieux ?), malgré une version alternative de l’histoire (pas le père, mais l’oncle), Deux Sœurs pour un Roi ne vaut pas tripette.

C’est beau, comme les Tudors, mais dans un autre genre : plus sombre, plus sale. Plus ramassé aussi, pas besoin d’allonger la sauce sur 13 épisodes : les personnages secondaires (Kristin Scott Thomas, très bien) sont moins nombreux. Mais surtout, comme tout BOATS qui se respecte, Deux Sœurs pour un Roi se contente d’enchaîner les événements connus (la rencontre, les accouchements, la décapitation), tout en évitant soigneusement ce qui intéresse les spectateurs (suspense, enjeux, personnages).

Un écueil qu’évitait en grande partie les Tudors…




lundi 7 septembre 2009


Les Dents de la Nuit
posté par Professor Ludovico

L’humour c’est vraiment une question de génération. Je suppose que si j’avais vingt ou trente ans, Les Dents de la Nuit me ferait rire. Mais je trouve les comédiens mauvais, les gags ressassés, seulement sauvés par quelques minuscules inventions scénaristiques.

On s’ennuie, et comme il a déjà été dit, l’ennui, au cinéma, c’est interdit. On pourrait même étendre ça à tous les arts, en précisant que « l’ennui » n’est pas lié à l’idée galvaudée de « divertissement ». Certains s’ennuient à 2001, chez Haneke, en écoutant Ligeti, moi pas. Mais je m’ennuie chez Woody Allen, le cinéma iranien, ou Oasis… Il est tout aussi facile de s’ennuyer chez Christian Clavier ou chez Alain Chabat.

Ce doit être le critère numéro un en sortant du théâtre, en éteignant l’iPod, en sortant du Gaumont…




vendredi 28 août 2009


Breakfast Club/Une Créature de Rêve
posté par Professor Ludovico

Les vacances c’est le lieu rêvé pour la cinéphilie, on se met au fond du lit, on branche le portable, et on initie les enfants au mystère John Hughes.

Mystère car œuvre il y a. Au bout d’une minute de Breakfast Club, le Professorino, 7 ans et demi dont 5 de Dora l’Exploratrice et 3 de DragonBall Z, avait déjà repéré que ça se passait « au même endroit que Ferris Bueller ».

Comment ? On ne le sait. Peut-être ce que justement on appelle une œuvre ; une façon de cadrer, d’éclairer, de caster, toutes ces choses parait-il inutiles, qui passionnent les cinéphiles, et ne concerneraient pas le spectateur lambda ?

En tout état de cause, même 25 ans après, les John Hughes tiennent la route. Breakfast Club plus que Une Créature de Rêve (Weird Science en VO), la comédie s’usant beaucoup plus vite que le mélo.

Non, le plus intéressant c’est de voir ce qui a changé. La place des noirs, par exemple : bluesmen caricaturaux des bas-fonds dans Une Créature, carrément absents dans Breakfast Club : totalement impensable aujourd’hui. Il y aurait au moins un élève noir, un prof noir. Rappelons qu’à l’époque, Eddy Murphy venait de décrocher le premier rôle noir dans les productions Simpson/ Bruckheimer…. Autre différence, le regard porté sur les jeunes : plein de compassion à leur endroit et plein d’agressivité contre les adultes, castrateurs, fachos et beaufs. De l’eau a coulé sous les ponts et le regard sur l’adolescence n’est plus aussi manichéen.

Pour le reste, les films restent toujours visibles (même si Ferris Bueller signe l’apogée du système John Hughes). Arrangez-vous néanmoins pour les voir en VOST, la VF était pourrie dans les années quatre-vingt, et maintenant elle est en plus horriblement datée..




samedi 8 août 2009


The Wire, finale
posté par Professor Ludovico

Au moment d’écrire ces lignes – il me reste un épisode de Sur Écoute (saison 5, épisode 10) à regarder – une drôle de sensation m’étreint, ce sentiment d’abandon si spécifique aux séries : nous allons, enfin, savoir la fin. Qui est le No 1 ? Qui dirige l’Ile des Disparus? Que va devenir Tony Soprano ? Scully va-t-elle épouser Mulder ? Dans les grandes séries, le cœur se serre, car l’on sait avec certitude que l’on se reverra plus.

C’est le cas de Sur Ecoute : adieu Major Colvin, Bunk et Greggs, adieu Omar et Mc Nulty, Daniels et Rawls, Barksdale, Stringer et Marlo. Vous êtes peut être déjà mort, en tôle, au chomedu, mais vous nous avez accompagné ces cinq dernières années…

Et bravo à HBO d’avoir réussi ce qui restera comme l’une des plus grandes séries réalisées, tout du moins LA série symbole des USA des années 2000.




mercredi 29 juillet 2009


Babel
posté par Professor Ludovico

Qu’est-ce qui ne va pas avec Babel, film détesté du Framekeeper ? Il faudrait lui demander. Peut-être que derrière l’audace formelle, le scénario à tiroir, les quatre histoires enchevêtres (péché mignon de Alejandro González Iñárritu), ça reste un bête mélo américain.
Brad Pitt est en vacances au Maroc. Pas de chance, sa femme (Cate Blanchett) se prend une balle, tirée par erreur par des gosses. Le fusil ? Donné par un japonais, dont on suivra les problèmes paternels à Tokyo. Pendant ce temps, les enfants de Pitt-Blanchett vivront eux aussi des aventures trépidantes à la frontière mexicaine.

Si chaque scène est superbe, c’est surtout dans leur volonté de réalisme absolu. Village pourri, gorgé de poussière au Maroc, touristes apeurés et égoïstes, fête authentique et arrosée au Mexique, et la fameuse toison pubienne de Mademoiselle Rinko à Tokyo ! Mais cet assemblage hétéroclite, s’il suscite ponctuellement l’émotion, n’arrive jamais vraiment à décoller. Pas vraiment un problème de scénario, non plus, (c’est quand même Alejandro González Iñárritu et Guillermo Arriaga aux commandes (21 grammes, Loin de la Terre Brûlée, Amours Chiennes)…

Non, derrière cet échafaudage splendide, ultramoderne (et une photo à tomber par terre), la cathédrale d’Iñárritu se révèle n’être qu’une modeste église de campagne, c’est à dire un mélo très convenu, avec les I love you – I love you too de rigueur. Ça commence comme Un Thé au Sahara, et ça finit comme Pretty Woman

Pas un grand film, mais un assemblage de plein de petits films très bien.




samedi 25 juillet 2009


Fog of War : 11 leçons de la vie de Robert MacNamara*
posté par Professor Ludovico

Voilà une autre mort éclipsée par celle de Grand Jackson. Si Robert MacNamara, qui vient de décéder à 93 ans est grand, ce n’est pas pour le cinéma, car il n’est le héros que d’un seul film, un documentaire d’Errol Morris, Fog of War , consacré à personne d’autre que lui-même.

Car Robert MacNamara est un immense monsieur, à qui un jour la postérité rendra grâce. Jeune boursier à Harvard, il redressa Ford dans les années quarante, puis on lui proposera – une première pour un étranger à la famille Ford – d’en devenir le président. Il démissionnera cinq semaines plus tard, appelé par un autre président John Fitzgerald Kennedy… il lâchera tout (carrière, argent (passant de 800 000$ par an à 25 000$),) pour prendre le Ministère de la Défense. Car selon lui, on ne refuse pas de répondre « à l’appel de son président », et c’est un devoir moral de servir son pays.

Ce sera le début de sa perte. Plaidant pour une retraite du Vietnam en 1963, il assumera pourtant ensuite, sous le président Lyndon Johnson, un engagement de plus en plus meurtrier des forces US, et sera voué aux gémonies pour cela… jusqu’à incarner, à lui seul, l’échec du Vietnam.

Il raconte tout cela, et bien plus encore, dans l’excellent Fog of War : de la difficulté – et de la nécessité – de la diplomatie et de la guerre, et des énormes responsabilités qu’endossent les politiques qui en sont chargés : MacNamara calculera par exemple, à 28 ans, le coût humain d’un bombardement incendiaire. Il faut voir les larmes d’un homme de 90 ans pour comprendre…

Vous l’aurez compris, Fog of War n’est pas pour les démagogues, les âmes simples, les adeptes du « Tous Pourris ! ». C’est l’équivalent cinématographique du Prince de Machiavel, de l’Art de la Guerre de Sun-Tzu, ou De La Guerre de Clausewitz. A l’Age Nucléaire, il faut repenser ces notions anciennes : on ne peut plus faire deux fois la même erreur, car la première est fatale.

Un visionnage indispensable hier, aujourd’hui et demain.

*Les 11 leçons tirés de la vie de Robert McNamara se suffisent à elles-mêmes :

1. Empathie avec ton ennemi
2. Etre rationnel ne nous sauvera pas
3. Il y a quelqu’un au-delà de soi
4. Maximiser l’efficacité
5. La proportionnalité devrait être la loi de la guerre
6. Trouvez l’information
7. Croire et voir ont souvent tort
8. Préparez vous à réexaminer votre raisonnement
9. Pour faire le Bien, vous devrez peut-être faire le Mal
10. Il ne faut jamais dire jamais
11. On ne peut pas changer la nature humaine




samedi 13 juin 2009


Le Seigneur des Anneaux, un bilan
posté par Professor Ludovico

Quid de la trilogie, huit ans après ? Après une relecture familiale des trois opus, Le Seigneur des Anneaux, Les Deux Tours, Le Retour du Roi, il reste à faire un bilan global du nazgul jacksonien. Que restera-t-il de ces films dans dix ans, dans vingt ans ? Nul ne le sait en vérité. La postérité est une sorcière malicieuse, qui laisse peu d’indices aux vivants sur la trace qu’ils laisseront. « Make it count », pourrait-on simplement paraphraser le Jack de Titanic.

Pour ma part, la trilogie me fait penser à Ben Hur. Le Seigneur des Anneaux, la SF au cinéma en général (en tout cas la version survitaminée que se contente de nous proposer Hollywood depuis toujours)*, c’est le péplum de notre génération. Des films à grand spectacle, mais horriblement dépassés aujourd’hui. (A l’opposé, les western tiennent mieux la rampe).

Ben Hur, là-dedans, c’est le haut du panier. Ridicule, mais avec de la gueule. Une scène de chars irremplaçable, un beau scenario, et un peu de ridicule à droite et à gauche. Mais pas honteux, non plus.

Le Seigneur des Anneaux, c’est pareil. On moquera les préciosités elfiques, les combats confus, la musique ringarde, et certains acteurs cantonnés à des taches subalternes, comme on dit dans Drôles de Dames.

Mais on n’oubliera pas la performance de Frodon, de Sam, de Gollum et d’Aragorn, les belles scènes (la Moria, le Gouffre de Helm, l’Eriador, la Bataille de Minas Tirith. Et évidemment, la fin.

Selon la belle formule de l’ami Fulci, Le Seigneur des Anneaux est-il le Star Wars des années 2000 ? Sûrement.

Les chroniques :

Le Seigneur des Anneaux
Les Deux Tours
Le Retour du Roi


* évitant d’adapter correctement les œuvres plus intimistes (voir le traitement réservé à Dick, à Herbert, et à tous les grands auteurs de SF qui attendent d’être adaptés.




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