[ A votre VOD ]

Commentaires et/ou Conseils d’achat de DVD – Peut dégénérer en étude de fond d’un auteur



mercredi 28 septembre 2011


The Social Network, part 2
posté par Professor Ludovico

En re-regardant la semaine dernière The Social Network sur Canal+, on ne pouvait qu’être ébahis par le travail à quatre mains de Messieurs Sorkin et Fincher, mais aussi devant tant de modestie. Le chef d’œuvre invisible, comme nous l’avions baptisé à l’époque, est bien là : dialogues impeccables, acteurs géniaux, et mise en scène discrète se pliant au service de ces deux précédentes composantes.

Une autre constatation s’est faite jour ; c’est la multiplicité des niveaux de lecture de The Social Network. Il y a évidemment l’histoire elle-même, comment Marc Zuckerberg devint Maître du Monde, mais il y a aussi d’autres films dans le film.

Même si Fincher, provocateur, a déclaré vouloir faire de cette histoire une comédie à la John Hughes*, The Social Network est avant tout un film étonnamment angoissant, noir, limite American Gothic à la Tim Burton, quand il dépeint le monde de l’université. La soirée Phoenix, où s’éclatent les harvardiens friqués pendant que le besogneux Zuckerberg programme sa première version de Facebook est filmée comme Seven, dans ce noir si familier chez Fincher. Drôle et lugubre soirée où l’on a pourtant l’air de bien s’amuser (strip-poker, bière, et filles qui s’embrassent). Pourquoi la filmer comme un Harry Potter (Ordre du Phoenix ?) On sait que les Sociétés Secrètes pullulent à Harvard, il y a même une scène d’initiation dans le film… Au bout d’une heure, on sortira de ce cauchemar avec Sean Parker, Mr Napster himself. Eclairé au doux soleil de Californie, le torse glabre de Justin Timberlake, et les fesses rebondies de Dakota Johnson apporteront un rafraîchissant contrepoint solaire à l’ambiance gloomy de la Nouvelle Angleterre. D’un côté, l’Est, la rigueur puritaine, le pouvoir. De l’autre, l’Ouest, ses pionniers, voleurs, et bandits rayonnants.

Il y a aussi, et c’est extrêmement rare dans le cinéma américain, un film sur la lutte des classes. Un film qui démonte le mensonge égalitaire US qui voudrait faire croire au PDG qu’il partage la même culture que l’ouvrier : comme toi, je mange des burgers et je regarde le Superbowl. Mais Fincher, lui, en doute. Et c’est même une constante dans son œuvre : c’est évidemment le sujet de Fight Club, mais aussi, souterrain, dans Panic Room (Partageons un peu plus), Seven (extrême richesse vs extrême pauvreté, tous seront égaux devant le Christ Vengeur) ou The Game (Retourne à la poussière homme riche, si tu veux retrouver le bonheur). Dans le Harvard de The Social Network, il est plus facile de s’appeler Winklevoss que Zuckerberg, même si l’on est cent fois plus brillant, plus créatifs, plus travailleurs. Plusieurs répliques viennent asseoir cette démonstration :

« The rest of my attention is back at the offices of Facebook, where my colleagues and I are doing things that no one in this room, including and especially your clients, are intellectually or creatively capable of doing »

Ou encore :

« The « Winklevii » aren’t suing me for intellectual property theft. They’re suing me because for the first time in their lives, things didn’t go exactly the way they were supposed to for them. »

Toute la rage marxiste qui habite le fondateur de Facebook, c’est bien celle-là, formidablement rendue par Jesse Eisenberg. En contrepoint, Justin Timberlake offre la candeur – toute américaine – du self made man. Il n’a fait, comme il dit, que l’Ecole Primaire William Taft. Au final, c’est lui qui gagne : heureux, à l’aise, il se tape toutes les filles, et il emporte – presque – la mise.

Il y a aussi dans The Social Network un film sur Facebook, et sur ce que Facebook a changé dans nos vies. Pour cela, Aaron Sorkin utilise une ficelle classique : les principaux protagonistes sont les propres victimes de leur création : Zuckerberg se fait prendre parce qu’il fait la bêtise de tout raconter sur son blog (une mésaventure qui va arriver à ensuite beaucoup de gens sur Facebook ), et sa girlfriend accuse Internet d’être devenu le repaire de ces gens aigris, qui ne pensent qu’à cracher leur haine (« You write your snide bullshit from a dark room because that’s what the angry do nowadays »). Severin se fait agonir par sa copine, parce qu’il est toujours Célibataire sur son Profil, etc.

Enfin, il y a un dernier film, celui du pacte avec le démon, symbolisé par la scène de la discothèque. Satan (Timberlake) proposant le pacte à Zuckerberg, via la géniale (et authentique) métaphore Victoria’s Secret !) Mais pour cela, il faut se débarrasser des amis, de tous les liens humains, ce qui va parfaitement à l’autiste.

Le génie de The Social Network est là : dans l’intrication de multiples niveaux de lecture, tous lisibles par le spectateur, mais qui y pioche ce qu’il veut, s’il le veut. Tout le contraire d’un film à thèse, même s’il en est un… Caché dans une forme élégante, dont le spectateur ne sent aucune couture, The Social Network ne cesse d’émerveiller…

* ce qu’il est parfois : la scène dans les toilettes avec les groupies asiatiques est le parfait décalque de Une créature de rêve, Zuckerberg et Severin remplaçant avantageusement Gary et Wyatt




lundi 19 septembre 2011


Buried
posté par Professor Ludovico

Buried, c’est un film formule, une idée, et une seule, poussée jusqu’au bout. Souvent de belles intentions, mais guetté par le crash final (Blair Witch par exemple).

Mais ici, Rodrigo Cortés tient son projet de bout en bout. Le concept : un type se réveille dans un cercueil : il a été enterré vivant. Vous avez 90 mn (avec lui) pour découvrir ce qui lui est arrivé. De cette amorce, Rodrigo Cortés ne changera rien : unité de temps, unité de lieu. Pas de flashbacks intempestifs. Pas de sauveteurs extérieurs. Pour tenir la distance, il faut évidemment un peu de maestria technique : comment filmer (et éclairer !) un coffre en bois de 2m sur 1 avec un gusse à l’intérieur ? Il faut un propos : sans trop en révéler, on dira que Buried propose une intéressante métaphore de la situation géopolitique et morale des USA aujourd’hui.

Dernière qualité : Buried s’arrête quand le procédé devient lassant, et frôle l’irréaliste. A voir.




samedi 3 septembre 2011


Tabou(s)
posté par Professor Ludovico

Tabous s’appelle en anglais Towelhead, tête de serviette, en un mot : bougnoule. Ça aurait été plus clair, mais probablement que l’ami Fulci ne l’aurait pas acheté (en plus de la bouche purpurine de Summer Bishil), et que je ne l’aurais donc pas vu.

Tabous est le nouveau paradoxe d’Alan Ball : scénariste d’American Beauty, créateur de la fabuleuse série Six Feet Under, mais aussi de True Blood, on a du mal à imaginer ces différentes créations dans la tête du même artiste. Autant Six Feet Under était subtil, autant American Beauty et Tabous ne le sont pas. Les deux films sont d’ailleurs très semblables ; la haine de la Banlieue Américaine y est tout aussi présente qu’inexpliquée, le sexe y est tout aussi répressif, et, les mêmes causes produisant les mêmes effets, les quadra US sont des grands frustrés qui ne rêvent que de se taper de nubiles adolescentes.

Pourtant, contrairement à American Beauty, je m’y suis intéressé jusqu’au bout. Il y a dans Tabous une ambition toute autre que d’y enfiler des clichés.

Pourtant il y en a des clichés : Jasira, adolescente de 13 ans, fille d’un couple americano-libanais, vit chez sa mère. Devant le comportement libidineux de son compagnon, la mère décide plutôt de se séparer de sa fille et de l’envoyer chez le père libanais, ingénieur à la NASA, à Houston. Rifat Maroun est une caricature du type qui veut s’intégrer à tout prix. Bannière étoilée dans le jardin, Vierge Marie dans la bagnole, mais devant sa télé, Rifat espère secrètement que Saddam gazera tous les yankees.(L’intrigue se déroule en 1991, pendant la première Guerre du Golfe). Intolérant, raciste, rien ne lui est épargné. En face, ce n’est pas mieux : Travis Vuoso, (excellent, comme toujours Aaron Eckhart) est un pur produit redneck : réserviste, patriote, mari frustré face à une épouse frigide… Au milieu de la bataille, le couple de gauche qui écoute forcément Edie Brickell and the Bohemians (Toni Colette et Matt Letscher) et qui veut faire le bien, même malgré elle, de la pauvre Jasira. La Nouvelle Lolita subit certes le racisme texan (towelhead !) Mais va surtout découvrir sa sexualité et comprendre le pouvoir qu’elle peut exercer sur les hommes…

Nous avons donc d’un côté, un décor d’opérette et des personnages à la limite de la caricature, mais au service d’un propos des plus rafraîchissants : et si la sexualité était quelque chose de positif ? Et si malgré un père abusif, un beau-père peloteur, un voisin mateur, on pouvait survivre ? Rien que pour ça, et pour la candeur de l’actrice principale, Tabous vaut le détour.




jeudi 25 août 2011


A Propos d’Elly
posté par Professor Ludovico

C’est l’histoire d’une bande de trentenaires qui montent une cabane à leur copain récemment séparé. Et qui amènent une jeune et jolie institutrice à ce week-end au bord de la mer, on ne sait jamais… Des jeunes mecs à la coule, des petites nanas canons, 4×4, portables et sacs Vuitton, tout l’attirail de ces ex-étudiants en Droit est là… Sauf que la scène ne se passe pas à Cabourg ou au bord du Lac Tahoe, mais à Chalous, sur la rive iranienne de la Mer Caspienne.

Car le Professore est allé voir son troisième film iranien, A Propos d’Elly, of course. Qu’arrive-t-il au Professore ? A-t-il cédé aux sirènes du Grand Satan iranien ? Que nenni ! Non seulement A Propos d’Elly est le second film de Asghar Farhadi, auteur de la fabuleuse Séparation, mais la vérité oblige à dire qu’à sa sortie en 2009, le Professore avait déjà failli y aller, probablement à cause de la magnifique Golshifteh Farahani.

Eh bien n’y allons pas par quatre chemins : A Propos d’Elly est aussi bien, si ce n’est mieux que son cadet. On y retrouve non seulement ses deux acteurs d’Une Séparation (Shahab Hosseini et Peyman Moaadi), mais surtout les thématiques, et la structure fétiche des films de Farhadi. A partir d’un petit rien (un week-end à la mer), Fharadi fait partir l’intrigue en vrille, sans avoir besoin de requérir de grands effets de manche. Car chez ce cinéaste, comme chez Haneke, comme chez Kubrick, l’enfer est pavé de bonnes intentions : on invite une copine pour consoler un copain, on ment au propriétaire de la maison, à ses amis, à ses parents, on cache un sac, et l’empilement de ces petits mensonges du quotidien peuvent conduire à la catastrophe… Comme dans Une Séparation, et comme chez Hitchcock, le plus simple serait de dire la vérité, mais comme chacun sait, nous préférons généralement nous arranger avec.

Les deux parties d’A Propos d’Elly, l’une joyeuse, l’autre cruelle, montre les effets dévastateurs de cette conduite : personne ne sortira indemne de ce week-end. Le spectateur non plus…




mardi 23 août 2011


Bienvenue à Zombieland
posté par Professor Ludovico

Bienvenue à Zombieland fait partie de ces films qui sont évidemment desservis par leur titre et leur thématique. Ne vous y trompez pas pour autant : Rhett Reese et Paul Wernick, ses auteurs et Ruben Fleischer (son réalisateur) iront loin. Le pourquoi du comment en 4 leçons :

– BaZ est magnifique : Ruben Fleischer fait à l’évidence partie de l’école Zack Snyder : chaque plan est magnifiquement cadré, éclairé, filmé. Les effets spéciaux sont particulièrement soignés.

– BaZ a le sens de l’humour. C’est rare dans les films de zombies, où le rire est plutôt du côté du spectateur, en pleine distanciation Brechtienne. Ici, l’humour est compris dans le prix, notamment via ses règles de survie en milieu zombie (Règle #17 : Ne pas jouer les héros)

– BaZ a de grands acteurs : les films de genre attirent rarement un tel cast : Jesse Eisenberg (The Social Network), Woody Harrelson (Tueurs Nés), Emma Stone (Supergrave), Abigail Breslin (Little Miss Sunshine)

– BaZ arrive à conjuguer action, dérision, émotion : pas facile au milieu des tronçonneuses et des shotguns…

Bref, mesdames, ne louez pas Bienvenue à Zombieland, mais surveillez les futures productions de ces trois messieurs…




mercredi 27 juillet 2011


Le Clan des Siciliens
posté par Professor Ludovico

Cela fait deux/trois fois que Le Clan des Siciliens passe à la télé, et là, j’arrive enfin à le scoper, et à le regarder. Mais je m’interroge toujours : ai-je déjà vu le chef d’œuvre d’Henri Verneuil ? Ma base de données à tableaux croisés dynamiques me dit que oui, et ma tête me dit que non.

Mais maintenant, je sais, j’ai vu Le Clan des Siciliens, et c’est cette fameuse scène sexuelle qui me l’a rappelé. Je devais avoir six ou sept ans, il n’y avait qu’une télé noir et blanc chez mes grands parents, et le dimanche soir on regardait Guy Lux, ou le film du dimanche. Et là, je revois ma mère disant : « Ce n’est pas vraiment pour les enfants ! » Aujourd’hui, je comprends pourquoi. Je ne sais plus si on m’a fait sortir, ou si la scène a disparu aussitôt, mais oui, j’ai vu Le Clan des Siciliens.

Posons déjà le décor : Sartet (Alain Delon) est un tueur sans scrupules, qu’a fait évader la famille Manalese. Le chef du clan Manalese, Vittorio (Jean Gabin) héberge Sartet dans l’appartement de son fils. Pas de bol, le Luigi en question est marié à une chaudasse, Jeanne (Irina Demick, la jolie résistante du Jour Le Plus Long). Jeanne s’habille trop court (enfin, selon Gabin ! Trop court, c’est quand on voit les genoux…), et Jeanne est fascinée par les bad boys. Quand c’est Delon, on la comprend ! Elle asticote donc notre Alain national, aligne sa poitrine opulente dans la ligne de mire de son gros pistolet (ATTENTION, METAPHORE !!!) jusqu’à ce que Delon siffle la fin de la plaisanterie : « Ça fait deux ans que je n’ai pas vu de femme, donc tu ferais mieux de partir ! » : ça, c’est un mec !

Deuxième boulette des siciliens : on charge Jeanne de convoyer le beau ténébreux à Menton, tandis que les fils Manalese préparent un casse en Italie. Comme le dit le proverbe portugais, c’est ce qui s’appelle mettre la bûche un peu trop près du feu… Et là, paf, LA Scène !

Imaginez Delon, tueur à gages qui s’ennuie à cent sous de l’heure au bord de la plage. Qu’est-ce qu’on fait dans ces cas-là, quand on est un tueur sans scrupules ? On va à la pêche ! Fringues impeccables, mais bottes en caoutchouc, Alain Delon tue le temps en tenant bien droite sa gaule dans la main (METAPHORE n° 2) Derrière, on aperçoit Jeanne qui se déshabille, version bronzage intégral : vue imparable sur le fessier de Madame (je rappelle qu’on est en 1969, et pas dans Hair mais dans un film sévèrement burné Delon-Gabin-Ventura)

Contrechamp : Delon vient de pêcher une anguille. Longue, noire et visqueuse, elle se tortille dans tous les sens (METAPHORE n°3). Champ : Jeanne replie langoureusement sa jambe. Contrechamp : Delon prend l’anguille et l’assomme, en la frappant violemment sur un rocher (METAPHORE n°4) puis rejoint Jeanne, l’anguille toute molle à la main.

– « Je n’ai jamais vu quelqu’un tuer une anguille comme ça… »
– « Alors c’est que vous n’avez rien vu !», réplique Delon, et il l’embrasse…

Pour ceux qui trouvent que j’exagère, l’extrait est là.

En dehorsde cette scène surréaliste, Le Clan des Siciliens est évidemment un très bon film, basé sur son trio d’acteur AAA (Delon-Gabin-Ventura). Mais c’est aussi un scénario béton (José Giovanni), et une mise en scène ambitieuse signée Verneuil, qui joue admirablement des silences et des non-dits, la musique d’Ennio Morricone venant rythmer le tout. Et surtout, il y a ce fatum qui semble flotter au-dessus des personnages ; la fin, à ce titre, est magnifique…

L’autre plaisir du film, c’est de retrouver ce monde disparu que sont les années 60. Un monde sans téléphone portable, où il faut demander à une opératrice de vous passer l’Italie. Un monde aussi, où on peut emmener des pistolets dans un avion de ligne sans se faire prendre, et où la police peut tabasser sans vergogne les types qu’elle interroge… Ah ça, existe toujours, ça ? Ah, pardon…




mardi 26 juillet 2011


The Box
posté par Professor Ludovico

J’ai honte.

Par fainéantise, je ne suis pas allé voir The Box en salle. The Box, oui, le film de Richard Kelly, Mr Donnie Darko himself.

A l’opposé de beaucoup de cinéastes aujourd’hui, Richard Kelly a confiance dans le cinéma. Mieux, il croit en notre capacité à rêver, il a confiance dans l’intelligence du spectateur. C’est pour cela que dans ses films, il laisse des trous partout : dans les dialogues, les situations. Et nous laisse, pauvre spectateur déjà au bord de l’apoplexie, trouver des réponses par nous-mêmes.

Car The Box fait peur, très peur même, de cette peur purement intellectuelle, cet effroi qui troue le cœur, au milieu d’une nouvelle de Lovecraft ou à la conclusion d’un épisode de La Quatrième Dimension, influence évidente de The Box. D’ailleurs, Richard Matheson, scénariste de certains épisodes de la série, mais aussi du Duel de Spielberg, de L’Homme qui rétrécit ou de Je suis une Légende, est l’auteur ici de la nouvelle-titre Button, Button qui sert de base au scénario de The Box.

Mais qu’y a-t-il dans cette fameuse boîte ? un bouton justement. Appuyez dessus, et vous toucherez un million de dollars… et quelqu’un que vous ne connaissez pas mourra, quelque part dans le monde… Vous avez 24h pour vous décider, demain, la boîte sera proposée à quelqu’un d’autre. Et à qui la propose-t-on, cette boite ? A un couple de Monsieur-tout-le-monde : Norma Lewis, prof de philo spécialiste de Jean-Paul Sartre (Cameron Diaz) et Arthur, son mari, ingénieur à la NASA (James Marsden). Evidemment, on peut donner toutes sortes de réponses à ce dilemme, en utilisant l’existentialisme (que faire de ma vie avec cette boîte ?) ou le retro-engineering (qu’est-ce qu’il y a dans cette boîte ?). A l’évidence, rien. La réponse et en nous. La réponse, c’est nous.

Quand on est un gentil petit couple qui vit au-dessus de ses moyens, peut-on résister à un million de dollars ? Sûrement pas. Ce qu’il adviendra d’eux, et à quoi sert The Box, c’est évidemment le sujet du film, mais pas son principal attrait.

Non, la force du film, c’est son univers, c’est son ambiance : nous sommes en 1976, la sonde Viking vient de se poser sur Mars, et Richard Kelly joue de cela, dans ce monde familier, mais étrange également, nappée d’une photo féérique et d’une musique délicieusement hitchcockienne. Un mélange de Mulholland Drive et de 2001. Tout à l’air normal, mais tout est bizarre : l’alignement des flûtes de champagne, le miroir du bar, la piscine du motel, le Père Noël…

On pourrait invoquer David Lynch, mais on voit tout de suite que Kelly a son propre univers. Qui est capable, sinon lui, de rendre plausible la présence d’un lapin géant et monstrueux dans Donnie Darko ? Sa production est rare (3 films : Donnie Darko, The Box et le maudit Southland Tales) : Richard Kelly est donc précieux.

On va donc chercher l’œuvre maudite… Et on s’efforcera de ne pas rater le prochain Kelly… En salles !




lundi 25 juillet 2011


Adieu Poulet
posté par Professor Ludovico

Suite à Coup de tête, j’avais enregistré Adieu Poulet, que j’ai regardé hier. Ça se mange sans faim, à vrai dire. C’est drôle, il y a de l’action, et surtout le duo Ventura/Dewaere, le premier passant la main au second. Le film, réalisé par Pierre Granier-Deferre, et écrit par Francis Veber, semble jouer à fond de ce choc des titans, le vieux contre le jeune, l’anar de droite contre l’anar de gauche. Film dans le film, le Commissaire Verjeat passe la main à son jeune adjoint Lefèvre, tout comme la vieille garde (Lino Ventura) semble passer la main à l’avant-garde (Dewaere), … malheureusement, il ne reste à Dewaere que sept ans à vivre…

Si les péripéties sont parfois peu vraisemblables, l’intrigue de fond tient la route ; c’est l’histoire de Lardatte, un jeune député carriériste (Victor Lanoux, dans l’un de ses meilleurs rôles) qui couvre un de ses nervis colleurs d’affiche. Portor (Claude Brosset, vu aussi dans OSS 117 : Le Caire, Nid d’Espions), a tué un flic. Malgré toutes les protections dont Lardatte semble faire l’objet, le Commissaire Verjeat (Lino Ventura) ne l’entend pas de cette oreille. Il veut la peau de Portor. Et malgré les conseils à la modération de son jeune adjoint Lefèvre (Dewaere), Verjeat finira par entraîner Lefèvre dans cet imbroglio politico-criminel.

Ce qui fait merveille ici, c’est que c’est un film d’acteurs ; Adieu Poulet ne serait pas du tout le même film avec deux autres comédiens. Dewaere et Ventura transpercent l’écran, tout comme les seconds rôles (Pierre Tornade, Julien Guiomar, Claude Rich …). Il était intéressant d’ailleurs de faire la comparaison en zappant sur Les Valseuses. Le film de Blier est une merveille de texte, portés par trois comédiens à fond la caisse (Dewaere, Depardieu, Miou-Miou), mais pas tenue par une intrigue serrée…

Dans Adieu Poulet, les acteurs portent le film. Et c’est l’histoire qui prime : nos deux petits poucets de la Maison Poulaga feront-ils tomber le politicien RPR, euh, pardon Parti Républicain Unifié, c’est la question…

Notre Commissaire bottera en touche, du 100% Lino : « Verjeat, il est à Montpellier ! »




jeudi 21 juillet 2011


Des Hommes et des Dieux
posté par Professor Ludovico

Pour une fois, on ne va pas faire vraiment la critique d’un film, mais plutôt celle de son succès, démesuré. Comme un peu Woody Allen, à qui on ne refuse pas le droit de faire des films, mais dont la Allenmania critique et populaire nous rend un peu sceptique.

Le film, parlons-en vite fait : des moines perdus dans la montagne algérienne, mais intégrés depuis toujours à la vie de leur village, voient la guerre chaque jour se rapprocher. D’un côté, le GIA a la mauvaise manie de trancher la gorge à tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux ; en face, l’armée algérienne, brutale et corrompue, qui use de toutes les ficelles pour se maintenir au pouvoir. Dilemme : rester ou partir ? C’est, parait-il le sujet du film. En deux mots, on s’ennuie ferme. Ça pourrait s’arrêter là, si le film n’avait pas connu le succès que l’on sait.

Car le film de Xavier Beauvois, bon, ben, voila, c’est un film… Ni plus, ni moins. Des beaux paysages (pas génialement filmés), des acteurs sous-employés, et des dialogues ras les pâquerettes…

Pourquoi ça marche, alors? D’abord sûrement part ce côté téléfilm, facile d’accès, « Tiberhine pour les Nuls ». Ensuite parce que le film ne prend pas partie (en apparence, voir ci-dessous)… Et ça, les français aiment bien : les journalistes objectifs, les politiciens plutôt au centre (même s’ils ne votent jamais pour eux), et donc les films bayroutistes, « au miyeu »… Ben oui, mais l’art c’est pas ça. Dieu (et le cinéma) vomit les tièdes, comme dirait l’autre…

Donc on ne saura rien des défauts de ces gentils moines, de leur passé, de leurs motivations monacales, et donc on se fiche un peu qu’on leur tranche la tête.

Quand aux ennemis, les barbus qui font peur mais qui respectent le petit Jésus, ou les militaires méchants qui ne respectent même pas leurs ennemis, vous voyez bien ce que j’en pense… le problème, c’est tout simplement que Xavier Beauvois, c’est quelqu’un qui n’a pas confiance dans le cinéma. Quand un personnage a peur, il ne sait pas filmer ça. Il lui écrit une ligne de dialogue « J’ai peur ». Si un type est méchant, il le filme en colère. Il ne sait pas qu’un plan, une grimace, un montage particulier pourrait rendre le même service, plus subtilement.

Alors, ce succès ? Dans une France qui se vante à chaque coin de rue qui se vante d’être anticlérical et athée (mais qui entretient la moindre chapelle de village), dans un pays qui se moque de l’Amérique bigote d’Armageddon, on a du mal à comprendre. Car volontairement ou non, Des Hommes et des Dieux est un film de propagande. Ou, pour le dire plus gentiment, une belle image d’Epinal. Les français aiment les images d’Epinal, et les américains aussi.

Dans la collection Catholicisme, il y avait déjà du choix « Inquisition« , « Croisades« , « Méchant Pape contre Gentils Cathares« , il y a ici « Le Bon Curé« . Le type doux, aimant son prochain, gentils avec les pauvres algériens, qui soignent et qui nourrissent : les médicaments, et le miel.

Que ce soit bien clair : je ne doute pas une seule seconde que cela corresponde aux véritables Moines de Tiberhine.

Mais disons que le film de Beauvois fait sonner une corde sensible, celle de notre mission civilisatrice en Algérie (critiquée d’ailleurs par un demi-méchant du film). Et voilà notre rêve d’Algérie, terminé pourtant depuis cinquante ans, qui resurgit : les blancs amenant médecine, agriculture, tolérance. Vivant parmi les arabes qui les aiment et les respectent. Et en face, les mêmes clichés, vivaces : depuis qu’on est partis, qu’ont-ils fait de ce merveilleux pays que nous avions aménagé, irrigué, cultivé ? Des barbus terrifiants, et le pouvoir algérien issu du FLN.

Encore une fois, rien n’est faux là-dedans. Mais il fallait pour Xavier Beauvois adopter la forme du documentaire, ou bien accepter la fiction, et s’y plonger, complètement.




samedi 16 juillet 2011


Comme les 5 Doigts de la Main
posté par Professor Ludovico

Scénario à tiroirs, polar mâtiné de tragédie familiale, humour et action, le tout porté par une mise en scène millimétrée et cinq comédiens incandescents au sommet de leur Art : et si Comme les 5 Doigts de la Main était le meilleur film français de l’année ?

Naan, j’déconne…

J’aime bien Arcady, qui a fait de bons films (Le Grand Pardon, L’Union Sacrée), j’aime bien Bruel, à qui il arrive d’être excellent (PROFS, Toutes Peines Confondues, Profil Bas, Le Code a Changé), mais là, c’est pas possible !

Comme les 5 Doigts de la Main ne fait que rêver de la chronique ci-dessus. Cette chronique, c’est le film qu’il voudrait être au plus profond de lui-même, mais le film d’Arcady n’est qu’un vilain petit nanar.

Le pitch déjà, vaut son pesant de houmous : quatre frères fêtent Kippour à Paris avec maman (Françoise Fabian, formidable en mère juive qui s’évanouit toutes les trente secondes, parce que le couscous est trop sec, ou parce que son fils a une balle dans le bide) ; en parallèle, un cinquième et mystérieux personnage est en cavale à Marseille, avec un sac de sports sur le dos, un sac rempli de billets.

On portera au crédit de Comme les 5 Doigts de la Main cette première demi-heure, qui amène l’histoire et les personnages par touches impressionnistes ; c’est bien fait, on veut en savoir plus.

C’est après que ça se gâte, parce que les personnages sont caricaturaux, injouables, et donc mal joués. Jugez plutôt : Dan Hayoun (Patrick Bruel) est le bon fils qui a réussi, avec son restaurant italien de luxe. Mais c’est aussi… un ancien sniper… Hmm… Hmmm… C’est aussi un mari terriblement jaloux, qui arrange les coups avec son petit sourire en coin, copyright Patriiiiiick!!! 1989.

Jonathan Hayoun (Pascal Elbé), est pharmacien, c’est l’extrémiste religieux de la famille. Il se balade jamais sans kippa, il a même des rechanges dans sa poche (sic).

Julien Hayoun (Éric Caravaca) est le petit dernier, il a pas réussi, il est prof (resic), dans un lycée de banlieue (reresic) plein d’arabes (rereresic).

Quant à Michael (Mathieu Delarive), cherry on the cheesecake, c’est le flambeur de la bande : il joue… kolossal ironie, au poker ! dans un cercle de jeu sponsorisée par Winamax* (sic au carré)… Et le personnage de Patrick Bruel l’enjoint… à jouer moins… (sic x 10 puissance 56)

Je vous passe l’heure qui suit : en gros, ça tourne à un bon Chuck Norris : « Cette fois-ci, c’est personnel !!! ». On découvre que le cinquième personnage n’est autre que David Hayoun (Vincent Elbaz, décidément pas fait pour la tragédie), le Hayoun qui a vraiment mal tourné : braqueur, il a balancé un gangster gitan qui est désormais à sa poursuite, vu qu’il est parti avec le butin. La boulette !

Bruel et ses frangins affronteront donc le gang de gitans (séquence culte avec pharmacien hassidim, M-16 à la main), on révélera que le frangin en cavale avait un bon fond, un secret familial sera révélé, et la famille enfin réunie dans les calanques, façon Château de Ma Mère vs Citizen Kane

Car à l’image du Rosebud final, le film d’Arcady ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît. Arcady a toujours été comme ça, plongé dans sa fascination du cinéma US, à vouloir faire son Parrain, ou son Arme Fatale. Mais ici, c’est Miss Catastrophe que tu fais, mon petit Alexandre : vannes foireuses, et humour juif au milieu d’une scène dramatique (Bruel qui lance à Elbaz en sang, une balle dans le bide : « Et tu oses nous faire ça le jour de kippour ?

On passera, parce qu’on est gentil, sur les sous-entendus racistes du film (les arabes sont bonniches, élèves de banlieue, flics, ou barbus islamistes, mais bon on peut s’entendre, parce que ça nous rappelle l’Algérie, hein !) Par contre, les gitans, ça rigole pas : ce sont des gangsters sanguinaires, sadiques et déloyaux.

Moment culte du film, façon Les Nuls-Hassan Cehef : Bruel et les frangins vont acheter des armes dans une cité. Le trafic d’armes est évidemment tenu par des islamistes (ils sont barbus, et vêtus de blanc (la tenue de camouflage habituelle d’Al-Qaeda). Bruel commence à faire son marché. A chaque fois que les Hayoun achètent une kalachnikov, on croirait entendre le vendeur, fanatique mais serviable, lui répond « C’est possible ! »

Vous l’aurez compris, il ne faut rater sous aucun prétexte Comme les 5 Doigts de la Main. Le film est parfait pour une soirée DVD, à déguster entre amis, avec une bonne bière et des pizzas et, superbonus ! En version française !!

Allez, une petite dernière pour la route ? « Si 6 milliards de gens ont pas réussi à retrouver Ben Laden, je vois pas comment trois flics pourraient retrouver David Ayoun !! »

NB Spéciale dédicace à Michel Vaillant qui nous avait chaudement recommandé Comme les 5 Doigts de la Main (au troisième degré) lors d’une AG CineFast.

*Pour ceux qui ne s’intéressent pas Texas Hold Em, Winamax est le plus gros site de poker français et appartient notamment à Patrick Bruel




février 2026
L M M J V S D
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
232425262728