Qu’est-ce qui distingue une grande série d’une série de consommation courante ? La même différence, finalement, qu’il y a entre un sandwich jambon-beurre de chez Paul, au goût millimétré, et celui que vous vous préparez en achetant, au cœur de l’Auvergne, le pain, le beurre et le jambon…
Hier, dans un de ces épisodes désordonnés dont TF1 a le secret (épisode 2 : machin a le cancer, épisode 3, il se porte comme un charme, et caetera, et caetera), Dr House soigne une jeune fille de multiples symptômes (dérèglement du foie, migraines, etc.)
Là, le CineFaster moyen se met à hurler : mais qu’est-ce que vous foutez devant Dr House, Herr Professore ???
Bon ça va, les gars, c’est les vacances ! Y’a que la TNT aux Arcs, et même la Ligue des Champions ne passe plus en clair…
Bref, Dr House soigne cette petite, dont la mère n’est autre que Sherilyn Fenn, qui a pris quelques kilos depuis qu’elle faisait des nœuds aux queues de cerises dans Twin Peaks…. Mais je m’égare… La Professorinette a beau pronostiquer que la gamine va sen tirer (« car ils s’en tirent tous », cf. le jambon-beurre de chez Paul), pas de bol, elle y passe.
Dans une des dernières scènes, la pauvrette jette un coup d’œil désespéré à Monsieur House (ou à une de ses sbires, peu importe), qui vient de lui annoncer qu’il a finalement trouvé la raison de sa maladie :
– « Je vais mourir, docteur ?? »
– « Oui. »
Voilà, c’est fini. La mère se jette dans les bras de sa fille, quelques explications entre toubibs, générique.
Immédiatement, j’ai pensé à Scrubs. Une série beaucoup plus légère, drôle, sympa, mais capable d’engendrer de la tragédie au coin d’un gag.
Dans un épisode de Scrubs, le chef médecin (formidable John C. McGinley) vient réconforter notre héros, JD Dorian, (génial Zach Braff), qui va bientôt perdre un patient en phase terminale. « On ne peut pas les sauver tous, JD. Certains patients viennent à l’hôpital pour mourir. En fait, un sur trois meurt à l’hôpital. » À ce moment, le spectateur se rappelle, comme notre héros, qu’il a trois patients, et que oui, il faut se résigner, il en a déjà sauvé deux.
Un quart d’heure plus tard, les trois patients sont morts. L’épisode, commencé comme une guignolade, finit comme un drame. L’auteur, Bill Lawrence, a installé sa dramaturgie, a laisse le temps aux sentiments de s’installer. Il ne s’est pas contenté de sa formule (les-patients-sont-comme-des-enquêtes-policières) pour délivrer ses quarante minutes de programme.
Dr House n’est pas une grande série. Scrubs l’est.
posté par Professor Ludovico
C’est la surprise de l’année dernière : un film intelligent sur Shakespeare, réalisé par… Roland Emmerich. Oui, l’artiste de 2012, l’esthète de Independance Day, le fin dialoguiste du Jour d’Après.
Un film sur Shakespeare, ou sur l’escroquerie ? Car on ne sait pas grand chose du Barde Immortel, si ce n’est des choses très contradictoires. Issu d’une famille de gantiers, il est devenu le poète et le dramaturge le plus respecté au monde. Il y a peu de portraits de lui, et ses œuvres ont été publiées à titre posthume. Comment, issu de la bourgeoisie, un simple acteur aurait pu en savoir autant sur l’histoire anglaise (Henry V, Richard III), la mythologie antique (Songe d’une nuit d’été), ou l’Italie (Le Marchand de Venise, Romeo et juliette) ?
Anonymous illustre une de ces thèses : Shakespeare n’aurait été que le prête-nom d’un grand noble, à qui l’écriture, la poésie, le théâtre, étaient interdits, passions inavouables dans l’Angleterre très puritaine d’Elisabeth Ière.
Cet argument, Emmerich le traite tout en finesse, grâce probablement à un excellent scénario original de John Orloff (Band of Brothers). Plutôt que de se focaliser sur le comte écrivain (formidable Rhys Ifans en Edward de Vere), ou sur Shakespeare (présenté de manière un peu trop caricaturale), il se focalise sur l’intermédiaire ; Ben Johnson, un autre dramaturge, qui a vraiment existé, et écrit notamment Volpone. Et c’est lui, l’idiot, qui refuse le pacte faustien proposé par le comte de Vere, car il espère bien faire carrière, et faire percer son œuvre. L’acteur Will Shakespeare n’aura pas ces précautions, il endossera le rôle avec talent, pour les cinq siècles à venir.
Entrelaçant finement la situation politique de l’époque (la succession à venir d’Elisabeth, ses mythiques bâtards), et le flashback amoureux entre la Reine Vierge et un noble de la cour, Anonymous joue sa partition à merveille, même si elle est parfois difficile à suivre…
Un seul reproche, l’image, trop travaillée à la palette graphique, qui tire une peu le film vers le bas. Mais tant pis, laissons nous entraîner par ces textes magnifiques qui résonnent encore à nos oreilles ; peut importe qui en est le véritable auteur !
lundi 25 février 2013
Oh My God !
posté par Professor Ludovico
Qui ira dire à mademoiselle Tanya Wexler qu’elle filme au XXIème siècle ? Pire, qu’elle y vit ?
Sur un sujet rigolo (l’invention du vibromasseur dans la prude Angleterre victorienne*), Tanya Wexler – qui vient pourtant du cinéma indépendant – n’a en stock qu’une comédie fadasse à proposer, avec des dialogues que ridiculiserait ceux de My Fair Lady (1964).
Oh My God est mal joué, à commencer par ma chouchoute (Maggie Gyllenhaal), qui campe une suffragette hystérique. Et l’hystérie, c’est bien ce dont on l’accuse (le film s’appelle Hysteria en VO). Franchement, on serait plutôt d’accord. Idem pour mettre ce gandin de Hugh Dancy, bien pâle dans une comédie qui devrait être un peut hot.
Nous aussi, après 95 mn de ce régime basse tension : il est grand temps de changer les piles.
* based on a true story, évidemment