[ Les films ]



mercredi 16 octobre 2013


Euro Punk
posté par Professor Ludovico

Qu’est-ce qu’une expo sur le Punk vient faire sur CineFast ? Rien, en fait, je fais ce que je veux.

Le mouvement punk n’a certes pas amené grand-chose au cinéma, car quoi qu’on dise, le 7ème art est avant tout l’art du compromis. Il faut négocier avec les puissants – Jack Warner ou le CNC – pour faire son film. Il ne suffit pas de prendre une guitare ou un pinceau pour exprimer sa frustration adolescente.

Le Punk, qui érigea le do-it-yourself en modus operandi, dynamita, dans le même mouvement le rock sur ses bases : si tout le monde pouvait monter un groupe, s’il suffisait d’être provocateur à la télé pour vendre des disques, what’s the point? Les leçons situationnistes du manager des Pistols, Malcolm McLaren, ont détruit pour toujours le concept de provocation rock’n’roll, en montrant qu’elle n’était qu’une stratégie marketing. Certes, McLaren réécrivait l’histoire en se donnant le beau rôle, mais le rock ne s’en est pas remis.

Depuis, d’ailleurs, il est mourant.

C’est tout l’intérêt de la formidable exposition Euro Punk qui ouvre aujourd’hui dans la toute aussi formidable Cité de la Musique. Contrairement à la dernière exposition Dylan, Euro Punk déborde d’objets du culte à admirer, de documents à visionner, et de musique à écouter : affiches, disques, costumes de scène, fanzines, interviews et concerts vidéo ; il faudra plusieurs visites pour en exploiter le contenu.

Et pour ceux qui sont nés dans les années soixante, un incontournable lieu de nostalgie adolescente : ce quarante-cinq tours de God Save The Queen, nous l’avions volé au Prisunic de Trouville, ce pressage original de Unknown Pleasures, nous l’avions bêtement ignoré à l’époque, ces numéros de Libé illustrés par Bazooka, nous les avons bêtement jetés.

Au sous-sol, une expo photo propose un génial contre-point : la France de Giscard, la Vraie France de 1976, peuplée de mamans à grosse lunettes, de militants UDF, et d’adolescentes boutonneuses mangeant des glaces à la Foire du Trône.

A ce moment-là, nous avons eu, un court instant, le sentiment de faire partie de l’avant garde.




lundi 14 octobre 2013


« De quoi vous plaignez-vous ? »
posté par Professor Ludovico

Dans Le Nouvel Hollywood, Paul Schrader, ex-cinéphile devenu cinéaste, interpelle les cinéphiles d’aujourd’hui, c’est à dire vous et moi : « De quoi vous plaignez-vous ? Quand nous, nous voulions voir un vieux film de Jean-Luc Godard, il fallait trouver une copie 16mm quelque part, un projecteur, et tendre un drap blanc sur le mur d’un copain. Vous, il vous suffit d’aller au vidéo club ! »

Je me suis posé la même question hier, devant l’incroyable programmation télé de ce dimanche soir. J’ai pu ainsi surfer de The Town en VO sur TF1 (que je n’ai pas voulu regarder puisque j’avais manqué le début), rire aux éclats devant le Bambino d’OSS 117 Le Caire Nid d’Espions, revoir les dix dernières minutes – magiques – de Deep Impact, l’Armageddon mélo de Mimi Ledder, éviter La Belle et Bête sur Arte ou Thelma et Louise sur 23, jeter un œil à Beignets de Tomates Vertes, changer d’avis sur La Reine Margot, dont je n’avais pas su apprécier la mise en scène arty à sa sortie, et même revoir en replay les 6 buts de l’équipe de France face à l’Australie. On se plaint souvent de la médiocrité de la TNT (« thirteen channels of shit on the T.V. to choose from » comme on dit dans The Wall), pourtant, il y a du choix.

Que demande le peuple ?




lundi 14 octobre 2013


Le Faucon Maltais
posté par Professor Ludovico

Jouer à LA Noir, le GTA raté à la sauce Ellroy, c’est l’occasion de faire découvrir aux jeunes les fabuleux films noirs qui en sont l’inspiration principale. À tout seigneur, tout honneur : Le Faucon Maltais, le chef d’œuvre du jeune John Huston.

Si ce Faucon est le parangon du polar, c’est que les qualités du livre de Dashiel Hammett se retrouvent projetées dans le film. Cette poursuite rocambolesque d’un faucon en or massif ayant appartenu aux templiers, et excitant les convoitises d’une femme et de trois hommes, n’est que le prétexte d’une étude de caractère. La menteuse égoïste (Mary Astor en Brigid O’Shaughnessy), le levantin oblique (inoubliable Peter Lorre), le bouffi dégénéré (Sydney Greenstreet) et évidemment, le privé hard boiled : Humphrey Bogart.

On se désintéresse vite de comprendre quoique ce soit à l’intrigue (dans Le Grand Sommeil, personne, de l’écrivain au scénariste, ne fut capable d’expliquer l’intrigue) ; mais on se passionne pour ces êtres vils, poussé par l’avidité et la violence, qu’aucune justification psychologique ne vient légitimer. Il n’y a pas de héros dans les bas-fonds, seulement des bêtes qui veulent sauver leur peau dans la jungle, à l’image du retournement final.

Entre temps, on se sera préoccupé de la température d’un slip féminin, on n’aura pas pleuré la mort d’un associé – mais on cherchera à le venger par principe (et par principe seulement) – et on balancera le maillon faible aux flics, le pédé, comme l’appelle Sam Spade, pour sauver la peau des autres voyous.

A la fin, le spectateur contemple ce champ de ruines, où – selon la célèbre dernière réplique qui plagie Shakespeare – il ne reste que l’étoffe dont on fait les rêves.




vendredi 11 octobre 2013


Chroniques de Tchernobyl
posté par Professor Ludovico

Petit film de survival horror mal fait mais distrayant, Chroniques de Tchernobyl est surtout regardable pour son formidable décor, Prypiat, la ville fantôme évacuée en 24 heures après la fameuse nuit du 26 avril 1986.

Selon mes informations (tenues directement d’un premier assistant qui a travaillé sur un autre film – plus sérieux – tourné là-bas (La Terre Outragée)), on peut se promener sur place et même y tourner des films ; il faut juste ne pas traîner à l’intérieur des bâtiments (à cause de la poussière) ou s’adosser aux murs, toujours contaminés.

C’est exactement ce que font ces pauvres américains en goguette, se payant un petit frisson d’occidentaux biens nourris en louant les services de Yuri, un Ukrainien qui propose des virées extreme tourism. Ça devient bien extrême, effectivement, quand le combi tombe en panne (ah ces russkofs, s’ils avaient des pick up Chevrolet !), que la nuit tombe et que l’on entend de drôles de bruits dehors. Evidemment, on se sépare en deux groupes (il ne faut JAMAIS se séparer en deux groupe !) et tout ce petit monde finira par se faire boulotter, un par un comme il se doit, jusqu’à la scène finale. Une scène finale, elle, plutôt réussie.

L’histoire n’est pas idiote, mais côté slasher movie on a vu mieux fait (La Colline A Des Yeux version Aja), plus drôle (Meurtres à la Saint Valentin), avec des personnages mieux écrits (Scream). Non, le principal intérêt de Chroniques de Tchernobyl tient dans ces vrais décors abandonnés (dont un manège d’enfant qui hantera longtemps nos souvenirs de cinéphiles), ces vieilles salles des fêtes soviétiques, et ces bunkers souterrains désaffectés.

C’est ce réalisme qui sauve Chroniques de Tchernobyl de sa médiocrité et qui vous autorise à y jeter un coup d’œil, si vraiment, vous n’avez pas mieux à faire.




mardi 8 octobre 2013


Les Femmes du Bus 678
posté par Professor Ludovico

Une fois qu’on a dit le superficiel, c’est à dire que le film de Mohamed Diab, n’est pas très bien joué, cadré à l’arrache et volontiers outrancier, on a les yeux ouverts pour voir ses qualités. Un BOATS émouvant, décillant façon Farhadi, et d’une certaine manière prémonitoire sur les événements égyptiens.

Le pitch : trois destins qui se croisent, façon Amours Chiennes, autour d’une place, au Caire : une petite fonctionnaire pauvre sort du bus où elle s’est faite peloter comme d’habitude ; elle manque de se faire écraser par un riche chirurgien dont la femme a été agressée par des hooligans lors d’un match de foot. La scène est observée du balcon par une troisième jeune femme, et son fiancé, tous deux artistes de stand-up et couple au bord de la crise de nerfs.

Au-delà de la coïncidence, le destin va réunir ces trois femmes, harcelées différemment par les hommes, mais un harcèlement qui participe du même machisme égyptien, mélange de terrible frustration sexuello-economique et d’interdits religieux. Le grand mérite de ces Femmes du Bus 678 est bien de démontrer le piège dans lequel l’Egypte (et monde arabe) s’est empêtré : après la modernisation des années 60, l’Egypte, l’Iran, la Tunisie, étaient devenus des parangons de modernisme. Jusque dans les années 80, on croisait beaucoup de femmes à l’occidentale, maquillé et en tailleur. Mais l’évolution des mentalités ne s’est pas accompagnée par une démocratisation du régime ; c’était des dictatures pro-féministe, si l’on peut dire : Nasser, Sadate, le Shah d’Iran, Ben Ali, vendait cette image à l’Occident en échange d’une tyrannie intérieure sans limite. Une autocratie corrompue, qui n’aboutissait qu’à renforcer les inégalités et creuser le gouffre entre les pauvres et les puissants. Ce qui est parfaitement analysé chez Farhadi : la révolution iranienne, si décriée en Occident, a aussi mis en place un système républicain, avec des partis, des élections, et la création d’une véritable classe moyenne, qui est la protagoniste principale de l’œuvre farhadienne. Ce que montre Farhadi, c’est que la révolution iranienne n’a pas tout réglé ; qu’il y a encore beaucoup d’injustice et de corruption, et des grands malaises économiques…

Dans Les Femmes du Bus 678, on insiste aussi sur les difficultés financières : à plusieurs reprises, Mohamed Diab montre que les frustrations sexuelles ne sont pas que le seul produit d’une « culture islamique » mais aussi du fait qu’il est très coûteux de se marier et donc d’avoir des relations sexuelles. Et comme l’interdit religieux pèse très fort sur l’adultère ou les relations hors mariage, le cercle vicieux est en place : il ne reste que le viol, ou les « filles faciles » – donnée très vaste si l’on en croit les mâles cairotes de bus 678 – pour assouvir sa sexualité.

C’est ce qui intéresse ici Diab : les trois classes qui sont représentées subissent chacune à leur manière la frustration économique ou sexuelle ; la pauvre fonctionnaire ne s’en sort pas et donc se ruine en taxi pour ne pas se faire harceler dans les bus bondés, la jeune stand-upeuse sexy et moderne qui rêve d’un meilleur destin que téléopératrice ou employé de banque, mais qui doit se plier au diktats familiaux si elle veut se marier, et la bourgeoise désœuvrée qui n’échappe pas à la violence du peuple, et aux interdits moraux de son chirurgien de mari, un intellectuel englué dans cette culture machiste.

Celle qui lancera la révolution, comme d’habitude, c’est évidemment la prolétaire, les autres recherchant les voix plus tranquilles de la Justice ou de l’émission de télé.

On fera donc grâce du manque de subtilité de ces Femmes du Bus 678, et on acceptera le film pour ce qu’il est : une belle parabole. A la fin, les femmes gagnent, et le harcèlement devient un délit en Egypte. Mais, comme conclut le film, peu de plaintes sont enregistrées…




jeudi 3 octobre 2013


Séance de rattrapage sous-marine
posté par Professor Ludovico

Pour ceux qui ont raté – et ils sont nombreux K-19, Le Piège des Profondeurs*, Canal+ propose en ce moment une séance de rattrapage sur l’odyssée de ce sous-marin nucléaire soviétique. Mal conçu dès le départ, le K-19 rencontra de nombreux incidents avant d’éviter de justesse l’explosion de son réacteur, ce que l’on apprit seulement après la chute de l’URSS.

Le film, qui ressemblait à sa sortie à une GCA pour aficionado de film de sous-marin (avec l’improbable Harrison Ford en Capitaine Vostrikov), se révéla un excellent film.

Peut-être parce qu’il était réalisé par une certaine Kathryn Bigelow, qui a fait depuis le chemin que l’on sait.

*The Widowmaker en anglais, ça a plus de gueule…




mercredi 2 octobre 2013


Ma Vie avec Liberace
posté par Professor Ludovico

Pour voir correctement un film, il faut arracher d’un coup de dents rageur le voile tendancieux du buzz. Ici, cela signifie nettoyer de nos lunettes la formule « Lefilmqu’Hollywoodnapasvoulu », le mantra répété à longueur d’interview par Steven Soderbergh, qu’il conclue d’une terrible menace de démission : « Si c’est comme ça, j’arrête le cinéma ! ». Avec tous ces gens qui cherchent du boulot, est-ce bien sérieux de tenir tel langage, mon petit Steven ?

Une fois qu’on a fait la sourde oreille aux geignements de nos merveilleux amis de la scène et du spectacle – geignements de plus en plus en plus insupportables par ailleurs – que reste-t-il de Ma Vie avec Liberace ? Une déco aux petits oignons, deux comédiens extraordinaires (Damon, et Douglas, pas un scoop) et… pas de scénario, évidemment. L’éternel biopic façon Martine à la Plage : Liberace dans son Bain Moussant, Liberace sur Scène, Liberace au Pieu..

Les motivations des uns et des autres, la révolution sémantique qu’apporta Liberace au show biz (Elton John et Lady Gaga lui disent merci) sont à peine esquissées. Quant au destin de gigolo de Damon, il semble inéluctable. Comme disait maitre Hitch : on se moque de ce qui va se passer, on veut savoir comment ça va se passer.

Au même moment, tandis que sombrais dans une douce torpeur au Gaumont Opéra, D8 passait en VF Magnolia, le chef d’œuvre de Paul Thomas Anderson : un concentré d’intrigue, d’enjeux, de personnages…

J’aurais dû rester chez moi. Comme dit Soderbergh, le cinéma ambitieux est désormais à la télé…




lundi 30 septembre 2013


Jimmy P. Psychothérapie d’un Indien des Plaines
posté par Professor Ludovico

Arnaud Desplechin a quitté les terres civilisées de Roubaix et de la Rue d’Ulm pour explorer les grandes plaines, de Browning, Montana à Topeka, Indiana. Son cinéma s’en ressent, plus simple, plus posé, plus convenu aussi. On ne dira donc pas que ce film-là est le chef d’œuvre de sa filmographie, mais plutôt une parenthèse comme Esther Khan ou Leo, en Compagnie des Hommes. On ne s’y ennuie pas, et on est même happé à la fin. Mais on n’y rit pas beaucoup, et on n’y est pas beaucoup ému, ce qui est le thermomètre habituel de toute œuvre d’art.

Il faut dire que le sujet est difficile, aride, même. L’histoire vraie de la psychothérapie d’un indien des plaines, voilà qui n’est pas le plus sexy des sujets. Jimmy Picard (Benicio del Toro) est un soldat démobilisé en proie à des hallucinations auditives et visuelles : est-ce un reste de sa blessure de guerre ? Examiné dans un centre spécialisé, il semble pourtant n’avoir aucune séquelle physique. Reste donc l’approche psychothérapique, balbutiante (nous sommes dans les années quarante). Mais l’indien refuse de s’y plier. On fait alors appel à Georges Deverreux (Mathieu Amalric), un psy et un ethnologue, spécialiste des indiens. Entre le psy un peu délirant et l’indien très sérieux, le courant va pourtant passer.

Voilà l’argument. Filmer une thérapie, c’est en général peu passionnant, même si beaucoup s’y sont penchés (Altman, Woody Allen, Mankiewicz, Hitchcock, Gus van Sant, Moretti…*). Le génie de Desplechin, c’est d’en faire un mélo sans pathos. D’autres auraient surjoué les crises, dramatisé la relation entre les deux personnages, romancé le tout. Desplechin, au contraire, reste assez factuel. Il faut dire qu’il est porté par deux acteurs en état de grâce, et qu’il suffit de les contempler pour faire un film. Benicio del Toro, coincé à l’intérieur d’un corps trop grand pour lui, et Amalric cachant ses angoisses sous une exubérance coutumière.

Rien que pour eux, il faut aller voir Jimmy P.

* Beyond Therapy, Zelig, Soudain l’Eté dernier, La Maison du Dr Edwards, Will Hunting, La Chambre du Fils…




vendredi 27 septembre 2013


Iron Man 3
posté par Professor Ludovico

La fréquentation baisse dans les cinémas français, depuis le jackpot d’Intouchables. Et selon les prévisions, ça va encore baisser cette année. En même temps, Iron Man 3 est le roi du box-office US (400 millions de dollars), français (2 millions d’entrées) et mondial (1,2 milliard de dollars).

Ce matin sur Europe1, une exploitante expliquait cette baisse de la fréquentation par un manque de films originaux, remplacé par des films faits à la chaîne, selon des recettes ultra-éprouvées. Parlait-elle d’Iron Man ? On ne sait.

Ce que je sais moi, c’est que je vais de moins en moins au cinéma, de peur de voir Iron Man 3 ou l’un de ses clones. Je ne suis pas allé voir les 3ème aventures de Tony Stark, malgré l’affection que j’ai pour Robert Downey Jr., et j’ai bien fait. Le jeune Fulci m’a prêté le DVD, et je l’ai donc regardé, en quatre fois. D’abord pour respecter les horaires de couchage de la Professorinette et du Professorino, mais surtout, parce que le hamburger était immangeable. Trop épais, pas assez de viande et trop de cornichon…

Iron Man 3 propose d’emblée un argument ridicule : le grand méchant devient Maître du Monde pour se venger de Tony Stark parce qu’il… n’est pas venu à un rendez-vous (sic), il y a dix ans de cela (resic) ; Guy Pearce a beau jouer parfaitement Aldrich Killian, ça ne passe pas la barre du crédibilomètre.

Iron Man 3 est mal fait, parce qu’il faut avoir vu tout le reste (IM 1&2, The Avengers) pour ne pas être perdu et comprendre les angoisses des Pepper-Stark (la peur du vide, le couple qui va pas fort, tout ça).

Iron Man 3 est épais ; les bastons occupent tout le film, ça défouraille dans tous les sens, et à la fin, Monsieur Stark sort ses quarante-deux armures (reresic), qui volent toutes seules. A quoi ça sert d’avoir Iron Man si, à la place, on peut faire combattre son slip en acier ?

Iron Man 3 se la joue. On a mis Shane Black aux commandes, Monsieur Arme Fatale et surtout Monsieur Kiss Kiss Bang Bang, un film où Robert Downey Jr. jouait déjà ce petit gars futte-futte, qui te sort la vanne qui tue en plein milieu des combats. Cette sorte d’humour witty auquel les amerloques ne comprennent rien. Il faut être européen, a fortiori anglais, pour tenter ce genre de truc sans se casser la gueule. Ici, Robert Downey Jr., épuisant, balance vanne sur vanne, censée être « pointues », tandis qu’il remet son armure en place, se réconcilie pas avec sa femme, et se moque du grand méchant.

A la toute fin, Tony Stark fait exploser – pour les yeux de sa belle (Gwyneth Paltrow, définitivement hot) – ses quarante-deux joujoux. Un joli feu d’artifice ? Ou une métaphore, finalement, de l’Hollywood des années 2010 ? un adulte crétin resté définitivement ado met des pétards dans ses vieux jouets et les fait exploser.

Hollywood n’aime plus son cinéma, il le casse.




mercredi 18 septembre 2013


Gods and Generals
posté par Professor Ludovico

Gods and Generals fait partie de ces films, nanars improbables, qui hantent la collection mentale – en existe-t-il une autre ? – des cinéphiles, comme des péchés inavouables.

Il sera difficile d’oublier Gods and Generals, ce pantagruélique hamburger sudiste de 3h20. 3h20 de troupes confédérées marchant en ligne vers l’ennemi, de la gauche de l’écran vers la droite de l’écran, 3h20 de troupes de l’Union marchant en ligne vers l’ennemi, de la droite de l’écran vers de la gauche de l’écran, 3h20 de sous-titres indiquant le nom du régiment , 3h20 de bigoteries du général sudiste « Stonewall » Jackson, implorant Dieu de le rappeler à lui dès aujourd’hui, si tel est son destin (je vous rassure, c’est son destin), 3h20 de citations historiques utilisées comme dialogue (« Il a perdu son bras gauche, j’ai perdu mon bras droit »), 3h20 de personnages noirs jouant à l’Oncle Tom (l’esclavage c’est mal, mais nos maîtres sont drôlement sympas), 3h20 de drapeaux, de coups de fusil et d’explosions, 3h de reconstitutions de batailles (Bull Run, Fredericksburg, Chancellorsville). Mais 3h20 sans la moindre histoire, sans le moindre personnage, sans le moindre enjeu.

Comment un tel film a pu se monter ? Par le caprice d’un seul homme, Ted Turner, qui dépensa de sa poche les 56 millions de dollars nécessaires. Comme tous les Civil War buffs, Ted Turner est passionné par les batailles, les drapeaux, les uniformes, (qui sont tous authentiques, comme il tient à le préciser dans l’intro du DVD), son seul désir de film étant « qu’on se sente comme revenu à cette époque ». Du cinéma de petit soldat de plomb, donc, comme ces collectionneurs napoléoniens qui s’amusent à aligner les figurines de la bataille d’Austerlitz. Ici, c’est une collection à 56M$, entièrement au service des de la cause sudiste (Ted Turner, né dans l’Ohio, est un Georgien de cœur). Tout le monde est héroïque, courageux, dévoué à sa famille, sa terre, à Dieu et évidemment, personne n’est raciste (sauf un personnage yankee, tiens tiens…)

Le soldat héroïque, courageux, dévoué à sa famille, à sa terre mérite mieux (La Ligne Rouge) ; la Guerre de Sécession mérite beaucoup mieux (The Civil War).




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