La fréquentation baisse dans les cinémas français, depuis le jackpot d’Intouchables. Et selon les prévisions, ça va encore baisser cette année. En même temps, Iron Man 3 est le roi du box-office US (400 millions de dollars), français (2 millions d’entrées) et mondial (1,2 milliard de dollars).
Ce matin sur Europe1, une exploitante expliquait cette baisse de la fréquentation par un manque de films originaux, remplacé par des films faits à la chaîne, selon des recettes ultra-éprouvées. Parlait-elle d’Iron Man ? On ne sait.
Ce que je sais moi, c’est que je vais de moins en moins au cinéma, de peur de voir Iron Man 3 ou l’un de ses clones. Je ne suis pas allé voir les 3ème aventures de Tony Stark, malgré l’affection que j’ai pour Robert Downey Jr., et j’ai bien fait. Le jeune Fulci m’a prêté le DVD, et je l’ai donc regardé, en quatre fois. D’abord pour respecter les horaires de couchage de la Professorinette et du Professorino, mais surtout, parce que le hamburger était immangeable. Trop épais, pas assez de viande et trop de cornichon…
Iron Man 3 propose d’emblée un argument ridicule : le grand méchant devient Maître du Monde pour se venger de Tony Stark parce qu’il… n’est pas venu à un rendez-vous (sic), il y a dix ans de cela (resic) ; Guy Pearce a beau jouer parfaitement Aldrich Killian, ça ne passe pas la barre du crédibilomètre.
Iron Man 3 est mal fait, parce qu’il faut avoir vu tout le reste (IM 1&2, The Avengers) pour ne pas être perdu et comprendre les angoisses des Pepper-Stark (la peur du vide, le couple qui va pas fort, tout ça).
Iron Man 3 est épais ; les bastons occupent tout le film, ça défouraille dans tous les sens, et à la fin, Monsieur Stark sort ses quarante-deux armures (reresic), qui volent toutes seules. A quoi ça sert d’avoir Iron Man si, à la place, on peut faire combattre son slip en acier ?
Iron Man 3 se la joue. On a mis Shane Black aux commandes, Monsieur Arme Fatale et surtout Monsieur Kiss Kiss Bang Bang, un film où Robert Downey Jr. jouait déjà ce petit gars futte-futte, qui te sort la vanne qui tue en plein milieu des combats. Cette sorte d’humour witty auquel les amerloques ne comprennent rien. Il faut être européen, a fortiori anglais, pour tenter ce genre de truc sans se casser la gueule. Ici, Robert Downey Jr., épuisant, balance vanne sur vanne, censée être « pointues », tandis qu’il remet son armure en place, se réconcilie pas avec sa femme, et se moque du grand méchant.
A la toute fin, Tony Stark fait exploser – pour les yeux de sa belle (Gwyneth Paltrow, définitivement hot) – ses quarante-deux joujoux. Un joli feu d’artifice ? Ou une métaphore, finalement, de l’Hollywood des années 2010 ? un adulte crétin resté définitivement ado met des pétards dans ses vieux jouets et les fait exploser.
Hollywood n’aime plus son cinéma, il le casse.
posté par Professor Ludovico
Gods and Generals fait partie de ces films, nanars improbables, qui hantent la collection mentale – en existe-t-il une autre ? – des cinéphiles, comme des péchés inavouables.
Il sera difficile d’oublier Gods and Generals, ce pantagruélique hamburger sudiste de 3h20. 3h20 de troupes confédérées marchant en ligne vers l’ennemi, de la gauche de l’écran vers la droite de l’écran, 3h20 de troupes de l’Union marchant en ligne vers l’ennemi, de la droite de l’écran vers de la gauche de l’écran, 3h20 de sous-titres indiquant le nom du régiment , 3h20 de bigoteries du général sudiste « Stonewall » Jackson, implorant Dieu de le rappeler à lui dès aujourd’hui, si tel est son destin (je vous rassure, c’est son destin), 3h20 de citations historiques utilisées comme dialogue (« Il a perdu son bras gauche, j’ai perdu mon bras droit »), 3h20 de personnages noirs jouant à l’Oncle Tom (l’esclavage c’est mal, mais nos maîtres sont drôlement sympas), 3h20 de drapeaux, de coups de fusil et d’explosions, 3h de reconstitutions de batailles (Bull Run, Fredericksburg, Chancellorsville). Mais 3h20 sans la moindre histoire, sans le moindre personnage, sans le moindre enjeu.
Comment un tel film a pu se monter ? Par le caprice d’un seul homme, Ted Turner, qui dépensa de sa poche les 56 millions de dollars nécessaires. Comme tous les Civil War buffs, Ted Turner est passionné par les batailles, les drapeaux, les uniformes, (qui sont tous authentiques, comme il tient à le préciser dans l’intro du DVD), son seul désir de film étant « qu’on se sente comme revenu à cette époque ». Du cinéma de petit soldat de plomb, donc, comme ces collectionneurs napoléoniens qui s’amusent à aligner les figurines de la bataille d’Austerlitz. Ici, c’est une collection à 56M$, entièrement au service des de la cause sudiste (Ted Turner, né dans l’Ohio, est un Georgien de cœur). Tout le monde est héroïque, courageux, dévoué à sa famille, sa terre, à Dieu et évidemment, personne n’est raciste (sauf un personnage yankee, tiens tiens…)
Le soldat héroïque, courageux, dévoué à sa famille, à sa terre mérite mieux (La Ligne Rouge) ; la Guerre de Sécession mérite beaucoup mieux (The Civil War).