[ Les gens ]



dimanche 2 mars 2014


Resnais
posté par Professor Ludovico

A CineFast, on a généralement l’habitude de dire du mal du cinéma d’Alain Resnais. Comprenons qu’il s’agit là de fustiger une certaine tendance paresseuse de la critique à chefd’oeuvriser tout nouveau film d’auteurs consacrés, comme Woody Allen, Clint Eastwood ou Alain Resnais.

On va s’abstenir ici, par respect pour l’œuvre immense du cinéaste qui s’est éteint hier. Nuit et Brouillard, L’Année dernière à Marienbad, Mon oncle d’Amérique, La vie est un roman, Smoking / No Smoking : Resnais a réalisé 50 films et documentaires depuis 1936, dont quelques vrais chefs d’œuvres.

Et ça suffit.




samedi 15 février 2014


Ode to the Kitsch
posté par Professor Ludovico

Franchement, ce n’est pas un nom pour débuter dans le cinéma… Surtout quand on débute, en 2012, dans John Carter, au kitsch assumé, ou Battleship, tendance kitsch involontaire. Pourtant sa carrière a commencé bien plus tôt. 6 ans plus tôt exactement, dans l’A La Maison Blanche du foot US, Friday Night Lights.

Mais la carrière de qui ? De Taylor Kitsch, mesdames et messieurs : Monsieur Taylor Kitsch.
Le Taylor Kitsch est fort, le Taylor Kitsch est beau, mais surtout, le Taylor Kitsch est intelligent et sensible. Si Friday Night Lights est inondé de talents (Kyle Chandler (Coach Taylor), Connie Britton (sa femme), Zach Gilford (Matt Saracen), Jesse Plemons (Landry), Adrianne Palicki (Tyra Collette), Brad Leland (Buddy Garrity), Taylor Kitsch apporte, avec Tim Riggins, son personnage de running back white trash, une touche de sensibilité qui fait l’âme de la série.

Le running back, au foot américain, c’est le joueur qui porte le ballon. C’est exactement ce qu’il fait dans FNL. Riggins est en effet personnage emblématique de la série. White trash texan abandonné par ses parents, vivant avec son frère de bière et de chips, le running back des Dillon Panthers est en route pour nulle part. Footballer doué, beau gosse, il tombe toutes les filles mais ne s’en attache aucune, et ses résultats scolaires médiocres ne lui promettent pas d’avenir radieux. Surtout quand on couche avec la copine de son meilleur ami, Jason Street, le quarterback idole de la petite ville de Dillon, cloué sur une chaise roulante…

Tim Riggins n’a pas le profil du héros type. Pourtant, comme dans John Carter, Taylor Kistch propose – à l’aide d’une palette de jeu tout en nuance – un personnage bien plus attachant et subtil que ce premier abord. Serviable, mature, adulte dans un corps d’adolescent, Tim Riggins mérite mieux que son sort. Et si l’american dream n’est sûrement pas pour lui*, il y a une voie pour une vie plus honnête.

Dans John Carter, Taylor Kitsch porte aussi cette mutation, de John Carter from Earth, à John Carter from Mars. Et même dans Battleship, un film rigolo, agréable, mais évidemment pas un chef d’œuvre, Kitsch promène cette loser attitude qui transcende l’aimable GCA en lui apportant (un tout petit peu) de profondeur psychologique. Sans leur acteur principal ces films ne sont pas les mêmes.

Il ne manque donc désormais à Kitsch qu’un ou deux films de référence, comme on parle au tennis de match de référence. Un film qui montrera l’étendue de son talent à un public plus large, plus adulte et révèlera au monde entier sa finesse, et sa sensibilité. Un drame, une love Story, un biopic : peu importe.

Alors, Taylor Kitsch ne sera plus kitsch du tout.




mercredi 5 février 2014


Actualité de Police Python 357
posté par Professor Ludovico

Les grands films ne meurent jamais.

Les grands acteurs non plus.

On devait regarder les Seahawks battre les 49ers et aller au Superbowl, mais cette saloperie de football américain dure quatre heures et boom ! On tombe sur Police Python 357, le chef d’œuvre d’Alain Corneau. Et on tombe assez tard dans le film pour rester, parce qu’on sait qu’on va enchaîner les 3 Grandes Scènes : Montand qui se défigure à l’acide, Signoret qui le supplie de l’aider à se suicider, et la fusillade finale.

Mais aujourd’hui, c’est surtout la performance de Signoret que l’on retient : un monstre paralysé dans son fauteuil roulant, qui protège les crimes de son mari pour maintenir les apparences de la bourgeoisie de province, mais qui, une fois mise au fait devant le désastre, ne rêve que d’en finir. Sa scène finale avec Montand est un chef d’œuvre du genre. La voix chevrotante, au bord des larmes, Signoret le supplie d’appuyer pour elle sur la détente : « Sinon, je dirais tout. Je mentirais. Je savais très bien mentir quand j’étais vivante. »

Un ange – ou un démon – passe. On ne peut s’empêcher de penser au vrai couple, Signoret-Montand, les deux monstres sacrés du cinéma français. Lui, encore séducteur, et Casque d’Or, devenue une grosse dame moche. Et la trahison qui traine entre eux, depuis l’histoire de Montand avec Marilyn Monroe sur le tournage du Milliardaire.

Signoret puise-t-elle dans ces ressources pour jouer ça ? Sûrement.

Le regard dépité de Montand en contre champ en est le plus bel aveu.




dimanche 2 février 2014


R.I.P. Philip Seymour Hoffman
posté par Professor Ludovico

Le Temps d’un Week-End, Twister, Boogie Nights, The Big Lebowski, Happiness, Magnolia, Séquences et Conséquences, Dragon Rouge, Truman Capote, Presque Célèbre, Punch-Drunk Love, La 25e Heure, Mission Impossible 3,
7h58 ce Samedi-Là, La Guerre selon Charlie Wilson, Les Marches du Pouvoir, Le Stratège, The Master
, …

Martin Brest, Roger Donaldson, David Mamet, Cameron Crowe, Joel et Ethan Coen, Paul Thomas Anderson Spike Lee, J.J. Abrams, George Clooney, Mike Nichols…

Que dire de plus ?




mardi 28 janvier 2014


Charlotte Gabris
posté par Professor Ludovico

J’avais bien accroché à la voix légèrement sensuelle et délurée de Charlotte Gabris, quand elle chroniquait la saison dernière chez Drucker* sur Europe1. J’avais accroché à ce personnage de hâbleuse ne doutant de rien, et son mélange sucré/salé de séductrice comique.

C’est ce que j’ai cherché en allant voir Charlotte Gabris au théâtre. Si les textes ne sont pas d’égale qualité, on y retrouve ce charme, et surtout, on est face à une vraie comédienne. C’est ça, la magie du théâtre. Elle est là, Charlotte Gabris, devant vous. Pas de mensonge. Pas d’artifice. Pas de plan de coupe. Pas de deuxième prise. Il faut être bon tout de suite. Jamais la possibilité de refaire une seconde fois une bonne première impression, comme on dit.

Gabris démontre cette capacité de passer du rire au drame en quelques secondes. On voit, en train de naître, une grande comédienne potentielle. Potentielle, parce qu’il faudra maintenant des rôles, et des bons, et des succès, au cinéma ou au théâtre. C’est tout ce qu’on lui souhaite.


*Il faudra rendre un jour grâce à Michel Drucker, formidable découvreur de talents, s’il en est.




vendredi 24 janvier 2014


Pyramide du Louvre et Sanisette Decaux
posté par Professor Ludovico

Pour une fois, on est d’accord avec Jean Pierre Jeunet. Eh oui, tout est possible sur CineFast.

Sur 20minutes.fr, l’auteur du multichromatique L’extravagant Voyage du Jeune et Prodigieux T.S Pivet déverse sa bile sur le cinéma français, un reproche qu’on fait souvent au vieux Ludovico. En deux mots, Jeunet fustige la faible qualité des films français « moches, mal montés, mal filmés, mal joués, mal sonorisés, mal écrits… plus c’est moche, plus c’est de l’art ! » Et de jouer, non sans raison*, à l’historien du cinéma : « C’est encore la tradition de la nouvelle Nouvelle Vague qui nous pourrit la vie. »

Et voilà l’auteur immortel d’Un Long Dimanche de Fiançailles qui part sur cette magnifique métaphore, dite Syndrome de la Pyramide du Louvre : « Le long-métrage français, c’est quand même à 90% l’apothéose de la laideur et ça ne dérange personne. J’appelle ça le syndrome de la Pyramide du Louvre et des chiottes Decaux. La pyramide du Louvre, en verre, ça ne peut pas être plus beau et ça avait fait tout un scandale. Les chiottes Decaux, c’était des horreurs, mais je n’ai jamais lu une critique négative. La laideur ne dérange personne et la beauté choque, et ça c’est très français. »

La formule est rigolote et en plus, on est d’accord avec toi Jean-Pierre ! Même si l’excès inverse – dont tu te fais le champion – qui préfère l’esthétisme à tout crin aux dépens de vrais personnages et d’une histoire qui tienne debout n’est pas forcément la solution.

* La Nouvelle Vague fustigea dans les années cinquante la « Qualité Française » des René Clair et autres Claude Autant-Lara, héritier d’un certain cinéma de qualité, mais conformiste et éloigné de la réalité. Tandis qu’eux s’emparaient des toutes nouvelles cameras 16mm et filmaient dans la rue… technique dont allait s’approprier Dennis Hopper pour Easy Rider, et ses suiveurs du Nouvel Hollywood.




mardi 10 décembre 2013


Pensées Coeniennes
posté par Professor Ludovico

Dans l’excellent So Film de Novembre, il ne fallait pas rater une extraordinaire interview des frères Coen. Florilège.

« Le problème, c’est le gens nous prennent pour des cinéastes sérieux. Les critiques pensent que nous nous foutons de la gueule de notre pays. La vérité est plus simple : nous faisons partie de cette Amérique. »

« Les français sont connus pour vous transformer sont en artiste alors que vous n’avez rien demandé. C’est quand même le peuple qui trouve que Clint Eastwood est un génie, non ? Comme Woody. Vous avez vraiment une affection pour les mecs qui jouent du jazz ! »

Barton Fink : « Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais l’année où on a eu la Palme, c’est Polanski qui présidait le jury. Et dans Barton Fink, on a quand même emprunté pas mal de gimmicks à son cinéma. Si on avait voulu draguer Polanski on n’aurait pas pu mieux s’y prendre… »

« On a eu le temps d’observer ces réalisateurs qui au début gagnent un peu plus de fric que prévu et se mettent à le dépenser n’importe comment. En payant notamment une armée d’agents et d’avocats… après ils achètent des bureaux hors de prix sur Melrose Avenue. Et puis un jour il faut qu’ils remboursent leurs prêts et paient leurs 13 attachés de presse. Alors ils sont prêts à réaliser n’importe quelle merde pour rembourser leur crédit.
Nous, on vient dans les bureaux des producteurs avec des vieilles baskets et des jeans pourris. Au moins ils savent que la négociation sera difficile
. »

Sur les Biopics : « On sait déjà tout sur Bob Dylan. C’est super Dylan, mais est-ce que sa vie est plus attirante que celle de Phil Ochs ? »

« On est restés très agnostiques sur la réussite. Est-ce que c’est mieux d’avoir un bon box office avec True Grit ? Est-ce que c’est mieux de gagner les oscars avec No Country for Old Men ? Ou est-ce que c’est mieux d’inspirer les gens, ici et là, avec un film sorti de nulle part comme The Big Lebowski ? Vaste question. »

Vaste question en effet, quand on a tout : le succès, des Oscars et une Palme d’Or !




dimanche 24 novembre 2013


13 channels of shit on the TV to choose from…
posté par Professor Ludovico

Incroyable Bob Dylan.

A 70 ans, il surprend encore. Pour lancer son coffret intégral, le voilà qui propose un clip de sa chanson-phare, Like a Rolling Stone, un clip tout simplement extraordinaire…

Ça se présente sous la forme d’une télé dont vous pilotez la télécommande. Sur la première chaîne, Dylan lui-même, dans sa période sublime, c’est à dire 1966, Blonde on Blonde, la tournée en Grande-Bretagne, le Royal Albert Hall, Don’t Look Back

Mais si vous zappez sur la chaîne suivante, vous tombez sur une chaîne de télé-achat. O surprise, la blondasse qui vend un aspirateur de table chante aussi Like a Rolling Stone ! Enfin, en play back, c’est toujours Dylan qui chante… mais en désignant l’aspirateur de son doigt manucuré : « How does it feel … », en passant l’aspirateur : « To be on your own … »

Zappez sur la 3 et la comédie dramatique fait de même « Like a complete unknown… » Et ainsi de suite, sur le match de tennis (Diotvesky-Plotnivich), l’émission de Télé Réalité, Le Juste Prix, etc.

L’effet est tout bonnement extraordinaire : la juxtaposition du texte de Dylan sur des images à chaque fois différentes les charge d’un sens nouveau.

Coup de génie aussi : comment mieux démontrer l’universalité de cette chanson, déjà considéré comme l’une des plus importantes de l’histoire du rock ?




dimanche 10 novembre 2013


Fétichisme
posté par Professor Ludovico

Nous sommes tous des fétichistes, et les cinéphiles font partie des pires, mais là n’est pas le propos.

Le fétichisme, c’est croire doté de pouvoirs magiques ce qui ne l’est pas, et Télérama, dans son édition du 9 novembre, tombe dans le panneau.

Michael Ardnt, annonce le magazine, a quitté le navire Star Wars VII. Ce n’est donc pas le scénariste du surévalué Little Miss Sunshine qui écrira la suite des aventures de Luke Skywalker. Qui donc, alors ?

Et Télérama de s’enthousiasmer : JJ Abrams et… Lawrence « L’Empire Contre Attaque » Kasdan. Magie de la marque. Kasdan a fait le meilleur Star Wars, il va bien nous pondre un bon épisode 7.

C’est oublier que Kasdan, cinéaste adulé du Professore (Les Copains d’abord, Grand Canyon, La Fièvre au Corps), est à la ramasse depuis 1991. Avoir été bon dans les années 1980 ne veut pas dire être bon aujourd’hui. Kasdan a changé (il a 64 ans aujourd’hui), le public de la saga a changé, et nous avons changé, nous aussi.

Mais bon, voilà les fétichistes de Star Wars rassurés…




samedi 9 novembre 2013


« J’ai de la peine pour mes personnages »
posté par Professor Ludovico

Picoré ce matin dans le podcast conseillé par le Professor Mortimer de Mantes-La-Ville « Pendant les travaux le cinéma reste ouvert », sur France Inter, cette petite citation de Martin Scorsese.

L’auteur des Affranchis vient de voir Reservoir Dogs et on lui demande son avis.

– « Moi, J’ai de la peine pour mes personnages, et je crois que Quentin n’a pas de peine… »

Quelle meilleure définition du cinéma vide de QT ? A part l’excellent Jackie Brown (qui démontre en creux cette théorie), Tarantino n’a pas de personnages, il a des jouets et il les filme. Gangsters, grosses voitures, esclaves noirs ou soldats US, Barbie Mariée et Barbie Karateka : ses personnages ne sont pas de personnages, mais des poupées GI Joe qu’il met en scène avec un talent certain.

Mais sans âme.

A contrario, le cinéma de Scorsese, tout aussi violent, propose systématiquement un point de vue. A l’époque de Casino, le réalisateur expliquait que les scènes de violence inouïes du film étaient nécessaires parce qu’elles correspondaient à la réalité de la mafia, mais qu’elles devaient aussi provoquer le dégoût du spectateur, sans quoi son film serait raté.

Tout le contraire d’un film de Tarantino, en somme.




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