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Commentaires et/ou Conseils d’achat de DVD – Peut dégénérer en étude de fond d’un auteur



vendredi 27 juin 2025


Deux Hommes dans la Ville
posté par Professor Ludovico

Vous voulez voir un film de gauche avec Delon et Gabin ? Un film qui promeut l’éducation des criminels, le pardon, la compassion ? Ce film existe : c’est Deux Hommes dans la Ville de José Giovanni, produit par Delon lui-même. Ce polar social, inspiré de la vie de José Giovanni, tourne autour de Gino (Alain Delon), petit truand condamné à douze ans de prison mais qui sort plus tôt grâce à la bienveillance de Germain Cazeneuve (Jean Gabin), un ancien flic devenu éducateur social pour délinquants. Gabin fait tout pour son protégé, tandis que celui-ci est relancé par ses anciens complices et persécuté par un flic pervers, l’inspecteur Goitreau, (Michel Bouquet) qui ne rêve que de le remettre en prison.

Évidemment, ça pique un peu les yeux. On a rarement vu – pour ne pas dire jamais –ces deux-là marteler un tel discours de gauche. 100 minutes de plaidoyer pour la réinsertion, idéaliste et naïf aux yeux aujourd’hui.

Une curiosité, donc.




mercredi 25 juin 2025


Le Roi
posté par Professor Ludovico

Horreur, malheur, malédiction sur treize générations ! Nous avons oublié de chroniquer The King, le grand film shakespearien de Timothy Chalamet, après pourtant avoir été ébahis par sa prestation : ce serait un grand Paul Muad’Dib. Et ce le fut…

Revoir Le Roi, c’est vérifier le chef-d’œuvre, et y voir un signe des temps… D’abord signé par la Warner, la maison de Kubrick, Nolan, Michael Curtiz et Raoul Walsh a cru bon éviter la cata en évacuant la sortie en salle. Exit donc le film de David Michôd directement sur Netflix. Dans le temps, le Direct-to-DVD signait la série Z, aujourd’hui, c’est un signe de qualité. Tout est admirable en effet dans ce Roi.

D’abord, Michôd/Edgerton, les coscénaristes, refusent le biopic. Ils préfèrent, comme dans Liberty Valance, imprimer la légende, en l’occurrence anglaise. Magnifiée par Shakespeare, la fable d’un roi bon, Henri V, obligé de reprendre les rênes d’une Angleterre à la dérive, destiné à se couvrir de gloire à Azincourt en anéantissant la fine fleur de la chevalerie française. La réalité est moins glorieuse. Henri V était un homme cruel, qui poursuivait la politique de ses prédécesseurs. S’il a gagné à Azincourt, il fuyait en fait le royaume de France, etc.* Mais peu importe, si l’histoire est faite de mythes, le cinéma aussi.

Le film s’inscrit plutôt dans la pièce de théâtre originelle (Hotspur, Falstaff, etc.) même s’il s’éloigne du texte originel**. Et c’est une formidable histoire qui nous est contée ; celle du jeune prince Hal (le Tim Chal’, of course), héritier de la couronne d’Angleterre, mal-aimé par son père (le toujours formidable Ben Mendelsohn), qui offre plutôt la couronne à son frère cadet Thomas. Hal et son ami Falstaff (Joel Edgerton) noient leur ennui dans l’alcool et les prostituées. Mais voilà que le destin frappe à leur porte : Henry IV meurt, Thomas aussi ; voici le Chalamet roi d’Angleterre. Et la Guerre de Cent Ans rôde…

La fameuse bataille est finement (et esthétiquement) reconstituée. Les féeriques comètes de feu des trébuchets illuminent le siège d’Harfleur. Mais, à l’opposé, la boucherie d’Azincourt est filmée dans la boue, caméra au poing à hauteur d’homme, comme toute bataille devrait être filmée, en évitant toute forme de chevaleresque…

Le Roi préfère se concentrer sur l’aspect politique, et c’est tant mieux. Car en plus d’adapter Shakespeare, Michôd et Edgerton adaptent aussi le meilleur de Machiavel. En effet, on y trouvera moultes références au Florentin sur la conduite du pouvoir.***

Timothée Chalamet est le parfait véhicule de ce projet : jeune, efflanqué, timide, mais aussi déterminé, fougueux. Et la galerie de personnages est tout aussi réussie. A part peut-être le pauvre Pattinson qui n’en peut mais dans le rôle du Dauphin, Louis de Guyenne. Une caricature de français décadent et salace, überméchant façon James Bond, tout juste assigné à se faire démolir trois minutes plus tard. Mais les Français sont rattrapés par une excellente Catherine de Valois (Lily-Rose Depp), promise à Henry V en signe d’apaisement par son père (Thibault de Montalembert).

C’est d’ailleurs lui, Charles VI, le roi fou, qui résume toute l’affaire. « En tant que Rois, nous devrions nous occuper de nos peuples, et de nos pays. En réalité, nous nous préoccupons avant tout de nos familles » …

* Le musée d’Azincourt est à visiter de toute urgence…
** Pas de Band of Brothers ni de Saint Crépin !
*** Entre autres : « Un roi n’a pas d’amis. Seulement des suivants et des ennemis. »
  « Je ne vous demande rien, si ce n’est que vous me parliez toujours clairement et sincèrement. »




lundi 9 juin 2025


Zodiac
posté par Professor Ludovico

Revoir Zodiac vingt ans après, c’est l’occasion de vérifier que le film, pas très impressionnant à l’époque, nous avait quand même laissé une impression tenace de cauchemar éveillé.

Aujourd’hui, à l’aune de ce que nous savons du génie de David Fincher, et en ayant vu le doc Netflix sur le Zodiac, il apparaît que nous sommes déjà en présence d’un premier chef-d’œuvre invisible. Ce qualificatif attribué au Social Network, qui sortira trois ans plus tard.

Il y a des similarités, des pistes du Fincher en devenir. Si les films n’ont rien à voir, c’est quand même une histoire de geeks, un dessinateur d’humour qui « s’amuse » à décoder les messages du Zodiac (Jake Gyllenhaal), un journaliste maniaque et caractériel (Robert Downey Jr.) et un flic star obsédé par l’affaire (Mark Ruffalo).  

Il y a aussi une palanquée de petits rôles, dont on va retrouver les comédiens dans Social Network, le rédac-chef, l’avocat, le journaliste, le responsable informatique, etc. On pourrait même dire que le regard de Chloé Sévigny sur Jake Gyllenhaal s’apparente à celui que portera la jeune avocate sur Mark Zuckerberg.

Pour le reste le film fascine par sa capacité à faire un anti-Seven, un film de serial killer qui montre peu les meurtres. Son sujet, c’est plutôt les enquêteurs, rongés par l’énigme et qui finiront alcoolique, paria, divorcé. Nous sortons hébétés du film : tout en allant très vite, Fincher ne nous a jamais abandonné en route, et a su maintenir le rythme et l’intérêt.

Du grand art.




mercredi 4 juin 2025


Madame Doubtfire
posté par Professor Ludovico

Le problème chez CineFast, c’est qu’il y a les jours où il faut bosser. En un mot, voir les films du répertoire sous peine de perdre sa crédibilité.

C’est donc empli de courage, à deux mains, que le Professore Ludovico lance Madame Doubtfire, le feelgood movie de Robin Williams, énorme succès de 1993, 441M$ au box-office.

Mais un coup d’œil préalable à IMdB aurait évité deux heures de perdues : Robin Williams n’a jamais fait de bon film ! Bon on est méchants, (et payés pour), mais à part Will Hunting et Photo Obsession, que retenir de sa carrière ? Un paradoxe, pour le moins : Mr Robin était un gars éminemment drôle en impro, où son sens acéré de la transgression faisait merveille dans les late shows, mais le Dr Williams se métamorphosait en nounours inoffensif dans ses films. L’exemple parfait étant Good Morning Vietnam, où ses impros radio sont à mourir dans rire, anesthésiées dans un film béni oui-oui qui n’a rien à voir.  On aurait voulu voir un Robin Williams plus troublant, comme le Walter Finch de l’Insomnia de Nolan, mais Robin Williams n’a fait que des navets à la guimauve où son sourire de clown triste toujours au bord des larmes apitoyait le chaland… Ce coup-là ne marche plus : la performance de Mrs Doubtfire, (jouer un homme grimé en femme) tient aujourd’hui du théâtre de boulevard*. Les gags sont répétitifs et pas drôles, et la Trâââgédie du Divooorce ne fait plus pleurer dans les chaumières**.

Donc Madame Doubtfire, dans le doute, abstiens toi !

* Le film a été repris au théâtre par Michel Leeb
** Dans un genre tragique, Kramer contre Kramer ne fonctionne plus non plus
.




vendredi 9 mai 2025


Quand Vient l’Automne
posté par Professor Ludovico

Au Masque et la Plume, François Ozon avait un jour expliqué son système de production. « Je fais un film tous les ans, disait-il en substance, parce que ça me met à l’abri d’un échec. Quand mon film arrive en salle, j’ai déjà assuré le financement du film suivant. Si c’est un échec, c’est trop tard pour que les producteurs pinaillent sur le projet en cours. » Encore une ruse de cinéaste contre l’Usine à Rêves…    

Quand commence Quand Vient l’Automne, on se dit que ce système a ses limites. Le film débute comme une dramatique régionale de France 3 : caméra non pas posée, mais carrément assise, acteurs en préretraite, et tutti quanti.

Mais le film, comme souvent chez Ozon, file doucement vers la perversité. Michelle, une gentille grand-mère pour pub de confiture (Hélène Vincent) prépare le diner pour sa fille (Ludivine Sagnier) qui amené son petit-fils à garder. Mamie s’arrête nonchalamment sur un guide des champignons dangereux, y regarde à deux fois avant de préparer la poêlée : le mystère commence, en a-t-elle mis ou pas ? En tout cas, la fille, odieuse et prête à tout pour toucher l’héritage, se retrouve aux Urgences.

La machine Ozon est en route, façon Chabrol : la grand-mère en larmes, les soupçons de la fille, le fils qui lui reproche… La deuxième intrigue peut commencer : la meilleure amie de Michelle (Josiane Balasko) voit opportunément son fils sortir de prison.

Que vient faire Vincent dans cet embrouillamini, on n’en dira rien, puisque le film gagne de scène en scène une louche de vice et de suspense… Dommage que le début n’ait pas été mieux travaillé.




vendredi 4 avril 2025


Grand Paris, deuxième
posté par Professor Ludovico

Retour avec le Professorino sur Grand Paris, le petit film aux grandes idées. Deux ans après, le film de Martin Jauvat fait le même effet : un Do-It-Yourself sur l’errance francilienne de deux gamins, entre la gare RER de Saint-Rémy-lès-Chevreuse et les Pyramides de l’Axe Majeur de Cergy-Pontoise.

Mais c’est quoi ce film, dont nous bassine le Ludovico, titulaire de la Chaire d’Etudes Bayennes à UCLA, depuis deux ans ? Rien de moins qu’un petit chef-d’œuvre, qui, l’air de ne pas y toucher, propose en scred la possibilité d’un monde meilleur, au travers (rien de moins) que la nécessité d’un Grand Paris accueillant enfin ses banlieues, ou du pouvoir de la bienveillance et de l’amitié. Tout en se moquant, au passage, du complotisme, de la RATP, des mauvais dragueurs et des fumeurs de joints…

Le tout malicieusement camouflé derrière le sourire benêt de son réalisateur (et principal protagoniste) Martin Jauvat.

Un grand film de 80mn, pour 4 euros seulement sur Prime Vidéo.




mardi 11 mars 2025


J’Accuse
posté par Professor Ludovico

Pour une fois, ce n’est pas un oubli. Si, à l’époque, on n’a pas chroniqué J’Accuse, c’est que le film était transparent, à tel point qu’on se demandait en le regardant hier sur France3, si on l’avait vraiment vu. J’Accuse, c’est sûrement le pire film de Polanski, d’habitude grand cinéaste, mais débordé ici par sa volonté pédagogique, et il faut le dire, une mise en scène fainéante.

Mais, maladie du cinéphile, après la lecture d’un mauvais livre offert par la Dame de Bourges, fine Dreyfusarde*, et l’écoute d’un excellent podcast **, on a envie de revoir le film. On le cherche partout, mais hors de question de payer 8,99€ pour voir le chef d’œuvre, et voilà que les dieux du zapping nous le proposent sur France 3.

Bon, le film est toujours affreusement moche. Recolorisé en rouge et vert intenses, comme si Polanski avait tourné sans chef opérateur***, et tout retravaillé en post-production. Cette odieuse CGI transforme aussi sans talent des rues réelles en Paris d’époque. Seuls les décors, reconstitutions d’appartement 1900 magnifiquement éclairés par les fenêtres sauvent la direction artistique. La mise en scène est d’une fainéantise absolue, comme ce procès d’Emile Zola où Polanski fait venir à la barre les différents antagonistes, dans un ridicule achevé. Polanski veut faire œuvre pédagogique sur l’antisémitisme, notamment en filmant la campagne contre Zola comme les autodafés de la Nuit de Cristal, mais 1/ il survole son sujet et 2/ la bêtise de l’armée semble plus l’intéresser.

Car pour le reste – et malgré un cast impressionnant**** – les comédiens sont cantonnés à des caricatures de vieilles badernes de l’armée française, obéissants et imbéciles. Un seul sort du lot, Grégory Gadebois en commandant Henry, le seul qui cherche à sortir son personnage de la banalité.

Le bon point du film est de ne pas faire un film sur Dreyfus, mais sur le commandant Picquart, le vrai-faux héros de l’Affaire. Picquart, on l’a confié à Jean Dujardin, qui cherche désespérément LE grand rôle sérieux qui le sortira des comédies où il excelle. Ce n’est pas encore celui-là. Dujardin veut faire le mec, se la joue viril et coincé, ce qui n’est pas son genre de beauté. Il devrait apporter au rôle sa nature profonde, un peu d’ironie dujardinienne. A chaque fois qu’il le fait, ça marche plutôt bien… Mais, limité par son talent dramatique, corseté par (le manque de) mise en scène, borné par des dialogues très faibles, Dujardin ne peut guère faire plus.

Rôle compliqué, en vérité : Dreyfus fut sauvé par un commandant antisémite qui ne l’aimait pas beaucoup, mais dont, pourtant, la haute conception de l’Armée et de la République le fit s’insurger contre une erreur judiciaire. Pour autant, Picquart ne fut pas un héros total : quand on lui donnât l’ordre d’abandonner l’enquête, il obéit. Et ne sortit du bois que parce qu’il eut le sentiment que sa propre vie était en danger.

Le cœur du film était là, dans le paradoxe de l’affaire : condamné par une armée antisémite, Dreyfus fut sauvé par un antisémite. La dialectique entre un Capitaine qui refusait d’être une victime, ne croyait qu’en son innocence et à la possibilité d’une justice impartiale, face à un antisémite à la fois courageux et veule. Dreyfus est pourtant présenté comme falot, avec en face, Picquart, le « héros » du film contraint et forcé. C’est le cœur de cet affrontement qu’il fallait filmer, cette ambigüité qu’il fallait dénouer. Polanski était le cinéaste parfait pour ça, sur le papier. Malheureusement le cinéaste du Pianiste n’en fait rien, et filme son docudrama sans cœur à l’ouvrage, jusqu’à la dernière scène, seule bonne réplique du film. Picquart, devenu ministre, agrée que tout cela ne serait jamais arrivé sans Dreyfus. Qui lui réplique, cinglant : « Vous n’avez fait que votre devoir ».

* Le faux ami du capitaine Dreyfus, Philippe Oriol
** Alfred Dreyfus, le combat de la République, de Philippe Collin
*** Pas de bol, c’est Pawe? Edelman, chef op’ attitré de Polanski (Le Pianiste, Ghost Writer…), mais aussi Ray, Lee Miller
**** Jean Dujardin, Louis Garrel, Emmanuelle Seigner, Grégory Gadebois, Didier Sandre, Melvil Poupaud, Éric Ruf, Mathieu Amalric, Laurent Stocker, Vincent Perez, Michel Vuillermoz, Denis Podalydès, Damien Bonnard…




mardi 18 février 2025


La Folle Journée de Ferris Bueller
posté par Professor Ludovico

Mauvaise nouvelle :Ferris Buller a vieilli. Le chef-d’œuvre de John Hughes, l’achèvement de son système brat pack – teen movie avec du sens a fini par pâlir avec le temps. Les gags paraissent aujourd’hui très appuyés. Le rythme, frénétique à l’époque, ne l’est plus.

Reste néanmoins la partie dramatique, toujours aussi puissante. L’histoire d’Howie*, le copain dépressif du solaire Ferris qui ne sort plus de chez lui, incarne le carpe diem du film** dans deux Grandes Scènes. Celle du musée où Howie découvre dans un tableau de Seurat***, son alter ego pictural. Une petite fille qui tient la main de sa mère et crie un désespoir silencieux, sur la très belle musique d’Ira Newborn. Et évidemment, la Grande Scène de la Ferrari, où toute la frustration de l’adolescent se catalyse dans le démolissage en règle (et l’assomption de cet acte) de la Ferrari California Spyder, ce jouet d’adulte que son père préfère à sa femme et à son fils.

Il n’en reste pas moins que Ferris Bueller’s Day Off reste une référence absolue, tout à fait visible. Mais, Time, comme dit Mick Jagger, waits for no one

* Le très bon Alan Ruck, futur interprète d’horribles personnages : Stuart de Spin City et Connor de Succession
** « Life moves pretty fast. If you don’t stop and look around once in a while, you could miss it. »
*** Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte, Art Institute of Chicago.




lundi 3 février 2025


Blitz
posté par Professor Ludovico

Qu’est-ce qui arrêtera Steve McQueen ? Ce plasticien reconnu a décidé un jour de se mettre au cinéma… quelle drôle d’idée ! Ses premiers films, il est vrai, ressemblaient à des performances : Hunger sur l’IRA et sa peinture d’excréments, Shame sur l’obsession sexuelle, puis son chef-d’œuvre, Twelve Years a Slave, l’adaptation casse-gueule du récit d’époque d’un noir libre devenu esclave… avec à chaque fois l’impressionnant Michael Fassbender.

Puis McQueen bifurque vers un cinéma plus conventionnel, avec Les Veuves, polar façon Heat/The Wire et le voilà maintenant dans le mélo, le plus gentil, le plus mignon, le plus naïf qui soit. Pendant le Blitz londonien de 1940, George, un petit garçon doit partir à la campagne pour être protégé des bombardements allemands, au grand désespoir de sa mère célibataire. Pendant que la mère et le grand-père âgé se débattent dans Londres en ruine, George s’enfuit pour les retrouver.  

Qu’y a-t-il à raconter? Quasiment rien, des choses minuscules : un train, une usine, une maison en ruine, les refuges souterrains… Mais ces miniatures de la Grande Histoire abriteront d’autre sujets, chers à McQueen… Le racisme, la différence, car cet enfant est métis (mais ce n’est pas LE sujet), on découvrira l’origine de ce couple et ce qui lui est arrivé, la résilience anglaise, mais aussi ses bassesses. Tout cela amené avec la légèreté d’une plume d’oie.

Non, rien ne peut arrêter Steve McQueen.




jeudi 30 janvier 2025


Call Me by Your Name
posté par Professor Ludovico

Nous avons découvert Timothée Chalamet il y a 6 ans, dans The King pour être précis, où l’intensité de son jeu indiquait qu’il ferait un excellent Paul Muad’dib : intuition confirmée par la suite. On l’avait aussi entraperçu dans Hostiles, ou dans Interstellar pour ce drôle de petit rôle : un garçon dont le père se foutait complètement, mais qui pleurait à chaudes larmes sur sa fille. Mais ne me lancez pas sur Interstellar

Depuis, on ne cesse de le croiser. Et il ne cesse de nous étonner. Paul Muad’dib, Willy Wonka, The French Dispatch, et bientôt, Bob Dylan, où rien que la bande annonce impressionne. Une carrière qui ressemble déjà à un sans-faute, films indé et grosses productions, sans tomber dans le Marvel qui l’enfermerait à vie. Il se déploie aussi élégamment sur les plateaux de talkshows (Saturday Night Live, Quotidien), jouant le jeu de la promo tout en ne se la jouant pas…

Le Professorino avait conseillé Call Me by Your Name avec cet avertissement mystérieux : « Pas sûr que ça va te plaire, mais faudrait quand même que tu le voies » Il a souvent raison le Professorino, question d’ADN.

A un détour de bronchiolite dominicale, Call Me by Your Name passe sur le Canal+ de Notre Dame de Nazareth. OK. On se laisse gagner par la douce torpeur de l’Italie lombarde des années 80, du corps freluquet de Chalamet et de la statue grecque Armie Hammer (les Jumeaux Winklevoss à lui tout seul)…

Eh bien voilà : le film de Luca Guadagnino est un chef-d’œuvre de finesse. Voilà enfin une histoire d’amour homosexuelle sans pathos, sans sida, sans parents castrateurs, sans désapprobation de la société. Même si toutes ces possibilités sont évoquées, c’est une histoire d’amour banale, comme toutes les histoires d’amour.

Un ado et un jeune adulte se cherchent, se frôlent, se repoussent, avant d’avouer leur désir, sans qu’on y voit des problèmes de consentement.

Certes, Luca Guadagnino prend son temps. Mais ce temps est précieux si l’on veut prendre cette histoire d’amour au sérieux. Ce n’est pas simple d’être amoureux, et ce n’est pas simple d’être homosexuel dans l’Italie des années 80 ; Guadagnino n’esquive pas le problème. Mais il n’en fait pas des tonnes : le contexte est là, et puis c’est tout. Et Chalamet trône au centre de la pièce, même s’il est entouré d’une batterie d’acteurs talentueux (Michael Stuhlbarg, Amira Casar, Esther Garrel, Victoire Du Bois…).

Il est le soleil du film, autour duquel tourne d’autres planètes, dans une perfection cosmique…  




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