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Commentaires et/ou Conseils d’achat de DVD – Peut dégénérer en étude de fond d’un auteur



jeudi 23 octobre 2025


The Many Saints of Newark
posté par Professor Ludovico

Le marketing tue tout. Savoir que The Many Saints of Newark c’est tout pourri, que sa note est très mauvaise sur IMDb (6.3, c’est très mauvais, je vous assure), que les trois premières minutes vous le prouvent (le port de New York en CGI, ça va pas le faire), que le maquillage à la truelle, c’est pas possible, et bien tout ça on s‘en fout,  parce que Netflix nous dit que ça va disparaître de la plate-forme ! C’est tout autant stupide, puisqu’on a HBO, et que c’est toujours disponible sur leur plateforme, là, à deux clics de télécommande.

Mais bon la chair du CineFaster est faible… Et malgré David Chase au scénario et à à la production, c’est pas terrible. Un rappel des impôts ? Un pari perdant sur les Jets ? On ne sait…

Chase essaie de faire son Scorcese (ce que Les Sopranos n’ont JAMAIS eu besoin de faire), met de la musique sixties et des belles bagnoles, mais il n’arrive jamais à nous faire comprendre l’arc de Dickie Moltisanti, père de Christopher et oncle de Tony.

Alors oui, ça raconte Tony Soprano: The Beginnings, et c’est pour ça qu’on regarde : une stupide prequel-nostalgie où, façon Où est Charlie, on cherche les jeunes versions de Livia, Carmela, Paulie, Pussy, Oncle Junior, Sylvio et Artie…

Mais la nostalgie n’est pas un outil scénaristique. C’est du marketing.

Si CineFast sert à quelque chose : n’y allez pas.




lundi 1 septembre 2025


Le Sang à la Tête
posté par Professor Ludovico

Le Rupellien, en direct de la Rochelle, nous dit que Grangier et Gabin, ça n’a pas toujours fait des étincelles*. Et de nous proposer quand même un film de 1958 du duo Audiard/Grangier, Le Sang à la Tête, adapté d’un Simenon, qui se passe justement à La Rochelle.

Gabin y est un ancien débardeur devenu armateur : un grand bourgeois ayant épousé une jeunette, qui,  évidemment, le trompe avec un ami d’enfance, demi-sel revenu d’Afrique, qui tape dans les finances de sa mère, mareyeuse en conflit avec l’armateur Gabin.

L’intrigue, on le voit, est assez compliquée au départ, et on peine à suivre les dialogues, pas toujours très distinctement prononcés.

Le vrai bonheur est surtout de voir cette France d’antan, à coup de Tractions et d’Arondes, de chaluts dans le port de la Rochelle, et d’Ile de Ré quasi déserte.  

L’autre charme du film c’est Gabin à contre-emploi, cocu à la Raimu, dont Grangier filme l’humiliation de dos, dans son pardessus en flanelle.

On attend le crime, la violence, mais elle ne viendra pas. C’est un peu la défaite du film, un contre-casting qui n’ose pas aller au bout de ses convictions, et pousser Gabin dans cette humiliation.

Audiard d’ailleurs rend les armes en fin de film en offrant à l’armateur cocu des gabinades qui vont constituer l’essentiel de la carrière de l’acteur après-guerre. Une fin morale comme il les aime, mais qui, personnellement, nous casse les couilles.

* A vérifier tout de même : Le Rouge est Mis, Le Cave se Rebiffe, Le Gentleman d’Epsom, Maigret voit Rouge




mardi 5 août 2025


Identité Judiciaire
posté par Professor Ludovico

Un serial killer traîne dans Paris ? Des flics zélés mènent l’enquête, autour d’un commissaire bourru ? Serait-ce déjà le nouveau Fincher ? Une femme du monde, une prostituée, une jeune fille de bonne famille, plutôt un vieux Sautet ? Non, on est dans un Hervé Bromberger, cinéaste méconnu des années cinquante*. Dans Identité Judiciaire, déniché par Captain Rupélien dans les replis de l’espace-temps sur la planète OCS Ciné+…

Oui, un film de 1951 avec personne de connu ou presque : Raymond Souplex**, Marthe Mercadier***,Dora Doll****. Bref, le cinéma de papa honni de la Nouvelle Vague. Pourtant, Identité Judiciaire c’est 1h38 de thriller passionnant mâtiné d’une comédie de mœurs.

Une jeune fille se suicide ; elle porte les mêmes blessures que deux autres femmes brutalement assassinées. Qui tue ces femmes et pourquoi ? Qui fournit le curare pour les endormir ? Le commissaire Basquier (Souplex) mène l’enquête avec sa bande de flics dans le petit monde de Pigalle, et dans le XVIème.

Identité Judiciaire fait la preuve qu’on peut esquisser en 90 minutes une dizaine de personnages, de la pute au grand cœur au flic bourru, de l’avocat opportuniste à la grande bourgeoise toxicomane, et faire le portrait d’une époque, la France qui sort de la guerre.

Les dialogues étincellent (Jeanson bien sûr !) « Un crime c’est un cercle madame, et vous êtes dedans, quoi que vous fassiez… » Mais la réalisation aussi : un impressionnant plan séquence dans la première scène de commissariat, un final expressionniste dans les Grands Moulins de Paris, et le plaisir de voir le Paname disparu, sale, noirci par les pots d’échappement des Traction Avant.

Identité Judiciaire aura une descendance puisqu’il engendrera une des plus célèbres séries françaises, Les Cinq Dernières Minutes.

*Scénariste de Violette Nozières nous dit Wikipedia, mais surtout père de Dominique Bromberger, ancien présentateur du 20h
** Acteur des années 40 rendu très célèbre en Commissaire Bourrel dans Les Cinq Dernières Minutes
***Active des années 50 à 2010, Marthe Mercadier a tout fait : cinéma (89 films !), théâtre, émissions de TV, productrice…
****Dora Doll, beauté des années quarante a fait elle un passage à Hollywood et s’est signalé dans des grands films (Le Bal des Maudits, Mélodie en sous sol, Touchez pas au Grisbi)




jeudi 31 juillet 2025


First Man, lune de contraste
posté par Professor Ludovico

First Man, c’est l’autre chef d’œuvre invisible, le film méprisé par la critique qui n’a ramassé qu’un Oscar technique. La Grande Œuvre (à date) de Damien Chazelle reste néanmoins un continent stylistique à découvrir.

Contrairement à d’autres films qui offrent une profondeur dans les détails, tout est au premier plan dans l’anti-biopic de Neil Armstrong. Tour à tour film années 60, 16mm à gros grain, puis HD IMAX pour les scènes spatiales* ; engins qui vibrent jusqu’à rendre l’image illisible, puis plans fixes ultra nets, bruits tonitruants, puis musiques célestes, tous ces choix ne sont pas anodins. Ce sont ceux d’un cinéaste. Et d’un grand.

A l’évidence, Chazelle a voulu marquer le genre, très rebattu, du film spatial. Face aux décors proprets de 2001, il oppose la saleté industrielle des fusées. Face à l’épopée patriotique de L’Etoffe des Héros, il met en scène le drame familial. Face au buddy movie d’Apollo XIII, il joue la compétition amère entre astronautes. Cette volonté de démonter les clichés se traduit par une réalisation nerveuse, ponctuée de motifs récurrents.

Revue de détail de cette accumulation de contrastes.

Saccadé / fixe

Dès le premier plan, ça secoue. Neil Armstrong n’est encore qu’un pilote d’essai de l’Air Force, aux commandes de l’avion fusée X-15, mais Chazelle lance sa dialectique. Ça va secouer, vous allez avoir peur, et ensuite, je vous émerveillerais.

L’image tressaute dans un vacarme indescriptible, Neil Armstrong lance ses moteurs, l’engin vibre, la caméra à l’unisson. Quand la poussée s’arrête, l’image devient immobile, silencieuse, déposant le spectateur dans les frontières bleutées de l’atmosphère. Plus tard, le X-15 se pose dans le désert du Mojave. Des trombes de poussière jaillissent en une explosion tonitruante, l’engin glisse à toute vitesse sur ses patins jusqu’à s’immobiliser, là aussi, dans un plan fixe. Motif réutilisé quand Gemini accélère, quand le LEM alunit, alignant à chaque fois une séquence frénétique puis un moment de paix absolue.  

Intérieur / Extérieur

Qu’est-ce que la Conquête de l’Espace, sinon jeter des hommes en scaphandre dans le vide inhospitalier, assis sur cent tonnes d’explosifs, et protégés d’une minuscule cabine de métal ? Le film joue entièrement sur cette dialectique, et filme à l’envi des barrières qui permettent de voir, mais pas de toucher (Casques / Hublots / Fenêtres).

L’habitacle du X-15 offre, comme le dit Lovecraft, « des perspectives terrifiantes sur le réel, et sur l’effroyable position que nous y occupons ». Pour la première fois, nous voyons, un peu effrayés, notre petite boule bleue qui flotte dans l’univers. Le fuselage, le hublot, le casque, sont censés protéger Neil Armstrong, mais on comprend que ces protections sont dérisoires. Rebondissant sur une autre paroi, celle de l’atmosphère, Major Tom flotte dans sa tin can, capable de voir la terre, mais incapable d’y revenir.

Cette paroi invisible revient à de nombreuses reprises, indiquant l’inaccessible  : fenêtres des voisins qui s’épient, hublot qui cachent puis révèlent (les mouettes de Cape Canaveral, le ciel bleu puis noir, l’AGENA, la Terre, la Lune, puis l’épouse, lors de la quarantaine finale).

Casques / yeux

Quantité de casques eux aussi, cachent ou révèlent des regards, dans des plans souvent filmés à la limite de l’expérimental. Deux points jaunes qui cherchent l’AGENA en orbite. Deux yeux affolés quand elle part en vrille. Deux yeux bleus, regard de la femme aimée ou des enfants… Et deux points bleus qui jouissent de l’obscurité et découvrent, comme une bête apeurée, la Lune pour la première fois.

Il y a une exception, tout aussi notable : quand le casque ne sert à rien. Lors de l’accident du vol d’essai du LEM, Armstrong est blessé et pour une fois, on voit son visage sans protection. Blessé et noir de fumée, il devient à moitié fou, retourne chez lui, puis repart au travail : rare exemple de perte de contrôle du personnage.

Bruit / musique

Le son est aussi un terrain d’innovation. Le film est parsemé de clinquements, de grincements, d’explosions brutales, qu’on ne voit jamais dans les autres films sur le sujet. La musique – basique mais magnifique – de Justin Hurwitz, (un ou deux thèmes réorchestrés) vient apporter le contrepoint. Face à l’inquiétude technique, il y a l’humanité, il y a la valse. Citation Kubrickienne (Le Danube Bleu de 2001), la valse Hurwitzienne est en même temps sa contradiction. Chez Kubrick, la valse est mortifère, c’est une stagnation. Ici, c’est le signe de l’humanité, de l’amour et des sentiments. C’est la danse de l’amour, des engins et des humains qui s’emboîtent (Gemini et l’AGENA, Neil et Janet). C’est l’âge d’or d’Egelloc, du College, où Armstrong « composait » des comédies musicales et séduisait Janet, sa future femme**. Dans une scène très Chazellienne, le couple danse devant des rideaux, comme dans La La Land. Lunar Rhapsody, un jazz des années 40 : « Je croyais que tu avais oublié », dit Janet. On verra plus loin que ce n’était pas le cas.

Mais parfois, le fou de musique qu’est Chazelle joue de l’absence totale de son. Il sait que le silence est aussi important que la musique elle-même, qu’il créé une tension qu’il faudra résoudre.

Lors du Premier Pas, il applique cette règle de manière extrême. La poigné du sas grince, mais, une fois ouvert, plus aucun son. La caméra, comme emportée par l’air qui se vide du LEM, file vers la surface de la Lune dans un plan – littéralement – à couper le souffle.

Le cinéaste triche, car la lune est en HD alors que les astronautes à l’intérieur sont encore filmés en 16mm. C’est pour mettre le spectateur dans cette sidération, une sidération qu’il fait durer avant qu’on entende la respiration diégétique de l’astronaute.  

Net / Flou

C’est l’un des autres contrastes voulus par le cinéaste. Le 16mm/35mm pour la vie, la famille, les astronautes, les fusées. La Haute Définition pour l’espace, pour la lune, filmée comme l’Astre de la Mort. Il y a le choc de la découverte bien sûr, ce plan que le spectateur attend depuis le début, mais aussi – préoccupation très contemporaine – montrer que la seule vie possible c’est la terre, et pas le fantasme technologique que d’une vie outre-espace***. La lune est morte, je vous la montre en IMAX, mais voilà la vie, les souvenirs, un pique-nique au bord de la rivière, filmé comme un Super8 amateur.  

Indicible / Jargon

S’il y a bien un thème à First Man, c’est l’incommunicabilité. Le couple, les enfants, la presse, les politiques, la NASA sont autant de champs de bataille. Comment communiquer l’incommunicable, quand on va réaliser le plus grand exploit de l’humanité ? Que dire à sa femme, à ses enfants ? Que répondre aux questions idiotes des ingénieurs, des journalistes, des politiques ? Que dire à ses collègues, alors qu’on a tout fait pour être choisi ?

On pourrait parler, bien sûr… On pourrait dire ses angoisses, sa douleur, ou sa foi en Dieu. On pourrait détourner tout cela en blaguant, comme Buzz Aldrin. On pourrait aussi parler de choses personnelles, de sa famille, de Karen, sa fille morte d’une tumeur maligne. On serait dans la culture américano-psy de « dire les choses », de poser ses sentiments, de se livrer.

Pas de ça avec Neil Armstrong, ni avec Damien Chazelle dont la filmographie semble traversée par cette idée (batteur autiste de Whiplash, couple mal assorti de La La Land). Ryan Gosling est le parfait véhicule du refus de se livrer, refus qu’il assumera à trois reprises (entretien d’embauche, enterrement de Elliot See, discussion avec Ed White).

Mais comme le film ne parle finalement que de ça, de la douleur incommunicable de la perte d’un enfant, Chazelle garde le drama pour la fin. On verra donc Armstrong/Gosling de plus en plus buté, totalement concentré vers sa mission, de plus en plus machine, de moins en moins humain, au risque de briser sa famille.

Comment filmer le laconisme armstrongien ? En ne gardant pour dialogue que le jargon de la NASA : « 3000 à 70. Alarme 12 01 ? Reçu. 540 pieds, Descente à 3. 5. En avant 9 ». En jouant avec les clichés et en ânonnant la citation de circonstance « C’est un petit pas pour un homme, un bond de géant pour l’humanité » : le côté com’ de l’affaire. En faisant confiance à Ryan Gosling, bloc de volonté autiste dans la très belle séquence d’alunissage.

Faire absolument confiance à Gosling, comédien très fin quoi qu’on en dise, car Chazelle va l’utiliser pour ramener l’humain (Il ne l’a jamais oublié), dans les deux scènes finales : la séquence du cratère et les inattendues « retrouvailles »…

Au Cratère Ouest, dans une scène magnifique mais inventée****, Armstrong/Gosling vient dénouer le film. Une scène renversante, qui utilise toutes les ressources du cinéma, en jouant avec les thématiques évoquées plus haut (Intérieur/extérieur et Casque).

Neil Armstrong enlève son couvre-casque doré ; il pleure. Venu déposer le bracelet de Karen, pour la première fois le personnage se dévoile. Toute peine retenue depuis sept ans, seul avec son chagrin, il peut enfin laisser parler les larmes.

Puis l’astronaute remet son couvre-casque, ce qui fait apparaître le reflet du cratère : un immense trou, métaphore 1. Contrechamp sur son ombre dans le cratère, métaphore 2 : le fantôme de l’enfant défunt (« un seul être vous manque et tout est dépeuplé ») tandis que s’intercale, le super8 des souvenirs familiaux.

On enchaîne sur l’étrange scène de retrouvailles. Après avoir montré un couple heureux, franchissant les difficultés ensemble, Chazelle prend à contrepied le spectateur dans le final. Au lieu de l’attendu « I love you/I Iove you too », le retour de Neil Armstrong à Ithaque devient une scène très amère. Le grand homme est incapable de dire un mot à son Hélène, dans un décor ironiquement américain (murs bleus, chemisier blanc, jupe rouge). Chazelle laisse le temps filer.

Armstrong a réalisé le plus grand exploit de l’humanité, mais il n’a pas les mots : il est out of this world, comme l’a dit Janet précédemment. Que dire à sa femme qui l’a cru mort cent fois ? Comment raconter une telle expérience ? Juste avant, Chazelle nous a prévenu par le biais voix off d’un journaliste anonyme : « Cette beauté sera peut-être impossible à léguer aux futurs observateurs. Ces premiers hommes sur la Lune ont vu quelque chose que leurs successeurs ne verront pas, ils ont contemplé une autre vie, qui nous échappe »

L’homme est devenu machine, comme chez Kubrick. Mais au contraire de l’ermite de Childwickbury, l’humanité revient… En gros plan, les yeux magnifiques des comédiens se cherchent, se jaugent, s’épient. Mais tel l’Adam de Michel-Ange, Neil tend le doigt (et un baiser) vers son épouse, à travers (encore) la barrière vitrée de la quarantaine. À contrecœur, Janet finit par s’approcher, et toucher la main de son mari, dans un plan sublime : sa tête se surimprime en reflet sur la tête de son mari.

I always had you on my mind.

* Chazelle et son chef Op’ Linus Sandgren ont tourné en trois formats différents : Super 16mm, 35mm Techniscope & Super 35 3-perf, IMAX 70mm pour la séquence sur la Lune. Le format 16mm a été utilisé principalement pour les scènes à l’intérieur des vaisseaux spatiaux, tandis que le 35mm servait pour celles à la maison des Armstrong ou autour des installations de la NASA. (source Wikipedia)
** Sublime Claire Foy, dans son meilleur rôle après The Crown
*** Le cinéaste donne d’ailleurs à trois reprises la parole aux anti- (Kurt Vonnegut, une jeune fille, et le protest singer qui chante Gil Scott Heron, « Whitey on the Moon »

**** On ne sait pas ce qu’a fait Neil Armstrong pendant qu’il était au Little West Crater.  




jeudi 24 juillet 2025


La Poursuite Infernale
posté par Professor Ludovico

Des éleveurs volés, une chanteuse mexicaine, une ingénue qui débarque, un médecin alcoolique ? On n’est pas chez Howard Hawks, mais chez John Ford, dans La Poursuite Infernale, My Darling Clementine pour être précis, un des plus beaux westerns qui soit.

Certes ce n’est pas très clairement mené, on a du mal à comprendre qui veut quoi, ce que Shakespeare vient faire dans cette galère, mais le sujet n’est pas là. C’est, comme d’habitude chez John Ford, rédemption, vengeance, amour impossible et émerveillement devant l’Ouest sauvage.

Et c’est par sa forme que La Poursuite Infernale éblouit. Enième relecture du règlement de compte à OK Corral (qui s’est déroulé 400 km plus bas), My Darling Clementine fascine par sa beauté sublime, dans un noir et blanc ahurissant de netteté. Le chef op’ Joseph MacDonald tire le maximum des ciels bleus, des nuages, des contre-jours. Il n’y a quasiment pas de mouvement de caméra – Ford les réserve aux scènes d’action.

Un pur moment de cinéma.




mercredi 23 juillet 2025


L’espion qui Venait du Froid
posté par Professor Ludovico

Pour le Professore Ludovico, la seule véritable ambiance d’espionnage, c’est celle de John le Carré. Contrairement à Karl Ferenc, qui en pince toujours (30 ans après la Chute du Mur !) pour James Bond. Nous aimons l’ambiance Le Carré, mais pas vraiment les livres du Monsieur (sauf Le Tunnel aux Pigeons, sa géniale autobiographie).

L’an dernier, sur l’insistance de quelques amis, nous sommes retournés à la source, L’espion qui Venait du Froid, le livre. Encore agent du MI6 à l’époque, Le Carré décrit en 1964 les magouilles de la Guerre Froide avec une précision clinique.. Comment intoxiquer les Russes, comment faire passer les transfuges à l’Ouest… Le livre rencontre un immense succès, et surtout la reconnaissance de ses pairs. Martin Ritt en tire immédiatement un film, qui a autant de succès. Qu’en reste-t-il, soixante ans après ?  

Le propos est toujours abscons, et on a du mal aujourd’hui à suivre les circonvolutions des protagonistes. Mais il y a Richard Burton, impressionnant bloc de violence contenue, dans ce rôle de brute avinée qu’il tiendra partout, de Cléopâtre à Quand les Aigles Attaquent

Leamas (Richard Burton) est un agent du MI6 basé à Berlin Ouest. Riemeck, une source de Leamas, se fait tuer alors qu’il essaie de passer le Mur, et Leamas veut se venger. Le MI6 lui propose de passer à l’Est, et créé pour cela une « légende » : licencié, il devient un alcoolique, un asocial, vite pris sous son aile par une jeune militante communiste (Claire Bloom, pas terrible) qu’il entraine, malgré lui, dans cette aventure…

Mais il y a évidemment un plan dans le plan, ce que va découvrir Leamas, et c’est seulement là que le livre (et le film) deviennent intéressants.

Le principal mérite du film de Martin Ritt, c’est probablement d’offrir la matrice des films d’espionnage qui vont suivre. Cet éclairage expressionniste, ce noir et blanc poisseux, et ces zones de gris. Dans les dernières scènes, un blanc aveuglant évoque les projecteurs des miradors, qui piègent les protagonistes comme de mouches.

Et dans un final magnifique, parfaite métaphore de ce monde des ombres : un plan fixe du Mur de Berlin, éclairé par des lumières fantomatiques, comme la mort qui rode.




mardi 15 juillet 2025


Memories of Murder
posté par Professor Ludovico

S’agit-il d’un gouffre culturel ? Car on ne comprend rien au cinéma de Bong Joon Ho. Mickey 17 nous avait déjà assommé par sa bouffonnerie, nous n’avions pas été estomaqués par Parasite et ces Souvenirs de Meurtre ne sont pas impérissables. Problème de l’acting coréen ? Squid Game laissait aussi cette impression de surjeu. Mais on cherche aussi à comprendre dans quel film se trouve Bong Joon Ho.

Ça commence comme Seven, sauf que les deux flics se comportent comme dans Y’a-t-il Un Flic pour Sauver la Reine… Dès qu’on a un suspect, retardé mental, il faut en faire un coupable. Taloches, coups de pied, reconstitution à l’arrache, et flics incompétents qui bousillent la scène de crime : serait-on dans une comédie ? Et puis un jeune flic arrive de Séoul, avec des méthodes plus sérieuses, mais la bouffonnerie continue. Puis, dans un brusque changement du genre, on se tourne vers la folie et la tragédie. Les pistes ne mènent à rien, au grand désespoir du trio…

Arrive alors le final, tendu et désenchanté, qui donne une idée du grand film qu’aurait pu être Memories of Murder.

Si quelqu’un a une explication, on prend.




lundi 30 juin 2025


Footloose
posté par Professor Ludovico

« Been working so hard
I’m punching my card
Eight hours, for what?
Oh, tell me what I got
I’ve got this feeling
That time’s just holding me down
»

En 1984, nous n’avions pas suffisamment porté attention aux paroles de Footloose, la chanson – assez dégueulasse il faut dire – du film éponyme. Oui, nous étions déjà snobs. Ces paroles étaient évocatrices de la teneur du film, que nous découvrons quatre décennies plus tard grâce à la lecture de l’excellente autobiographie de Paul Hirsch, le monteur de Footloose*.

Et la surprise est là, dès les premiers plans de l’Utah, dans le bled où débarque Ren McCormack (le débutant Kevin Bacon) et sa mère. Le grain du film, les premiers dialogues, renseignent le connaisseur : ne serait-on pas dans un film indé caché derrière un film d’exploitation ? En fait, un peu des deux. Footloose est signé Herbert Ross, un bon faiseur de Hollywood, plutôt fin (Funny Lady, Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express, Potins de Femmes…) C’est en même temps une machine de guerre, l’exploitation teen d’une époque, sur le modèle Simpson/Bruckheimer lancé peu de temps auparavant.

Un concept marketing, à vrai dire, incroyablement simpliste vu d’aujourd’hui : au lieu de composer une BO, intégrer la musique de la génération concernée, et vendre les deux à la fois : Breakfast Club, Flashdance, Dirty Dancing… La BO de Footloose, composée de grosses sucreries qui n’ont pas dépassé le vingtième siècle, (sauf le hit éponyme signé Kenny Loggins), sera une des plus grosses ventes de disques de l’époque…

Et si on oublie les scènes de danse totalement artificielles, totalement cucul la praline, mais qui réjouissaient les ados des années 80, le film exsude une profondeur plutôt étonnante. Un désespoir tranquille qui imprègne la petite ville redneck où se situe l’action. A Bomont, Utah, le jeune citadin Ren McCormack (Kevin Bacon) cherche à s’intégrer tout en défendant une grande cause : la liberté de danser (sic). Il est en effet interdit d’écouter du rock’n’roll dans cette ville très religieuse. On interdit des livres à la bibliothèque, et même, on les brûle !

Incarnant ce teenage angst, Willard (Chris Penn), bouseux local, sait qu’il ne fera jamais rien de mieux que le collège, et puis qu’il faudra bosser à la ferme, et porter des sacs de farine à la minoterie. Ren va essayer de le libérer… en lui apprenant des chorégraphies ! Le film finit donc par défendre la danse d’un point de vue philosophique, comme libération des mœurs et émancipation de la jeunesse.

Propos Springsteenien s’il en est…

* Paul Hirsch
Il y a bien longtemps, dans une salle de montage lointaine, très lointaine…
Ed. Carlotta Films




dimanche 29 juin 2025


Le Talentueux Monsieur Ripley
posté par Professor Ludovico

Le roman de Patricia Highsmith doit être très bon pour produire à chaque fois d’excellents produits cinématographiques. On ne se rappelle plus très bien de Plein Soleil (1960), mais la vision concomitante du magnifique Ripley de Netflix (2024) et le rattrapage du Talentueux Monsieur Ripley, d’Anthony Minghella (1999) rappellent ce talent.

Paradoxalement, le cinéaste du Patient Anglais arrive à gérer en deux heures plus de personnages que la série en huit, avec l’aide d’un gros casting (Matt Damon, Gwyneth Paltrow, Jude Law, Cate Blanchett).

Mais le film est daté, hollywoodien, et tient moins la rampe que l’équivalent sériel de Steven Zaillian, qui se concentre seulement sur le trio Ripley/Marge/Dickie, et est glacé d’un noir et blanc somptueux signé Robert Elswit, le chef op’ de quelques broutilles*…

* Boogie Nights, Demain ne meurt jamais, Magnolia, Syriana, There Will Be Blood, Loin de la terre brûlée, The Town, Mission impossible : Protocole Fantôme…




samedi 28 juin 2025


Making of
posté par Professor Ludovico

S’il y a une chose que le cinéma sait faire, c’est parler de lui. Sunset Boulevard, Singin’ in the Rain, Maestro, Tournage dans un Jardin Anglais, Swimming with Sharks, Mulholland Drive, The Artist… Ça donne toujours d’excellents films.

Preuve en est, encore une fois, avec le Making of de Cédric Kahn, une comédie qui utilise un procédé vieux comme Shakespeare, le film dans le film.

Simon (Denis Podalydès) est en plein tournage social (façon Dardenne brothers) : des ouvriers se proposent de reprendre en autogestion leur usine qui ferme. Mais enferré dans les mensonges initiaux de son producteur (qui avait promis une happy end aux financiers), le film de Simon devient lui aussi une petite usine au bord de la banqueroute.

Très écrit, avec des enjeux en veux-tu, en voilà, le film passionne : Simon est au bord du divorce, la directrice de prod s’escrime à faire bosser tout le monde, une jeune actrice veut percer, un figurant ambitionne à devenir scénariste… Au milieu de tout ça, une star hypocrite à l’égo hypertrophié (Jonathan Cohen) aspire toute la lumière…

Tout cela est excellement interprété par des comédiens qui connaissent parfaitement le business et ses avanies, car ils sont eux-mêmes producteurs, scénaristes ou réalisateurs : Emmanuelle Bercot, Xavier Beauvois, Valérie Donzelli…

À part le final un peu convenu, le film accomplit la gageure d’être drôle jusqu’au bout, tout en restant extrêmement réaliste.




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