[ Brèves de bobines ]

Petites réactions et conseils de sortie de salle



samedi 28 juin 2025


Making of
posté par Professor Ludovico

S’il y a une chose que le cinéma sait faire, c’est parler de lui. Sunset Boulevard, Singin’ in the Rain, Maestro, Tournage dans un Jardin Anglais, Swimming with Sharks, Mulholland Drive, The Artist… Ça donne toujours d’excellents films.

Preuve en est, encore une fois, avec le Making of de Cédric Kahn, une comédie qui utilise un procédé vieux comme Shakespeare, le film dans le film.

Simon (Denis Podalydès) est en plein tournage social (façon Dardenne brothers) : des ouvriers se proposent de reprendre en autogestion leur usine qui ferme. Mais enferré dans les mensonges initiaux de son producteur (qui avait promis une happy end aux financiers), le film de Simon devient lui aussi une petite usine au bord de la banqueroute.

Très écrit, avec des enjeux en veux-tu, en voilà, le film passionne : Simon est au bord du divorce, la directrice de prod s’escrime à faire bosser tout le monde, une jeune actrice veut percer, un figurant ambitionne à devenir scénariste… Au milieu de tout ça, une star hypocrite à l’égo hypertrophié (Jonathan Cohen) aspire toute la lumière…

Tout cela est excellement interprété par des comédiens qui connaissent parfaitement le business et ses avanies, car ils sont eux-mêmes producteurs, scénaristes ou réalisateurs : Emmanuelle Bercot, Xavier Beauvois, Valérie Donzelli…

À part le final un peu convenu, le film accomplit la gageure d’être drôle jusqu’au bout, tout en restant extrêmement réaliste.




vendredi 27 juin 2025


Deux Hommes dans la Ville
posté par Professor Ludovico

Vous voulez voir un film de gauche avec Delon et Gabin ? Un film qui promeut l’éducation des criminels, le pardon, la compassion ? Ce film existe : c’est Deux Hommes dans la Ville de José Giovanni, produit par Delon lui-même. Ce polar social, inspiré de la vie de José Giovanni, tourne autour de Gino (Alain Delon), petit truand condamné à douze ans de prison mais qui sort plus tôt grâce à la bienveillance de Germain Cazeneuve (Jean Gabin), un ancien flic devenu éducateur social pour délinquants. Gabin fait tout pour son protégé, tandis que celui-ci est relancé par ses anciens complices et persécuté par un flic pervers, l’inspecteur Goitreau, (Michel Bouquet) qui ne rêve que de le remettre en prison.

Évidemment, ça pique un peu les yeux. On a rarement vu – pour ne pas dire jamais –ces deux-là marteler un tel discours de gauche. 100 minutes de plaidoyer pour la réinsertion, idéaliste et naïf aux yeux aujourd’hui.

Une curiosité, donc.




lundi 9 juin 2025


Zodiac
posté par Professor Ludovico

Revoir Zodiac vingt ans après, c’est l’occasion de vérifier que le film, pas très impressionnant à l’époque, nous avait quand même laissé une impression tenace de cauchemar éveillé.

Aujourd’hui, à l’aune de ce que nous savons du génie de David Fincher, et en ayant vu le doc Netflix sur le Zodiac, il apparaît que nous sommes déjà en présence d’un premier chef-d’œuvre invisible. Ce qualificatif attribué au Social Network, qui sortira trois ans plus tard.

Il y a des similarités, des pistes du Fincher en devenir. Si les films n’ont rien à voir, c’est quand même une histoire de geeks, un dessinateur d’humour qui « s’amuse » à décoder les messages du Zodiac (Jake Gyllenhaal), un journaliste maniaque et caractériel (Robert Downey Jr.) et un flic star obsédé par l’affaire (Mark Ruffalo).  

Il y a aussi une palanquée de petits rôles, dont on va retrouver les comédiens dans Social Network, le rédac-chef, l’avocat, le journaliste, le responsable informatique, etc. On pourrait même dire que le regard de Chloé Sévigny sur Jake Gyllenhaal s’apparente à celui que portera la jeune avocate sur Mark Zuckerberg.

Pour le reste le film fascine par sa capacité à faire un anti-Seven, un film de serial killer qui montre peu les meurtres. Son sujet, c’est plutôt les enquêteurs, rongés par l’énigme et qui finiront alcoolique, paria, divorcé. Nous sortons hébétés du film : tout en allant très vite, Fincher ne nous a jamais abandonné en route, et a su maintenir le rythme et l’intérêt.

Du grand art.




vendredi 4 avril 2025


Grand Paris, deuxième
posté par Professor Ludovico

Retour avec le Professorino sur Grand Paris, le petit film aux grandes idées. Deux ans après, le film de Martin Jauvat fait le même effet : un Do-It-Yourself sur l’errance francilienne de deux gamins, entre la gare RER de Saint-Rémy-lès-Chevreuse et les Pyramides de l’Axe Majeur de Cergy-Pontoise.

Mais c’est quoi ce film, dont nous bassine le Ludovico, titulaire de la Chaire d’Etudes Bayennes à UCLA, depuis deux ans ? Rien de moins qu’un petit chef-d’œuvre, qui, l’air de ne pas y toucher, propose en scred la possibilité d’un monde meilleur, au travers (rien de moins) que la nécessité d’un Grand Paris accueillant enfin ses banlieues, ou du pouvoir de la bienveillance et de l’amitié. Tout en se moquant, au passage, du complotisme, de la RATP, des mauvais dragueurs et des fumeurs de joints…

Le tout malicieusement camouflé derrière le sourire benêt de son réalisateur (et principal protagoniste) Martin Jauvat.

Un grand film de 80mn, pour 4 euros seulement sur Prime Vidéo.




mercredi 31 juillet 2024


Baby Driver
posté par Professor Ludovico

L’œil exercé du CineFaster n’a pas manqué de détecter le piège. Non, Baby Driver n’est pas le film d’Edgar Wright (Hot Fuzz, Shaun of the Dead), mais bien un film caché de Luc Besson. Punchlines à tous les étages (même pour passer le sel), chorégraphies (même pour passer le sel), blagues racistes ? On est bien chez l’immarcescible auteur d’Angel-A, chez le producteur de Taxi 12345.

Le Professore Ludovico a beau être tombé amoureux du poupin Ansel Elgort (Tokyo Vice), ça ne va pas suffire pas pour supporter 113mn de baby driving.

Passons à autre chose.

Victoria, par exemple.




samedi 27 juillet 2024


Sibyl
posté par Professor Ludovico

C’est confirmé, Justine Triet est une cinéaste. Quelqu’un, donc, qui croit à la capacité du cinéma de posséder son propre langage. Sibyl démontre amplement cela. Si le film paraît si emmêlé qu’il fait penser à Antonioni, il reste parfaitement lisible.

Une psy (Sibyl), interprétée par Virginie Efira – que le Professore peine à trouver vraiment convaincante, mais qui se donne à fond dans le rôle – décide d’arrêter son activité d’analyste pour enfin écrire son roman. Elle est rattrapée contre toute attente par Margot, une jeune actrice au bord de la crise de nerfs (Adèle Exarchopoulos). Le piège est tendu. S’entame alors un jeu masochiste et vénéneux entre la blonde affolée et la brune manipulatrice, qui l’entraine dans son vortex. Transportée sur le tournage de Margot, notre héroïne va affronter une bande de psychopathes tous plus retors les uns les autres : l’amant (Gaspard Ulliel), la réalisatrice (Sandra Hüller).

Dans une réalisation magnifique où les sons, les images se superposent dans le décor majestueux du Stromboli, Justine Triet use de cette narration entremêlée, non pour cacher le vide du propos (façon Nolan ou Villeneuve), mais, au contraire, pour illustrer la confusion des sentiments.

Excellente recommandation du Professorino, qui bientôt dépassera le maître.




mercredi 22 mai 2024


Barbarella
posté par Professor Ludovico

Il n’y a pas grand-chose à dire d’un film dont l’unique objectif semble être pour Roger Vadim de filmer sa femme dans toutes les positions possibles, en commençant par un strip-tease spatial. Jane Fonda, on la verra donc dans toutes les positions. Et comme par hasard, souvent humiliée, attachée, mordue. Puis comme c’est lassant au bout d’un moment, ce sera le tour d’Anita Pallenberg, autre top model des sixties.

Dans Barbarella, il n’y a pas de scénario, tout est idiot, et tout est moche. On retiendra juste que le grand méchant Durand Durand a donné son nom un groupe rigolo des années 80.




vendredi 10 mai 2024


Raël, le Prophète des Extraterrestres  
posté par Professor Ludovico

Pour une fois le Professore Ludovico ne va pas se fatiguer, à l’image de ce documentaire Netflix. Un simple copier/coller de Betaseries suffira : « Assez déçu. Il n’y a pas vraiment d’enquête dans ce documentaire. C’est juste l’histoire de Raël par le prisme de ses interventions à la télé. C’est intéressant mais on n’apprend pas grand-chose, quoi. » Merci Morley93, pas mieux ! Tout est dit.

Si vous regardez ce doc sur Raël et les Raëliens, c’est pour voir (ou revoir) les images parfois cocasses de la saga de Claude Vorilhon, le type qui a vu des ovnis, et qui a compris qu’il y avait là moyen d’amasser pouvoir et gloire, femmes et argent en créant sa petite secte des Elohim. Et que, comme dirait Richard Ford, c’était une bonne façon de passer sa Période d’Existence. Même si quelques témoignages de repentis viendront confronter les Raëliens hardcore (et la terrifiante Brigitte Boisselier, Docteur en Canular de Clonage), la partie la plus intéressante, c’est celle sur l’emprise, et le désir très profond de la transcendance.

N’empêche. Une petite contre-enquête sur les différents points qui grattent n’aurait pas fait de mal. De sorte que ces quatre heures sont un peu longues, pour si peu.




vendredi 19 janvier 2024


Les Galettes de Pont-Aven
posté par Professor Ludovico

Qu’est-ce que vous avez tous avec Les Galettes de Pont Aven ? Film culte ? Chef-d’œuvre de l’humour 70s ? Faut voir.

Après de nombreuses tentatives ratées, on finit par l’enregistrer et le regarder en intégralité. A vrai dire, petit bout par petit bout, car le film est non seulement bricolé avec trois francs six sous – ambiance court-métrage amateur – mais il est surtout parfaitement abscons et inintéressant. L’histoire d’un représentant de commerce, obsédé sexuel mais frustré par sa femme, qui devient peintre à Pont-Aven par amour, sombre dans l’alcool et retrouve le goût de la vie avec une gamine qui vend des pommes d’api.

À part quelques répliques salées (dont le célèbre « Ah quel cul ! » qui deviendra la signature de Jean-Pierre Marielle, il n’y a rien. Tout cela devait être gentiment clivant dans les années 70. Aujourd’hui, il n’en reste rien.  Seulement le goût amer d’une blague grivoise de fin de repas, racontée par un vieil oncle qui a forcé sur l’armagnac.




mercredi 8 novembre 2023


Army of the Dead
posté par Professor Ludovico

Zack Snyder est un indécrottable adolescent, même quand il fait un film pour les enfants de douze ans. Son Army of the Dead a tout pourtant pour séduire le CineFaster. Scénario débile à souhait (20 000 000 de dollars à aller chercher dans un coffre-fort, dans un Las Vegas infesté de zombies), une bande de casseurs bien stéréotypée, la fille du héros qui vient mettre le binz dans le plan bien huilé, et le traître de service.

Mais Zach Snyder n’a pas fait de bon film depuis dix ans… Sucker Punch (et on est gentils…)

Là où sur le même canevas, Michael Bay tisse The Rock ou Simon West Con Air, Zack Snyder arrive à tout foirer. Il n’a même pas l’air de savoir que son film est une comédie, puisqu’il termine ça en tragédie parfaitement ridicule.

Une fois de plus, Netflix gâche son argent en donnant carte blanche à des cinéastes… qui mériteraient d’avoir un vrai producteur à leurs côtés…  




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