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jeudi 4 mars 2021


The Good Lord Bird
posté par Professor Ludovico

De 1855 à 1859, le militant abolitionniste John Brown a ravagé le Kansas en massacrant tout ce qu’il suspectait d’être un esclavagiste. Une épopée qui culmina avec l’assaut d’Harpers Ferry, un village de Virginie abritant un important arsenal. Objectif : s’emparer de ses milliers de fusils et les donner aux noirs, et lancer l’ « insurrection finale » qui libérerait le peuple noir.

Cet épisode de la Guerre de Sécession, célèbre en son temps*, est parfaitement connu des amateurs du Civil War de Ken Burns. Mais aux Etats-Unis, John Brown est un personnage quasi oublié, controversé, peu célébré. Pas de rue John Brown, pas de statue à son effigie. Son fanatisme religieux**, sa folie évidente, son jusqu’au boutisme, ont éclipsé son œuvre. Mais pourtant, deux ans après Harpers Ferry, la guerre éclatait, et elle allait effectivement abolir l’esclavage.

C’est Ethan Hawke qui s’empare de cette histoire, au travers du roman de James McBride, L’Oiseau du Bon Dieu. On y suit l’épopée de Brown, vue par le regard d’un personnage fictif, le jeune Henry Shackleford, adolescent noir obligé de se déguiser en fille, car John Brown (Ethan Hawke) a mal compris son nom.

On le voit, The Good Lord Bird part bizarrement, et cela n’a pas vocation à changer. Car Ethan Hawke prend le parti de la farce, des frères Coen, du Tom Sawyer de Mark Twain, pour raconter cette histoire irriguée de toute part par le drame. Drame de l’esclavage, du racisme, du sexisme. Drame du prophète désarmé, utilisé, manipulé, et moqué… The Good Lord Bird taille au passage un costard (un peu comme 12 Years a Slave) aux abolitionnistes de salon comme Frederick Douglass. The Good Lord Bird va équilibrer en permanence son discours ; pas de méchants blancs d’un côté, et de noirs courageux de l’autre. Appelés à la révolte, les noirs ne rejoignent que rarement John Brown, tout simplement parce que c’est impossible…

Car si l’épopée est souvent drôle, la série va vous plonger subitement, au détour d’un chemin, dans le drame absolu. Pendaison d’une esclave***, ou simple anecdote, The Good Lord Bird est sur le fil du rasoir en permanence : une performance en soi.

Mais comme d’habitude, ce qui compte dans une série ce sont les acteurs. Ethan Hawke, l’habituel séducteur de Julie Delpy (Before Sunset, Sunrise, etc.) livre là une performance habitée. Mais la palme reviendra peut-être au quasi débutant Joshua Caleb Johnson, qui joue Echalote, la jeune Henrietta/Henry Shackleford. D’abord consterné par la bêtise de ce bigot blanc, puis ébloui par sa bonté et la sincérité de sa cause… Nous l’accompagnerons dans cette épiphanie : rigolards au début, pour finir assaillis par l’émotion.

* Victor Hugo, par exemple, plaida pour la libération de John Brown.

** Un des nombreux paradoxes de la Guerre de Sécession : les principaux contempteurs de l’esclavage se comptaient parmi les fanatiques religieux puritains du Massachusetts. La Bible affirmait que les hommes étaient égaux, don l’esclavage ne pouvait qu’être un péché…

*** Illustré du magnifique I Shall Be Released interprété par Nina Simone, à l’avenant d’une B.O. anachronique mais parfaite…




mercredi 19 février 2020


The Irishman
posté par Professor Ludovico

On n’aime plus trop Martin Scorsese depuis, disons, Le Temps de l’Innocence, et à l’exception notable des Infiltrés et du Loup de Wall Street, les deux derniers films véritablement Scorsesiens du Maître de Little Italy. A nouveau, malheureusement, le pronostic se vérifie : The Irishman est un gros caca marketing.

La recette est simple : prenez des stars* et mélangez-les au bouillon Affranchis, plongez le paleron Jimmy Hoffa et laissez mijoter pendant 3h30. Ne laissez pas reposer ; ça devrait se manger tout seul.

Mais il y a un os – voire plusieurs. Comme son nom l’indique, Frank « The Irishman » Sheeran est irlandais, et la fiche Wikipédia de Robert De Niro indique qu’il a 76 ans. Il est donc difficile, voire impensable, de lui faire jouer le rôle d’un irlandais aux yeux bleus à 20 ans (dans l’armée), à 30 ans (chez les camionneurs), à 40 ans (dans la mafia des Teamsters). Mais ça ne gêne pas Scorsese, qui s’est entiché de Méliès et des trucages depuis qu’il a réalisé la bouse Hugo Cabret. Il passe donc le grand Bob (et les autres) à la moulinette 3D. Ce qui donne un horrible monstre italo-irlandais, mi-Shrek, mi-John Wayne, avec des yeux de Fremen.  

Le résultat est absolument cauchemardesque, alors qu’il eut suffi de prendre trois comédiens pour jouer le rôle. Et Pacino retouché n’est pas époustouflant non plus…

The Irishman est en plus très long, d’autant plus que c’est un copier-coller des films précédents de Scorsese qui étaient, eux, beaucoup plus musclés : voix off qui raconte tout, arrêt sur image avec date et circonstances du décès, musiques fifties, etc. Du pur Scorsese : le public (et Netflix**) en auront pour leur argent…

On sauvera néanmoins deux choses : une très grande performance de Joe Pesci, à qui l’on confie enfin un rôle posé et tragique. Et les vingt dernières minutes, pure tragédie grecque, où De Niro, impassible, est condamné à faire l’impossible.

* C’est la réunion que tout le monde attendait (De Niro/Pacino/Pesci), oublier que depuis Heat, les rencontres Pacino/DeNiro n’ont pas donné grand-chose, sans parler de leurs efforts solos.  

** Le seul intérêt pour Netflix dans ce genre de coup marketing étant de générer des abonnements, peu importe l’accueil, critique ou public, du film.




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