[ Les films ]



jeudi 11 avril 2019


The Revenant
posté par Professor Ludovico

Parfois, la beauté esthétique peut suffire à emporter le spectateur.  C’est le cas de 2001, dont le succès semble aujourd’hui invraisemblable, tant le propos est abscons, mais aussi des films de Malick, et souvent, des films de Alejandro González Iñárritu. Depuis Amours Chiennes il y a vingt ans, l’esthétisme de son cinéma se déploie  à l’inverse de ses ambitions en termes de stotytelling, qui, elles, rétrécissent peu à peu. Amours Chiennes était un impressionnant mélimélo d’intrigues dans un Mexico découpé en classe sociales et relié par la gent canine ; The Revenant est un simple survival, sans autre ambition que de faire traverser 300km de Dakota enneigé à son personnage.

L’argument est faible, même s’il rappelle nos vieilles lectures (Jim Bridger*, le Roi des Mountain Men, de Georges Fronval), et ne suffirait pas à nous tenir éveillé 2h36. Car nous n’avons pas cette passion américaine pour le martyre et la torture (Silence, La Passion du Christ, 24 …)

Hugh Glass (Di Caprio), est le guide d’une bande de trappeurs qui, à l’orée du XIX° siècle, tente de rejoindre l’abri d’un fort dans le Dakota du Sud, l’hiver venant. Mais les voilà attaqués par des indiens, et Glass est abandonné par un autre trappeur (Tom Hardy). Laissé pour mort, il va pourtant faire 300 km en affrontant indien, grizzly, froid, faim et soif, chute et avalanche. Rien ne nous sera épargné de ce long supplice, mais pour autant, on reste fasciné (non par ce supplice ni par le quelconque intérêt qu’on porte à la vengeance potentielle de DiCaprio), mais par le magnétisme pur et dur du film. Nous sommes littéralement scotchés devant ce Revenant, qui semble incarner, de par la perfection de l’image, et par la suavité virtuelle des mouvements qui tiennent du jeu vidéo, le futur du cinéma, ou, en tout cas, à quelque chose qui s’en approche.

Tout cela est bien sûr l’œuvre d’un des plus grands chef’op du moment, Emmanuel Lubezki, qui a dans son cartables les chefs d’œuvres visuels de ces vingt dernières années (Rencontre avec Joe Black, Sleepy Hollow, Ali, Le Nouveau Monde, les Fils de l’homme, Burn After Reading, The Tree of Life, Gravity, Birdman…). Un gars qui a dans  son carnet d’adresses Alejandro González Iñárritu, Terrence Malick, les frères Coen, Tim Burton et Alfonso Cuarón ne peut pas être tout à fait mauvais.

Et si la forme prime sur le fond, pour la première fois, ce cinéma d’esbroufe fonctionne.

On avait refusé d’aller voir The Revenant en salle, et aujourd’hui, on s’en mord les doigts. C’est pour ce genre de spectacle bluffant qu’on va au cinéma.

*Un Jim Bridger jeune est un des personnages du film.




vendredi 5 avril 2019


Battle of the Sexes
posté par Professor Ludovico

C’est la magie étrange du biopic. Quand on ne connaît rien à une histoire, on trouve ça bien. On est trop jeune (et pas assez américain) pour connaitre quelque chose à cette Bataille des sexes, ce match mixte où la jeune Billie Jean King l’emporta contre le vieux macho Bobby Riggs.

De sorte que le film est parfait, incarné avec beaucoup de subtilité du côté d’Emma Stone, et de grandiloquences comico-pathétique côté Steve Carell, tout en respectant l’ambiance encore un peu coincée des années 70. 

Amusant et fin, on en redemande…




jeudi 21 mars 2019


De l’Or pour les Braves
posté par Professor Ludovico

Inexplicablement, De l’Or pour les Braves manquait à ma collection des années 70, l’anthologie paternelle des films sur la Seconde Guerre mondiale : des Canons de Navaronne à L’ouragan vient de Navaronne (avec Harrison Ford !), du
Pont de la Rivière Kwai au Pont trop Loin . Pas que des chefs d’œuvre, donc.

Mais celui-ci est très original ; on croit commencer par un film sur Telly Savalas, mais si on lit bien le titre original, on s’aperçoit que ça s’appelle Kelly’s Heroes, que Kelly c’est Clint Eastwood, et que de héros, il n’y en a point. Kelly est un ancien lieutenant dégradé qui réunit une bande de loufiats armés jusqu’aux dents (et jusqu’au Sherman) pour aller libérer, un peu en avance, un petit village de l’est de la France. Enfin, surtout libérer sa banque de 16 millions de dollars en lingots d’or.

Le film de Brian G. Hutton* est un curieux mélange de classique action-movie 60’s avec son cast de dur-à-cuir, mais contient aussi les amorces du mouvement hippie (le film est sorti en 1970), avec une section de Sherman déjantée pilotée par Donald Sutherland qui a l’air de fumer du shit en permanence.

La morale de l’histoire est également très étonnante, mais on vous laissera la découvrir…

* Qui nous donna aussi Quand les Aigles Attaquent




vendredi 15 mars 2019


Marie Stuart, Reine d’Ecosse
posté par Professor Ludovico

Il y a des films qui sont hypnotiques, araignées tissant lentement leur toiles et finissant par vous étouffer par leur talent. Marie Stuart, Reine d’Ecosse, qui n’est pas exempt de défauts, est de ceux-là.

Le début du film de Josie Rourke est très énervant : venant du monde du théâtre, elle adapte le scénario de Beau Willimon (House of Cards) façon arty : poses hiératiques mimant les tableaux de Georges de La Tour, effets de costumes post-modernes, au milieu de scènes plus classiques,  ce qui finit par ressembler à un mélange douteux de réalisme et de posture. Mais comme Mrs Rourke ne franchit pas vraiment le gué, c’est agaçant. Ce que réussit la Reine Margot échoue ici, faute de conviction cinématographique très sure.

Mais petit à petit, au rythme de la musique entêtante de Max Richter, le film s’impose. D’abord en focalisant sur la perdante, Marie Stuart, Reine d’Ecosse et prétendante au trône d’Angleterre, contre l’héroïne habituelle, Elisabeth Ière. La reine vierge d’Angleterre, est habituellement présentée comme la courageuse unificatrice protestante du royaume, contre les méchants complots catholiques, de Bloody Mary (Tudor, sa demie sœur) à Marie Stuart, sa cousine.  Tout cela étant fortement documenté dans le cinéma Hollywoodien, d’Elizabeth : l’Âge d’or aux Tudors, en passant par L’Invincible Armada avec Laurence Olivier et Vivien Leigh ou La Reine Vierge avec Jean Simmons et Stewart Granger.

Mais là, c’est comme si on assistait à Secrets d’Histoire, avec Stéphane Bern réhabilitant l’indomptable Marie Stuart contre la méchante Elisabeth. Nous laisserons au Prince d’Avalon le soin de tirer le vrai du faux historique, car l’essentiel n’est pas là. Nous sommes au cinéma, et Josie Rourke réussit à bâtir, avec l’aide de deux incroyables actrices, de véritables personnages. Avec Saoirse Ronan dans le rôle de Marie, et l’incroyable Margot Robbie*, dans celui d’Elizabeth, la réalisatrice bâtit un véritable antagonisme de cinéma, avec leurs forces, leurs faiblesses, et leurs doutes. On sort progressivement du film scolaire pour atteindre, dans une scène de rencontre (inventée) dans une buanderie, à l’essentiel de la tragédie ; alors que leur détresse commune devrait les rassembler, Marie agit au contraire de ses intérêts et cause sa perte.

* Margot Robbie a interprété en quelques années une incroyable galerie de personnages, en premier ou second rôle : reine frigide dans Marie Stuart, Reine d’Ecosse, white trash enlaidie dans Moi, Tonya, teenager déjantée dans Suicide Squad, top model dans Le Loup de Wall Street… Série en cours




vendredi 1 mars 2019


Le Chant du Loup
posté par Professor Ludovico

En tant que spécialistes mondiaux du film de sous-marins, James Malakansar et moi-même sommes contractuellement obligé de voir tous les films de sous-marins, même français. Nous sommes donc allés voir Le Chant du Loup avec deux autres spécialistes ramassés sur place. Après avoir convenu que Das Boot restait la clef de voûte indépassable du sub-movie, on a pu passer à la projection proprement dite.

Le diagnostic au final est mitigé. Après voir ricané dans ma barbe pendant le film, et appelé les mânes de Tony Scott et Wolfgang Petersen, les trois autres spécialistes ont fini par me convaincre – autour d’une planche charcuterie -fromage, il est vrai – que tout n’était pas à jeter. Inventaire, donc.

D’abord tout ce qui cloche dans le film, c’est tout ce qui n’est pas foncièrement américain. Le Chant du Loup fait partie de la catégorie des films « Y’a-que-les-ricains-qui-savent-faire-ça ». Et c’est vrai. L’intrigue sort directement des chantiers navals Simpson-Bruckheimer, où des méchants russes font la nique aux gentils (ici, la France !).

Pendant deux heures, on espère donc voir de vrais héros sous-mariniers se révéler : Denzel Washington, Sean Connery, Jürgen Prochnow, you name it… Car le film – probablement financé par les Russes – démolit la dissuasion française à chaque scène.  Le commandant Grandchamp refuse de prendre le commandaient d’un sous-marin en pleine Troisième Guerre Mondiale (parce qu’il a promis à Bobonne de ne plus reprendre la mer, sic) ; la salle pour appeler l’Elysée est à 400m d’escaliers du PC de l’amiral, on confie deux sous-marins à des officiers qu’on vient de sanctionner (resic : leur « oreille d’or » a confondu un sous-marin russe avec un cachalot (reresic)), celui-là même, en jean et en basket, entre comme crème dans le bunker de l’Etat-major (il vient de raconter son métier à sa nouvelle petite copine avec un drôle d’accent et fume du shit avec elle.), je vous en passe et des meilleures. Si ce n’est pas de la haute trahison, ça y ressemble beaucoup…

Autant dire que tout ça serait passible de peine de mort dans le cinéma de M. Bruckheimer, où les sous-marins portent un nom fier, d’un peuple de gens biens qui vivent dans un état génial, dans le plus grand pays de la terre*. Sans parler de l’Octobre Rouge de M. Connery, où les héros de la Grande Guerre Patriotique tordent le cou des traîtres aussi vite qu’on boit un verre de Vodka.

Le deuxième défaut, c’est l’amateurisme général du Chant du Loup sur le plan cinématographique : mélange des genres, commençant sur un mode documentaire (le nombre de pales des sous-marins, sujet passionnant) qui se termine par une scène où le commandant, en plein surf sur son kiosque, tire sur un hélico à coup de RPG7 ; on a un peu perdu le spectateur entre les deux.

Erreurs de casting ensuite : ni Kassovitz, ni Reda Kateb, ni Omar Sy ne sont crédibles en officiers supérieurs (on est loin du Crabe Tambour), sans parler de François Civil, qui porte bien son nom, puisqu’il n’est ni crédible en militaire, ni en comédien.

Et puis surtout, le pauvre Hitch’ se retournerait dans sa tombe, c’est un film ultra-bavard… Tout est expliqué, rien n’est montré…

Cela étant dit, la dernière demi-heure est assez rigolote et excitante, et la fin, pas mal du tout… une fois que le cinéaste et ses producteurs ont accepté de lâcher les chiens, d’ouvrir les tubes à torpille, de mettre la barre à 15, et de passer enfin au film d’action.

Un jour les gars, il faudra choisir…

*« Capt. Ramsey: It bears a proud name, doesn’t it, Mr. COB? 
Chief of the Boat: Very proud, sir! 
Capt. Ramsey: It represents fine people. 
Chief of the Boat: Very fine people, sir! 
Capt. Ramsey: Who live in a fine, outstanding state. 
Chief of the Boat: Outstanding, sir! 
Capt. Ramsey: In the greatest country in the entire world. 
Chief of the Boat: In the entire world, sir! 
Capt. Ramsey: And what is that name, Mr. COB? 
Chief of the Boat: Alabama, sir! 
»




dimanche 10 février 2019


Ben is Back
posté par Professor Ludovico

Comment transformer un potentiel chef-d’œuvre en nanar intersidéral ? Démonstration du Professore avec Ben is Back de Peter Hedges.

On peut spoiler Ben is Back car vous n’irez pas, évidemment, le voir. Holly Burns (Julia Roberts), mère de famille bourgeoise, amène ses enfants à l’ultime répétition de la chorale de Noël. Dans le même temps, un jeune en capuche semble vouloir s’introduire dans une belle maison. Evidemment, ces histoires vont se connecter. Rentrant de la chorale, Holly tombe sur le jeune homme, qui n’est autre que son fils Ben (Lucas Hedges). Si elle se jette dans ses bras, l’enthousiasme ne semble pas partagé par le reste de la famille, à commencer par Ivy, la petite sœur (Kathryn Newton). On comprend que Ben a fait quelque chose de terrible.

C’est le début, formidablement bien fait, de Ben is Back. L’ambiguïté, l’inquiétude que cette introduction engendre dans l’esprit du spectateur est passionnante. Drogue ? Viol ? Pédophilie ? Toutes les hypothèses enfièvrent le cerveau du spectateur. Mais c’est là que ça se gâte.

Car on pourrait faire plusieurs films sur cette base : un beau film indépendant sur la difficile réinsertion des héroïnomanes et, ou un thriller pur, sur le retour du méchant mouton noir. De très bons films s’y sont essayés Un Mauvais Fils, ou plus récemment Bloodline, qui commence pareil. Mais là, tout rate. Et pour d’évidentes raisons. Démonstration en 9 leçons.

1. Laisser Julia Roberts en roue libre 

Il ne suffit pas de prendre une des plus grandes comédiennes de sa génération, dans un rôle taillée pour elle. Il faut aussi la diriger. Or, on a trop souvent l’impression qu’elle surjoue.

2. Changer de genre

Le film est à l’évidence une tragédie, mais l’abattage de la Roberts, les vannes pointues et la langue bien pendue qui ont fait le succès de l’actrice fait tourner parfois Ben is Back à la comédie. Mauvaise idée.

3. Adoucir l’antihéros

Ben fait peur. C’est le grand succès des dix premières minutes. Il a fait beaucoup de mal à sa famille en volant, et à toute la communauté en dealant et en initiant d’autres adolescents à la drogue. Pas la peine de lui trouver une excuse (Ben a été rendu accro aux opioïdes par un médecin peu précautionneux*).

4. Rater le protagoniste

Un méchant de comédie apparait au mitan du film, décrédibilisant encore plus Ben is Back : le dealer. Celui-ci, apprenant son retour en ville, l’oblige à livrer de la drogue en échange du chien de la famille, qu’il tuera en cas d’échec (sic). La drogue est une chose trop sérieuse pour raconter ce genre de bêtises qui ridiculisent le propos.  On n’est pas dans Maman j’ai Raté l’Avion. (Voir point 2. Changer de genre)

5. Donner des seconds rôles insignifiants

En dehors de la star Julia Roberts, de très bons acteurs peuplent Ben is Back : Courtney B. Vance, Kathryn Newton. Ils ont fait leurs preuves dans OJ Simpson, ou Mad Men. Leur simple présence de beau-père, de sœur, permettrait un contrepoint indispensable pour la compréhension du sujet. Mais ils sont cantonnés à quelques mimiques ridicules de fond de tableau.

6. Spoiler la fin

Dès que la mère d’une ancienne junkie donne le kit de réanimation, un panneau indicateur s’affiche dans la tête du spectateur : « ça va servir plus tard !! »

7. Offrir une vision romantique du monde de la drogue

On a l’impression que rien n’a été filmé sur le sujet depuis L’Homme au Bras d’Or. Les junkies – à l’exception notable de Spider (David Zaldivar) – sont assez ridicules.

8. Donner un rôle trop évident à sa comédienne.

Julia Roberts a enchaîné les rôles de Mère-Courage-Mais-Autoritaire-Quand-Même-Avec-Toutefois-Un-Zeste-De-Drôlerie. De Potins de Femmes à Ma Meilleure Ennemie, en passant par Erin Brockovich, c’est sa marque de fabrique. Si on lui redonne ce rôle, il faut absolument lui faire faire quelque chose de différent. Or elle est tout à fait prévisible de bout en bout.

9. Créer une diversion inutile

Le couple Burns, normal et sans histoire, est mixte. C’est un couple recomposé, puisque le père de Burns a disparu. Pour autant, un couple interracial, ce n’est pas neutre aux États-Unis – ni ailleurs d’ailleurs. Il se crée dans l’esprit du spectateur une forme d’interrogation, avec la disparition du père de Ben, qui n’est jamais résolue. Or ce mystère parasite notre réflexion. Encore une idée qui ne sert à rien dans le film.

CQFD.

*Ce sujet, qui obsède en ce moment l’Amérique, est un film en soi.




vendredi 25 janvier 2019


Glory
posté par Professor Ludovico

On avait vu Glory à sa sortie (en 1989) et on ne se rappelait pas que c’était aussi bien. On était, il faut le dire, moins passionné par ces histoires de Blues & Grays qu’aujourd’hui. Edward Zwick débutait, il n’avait pas encore fait Légendes d’Automne ou Le Dernier Samourai. La mise en scène et le jeu des acteurs ont pris un coup de vieux, mais cette reconstitution soignée d’un épisode de la Guerre de Sécession tient encore la route.

L’émotion est là : ces volontaires du 54e régiment du Massachusetts, premier régiment de soldats noirs, commandés par un colonel de 24 ans, Robert Gould Shaw sont à la fois une ode à l’héroïsme, et la démonstration de son inutilité. Ces hommes veulent se battre contre l’esclavage, ils finiront par le faire, et périront. Pour rien ? Pour prouver aux blancs, à commencer par les nordistes, qu’ils sont des hommes, eux aussi.

Quel plus bel écrin pour ce discours que Matthew Broderick en colonel (qui joue Shaw pour son premier rôle d’adulte), ou Denzel Washington et Morgan Freeman comme grognards ?




jeudi 10 janvier 2019


Friday Night Lights
posté par Professor Ludovico

Avant Friday Night Lights, il y avait Friday Night Lights. Depuis que nous avons dit tant de bien cette série familialo-sportive, on était un peu inquiet à l’idée de découvrir le film originel.

Mais avoir lu le livre de H. G. Bissinger* aide néanmoins. Car Friday Night Lights est l’adaptation fidèle du livre, récit de l’épopée d’une véritable équipe de lycée de foot américain. La petite ville d’Odessa, Texas, vit depuis toujours, probablement trop, du football. C’est aussi le décor de la série, mais ce n’en est pas le sujet, beaucoup plus vaste**.

Le film est donc différent : très fort, très ramassé, très musclé. Il ne suit qu’une seule saison des Permian Panthers; l’arrivée du nouveau coach et les espoirs placés en lui. Regagner le state championship, c’est à dire redevenir la meilleure équipe lycée du Texas. C’est donc le même pitch. Mais le ton est diffèrent. On est dans un drame recentré sur le coach, interprété par Billy Bob Thornton ; un coach dur mais juste, mais pas très sympathique. A l’opposé donc de l’incroyable personnage de Coach Tyler*** (interprété Kyle Chandler) et sa famille.

Une différence de taille. Seul, FNL est un très bon film sur le foot US. Mais sa petite soeur, en 5 saisons, a eu le temps de lui faire de l’ombre. Beaucoup trop d’ombre.

*Friday Night Lights: A Town, a Team, and a Dream
**L’intrigue est d’ailleurs téléportée dans la ville fictive de Dillon.
*** C’est devenu une expression « Don’t coachtaylor me ! »




vendredi 4 janvier 2019


Le Sport Favori de l’Homme
posté par Professor Ludovico

Le cinéma, comme les autres arts, est toujours en recherche de la martingale commerciale qui lui garantirait le succès. Cette quête chimérique de la formule magique ne marche pas. Et la meilleure façon de déceler une formule, c’est de regarder un film qui a échoué. OCS vous le propose sur un plateau : Le Sport Favori de l’Homme d’Howard Hawks.

La formule Hawksienne est connue : des héros masculins confrontés à une situation désespérée qui prouvera leur courage, et des femmes puissantes, assumant pleinement leur sexualité. Cela a parfaitement marché dans la comédie (L’Impossible Monsieur Bébé, La Dame du vendredi, Chérie, je me sens rajeunir) ou la tragédie (Rio Bravo, La Rivière rouge, Seuls les anges ont des ailes). Mais voilà, en 1964, Hawks est à la fin de sa carrière, et, à 68 ans, toujours aussi libidineux. En perpétuelle recherche de jeunes femmes pointues qu’il transforme en stars (et, si possible, en compagnes), il en trouve pas moins de trois pour Le Sport Favori de l’Homme : Paula Prentiss, Maria Perschy, Charlene Holt, qu’on verra défiler dans toutes les tenues*. L’intrigue, même légère, est typiquement Hawksienne : un vendeur de magasin de pêche a écrit un bestseller sur le sujet. À la veille d’un concours, il est sollicité par Abigail et Easy, deux jolies jeunes femmes de l’organisation, qui veulent le voir participer. Le voilà obligé d’avouer qu’il n’y connait rien et n’a fait que mettre sur le papier les conseils… de ses clients. Duperie, allusions sexuelles dans les tous les sens, quiproquos, « héros » confronté à une situation légèrement « désespérée » : on est bien dans une comédie Hawksienne. Qu’est-ce qui ne marche pas alors ?

Pour comprendre, la lecture de la bible Hawksienne de Todd McCarthy s’impose. Hawks voulait Cary Grant, il aura Rock Hudson, énorme star de l’époque. Mais Hudson s’ingénie à « faire du Cary Grant », et ça ne marche pas. Il n’a ni l’élégance, ni la folie absurde de l’acteur de L’Impossible Monsieur Bébé. Et si pendant tout le film, on reconnait les gags habituels, ça ne fonctionne pas.

De sorte que se superpose alors une seconde lecture, impossible à l’époque, et accessible uniquement au spectateur d’aujourd’hui, qui connait l’homosexualité de Rock Hudson. Le sport favori de l’homme n’est pas la pêche, ça on l’avait compris, et c’est bien le sexe Le film est frontalement l’histoire d’un type à qui trois filles apprennent à être un mec, un vrai : comment tenir bien droite sa canne à pêche, comment embrasser, comment descendre une fermeture éclair. Mais ce mec n’en peut mais.

Aujourd’hui, on sait pourquoi.

* Pyjama, short, lingerie transparente, T-Shirt mouillé, et surtout combinaisons de plongée TRES ajustées qui ont coûté la bagatelle de 10000$




jeudi 3 janvier 2019


Gettysburg
posté par Professor Ludovico

Dix années avant Gods & Generals, Ted Turner avait déjà sorti son portemonnaie de Civil War buff, sorti sa collection de soldats de plomb Bluues & Grays, et pour 20 millions de dollars, reconstitué in situ la plus grande bataille américaine : Gettysburg.

Rappelons-en le pitch : Lee, le grand stratège virginien, veut s’emparer de Washington pour faire plier Lincoln alors que la cause sudiste est de plus en plus mal en point. Il opère un grand mouvement dans la vallée de la Shenandoah, mais le général nordiste, Meade, l’attend à Gettysburg. Au bout de 3 jours, et suite à une (rare) grossière erreur de Lee, les sudistes sont défaits. Gettysburg, et ses 50 000 hommes perdus, est le tournant de la Guerre de Sécession. Quelques semaines plus tard, Lincoln fera son célèbre Discours : « à nous de décider que le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, ne disparaîtra jamais de la surface de la terre. »

Gettysburg, initialement prévu comme une minisérie fut repris et financé par Ted Turner. Il fit évidemment un four au Box-office (voir plus bas) mais connut beaucoup de succès sur le câble et devint un film scolaire, c’est à dire ce qu’il est foncièrement.

Mais voilà, si dans Gettysburg, tout est authentique, jusqu’à l’emplacement exact des canons confédérés, il n’y a pas de film. Pas de personnages, pas d’histoire. On pourrait gagner une heure rien qu’en enlevant les scènes de salut au garde-à-vous, une autre heure quand les canons tirent, et encore une heure quand les fusils tirent… Le seul intérêt réside dans le personnage de Joshua Chamberlain, le jeune colonel héros de Little Round Top (Jeff Daniels), chargé de représenter le point de vue nordiste et d’incarner le bon officier, généreux et attentionné. Mais comme tous les officiers sont vénérés par la troupe (même quand ils les envoient dans une boucherie sans nom), il n’y a aucune aspérité dans le film. Anecdotique pour le passionné, Gettysburg est totalement inutile au néophyte.




juillet 2019
L M M J V S D
« Juin    
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
293031