[ Les films ]



dimanche 12 juin 2022


Le Dahlia Bleu
posté par Professor Ludovico

Le Dahlia Bleu, ça commence beaucoup plus fort que le pitoyable Tueur à gages. On est dans le vrai film noir, ambiance âcre et désespérée née des désillusions de la crise des années 30 et de la seconde guerre mondiale.

Un soldat (Alan Ladd) revient justement de la guerre avec ses copains, dont un gravement blessé qui entend des voix. Il retrouve sa femme qui n’a pas perdu son temps et tombe en plein milieu d’une party. La femme est ensuite tuée, mais par qui ? On se met à soupçonner toute le monde. En général les whodunnits sont ennuyeux, c’est Mister Hitch qui nous l’a appris. Mais là on s’intéresse. Puis Veronica Lake débarque au bout d’une demi-heure : c’est la femme du patron du Dahlia Bleu*, l’amant de la morte. Le drame commence à se nouer.

Bien sûr tout ça termine par de grosses facilités scénaristiques et des rebondissements à la mord-moi-le-nœud qui viennent atténuer la morale douteuse des 90 minutes précédentes. Mais l’ambiance est glauque à souhait et Alan Ladd et Veronica Lake une fois de plus formidables.

* Le film fut tellement célèbre, qu’un an après, la presse baptisa Elizabeth Short le Dahlia Noir…




mercredi 8 juin 2022


La Scandaleuse de Berlin
posté par Professor Ludovico

Drôle de film, pour un film pas drôle. Pourtant, il y a marqué Billy Wilder dessus. Un film réputé auprès des cinéphiles, même si on apprend que le film fut un échec à sa sortie.

Le film commence, et on ne rit pas. On n’est pas triste non plus. Il y a quelque chose d’incompréhensible, d’amer… Quand il y a quelque chose qui cloche, c’est là que le cinefaster enquête.  

La Scandaleuse de Berlin se déroule à l’époque même du tournage : 1948 dans Berlin en ruine. Une tournée d’inspection du Sénat menée par la jolie (et frigide) sénatrice de l’Iowa enquête sur les soldats américains, qui se la coulerait douce dans l’ex-capitale nazie. La coinçouille Phoebe est interprétée par une tonitruante Jean Arthur (la Bonnie Lee de Seuls les Anges ont des Ailes). En face, on compte sur le Capitaine Pringle (le pâlot John Lund) pour la décoincer. Mais celui-ci profite de situation pour abuser d’une belle aristocrate allemande, Erika von Schlütov (Marlene Dietrich herself). Contre quelques faveurs, l’ex-nazie obtient des bas, des pâtisseries ou un matelas.

Ce pourrait être un triangle amoureux parfaitement réjouissant, mais tout ça semble étonnant étonnamment sordide, étonnamment anti-américain. Car Billy Wilder prend à plusieurs reprises le point de vue des Allemands : en montrant leur ville rasée, en montrant les soldats américains profiter des femmes allemandes, mais aussi en moquant cette commission d’enquête qui semble oublier que les G.I. se battent depuis des années. On voit même quelques soldats soviétiques qui chantent.

C’est là que, tout d’un coup, le mystère se révèle : Billy Wilder le Berlinois a quitté sa ville en catastrophe en 1933 (tout comme Dietrich). Il revient sur les lieux du crime, probablement pour les subventions (comme dans I was a Male War Bride, le film de Howard Hawks), mais il vient surtout revoir Berlin. Et sa ville est entièrement détruite ; la capitale de la culture se niche désormais dans des cabarets minables. Dietrich chante, mais au milieu des ruines.

C’est comme si Dietrich/ von Schlütov, une femme déjà vieille et triste, chantait la complainte du Berlin perdu, que lui a composé Wilder.

Une curiosité.




mercredi 8 juin 2022


Tueur à gages
posté par Professor Ludovico

Ah c’est ça une bonne idée de faire une rétrospective Veronica Lake. Constance Frances Marie Ockelman va exploser dans les années 40, en quelques films : Les Voyages de Sullivan, Tueur à gages, La Clé de verre, Ma Femme est une Sorcière, Le Dahlia Bleu…

Mystérieusement belle, intelligente, pointue, Veronica Lake enchaine les rôles de femme fatale mais tombe vite dans l’oubli. Peu importe, son visage étrange, sa mèche blonde qui cache son œil droit, lui donne pour toujours de l’avance sur ses voisines de plateau, qui s’évertuent à jouer les nunuches, decent american women. Lake imprime la pellicule et nos souvenirs pour toujours.

On commence donc par Tueur à gages, pas le meilleur tirage. Une histoire bourrée de rebondissements abracadabrantesques, qui tient surtout par l’actrice et le couple maudit qu’elle forme avec le tueur à gages du film, le débutant Alan Ladd avec qui elle va faire d’autres films, avec de vrai scenarios : La Clé de verre, et Le Dahlia Bleu

Beaucoup mieux, on y reviendra…

Rétrospective Veronica Lake
OCS




mercredi 8 juin 2022


Rafael Nadal
posté par Professor Ludovico

Ce week-end, le Professore Ludovico était à la Feria de Nîmes, pour vérifier de visu ses souvenirs cinefasto-tauromachiques (Pandora, Luis Mariano, Carmen, « un œil noir te regarde », et tutti quanti.)

Bon, la corrida c’est pas si bien que ça. Oui c’est beau, mais la vérité oblige à dire que le spectacle de la mort dégage peu de fun. D’autant qu’il y a quelque chose de moins sanglant – mais beaucoup cruel – sur France 2 : Roland Garros.

Jeune taureau fringant, Casper Rudd était venu faire sa novillada à Roland, et voir au passage son idole toréer. Il n’a pas été déçu. 2 banderilles (6-3, 6-3) et une estocade (6-0), le norvégien est reparti en steak haché.

Car Rafael Nadal n’est pas un torero de la dernière pluie. Depuis 2005, le majorquin écume l’arène de la Porte d’Auteuil. Vingt ans plus tard, il perd ses cheveux, son pied est génétiquement abimé, et il sort de blessure. Ça ne l’a pas empêché, une fois de plus, de récolter les oreilles et la queue de tout ce qui passait devant son coup droit lifté. Il a dégoûté la ganaderia canadienne (Félix Auger-Aliassime), gentiment brisé le moral du bovin serbe (Novak Djokovic) et détruit les pattes du novillo allemand (Alexander Zverev).

Car ce sport est totalement mental. Tous ces gars-là sont les meilleurs de leur catégorie, mais face au mental Nadal, c’est la Divine Comédie : « Toi qui entres ici, abandonne tout espoir ».

Comme à la Corrida, le taureau sort du couloir en pensant qu’il a une chance. Mais Rafael Nadal, lui, sait que le taureau va mourir.




mercredi 25 mai 2022


Frère et Sœur
posté par Professor Ludovico

Une fratrie qui se déteste. Des parents malades, aux noms antiques. Un adolescent perdu au milieu des conflits familiaux. Roubaix, Lille, son hôpital. James Joyce et le théâtre. Une lettre à sa sœur, face caméra. Oui, on est bien chez Arnaud Desplechin dans Frère et Sœur. Dans son univers, ses obsessions. Mais c’est tout le problème du quatorzième film du roubaisien : l’impression pénible de ne rien voir de neuf, mais au contraire de revoir Un Conte de Noël, avec une autre intrigue et d’autres acteurs, mais avec les mêmes colifichets.

Il y a aussi des problèmes de casting. On adore Melvil Poupaud, chez Desplechin ou ailleurs. Mais pour ce frère maniaque et dépressif, on pense tout le temps à Mathieu Amalric. Pas de chance : il a déjà ce tenu ce rôle dans le Conte. Tout comme Anne Consigny, qui donnait une sœur belle, sèche, dictatoriale, que Marion Cotillard n’atteindra jamais. Cotillard alterne, comme d’habitude, entre le sublime (la scène de la pharmacie) et le ridicule. Quant à Golshifteh Farahani (qu’on adore depuis À propos d’Elly), elle est ici inutile.

Quand ça marche, ce genre de film, on parle de thèmes, de figures de style, d’œuvre. Mais quand ça ne marche pas, ce sont juste des trucs qui tournent à vide.

La woodyallenisation guette. Attention.




mercredi 18 mai 2022


Twin Peaks, pilote : démons et merveilles
posté par Professor Ludovico

Dès qu’on peut, on revient à Twin Peaks, manger une tarte aux cerises, boire un petit café et se promener au milieu des pins Douglas. On avait un quart d’heure, on a regardé le pilote. LE Pilote, le chef-d’œuvre de pilote, qui devrait servir de manuel dans toutes les écoles de télévision, ce qui est probablement le cas.

Premier plan : une très belle femme, eurasienne, qui se maquille dans son miroir. Rêveuse et triste. Triste parce que ça se voit, triste parce que résonne déjà le Laura’s Palmer Theme. La suite mélodramatique d’Angelo Badalamenti irriguera désormais la série, et nos cerveaux. Cette femme, c’est Josie Packard. Son rôle est mineur, mais en dix secondes, elle incarne l’ambiance Twin Peaks : amour, beauté, tristesse.

Plan suivant, moins glamour : un retraité embrasse sa femme et part à la pêche. Il a l’air concon, elle fait la gueule. Elle, c’est Catherine Martell ; en un plan on a découvert le bon gars et sa salope de femme.

Trente secondes plus tard, le bon gars découvre une fille dans un sac plastique et court appeler la police. « Elle est morte », dit-il, ce qui n’est pas innocent. D’aucuns auraient dit : il y a une femme morte dans un sac plastique. Mais en utilisant précisément ces mots, Lynch et Frost jettent le doute, et insinuent que Pete Martell, le bon gars, sait déjà qui est dans ce sac. Les showrunners lancent alors un rodéo qui va durer deux ans et changer la télévision pour toujours : qui a tué Laura Palmer ?

Le téléphone sonne au Commissariat deux minutes plus tard et brise déjà l’ambiance dramatique. La standardiste explique au shérif Truman – longuement, très longuement – quel téléphone il faut décrocher. Bing, un gag. Ce brutal changement de température va se retrouver de nombreuses fois, parfois à l’intérieur de la même scène, et va même devenir la signature du show. Dans Twin Peaks, on rit et on pleure, on s’émerveille et on est terrifiés.

On découvre alors le visage – une image qui va devenir iconique – et l’identité de la morte. Le spectateur comprend que Laura Palmer est une personne connue, et aimée de cette communauté. Mais Lynch va prendre le temps de l’expliquer. C’est La Grande Scène.  

Une pure merveille, une démonstration cinématographique, sans esbrouffe. Des couloirs vides. Des champs/contrechamps. Tout le dispositif mise sur les comédiens, jeunes mais extraordinaires. Bobby, le boyfriend infidèle et donc suspect. Donna, la meilleure amie. James, le motard rebelle. La prof, qui retient ses larmes, car l’information n’est pas encore annoncée. La jolie fille, qui sourit méchamment – on aura indiqué son statut de Teen Bitch par un simple changement de chaussures. Une anonyme, qui court en hurlant, annonçant la catastrophe.

Lynch revient alors au verbal : le discours du directeur, – mi dramatique, mi involontairement comique, à l’image du ton qui s’installe – vient dire, avec des mots, ce que les mots sont incapables de dire : la perte immense que représente une adolescente assassinée, et ce que représente Laura Palmer pour Twin Peaks.

Pour appuyer son propos, Lynch termine son premier travelling dans les couloirs vides sur une deuxième image iconique : la photo de Laura Palmer en Reine du Collège, parfaite incarnation du Rêve Américain.

Avant que la suite ne nous en fasse découvrir les atroces et ténébreux souterrains…




mercredi 18 mai 2022


OSS 117 Alerte Rouge en Afrique Noire
posté par Professor Ludovico

Ça ne marche pas. Ou plutôt, ça ne marche plus. Les gags sont les mêmes, les situations aussi. Giscard et Mitterrand remplacent René Coty. Il y a a apriori autant de matière à gag que les années 50. Pierre Niney apporte du renouveau en challenger de OSS 117. Mais cette mécanique, autrefois si novatrice, si surprenante, est maintenant usée. On prévoit les gags à l’avance. Et puis il y a un problème de rythme, tout cela est un peu long.

L’humour, ce n’est vraiment pas facile.




dimanche 15 mai 2022


Microcosmos
posté par Professor Ludovico

Ça nous apprendra à être snob. Il y a un quart de siècle, nous avions raté Microcosmos, lui préférant 1001 Pattes. Nous aimions Pixar, à l’époque. Aujourd’hui, Microcosmos passe sur OCS, et on découvre tardivement le chef-d’œuvre. 1h15 de perfection, non seulement technique (avec ses caméras révolutionnaires et ses studios reconstituées en pleine nature), mais aussi chef-d’œuvre du cinéma.

Car sans le moindre dialogue (à part une courte introduction de Jacques Perrin himself) Microcosmos raconte des histoires, uniquement par le montage. On doute qu’il ait été possible de donner des indications très précises aux comédiens, des Chenilles processionnaires à l’araignée Argyronète…

Mais par la simple mise en scène, Claude Nuridsany et Marie Pérennou arrivent à nous émouvoir sur le sort de ces insectes, devenus personnages. La Coccinelle à Sept Points va-t-elle tomber de la feuille ? Qui l’emportera dans le duel à mort des Lucanes Cerfs-Volants ? Dans ce monde minuscule, où chaque goute d’eau ressemble à un obus qui explose, où l’eau est pâteuse comme de la gelée, nous sommes transportés sur une autre planète, tout en ressentant des émotions similaires…

Nous qui partageons – phobie commune – le dégoût absolu des insectes, nous sortons de Microcosmos prêts à nous engager dans la préservation de la biosphère. Car en les filmant de si près, dans le silence le plus absolu*, Microcosmos ne montre rien d’autre que la beauté du monde.

Show, don’t tell.     

*et la musique de Bruno Coulais




vendredi 6 mai 2022


Val
posté par Professor Ludovico

Il y a des acteurs qui sont comme des frères. Ils ont notre âge : comme nous, ils ont fait des bêtises à vingt ans, se sont mariés à trente et ont eu des enfants en même temps que nous.

Un frère, c’est ce qu’on ressent quand Val Kilmer, qu’on avait perdu de vue depuis les années 2000 (Déjà Vu), décide de nous donner de ses nouvelles dans Val, son extraordinaire – et terriblement émouvante – autobiographie filmée.

Le voilà, méconnaissable : la soixantaine, bouffi, mal rasé, habillé comme sorcière Navajo, les bras chargés de bijoux. Il s’exprime difficilement, au travers d’un implant phonatoire : il sort d’un cancer de la gorge et vit avec une trachéotomie. On est loin d’Iceman, le beau gosse aux dents blanches et au torse imberbe.

L’acteur raconte son histoire, depuis le début, car oui, nous sommes dans la génération où tout a été filmé, de la naissance à la mort. Son enfance, sa jeunesse et sa vie d’adulte, illustrés de milliers de photos, super8, VHS … On découvre un jeune acteur avant la célébrité, élève de la prestigieuse Julliard School. Un fou de théâtre, qui essaie de percer mais voilà, Hollywood le rattrape… Top Secret, Top Gun (qu’il est obligé d’accepter par contrat !) Willow, The Doors…

Il accepte ensuite Batman Forever, le héros de son enfance. Un rôle qui le rend immensément riche, et intensément malheureux. Il pense être le héros du film, mais les rôles excitants sont ceux des Vilains : Jim Carrey (le Sphinx), Tommy Lee Jones (Double-Face). Au contraire, Kilmer passe des journées épuisantes dans son costume, a du mal à respirer sous le masque, n’entend personne, et comprend vite qu’il n’a qu’à se placer à l’endroit indiqué et débiter son texte. Pour quelques millions de dollars, on n’attend rien de plus de la star. Lui qui s’est plongé jadis dans la Méthode, le tournage est un supplice sans fin. Dès le tournage terminé, il se jette immédiatement dans Heat, « un film indé, comparé à Batman… »

Mais contrairement à d’autres, il n’a pas l’audace de se plaindre. « J’ai eu une belle vie », dit-il. Tombé amoureux de la magnifique Joanne Whalley (Willow, Kill Me Again, Troubles, Storyville), il l’épouse, lui fait deux enfants, achète un ranch au Nouveau Mexique. Et puis ils divorcent, comme tout le monde…

Toujours proche de ses enfants (c’est son fils qui enregistre la voix off à la place de son père), il est obligé de vendre son ranch pour payer ses dettes, cachetonne dans des films Direct to Video, monte un one-man-show sur Mark Twain, et découvre son cancer… et puis, comme tout un chacun, essaie de continuer à vivre.

« N’abandonnez pas vos illusions… Si elles disparaissent, vous existez, mais vous cessez de vivre » conclut-il, déguisé avec son fils en Batman d’opérette : le Batman de son enfance.




mardi 3 mai 2022


Pusher I, II, III
posté par Professor Ludovico

On comprend ce qui a plu dans Pusher, quand le film est sorti en 1996 : un ton rough à la Mean Streets, une image foutraque, et cette approche vériste du trafic de drogue. Des caméras portées, avec toutes les longueurs que ça suppose : on attend l’argent, on attend la drogue, tandis que les personnages roulent leur bosse, de catastrophe en catastrophe.

On peut y voir également les premières obsessions de Nicolas Winding Refn : une approche graphique très forte, les néons, la couleur, le temps qui s’étire, inexorable, vers la tragédie. Obsessions que l’on va retrouver dans ses autres films, mais avec une perfection de papier glacé.

Mais aussi, une forme d’intelligence marketing : exploiter le filon jusqu’à la lie, mais en trouvant à chaque fois un personnage et un angle différent. Et toujours une fin désabusée, européenne, qui sublime le film de genre.

Mais aujourd’hui ces films sont lents, et tout juste distrayants…

Ce qui est déjà pas si mal.




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