jeudi 12 décembre 2013
Et Tunnel chuta (comme beaucoup d’autres…)
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
On le sentait arriver mais on a espéré jusqu’au bout qu’il n’en fut rien. Mais si, Tunnel décline, Tunnel se plante. La faute à ces éternelles facilités scénaristiques qui tuent les meilleures intentions.
Quelles sont-elles, ces intentions ? Dépeindre la zone grise de Sangatte-Folkestone, symbole du déclin de l’Europe ? Ses migrants sans papiers, sa prostitution, ses trafics ? Ses flics, ses voyous, et ses saints ? Y superposer un tueur vengeur – façon John Doe de Seven – qui fait la leçon à tout le monde ?
Excellente idée en vérité, qu’il faut tenir jusqu’au bout.
Mais après un début fracassant, Tunnel s’essoufle.
Première erreur : l’assassin (The Truth Terrorist) est trop fort.
Il sait tout, a accès à tout. Il dispose de beaucoup de matériel (sites internet, explosifs indétectables, uniformes divers, planques à foison) ; il est toujours là quand il le faut. Certes, on comprend cette nécessité de multiplier les rebondissements mais un peu de réalisme de temps en temps ne fait de mal. C’est le syndrome House of Cards.
Deuxième erreur : On ne prend pas le temps d’installer les personnages ou les intrigues
C’est tout le plaisir de la série : on a tout le temps du monde. Pourquoi bâcler une histoire de vengeance adultérine en un seul épisode ? Pourquoi amener des personnages d’épiciers maghrébins venus de nulle part et les abandonner presque immédiatement ? Pourquoi lancer quelques milliardaires mystérieux et les oublier ensuite ? Tunnel lance ses filets, mais rejette immédiatement ses poissons à la mer. C’est le syndrome Un Village Français.
Troisième erreur : Tunnel recule devant l’obstacle
Tunnel est glauque, mais il y a un moment où la série sent qu’elle pourrait aller trop loin ; c’est pourtant là que ça devient intéressant. Malgré son courage politique affiché dans le pilote, Tunnel se déballonne quand il s’agit de tuer un flic ou gentil. Seuls quelques méchants y passent. C’est le syndrome Homeland.
Il nous reste encore beaucoup à apprendre des (bonnes) séries US.
mardi 10 décembre 2013
Pensées Coeniennes
posté par Professor Ludovico dans [ Hollywood Gossip -
Les gens ]
Dans l’excellent So Film de Novembre, il ne fallait pas rater une extraordinaire interview des frères Coen. Florilège.
« Le problème, c’est le gens nous prennent pour des cinéastes sérieux. Les critiques pensent que nous nous foutons de la gueule de notre pays. La vérité est plus simple : nous faisons partie de cette Amérique. »
« Les français sont connus pour vous transformer sont en artiste alors que vous n’avez rien demandé. C’est quand même le peuple qui trouve que Clint Eastwood est un génie, non ? Comme Woody. Vous avez vraiment une affection pour les mecs qui jouent du jazz ! »
Barton Fink : « Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais l’année où on a eu la Palme, c’est Polanski qui présidait le jury. Et dans Barton Fink, on a quand même emprunté pas mal de gimmicks à son cinéma. Si on avait voulu draguer Polanski on n’aurait pas pu mieux s’y prendre… »
« On a eu le temps d’observer ces réalisateurs qui au début gagnent un peu plus de fric que prévu et se mettent à le dépenser n’importe comment. En payant notamment une armée d’agents et d’avocats… après ils achètent des bureaux hors de prix sur Melrose Avenue. Et puis un jour il faut qu’ils remboursent leurs prêts et paient leurs 13 attachés de presse. Alors ils sont prêts à réaliser n’importe quelle merde pour rembourser leur crédit.
Nous, on vient dans les bureaux des producteurs avec des vieilles baskets et des jeans pourris. Au moins ils savent que la négociation sera difficile. »
Sur les Biopics : « On sait déjà tout sur Bob Dylan. C’est super Dylan, mais est-ce que sa vie est plus attirante que celle de Phil Ochs ? »
« On est restés très agnostiques sur la réussite. Est-ce que c’est mieux d’avoir un bon box office avec True Grit ? Est-ce que c’est mieux de gagner les oscars avec No Country for Old Men ? Ou est-ce que c’est mieux d’inspirer les gens, ici et là, avec un film sorti de nulle part comme The Big Lebowski ? Vaste question. »
Vaste question en effet, quand on a tout : le succès, des Oscars et une Palme d’Or !
dimanche 8 décembre 2013
Dans le visage de Dan Draper
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
« La terre était informe et vide: il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. »
On pourrait appliquer le deuxième verset de la Genèse au visage de Dan Draper, qui impassible, est le dieu omniscient de Mad Men. Nous vivons depuis 6 ans au rythme de ce visage pourtant le plus souvent impénétrable. Cantonné dans le rôle de l’Homme au Complet Gris, selon le titre du livre oublié de Sloan Wilson sur l’Amérique consumériste des 50’s, Dan Draper apparait comme de plus en plus perdu dans ces sixties qui changent le monde.
Mais pourtant le génie créatif de l’agence Sterling Cooper Draper Pryce semble rester l’homme de marbre : macho viril, modèle de manhood quand il s’agit de s’adresser aux collaborateurs de l’agence, aux clients récalcitrants, à l’ex-épouse qui râle, à la femme qui pleurniche, ou l’amante qui supplie. Don Draper est un roc, et, en même temps, ce roc se fissure depuis le début.
Depuis toujours, nous calquons nos réactions sur ce visage, car nous savons (depuis le célèbre épisode du Carrousel Kodak*) que ce visage n’est pas de marbre ; un cœur angoissé bat sous cette pierre. Dans l’épisode s06e07, il aura suffi d’un fond d’œil qui rougit pour que nous soyons pris par les tripes.
C’est la magie de Mad Men, la série la moins putassière du PAF. Toute la dramaturgie est pourtant basée là-dessus : un héros imparfait – comme le spectateur – chargé de tares – comme le spectateur – qu’on peut justement « aimer » pour cela. Selon les règles antiques du conte, notre « héros » rencontre divers obstacles dont on espère qu’il va les surmonter, et combat divers « antagonistes » qu’il va défaire en combat singulier. Dans les Sopranos, on réprouve les actions de Tony, mais on a peur pour lui et on veut qu’il se tire des griffes de la police comme de la mafia ; dans Six Feet Under, on est Nate et ses errements de trentenaire sont les nôtres ; dans The Wire on craint pour la vie du flic McNulty comme pour celle du bandit Stringer.
Rien de tout cela dans Mad Men. Des choses se passent. Des évènements se déroulent. Les personnages sont ce qu’ils sont. Nous n’avons pas de réelle empathie pour eux, car Matthew Weiner n’a rien fait pour la créer. Mais quels qu’ils soient, grands (Draper) ou misérables (Campbell), moches (Peggy) ou magnifiques (Joan), nous sommes tristes quand il leur arrive malheur.
Car ces mad men sont nos frères.
* « La nostalgie.
C’est subtil, mais très puissant…
Teddy m’a appris qu’en grec, nostalgie signifiait littéralement une blessure ancienne qui fait toujours mal.
C’est un pincement au cœur, teinté de regrets, et bien plus puissant qu’un simple souvenir.
Grâce à cette machine, on ne vole pas dans l’espace. On remonte le temps.
D’une pression on recule, on avance.
Elle nous ouvre les portes d’une époque perdue que l’on rêve de retrouver.
Cette chose n’est pas une roue.
C’est un carrousel.
Grâce à lui on voyage comme un enfant sur un manège.
On tourne, et on tourne, et on retourne au point de départ, ce lieu magique où on se sait aimé. »
samedi 7 décembre 2013
Mad Men saison 6, y’a quand même un défaut…
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Séries TV ]
Ben oui. Un seul. Il faut bien en trouver un dans la Cathédrale de Chartres de Matthew Weiner ; un petit bug très franco-français.
Si vous suivez la série, vous savez que Don est désormais marié à son ex-secrétaire, la délicieuse canadienne Megan. (Si vous ne suivez pas la série, tant pis pour vous. Votre identifiant et votre mot de passe CineFast ont été effacés automatiquement).
Bref. Megan a des parents bien frappés, un père prof et communiste, qui se paie le luxe de se faire ridiculiser par cette petite merde de Kartheiser, et une mère nymphomane, Marie, qui se tape n’importe qui, dès qu’elle a un verre dans le nez.
Fidèle à son positionnement haut de gamme, Mad Men se paie le luxe de faire parler ses personnages en français. Fait rare, comme on sait, dans les films US. C’est là que le bât blesse : Megan est jouée par Jessica Paré, qui propose un accent québécois parfait. Sa mère, censée être française, est jouée par l’excellente Julia Ormond. Problème, elle est anglaise, et, si elle parle un très bon français, elle ne peut faire illusion.
Petite faute de goût, qui sera aisément pardonnée.
jeudi 5 décembre 2013
La Vie d’Adèle
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Les motivations pour aller voir le dernier film de Kechiche ne sont pas claires, voire même tout aussi obscures que les intentions du cinéaste.
Objectivement, qu’est-ce qui pousse à voir La Vie d’Adèle ? Le scandale ? Vérifier in situ que les comédiennes ont bien été poussées à bout par le Kubrick niçois ? La fameuse goutte de morve que Lea Seydoux aurait été obligé de lécher ? Ne faites pas les malins, on vous connait ! On sait bien que vous avez lu ces cancans. Depuis Cannes, la polémique traine comme un boulet aux basques du réalisateur de L’Esquive.
Et s’il n’y avait pas eu le scandale, les raisons ne seraient pas moins avouables : deux petits canons qui s’embrassent sur écran géant (et plus si affinités), dans le film le plus hot de l’année. Rien de nouveau sous le soleil : le cinéma, c’est un art fait par des voyeurs avec des exhibitionnistes, pour les voyeurs. Louise Brooks-Mae West-Élisabeth Taylor-Adjani-Kirsten Stewart. Rudolf Valentino-James Stewart-Hugh Grant-Tom Cruise : c’est ça le moteur pour aller au cinéma ; tomber amoureux de demi-dieux de celluloïd, et si possible les voir tous nus. One pound of flesh, no more, no less… un bout de sein, une fesse, le torse imberbe de Cary Grant. Le cinéma, cet art de foire, vend ce spectacle de strip-tease depuis toujours.
Comme Kechiche l’avait prévu, la polémique pollue le film. On met du temps à s’en détacher ; mais ensuite, le film déploie ses ailes de mini chef-d’œuvre.
Mini car tout n’est pas réussi dans La Vie d’Adèle, et en premier lieu, ces fameuses scènes de cul ; il y en a trop, elles sont trop longues et on ne croit pas une minute que Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos soient lesbiennes. Elles simulent, et c’est horrible. Il est évident qu’il aurait fallu deux actrices homosexuelles et mieux, un vrai couple, car il est impossible de mentir dans de telles circonstances intimes. Et on ne peut s’empêcher de penser que Kechiche réalise un fantasme en tournant cette scène; malheureusement, ça se voit.
Ceci mis à part La Vie d’Adèle est un grand film, tenu de bout en bout. Un film qui arrive à faire reposer sur les épaules d’une actrice débutante (Adèle Exarchopoulos, extraordinaire) le passage de l’adolescente à la femme, de la bachelière pleine d’espoir à la jeune prof. Cette métamorphose est très bien filmée, avec comme d’habitude un Kechiche très précis. On peut filmer caméra portée sans être un tâcheron.
Ensuite le réalisateur a un propos. Toujours le même, depuis L’Esquive ou La Graine et le Mulet. Clair et contestable, mais son film est au service de ce propos. On n’est pas prisonnier de son cœur, dit en substance Kechiche, ni de sa sexualité. On peut expérimenter et découvrir ce que l’on est. Mais les classes sociales sont un piège dont on ne peut s’extraire. Adèle est pauvre, Emma est riche et bourgeoise. Malgré l’amour, malgré le sexe, tout ça n’a pas vocation à changer. Emma peut changer la sexualité d’Adèle mais elle ne peut pas la changer, elle.
Si le propos peut sembler parfois caricatural ou un peu trop appuyé (la fête d’artiste chez Emma, le comédien beur), il n’empêche que ce décrit Kechiche, c’est la loi commune : les cadres font des cadres, les ouvriers font des ouvriers, et les profs font le plus souvent des profs, même si notre idéal démocratique s’accommode mal de cette réalité. La force de La Vie d’Adèle c’est de démontrer cela, implacablement.
lundi 2 décembre 2013
Mad Men saison 6
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Mad Men, c’est le PSG des séries, le truc qui te met 4-0 tous les dimanches quel que soit le sujet que tu mets en face. Problèmes de l’adolescence ? Place des femmes dans l’entreprise ? Discrimination raciale ? Matthew Weiner aligne Hamm et Moss en attaque, Kartheiser comme deuxième milieu récupérateur et gagne le match.
Quel est le secret de cette régularité ? Y’a-t’il une méthode Sopranos* ?
En tout cas, on ne cherche pas la rentabilité immédiate ; pas plus chez les pubards de Madison Avenue que 10 miles plus à l’ouest, chez les mafieux du New Jersey.
Samedi, à la mi-temps d’une partie de poker chez le Professore qui a mal fini pour lui, l’un de ses adversaires lui expliqua qu’il avait décroché de Mad Men parce qu’il ne voyait pas « où la série allait ».
Mais c’est ça le secret, petit !
Weiner ne s’embête pas avec les contraintes des autres séries, pas d’île mystérieuse à expliquer, pas de Numéro 1 à démasquer, pas de meurtrier de Wisteria Lane à mettre sous les verrous.
Mad Men ne mène nulle part parce que Mad Men, c’est la vie elle-même.
*Matthew Weiner a commencé chez David Chase
dimanche 1 décembre 2013
Un Village Français, saison 5, finale
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Fantastique Village Français ! Cette saison 5, déjà consacrée comme la meilleure des aventures de Villeneuve sous l’Occupation, finit en apothéose. On parlera peut être un jour du s05e12 « Un sens au monde » comme d’un certain épisode de Game of Thrones. Même sens de la dramaturgie, même conclusion logique des fils scénaristiques amenés depuis très longtemps, cette conclusion de l’année 1943 restera dans les annales de la série, et peut-être même de la télévision française, puisqu’on commence à dire que ce Village-là fera peut-être du panthéon du de l’audiovisuel français.
Non contente de donner un sens à la sous-intrigue – un peu ridicule il faut l’avouer – du théâtre dans le Maquis, le dernier épisode apporte une conclusion extrêmement réaliste aux divers agissements des personnages, résistants ou collaborateurs.
Un Village Français reste donc un mystère après 48 épisodes ; une série capable de massacrer consciencieusement le personnage du collabo « Révolution Nationale » Chassaigne (faisant jouer Philippe Résimont comme un pied depuis deux saisons), et lui fournir une rédemption artistique en 3 scènes extraordinaires dans cet épisode final.
L’année 44 s’annonce passionnante.
dimanche 24 novembre 2013
13 channels of shit on the TV to choose from…
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les gens ]
Incroyable Bob Dylan.
A 70 ans, il surprend encore. Pour lancer son coffret intégral, le voilà qui propose un clip de sa chanson-phare, Like a Rolling Stone, un clip tout simplement extraordinaire…
Ça se présente sous la forme d’une télé dont vous pilotez la télécommande. Sur la première chaîne, Dylan lui-même, dans sa période sublime, c’est à dire 1966, Blonde on Blonde, la tournée en Grande-Bretagne, le Royal Albert Hall, Don’t Look Back…
Mais si vous zappez sur la chaîne suivante, vous tombez sur une chaîne de télé-achat. O surprise, la blondasse qui vend un aspirateur de table chante aussi Like a Rolling Stone ! Enfin, en play back, c’est toujours Dylan qui chante… mais en désignant l’aspirateur de son doigt manucuré : « How does it feel … », en passant l’aspirateur : « To be on your own … »
Zappez sur la 3 et la comédie dramatique fait de même « Like a complete unknown… » Et ainsi de suite, sur le match de tennis (Diotvesky-Plotnivich), l’émission de Télé Réalité, Le Juste Prix, etc.
L’effet est tout bonnement extraordinaire : la juxtaposition du texte de Dylan sur des images à chaque fois différentes les charge d’un sens nouveau.
Coup de génie aussi : comment mieux démontrer l’universalité de cette chanson, déjà considéré comme l’une des plus importantes de l’histoire du rock ?
jeudi 21 novembre 2013
Dredd
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
Et de deux.
Deuxième film raté sur les aventures du Judge. Deuxième film, après celui de Stallone en 1995, qui passe à côté de la BD de John Wagner et Carlos Ezquerra*. Judge Dredd est une satire, amis cinéastes ! Pas un film d’aventures. Pas un film d’action hard-boiled. C’est tout le contraire, même, c’est leur parodie ! Un metteur en scène a compris Judge Dredd, c’est Paul Verhoeven, et son Robocop n’est qu’une adaptation déguisée.
Un peu d’histoire. En 1977, 2000 A.D. publie les premières aventures de Judge Dredd. Philippe Manœuvre – à l’époque brillant rédac chef de Métal Hurlant (il a 23 ans !) – les achète pour les publier dans le mensuel. Il réalise même une adaptation radiophonique pour sa délirante émission de France Inter, Intersideral**.
C’est ainsi que nous découvrons les aventures du Judge. Et feuilletons Métal chez le libraire(c’est moins cher), pas loin du lycée de Rambouillet. Puis mettons nos économies de côté pour l’acheter plutôt que se procurer le dernier album des Dogs***. Et dévorons les aventures du Judge.
Le pitch ? Le même que celui du film. En 2099, la terre a été ravagée par une guerre nucléaire. C’est la Terre Maudite (Cursed Earth). La population s’est réfugiée dans une gigantesque mégapole, Mega City One, qui va de New York à Boston. La criminalité y est endémique. Pour y répondre, on a créé les Judges, au programme Sarkozyste avant l’heure : Flic, Juge, et Bourreau dans un seul homme. La justice est rendue en deux minutes, c’est quand même plus efficace, et ça coûte moins cher au contribuable. Les Judges ses déplacent sur de gros choppers un peu ridicules, et ils sont casqués : on ne verra jamais le visage du Judge Dredd. Au fil de ses aventures, Dredd poursuit les crimes, tous les crimes, meurtre en série ou franchissement au feu rouge. Combat les punks, les mutants, les excès de vitesse et les Cocos. Et applique la sentence. Car, comme il le répète au fil des pages : « I’m the Law ». Ou comme l’admettent volontiers les contrevenants « Il est dur, mais il est juste ! »
On l’a compris, Judge Dredd est une parodie de l’implacabilité, une claque à Dirty Harry et autres Justicier dans la Ville. Une parodie qui propose des méchants délirants (mention spéciale au Judge Death, un ancien juge devenu zombie, ou le Tyran Cal, un autre Juge façon Caligula qui s’entoure d’hommes-crocodiles pour sa garde rapprochée). Dredd, c’est aussi des dialogues décalés (« There is no justice, there is just us », et des aventures ubuesques (les Jeux Olympiques sur la Lune). L’unique objectif semble être de se payer une certaine morale conservatrice, à base d’œil pour œil et de dent pour dent.
Dredd, la nouvelle tentative d’adaptation de Pete Travis ne comprend pas mieux que la version Stallone ce qu’est Judge Dredd. Graphiquement, cette nouvelle tentative est magnifique, notamment les scènes avec la drogue slo-mo. Mais Travis n’a rien compris au Judge Dredd. Son scénario prend au sérieux Mega City One et ses habitants (dans la BD, le populace qui accepte cette justice expéditive est autant vilipendée que les Judges).
Dredd nous propose donc le spectacle très sérieux de narcotrafiquant ayant pris une cité en otage. Malgré le casting de luxe, ces narcos ne dépareraient pas dans un nanar des années 80, au hasard, Commando. Lena Headey (ma chérie de Game of Thrones), Wood Harris (Avon Barksdale, qu’est tu venu faire dans ce bousier, on était si bien à Baltimore !) surjouent la méchanceté comme il y a trente ans: « TUEEEEZ-LE !!! » avec des capitales et des points d’exclamations à chaque phrase. Les scènes de combat sont pas mal, mais comme dans Commando, assez répétitives, vous voyez le genre : deux trafiquants font les malins, ils répètent à qui veut l’entendre qu’ils vont buter le Judge, mais Dredd les bute. Puis on passe à deux autres trafiquants, qui répètent qu’ils vont buter le Judge, mais Dredd les bute. Etc., etc.
Ces épisodes étant irrémédiablement conclus par une phrase définitive du Judge, en ligne droite de la BD : « Negotiation’s over. Sentence is death ».
Mais comme toute intention comique a disparu, elles provoquent plutôt le malaise.
Car ce peut être un choix d’adapter la BD sérieusement ; c’est la liberté de tout artiste. Mais dans ce cas, la thématique devient plutôt rance, et moi, spectateur, je n’ai pas envie de voir ce film-là. C’est d’ailleurs exactement ce qui se produit : Dredd le film finit par développer des thématiques malsaines typiquement américaines (alors que le film est anglo-sudafricain) : viol fantasmé d’une petite blonde par un grand black, puis vengeance féminine ad hoc : un coup de dents mal placé, là où justement le fantasme était placé (cf. affaire Bobbitt.)
Vous vous en doutez : à la fin, le Judge gagne. Comme dans les BD. Mais sans nous avoir fait rire. Peter Travis n’a pas compris qu’ils filmait une comédie.
*Personnellement je préfère la partie dessiné par Brian Bolland
** Peut-être la seule émission de radio au monde à avoir proposé des parties de jeux de rôles en direct avec ses auditeurs !
*** Too Much Class For The Neighborhood
mercredi 20 novembre 2013
Un Football Français, season finale
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]
Il est fort ce Deschamps. Après nous avoir endormis pendant toute la saison avec une intrigue secondaire (Evra-Menes-Lizarazu), il sort deux épisodes de folie pour la fin de la saison de Un Football Francais, Direction Le Brésil.
Avant-dernier épisode, les méchants Ukrainiens plantent deux buts à nos héros. Enjeu maximum : comment réaliser l’impossible, puisque jamais une équipe n’a remonté deux buts en éliminatoire ? Mais à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Deschamps a relu Corneille et surtout Hitchcock/Truffaut à Clairefontaine pendant la causerie d’avant match.
Surprise is not Suspense : Didier filme en gros plan un joli chronomètre calé sur 90. Dans quatre-vingt dix minutes, la bombe va exploser à la tête de l’Equipe de France, si nos vaillants héros n’arrivent pas à la désamorcer.
On commence par un but de Sakho (le sidekick, le p’tit gars de Paris dont le Qatar ne veut plus) à la 22°minute, puis deux du Tom Cruise du Football français, Karim B., dont un refusé –(ça fait monter le suspens). Fin du premier acte.
Et là, 70ème, gag final Sakho : troisème but. La France est qualifiée. Et hop ! Didier Hitchcock déclenche un deuxième chrono, calé sur les vingt dernières minutes. Vingt minutes d’angoisse, à ne pas se trouer sur un corner, prendre un péno ou un coup franc…
Mais voilà, c’est fini, l’arbitre a sifflé, Giroud chante la Marseillaise, comme à la fin de Casablanca.
C’est simple, le football.