samedi 16 novembre 2013
Tunnel
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
C’est la bonne surprise de la rentrée : la « série événement » de Canal+ est bien foutue, accrocheuse, novatrice ; un coup d’air frais (voire même glacial) dans le PAF des séries policières françaises. C’est en fait un remake d’une série suédo-danoise, mais peu importe.
Le pitch : un corps est découvert dans le tunnel sous la manche, pile à mi-parcours entre la France et l’Angleterre ; c’est donc un duo de flic franco-anglais qui mène l’enquête. C’est la première réussite de Tunnel : entre le british sympa (Stephen Dillane, Stannis Baratheon revenu du Trône de Fer) et la très spéciale inspectrice française Élise Wassermann (Clémence Poésy, Harry Potter), c’est un duo inédit de cinéma qu’on nous propose. Car Poésy incarne un personnage exceptionnel, dans le premier sens du terme : un glaçon odieux, déprimé et psychotique mais flic obstiné.
Tunnel est aussi malicieusement mis en scène, le pilote étant un chef d’œuvre du genre (surtout quand on vient de regarder celui de Luck). Dominik Moll (Harry, Un Ami Qui Vous Veut Du Bien) lance toutes ses lignes, prêt à pêcher ce gros poisson de spectateur plus tard : le meurtre, le politicien menacé de mort, l’étrange protecteur de prostitués, la jeune femme qui vole les médicaments des petits vieux… Tout cela donne un furieux goût de revenez-y.
Ensuite, respectant en cela un pilier fondamental du polar, Tunnel est avant tout la description d’une réalité sociale sordide ; on a rarement vu une telle description de cette zone fantomatique qu’est le Pas de Calais de Sangatte, et les abords de Folkestone: prostitués, abattoirs, rue glauques et grands champs déserts, zones portuaires… la mise en scène est-elle même glaciale : nuits verdâtres, lumières dans le lointain, et même quand il fait beau, l’impression qu’il fait moins dix.
Mais surtout, c’est le sous-texte de la série qui est passionnant : Tunnel est le lieu de toutes les désillusions européennes ; les français et les anglais qui se détestent, les espagnols qui s’insurgent à quelques milliers de kilomètres de là, les théoriciens du complot anti-européens et les politiciens qui les encouragent en crachant sur l’Europe pour mieux cacher leurs faillites nationales.
jeudi 14 novembre 2013
Inside Llewyn Davies
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Les frères Coen aiment la musique. Ils aiment aussi les losers. Un jour, il faudra faire un film sur les perdants magnifiques du rock ; c’est chose faite avec Inside Llewyn Davies, le biopic inversé d’un folksinger qui ne réussira pas.
Inversé parce que quand on dit folk, on pense Dylan. C’est ce que n’importe quel studio aurait demandé aux Coen : la geste dylanienne, les Débuts au Gaslight, la Love Story Avec Joan Baez, l’Accident de Moto, la Rédemption Christique, et, bien sûr, le Trauma Familial Originel (à inventer, parce que Dylan n’en a pas). Mais les Coen sont des croyants du cinéma, et ils adorent le Dieu Fiction. Plutôt que de faire le biopic de Dave Van Ronk (un vrai raté du folk), ils s’en inspirent. Et racontent ce qu’ils veulent…
Inversé parce qu’il ne s’agit pas d’une histoire épique (comme dans bio-pic), mais bien d’un ratage, celui de Llewyn Davies. Inside Llewyn Davies, donc… Qu’y’a-t-il à l’intérieur d’un poète folk trentenaire, qui chante bien, joue gracieusement de la guitare, compose de très belles chansons, mais peine à réussir dans le boom folk de cette année 61 ? Inside Llewyn Davies, c’est A Serious Man version tragique. Le Livre de Job revu par les Coen. La tragédie d’un homme que Dieu abandonne, et sur qui tout tombe dessus. L’ex-copine qui est enceinte, le partenaire qui se suicide, le manager qui le vole…
Ça pourrait être drôle, comme dans A Serious Man. Ici c’est tragique, et c’est probablement le tour de force des frères Coen. Arriver à nous faire toucher du doigt le moment où l’on réalise qu’on ne sera pas un artiste. Malgré les efforts, les galères, les canapés pour dormir quelque part, la Déesse de la Musique ne s’est pas penchée sur vous. Le folk explose, mais sans vous.
Là aussi, les Coen sont brillants. Ils auraient pu choisir un Llewyn Davies pathétique, pas doué, pas diplomatique : donner au spectateur une raison qui explique l’insuccès. Ça aurait été une Comédie des Idiots qui veulent réussir, comme dans Burn After Reading. Non, au contraire, Davies a tout pour lui. Il est beau, il chante bien, ses chansons sont émouvantes. Mais pour réussir dans le showbiz, il faut de la chance. Être là au bon moment. Au début de 1961, il faut être poli et un peu lisse pour réussir dans le revival folk (le film propose de formidables imitations de Peter Paul and Mary en la personne de Justin Timberlake et de Carey Mulligan). Mais Llewyn Davies ne colle pas dans le tableau : trop libertaire, trop en colère, trop en rébellion contre la société. A la fin de l’année 61 (et à la fin du film) c’est pourtant ce qu’il faudra être, comme ce jeune chanteur qui débute au Gaslight, les cheveux fous et une voix pas terrible.
Bob Dylan. Mais c’est trop tard.
mardi 12 novembre 2013
Magic Mike
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
Steven Soderbergh est parfois traité de faiseur ; un cinéaste qui ferait des films sans chercher l’homogénéité d’une œuvre.
C’est tout le contraire : Soderbergh est quelqu’un qui tente, un expérimentateur : capable du classicisme télé le plus ennuyeux dans Ma Vie avec Liberace, grand expérimentateur dans Solaris ou Girlfriend Experience.
Ici, pas d’innovation extraordinaire, juste quelques bonnes idées de cadrage, et un joli travail sur les couleurs : jaune-rouge-bleu. On est à Tampa, en Floride, et il fait chaud : ceci expliquant cela. Mais plutôt une originalité globale qui donne un coup de frais dans le cinéma US actuel.
Depuis toujours, Soderbergh est un cinéaste engagé, du style qu’apprécie le plus le Professore : discret. La lutte contre la drogue (Traffic), la montée du Terrorisme (Syriana, qu’il a seulement produit mais dont la patte est toute soderberghienne), le capitalisme pollueur (Erin Brockovich) : chacun de ces thèmes a toujours été traité avec beaucoup de finesse et de distance.
Ici, l’auteur de Sexe Mensonges et Vidéo ne s’attaque à rien de moins que la crise de l’Amérique, habilement camouflée, mesdames, sous un film de chippendale. Oui, vous avez bien lu. Karl Marx meets The Full Monty. Habituellement, on reproche au cinéma d’action, au jeu vidéo, aux clips, une utilisation dégradante du corps de la femme. Magic Mike propose un pendant féminin : des corps de beaux mecs musclés, et c’est tout aussi dégradant, tout aussi putassier, et ça marche évidemment. Qui n’a pas envie de voir Channing Tatum à poil ? tapez dans Google, vous comprendrez pourquoi. Ou même Alex Pettyfer, l’acteur qui joue le Kid, un gamin qui cherche du travail, et qui en trouve, au black, dans le bâtiment. Première indication : on n’avait pas filmé des ouvriers exploités et des patrons tricheurs comme ça depuis les années 70, Cinq Pièces Faciles par exemple, de Bob Rafelson. Dans cette Amérique qui se délite, on triche sur les impôts, on paie les gens au noir, et on menace de les virer à la moindre incartade. Et pour grimper dans l’échelle sociale, on fait trois boulots à la fois : couvreur, décorateur d’intérieur et… Chippendale. C’est là que le Kid rencontre un autre ouvrier, beau, fort, musclé et sûr de lui : Magic Mike (Channing Tatum). Mike est chippendale la nuit dans le club de Dallas (extraordinaire performance de Matthew McConaughey) et lui propose d’arrondir ses fins de mois en participant au spectacle.
L’originalité de Magic Mike, le film, c’est de magnifier ces danses érotiques tout en suscitant un léger dégoût : au début c’est sympathique, mais paradoxalement, c’est à l’arrivée, après la première demi-heure du film, du personnage féminin (Brooke, la sœur du Kid) que le film bascule. Brooke est inquiète pour son frère, elle ne veut pas qu’il fasse ce job, il a déjà lâché un boulot prometteur. Magic Mike promet de le protéger, mais…
La moue boudeuse de Brooke (Cody Horn, à qui le Professore promet une belle carrière dans le cinéma) nous fait brusquement changer d’avis : ces danses, même dans le regard d’une femme ne sont que l’exploitation des corps, et ces chippendales ne valent pas mieux que des stripteaseuses. Ce n’est pas moins glauque qu’un peep show, et c’est la performance du film, de les présenter comme on présente habituellement le striptease féminin. Face à l’attendrissement ou l’amusement Full Monty, nous ressentons de la pitié, du rejet, du dégoût, comme pour les filles du Bada Bing, le strip club de Tony Soprano.
Dans le même souci d’inversion, Soderbergh filme l’histoire d’amour qui nait entre Brooke, cette fille toute simple, jolie, sans plus, et Magic Mike, bombasse mâle apparemment inaccessible, objet sexuel à qui pas grand monde ne résiste. C’est pourtant Mike qui va ramer, avec un réalisme et une légèreté qui fait beaucoup de bien dans le cinéma américain.
Du cinéma de faiseur comme celui-là, Ludovico veut bien en manger tous les jours…
lundi 11 novembre 2013
Un Village Français retourne en 1940
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Plus d’excuses !
Un Village Français, ça repart, saison 1, ce soir sur France 5 !!! Retrouvez nos héros de Plus Belle la Vie chez les Nazis : M. Larcher, le maire sympa qui veut aider le Maréchal à redresser la France, son frère Marcel qui milite au PC et ne sait plus trop de quel côté du Pacte Germano-Soviétique il habite, les enfants, perdus au milieu de tout ça, la sulfureuse Mme Larcher, la coincouille institutrice et son directeur franc-maçon, le flic un peu facho et son patron qui aime la directrice juive… bref retrouvez les délices de 1940, le goût du topinambour et le charbon hors de prix au marché noir, le vert de gris et les brassards FFI !
Un Village Français
Tous les mardis sur France 5, 20h35
lundi 11 novembre 2013
Luck
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Il y a une bonne raison de ne pas regarder Luck : la série s’est interrompue après 9 épisodes (et 3 chevaux morts sur le tournage). Rien de plus pénible que de rester en plan : rappelez-vous Profit…
Mais trois bonnes raisons suffisent pour regarder Luck : une obligation professionnelle (Luck est une série sur les courses hippiques), affective (elle est signée David « NYPD Blue » Milch) et cinéphilique (le pilote est signé Michael Mann).
Après un épisode, pourtant, le doute subsiste : Luck n’est ni très bien jouée, ni très bien écrite, ni très bien filmé.
Dustin Hoffman est peu crédible en gangster juif qui vient de passer trois ans en prison pour ne dénoncer personne, et Kevin Dunn (Transformers) ressemble assez peu à un parieur prêt à décrocher le Pick6, le pari à 3M$. Fait rare dans une série US, on a l’impression que le travail de documentation n’a pas été bien fait.
C’est moyennement écrit, avec des dialogues assez incompréhensibles (mais qui donnent quand même envie d’en savoir plus, c’est peut-être une technique)
Enfin c’est mal filmé, ce qui confirme la déroute de Michael Mann depuis son virage vidéo (Collatéral, Miami Vice, Public Enemies). Il ne suffit pas de multiplier les plans pour donner l’illusion de la course, même si certains plans, très près de chevaux, sont assez impressionnants.
Reste que ce pilote remplit parfaitement sa fonction : il crée de la curiosité pour chaque personnage, et lance des fils d’intrigue qui ne demandent qu’à être suivis.
Après cette première impression mitigée, donc, on jouera le deuxième épisode Placé, juste pour voir.
dimanche 10 novembre 2013
Fétichisme
posté par Professor Ludovico dans [ Hollywood Gossip -
Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les gens ]
Nous sommes tous des fétichistes, et les cinéphiles font partie des pires, mais là n’est pas le propos.
Le fétichisme, c’est croire doté de pouvoirs magiques ce qui ne l’est pas, et Télérama, dans son édition du 9 novembre, tombe dans le panneau.
Michael Ardnt, annonce le magazine, a quitté le navire Star Wars VII. Ce n’est donc pas le scénariste du surévalué Little Miss Sunshine qui écrira la suite des aventures de Luke Skywalker. Qui donc, alors ?
Et Télérama de s’enthousiasmer : JJ Abrams et… Lawrence « L’Empire Contre Attaque » Kasdan. Magie de la marque. Kasdan a fait le meilleur Star Wars, il va bien nous pondre un bon épisode 7.
C’est oublier que Kasdan, cinéaste adulé du Professore (Les Copains d’abord, Grand Canyon, La Fièvre au Corps), est à la ramasse depuis 1991. Avoir été bon dans les années 1980 ne veut pas dire être bon aujourd’hui. Kasdan a changé (il a 64 ans aujourd’hui), le public de la saga a changé, et nous avons changé, nous aussi.
Mais bon, voilà les fétichistes de Star Wars rassurés…
samedi 9 novembre 2013
« J’ai de la peine pour mes personnages »
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les gens -
Pour en finir avec ... ]
Picoré ce matin dans le podcast conseillé par le Professor Mortimer de Mantes-La-Ville « Pendant les travaux le cinéma reste ouvert », sur France Inter, cette petite citation de Martin Scorsese.
L’auteur des Affranchis vient de voir Reservoir Dogs et on lui demande son avis.
– « Moi, J’ai de la peine pour mes personnages, et je crois que Quentin n’a pas de peine… »
Quelle meilleure définition du cinéma vide de QT ? A part l’excellent Jackie Brown (qui démontre en creux cette théorie), Tarantino n’a pas de personnages, il a des jouets et il les filme. Gangsters, grosses voitures, esclaves noirs ou soldats US, Barbie Mariée et Barbie Karateka : ses personnages ne sont pas de personnages, mais des poupées GI Joe qu’il met en scène avec un talent certain.
Mais sans âme.
A contrario, le cinéma de Scorsese, tout aussi violent, propose systématiquement un point de vue. A l’époque de Casino, le réalisateur expliquait que les scènes de violence inouïes du film étaient nécessaires parce qu’elles correspondaient à la réalité de la mafia, mais qu’elles devaient aussi provoquer le dégoût du spectateur, sans quoi son film serait raté.
Tout le contraire d’un film de Tarantino, en somme.
jeudi 7 novembre 2013
Rush
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Et c’est reparti pour le biopic, version Formule 1, le grand duel 1976 Nikki Lauda-James Hunt.
Sincèrement, j’avais 11 ans, et je ne me rappelle plus. Mais je me rappelle de Lauda, son visage brûlé à la télé, et je me rappelle la F1, cette corrida à essence où l’on espère voir les toreros se faire encorner par leurs McLaren.
Évidemment, le biopic, ça ne marche pas. On a beau ne pas se souvenir, Ron Howard (qu’on a connu plus inspiré) est obligé de faire ce cinéma pédagogique inhérent au genre. Les courses auto, c’est chiant, même bien filmé. Donc on rajoute par exemple une voix off (cette défaire du cinéma) censée faire le boulot de la dramaturgie : « Hunt double Jacques Laffitte, il est cinquième ! Encore une place et il sera sacré CHAMPIOOOOON DU MONDE !! »
Pareil pour les à-côtés : Hunt devient un sale con avec sa femme top model ? Une scène suffit : Hunt boit, Hunt fume, Hunt fait la gueule, elle fait la moue, elle a compris.
On se met à regretter les scènes de courses de Michel Vaillant, sur l’élégiaque musique de Archive.
Bref, regardez plutôt Senna : en matière de biopic, rien ne vaut la vraie vie.
mercredi 6 novembre 2013
Un Village Français, saison 5
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
On parle peu en ce moment d’Un Village Français, pourtant c’est toujours aussi bon. Et surtout toujours aussi subtil. Et peu subtil. On s’explique.
Subtil dans le réalisme d’époque. Quand on découvre les l’homosexualité d’un personnage, la série ne raisonne pas comme aujourd’hui. Le personnage qui le découvre est dégouté ; il ne fait qu’énoncer la pensée majoritaire des années 40 : « Les gens comme vous, on devrait les enfermer ».
Pas subtil dans la dramaturgie : quand un personnage commence à comprendre que la collaboration n’est pas une solution d’avenir, elle retourne sa veste en un seul épisode. Dans Lost, ce personnage aurait levé un sourcil réprobateur au discours du Maréchal à l’épisode 3, émis ses doutes à l’épisode 5, écouté Radio Londres en loucedé à l’épisode 7, et financé la Résistance (comme dans Un Village Français, à l’épisode 8).
Que ça ne vous empêche pas de regarder cette formidable série, et pas forcément en loucedé !
lundi 4 novembre 2013
Prisoners
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Prisoners, c’est un rêve de cinéma, ce que le 7ème art devrait être tous les jours : la perfection scénaristique, le talent des comédiens, la mise en scène au service l’histoire, mais qui n’oublie pas toute ambition graphique.
Prisoners est d’autant plus fort qu’il met ce talent non pas au service d’une œuvre à visée intellectuelle, comme peut l’être Cogan, mais bien d’un pur produit de divertissement, le thriller.
2 petites filles ont disparu. Un père fou de douleur (Hugh Jackman), va s’opposer à un flic taciturne (Jake Gyllenhaal, extraordinaire comme d’habitude) pour retrouver les enfants.
Voilà pour l’argument « Silence des Agneaux ». Mais Denis Villeneuve propose une expérience radicalement différente du thriller US habituel : un film d’auteur maquillé en thriller. Le réalisateur canadien assèche littéralement le genre, en en enlevant toute la moelle qui en fait d’habitude les délices mais aussi les clichés. Pas de courses-poursuites échevelées, pas de portes fracassées, pas de patrouilles d’hélicoptère et de mère en larmes… Non, l’horrible réalité. L’espoir qui disparaît. Le désir de vengeance qui occulte tout. Les conflits internes, minuscules, de la police, qui ralentissent l’enquête. Et surtout, le caractère de chacun, notre âme, le principal obstacle de nos vies.
Car – c’est le titre – nous sommes tous des prisonniers. Prisonniers de la douleur, prisonniers de la vengeance, prisonniers de notre passé. Policier, serial killer, pédophile, père de famille ou mère éplorée, nous sommes les prisonniers des valeurs que nous nous sommes données, des conduites que nous nous sommes dictées.
C’est tout à l’honneur de Denis Villeneuve de décrire cette Amérique survivaliste, fondamentaliste chrétienne, sans tomber dans le piège de Seven/Le Silence des Agneaux. Le traitement clinique qu’applique Prisoners ne juge pas, il montre.