vendredi 6 avril 2007


Pitch de la « Théorie restreinte du Cinéma » (à paraître)
posté par FrameKeeper dans [ Les films ]

Allez, on se lâche… il fait beau.. on peut manger dehors, l’hiver qui n’est pas sorti de sa tanière passe son tour et on s’attaque enfin aux grands sujets.. qu’est ce que le Cinéma ? et accessoirement qu’est ce que l’Art puisque traditionnellement le Cinéma n’est que le 7ème du genre ? Dommage qu’on soit pas à la télé parce que je risque d’avoir un peu trop de temps pour traiter le sujet…

Mais bon, soyons clair, comment envisager de publier, même sur un site confidentiel (et nous en sommes fiers), des critiques de cinéma sans définir en creux une théorie même restreinte du 7ème Art donc….

Au point de départ de l’aventure CINEFAST, un constat: l’art au cinéma n’est pas là où la plupart des critiques le cherchent…

Le cinéma dit d’auteur est mort, tombés sous les coups concertés d’une part des réalisateurs imbibés du mythe de la caméra stylo et persuadés que l’on ne peut faire de bons films que sur la déchirure d’un couple à Saint Germain des Prés ou la découverte de son homosexualité en Corse du Sud, d’autre part des petits malins d’Hollywood et désormais d’Asie du Sud Est qui ont compris que l’on pouvait captiver une salle et même dire tout plein de choses passsionnantes sans le faire exprès dans un bon thriller, action movie, slash movie ou même gore movie…

D’où le postulat n°1, empirique, de la Théorie restreinte: l’art n’est pas dans le sujet et dans l’absolu un film sur un extra-terrestre à tête de phacochère chasseur de barbouzes dans la jungle amazonienne pourrait un être un parfait chef d’oeuvre..  d’ailleurs c’est le cas….

 la suite si vous y tenez au prochain épisode…

 Biz

 

 

 

 




vendredi 6 avril 2007


Petit traité Théorique (part 2) Aujourd’hui : l’Enjeu
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

Qu’est-ce qu’un enjeu ? Pourquoi est-ce important de poser « l’enjeu », puis de le « résoudre » ? Un enjeu, c’est ce qu’on pourrait simplement résumer par une question que se pose le spectateur durant le film, et surtout, auquel il souhaite voir apporter une réponse. Dans Titanic, par exemple, l’un des principaux enjeux, c’est « Jack le Pauvre » va-t-il séduire « Rose la Riche » ? C’est d’ailleurs le coup de génie du film : avoir mis au premier plan la love story sur fond de catastrophe archiconnue, plutôt que l’inverse, cliché classique du film catastrophe : love story annexe sur fond d’intrigue catastrophe.

Cet enjeu est posé très vite, dès la première partie du film, et ne va cesser d’être confronté à des antagonisme, indispensables à la progression du film. Barrières sociales, psychologiques, physiques (les classes du bateau) vont empêcher l’enjeu – provisoirement – de se réaliser, jusqu’au moment où le héros triomphe, enfin, de tous ces obstacles.

Titanic, qu’on aime le film ou pas, est un excellent exemple de la magie du cinéma, cette incroyable « contrat tacite » qui lie le cinéaste à son spectateur. Car dans Titanic, le spectateur sait 1) que le bateau va couler 2) que Jack va mourir 3) que l’histoire d’amour va se nouer quoiqu’il arrive. Pourtant, il accepte de faire comme s’il ne savait pas, pour jouir tranquillement du spectacle. Il finit par oublier ces événements pour se laisser glisser dans l’intrigue.

C’est que James Cameron a bien fait son travail, en posant clairement les enjeux de ses personnages, en aidant le spectateur à se poser rapidement ses questions, et en y apportant régulièrement des réponses excitantes….




vendredi 6 avril 2007


Petit Traité Théorique (Part 1)
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

A force d’agiter un peu les mêmes idées sur le cinéma américain, il a paru important au Pr Ludovico -qui, on le sait, dirige une chaire de « cinéma de divertissement comparé » à l’université de Burbank (Californie) – de poser quelques concepts qui fondent, somme toute, l’unité des Cinefasteurs, de Colombes à Houilles en passant par Paris XVIII°.

Qu’est ce qu’un film ? Pourquoi les genres sont-ils importants ? Pourquoi nous bassiner avec ces histoires d’enjeux, de personnages, de chutes desquelles on se contrefout ?

C’est à ces quelques questions que nous souhaitons répondre.

Aujourd’hui : qu’est-ce qu’un film ?

Un film c’est d’abord une forme : comédie, drame, comédie-dramatique, tragi-comédie, etc. Ces formes, héritées du théâtre classique, sont encore pertinentes aujourd’hui, n’en déplaise à une critique jeunetophile, tendance Ridleyscottienne.

Une comédie, ça se finit bien (Retour vers le Futur). Un drame, ça se finit mal (Titanic). Une comédie dramatique est rigolote, mais se finit mal (Les Copains D’abord). Une tragi-comédie se finit bien, même si c’est un peu triste. (Le Cid).

La forme n’est pas une fin en soi, et on peut même dire que le jeu subtil avec la forme est un critère pour juger un film. C’est en effet en jouant avec ses contraintes qu’une œuvre peut devenir grandiose, ou commune. Michel Ange sculptant son David ne fait que s’inscrire dans une tradition éprouvée de la sculpture gréco-latine, qui magnifie le réalisme, et la proportion. Mais en sculptant cette main de David légèrement disproportionné, il joue avec les limites de son art.

Au cinéma, c’est pareil, un film est défini par un genre : western, film d’horreur, péplum, film noir, etc. Là aussi, on distingue les bons des mauvais : Alien est le croisement génial du film d’horreur avec le film de SF. Blade Runner est le fils caché du film noir et de la SF. Alien devient un chef d’œuvre parce qu’il dépasse sa forme initiale, le film d’horreur. Comment ? Par exemple en imposant au spectateur d’incroyables décalages de tempo : quand Ripley cherche le chat dans la soute du vaisseau : le spectateur sait alors que la bête n’est pas loin (un classique du film d’horreur). C’est pourtant à contretemps qu’Alien surgira. A l’opposé, un ratage, c’est souvent l’utilisation éhontée des ficelles du genre (Dans Un Long Dimanche de Fiançailles*, Jeunet tire tellement la ficelle des films antimilitaristes, qu’elle finit par casser : « le méchant sergent », « la Bretagne battue par le vent », « la tranchée pleine de boue » « l’ouvrier anarchiste qui ne voulait pas aller à la guerre », etc. On peut utiliser des stéréotypes, mais on ne peut pas les utiliser tous. Un bon exemple de cela, c’est Full Metal Jacket. On a vu beaucoup de film sur le Vietnam (la jungle, la boue, la pluie), et Kubrick n’hésiate pas à utiliser certains des clichés du film de guerre : « l’officier qui ne sait pas se faire obéir », « la section qui venge la mort du chef », mais c’est pour mieux les détourner. Et Full Metal Jacket est le seul film sur le Vietnam qui se déroule…… en ville)

*titre édité aux bons soins de James Malakansar : j’avais écris « Amélie Poulain » : lapsus révélateur !




samedi 31 mars 2007


300
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

300 est un OVNI. Ce qu’on appelle amicalement, à CineFast, mais aussi chez les gens de bon goût, une « Grosse Connerie Américaine ». Amicalement, et même en se pourléchant les babines ; car une GCA, c’est tout de même ce qui fait l’essentiel de nos sorties cinématographiques depuis notre plus tendre enfance. Les Canons de Navaronne, Le Jour le Plus Long, Alien, The Thing, Indiana Jones, Star Wars, tout ça c’est des GCA qui ont été- depuis – élevés au rang de chefs d’œuvre.

Donc, une Grosse Connerie Américaine, c’est en général bon signe. Mais en sortant, on peut trouver que c’est VRAIMENT une grosse connerie américaine, mais avec les majuscules qui ont disparu, et le ton de la voix qui a changé, délestée de 10€.

300 est entre les deux. 300 est vraiment très con, mais très con ! D’un côté les gentils spartiates qui se sacrifient pour faire triompher la paix et la démocratie, de l’autre, des salauds de pacifistes, la plupart lâches et veules, d’autres envieux, et achetés par l’ennemi. L’ennemi, quel ennemi ? Mais les perses voyons ! Qui ne sont pas gâtés : leur chef semble être un gigantesque transsexuel SM, les perses sont fourbes et cruels … arabes, quoi ! En ces temps d’amitié franco-iranienne, ça ne fait pas dans le détail.

Les scènes à Sparte sont d’un ridicule achevé, et la machine à remonter le temps est grippée : 300 ne remonte pas jusqu’en -480, mais plutôt en -47, c’est-à-dire à Maciste contro i cacciatori di teste (1960). Hommes en jupette, femmes nichons à l’air, monstre à deux balles en plastique, le tout tourné en studio, dans l’appartement de la grand-mère de Zack Snyder. Ce qui, paradoxalement, fait son charme, alors que le film a quand même coûté 60M$…

Mais en même temps, les scènes de combat sont superbes, les dialogues plutôt rigolos. J’en suis sorti le sourire aux lèvres, et l’envie, après tant de testostérone, de me voir un petit Téchiné. Pour ces deux dernières choses, un peu honteux sous ma cape, je ne suis pas sûr qu’il me sera beaucoup pardonné…




mardi 13 mars 2007


La catastrophe du jour
posté par Professor Ludovico dans [ Hollywood Gossip ]

C’est plein de larmes que nous avons fini l’article de Libération.fr : oui, vous avez bien lu : Salma Hayek est enceinte de François-Henri Pinault, PDG du groupe de luxe et de distribution Pinault-Printemps-Redoute (PPR).

Donc : non, elle ne se mariera pas avec vous. Oui, elle a l’air très heureuse avec l’héritier du coupeur de bois et catalogueur de La Redoute…

Toutes nos condoléances…




mardi 13 mars 2007


Lettres d’Iwo Jima
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Le cinéma reste décidément quelque chose de très mystérieux. Comme le dit David Lynch : « on meurt, on passe un bout de temps à rêver, et on revient ». Tout ça pour dire que Lettres d’Iwo Jima est un mauvais film. Un film fait à l’ancienne, dans le mauvais sens du terme : les gentils sont exagérément bons et souriants ; les méchants stupides et grimaçants. Tout est souligné et surligné. Tout ça est agaçant.

Pourtant on ressort d’Iwo Jima conquis, comme à la sortie de Mémoires de nos Pères. Impossible d’oublier ces films. Alors qu’est ce qui se passe ? Comment un film mal fait réussit à nous séduire ?

Il faut croire ici que le sujet emporte tout. Iwo Jima, c’est leur Verdun à eux : 22 000 soldats japonais, 1000 survivants. Le pragmatisme démocratique US face au fanatisme Jap. Sur le papier, c’est simple.

Mais Clint Eastwood est un rebelle. Derrière son cinéma de papy (et ses 77 ans au compteur), Eastwood est resté un voyou. Un renégat. Qui tape où ça fait mal. Dans Million Dollar Baby, sur les white trash. Dans Mémoires de Nos Pères, sur la propagande américaine. Dans Lettres d’Iwo Jima, sur les Marines, qui n’hésitent pas à abattre des prisonniers*.

Le film, pour le coup mieux construit (ou moins dé-construit) que son prédécesseur, s’attache donc à suivre deux personnages opposés. Le jeune boulanger qui préfère vivre, plutôt que mourir pour l’empereur, et le Général à qui l’on a confié le soin de mourir sur place avec ses 22 000 troufions, pour défendre le sol sacré du Japon. Au lieu de les opposer, Eastwood les rapproche. Deux composantes, finalement, du véritable héroïsme : tout faire pour survivre, ou tout faire pour combattre, et se défendre. Mais en aucun cas, mourir bêtement en criant Banzaï.

Eastwood s’attache à cette démonstration, alignant les scènes cultes (suicide à la grenade, menace de décapitation, flashbacks lourdement explicatifs), mais c’est là où le film pêche, par trop d’ambitions. Il lance ses filets de pêche, mais ne ramasse pas les poissons. Il y avait beaucoup de chose à dire sur le fanatisme japonais, engendré par 50 ans de dictature fasciste dévoyant à son profit l’idéal samouraï. Il y avait un autre film à faire, sur l’étrange fascination du Général pour les USA, pays qui l’avait accueilli comme attaché militaire avant le conflit 39-45. On s’attendait aussi à vivre, comme dans Mémoires de nos Pères, aux cotés des japonais, enfermés dans ce volcan-sanctuaire jusqu’au bout. Mais Eastwood lance toutes ses perches, et puis il les lâche, ce qui donne ce côté inabouti au film.

De même, on espérait voir se croiser, d’une manière ou d’une autre, les protagonistes du premier film. A part deux coïncidences, le film évitera cela, et c’est peut être –finalement – le vrai message du film. A la guerre, malgré les apparences, on ne se rencontre pas. On se voit à distance. On se tire dessus. Au contact, on s’égorge à la baïonnette. Mais c’est la méconnaissance totale qui prévaut, sous le voile de la propagande. Il y avait déjà cette idée en suspens dans Mémoires de Nos Pères (qui sont ces Japs que nous combattons ?), mais ici, c’est LE sujet. Une scène très artificielle (mais très belle) vient rappeler aux japonais abasourdis que les américains aussi ont des mamans ! Comme si après deux heures de film, nous nous soyons tellement éloignés de l’Amérique qu’il faille nous le rappeler…

*Rappelons au passage que cette scène fait écho à la même scène dans Il Faut Sauver le Soldat Ryan (réalisé par S. Spielberg) et Band of Brothers (produit par S. Spielberg) ; Lettres d’Iwo Jima étant co-produit par le même Spielberg)




vendredi 2 mars 2007


Lady Chatterley
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Trois ou quatre fois par an, nous allons au cinéma avec ma femme, ce qui me permet de remonter un peu mon quota de films français (assez faible il faut bien l’avouer). Avouons aussi que je le regrette rarement : si elle donne rarement dans le film américain, Valérie n’a pas non plus succombé au Film de Festival. Donc, ça tourne autour du pas mal, voire du bon « Fauteuil d’Orchestre », « Le Goût des Autres » et tutti quanti.

Cette année, la saison débute donc avec Lady Chatterley. Madame a regardé les Césars, et en est revenue très énervée*. Mais avec l’envie de voir des films, et pourquoi pas, le meilleur film de l’année : Lady Chatterley.

Je ne suis pas contre : j’avais beaucoup aimé le premier Ferran, Petits Arrangements avec les Morts, la critique était plutôt favorable, il y a Marina Hands, et va y avoir du cul.

Rappelons, avant de sonner la charge, que ce film, outre le César du Meilleur Film, a aussi obtenu Meilleur Actrice (Marina Hands), Meilleurs Costumes, Meilleure Adaptation, et Meilleure Photo.

Meilleurs Costumes, après tout, pourquoi pas ? On n’allait pas le donner à Ne le Dis à Personne, de toutes façons. Un césar pas très documenté néanmoins, parce que le garde de chasse arbore complaisamment une montre bracelet qui était pour le moins rare dans les années 20, mais passons.

Meilleur Actrice. Comment dire ? Certains platanes jouent pas mal dans le film… Des acteurs, je n’en ai pas vu beaucoup. Mais dire que Mrs Hands joue bien, c’est un peu fort de café ! Dire qu’elle joue, c’est déjà beaucoup. Au mieux, elle a suivi le Cours Tautou (virée au premier trimestre). Elle minaude, ses petits yeux s’embuent de larmes, elle lit son texte. Mais elle joue faux, si faux ! C’est atroce ; On dirait la petite du troisième qui prend son premier cours de violon ! En face, c’est pas mieux : le garde chasse qui dit « ouais » à tout bout de champ pour faire peuple !! Mais bon, au moins, il n’a pas eu de César !

Meilleure photo. Décernée par les chef op’ aveugles du cinéma français ? L’image est floue, saturée, limite 16 mm (c’en est peut être). C’est mal cadré (la plupart des plans coupent les têtes). C’est mal monté. Ca ressemble à un court métrage fait par des ados. C’est inadmissible, de donner un prix comme celui-là, l’un des plus objectifs possibles, à un film comme celui-là.

Vous comprendrez à ce stade que je ne comprends pas non plus le César du Meilleur Film. Mais finalement, cette livraison 2007 des Césars, cérémonie par ailleurs tout aussi inutile que les Oscars, est peut être le signe de la mutation tant attendue du cinéma français.

Auparavant, c’était systématiquement les Lady Chatterley qu’on récompensait à la petite remise de prix provinciale de George Cravenne. Mais cette année, c’est Ne Le Dis A Personne qui a failli tout rafler, et assez justement le César du Meilleur Réalisateur à Canet, et du Meilleur Acteur à Cluzet. Ne Le Dis A Personne : un film de genre. Un film basé sur un best-seller américain. Un film produit par Luc Besson, aka le Diable en personne ?

Finalement, j’aime bien ces Césars 2007.


* tout particulièrement par Lou Doillon, expliquant la difficulté du métier d’acteur, combien il faut travailler, et travailler sans cesse pour réussir… Venant de la fille de Jacques Doillon et de Jane Birkin, c’est vrai que ça ne manque pas de sel…




lundi 19 février 2007


Amy Winehouse
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

Ce n’est pas vraiment du cinéma, mais bon ! J’ai découvert cette jeune fille vendredi, et je suis déjà amoureux. 24 ans, toutes ses dents, c’est comme si Diana Ross (période Supremes) et PJ Harvey (période Dry)avaient eu une fille ensemble, de quelques amours contre-nature. Une voix rauque, des mélodies soul puisées directement Motown, mais avec l’énergie et la méchanceté d’aujourd’hui.

Nouvel Album, « Back to Black »




vendredi 9 février 2007


L’illusionniste
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

A croire qu’on n’apprend jamais. Le film à twist, ça marche pas ! Hitch vous a déjà expliqué ça vingt fois. Le public de fout du whodunnit ?, comme il se fout, ici, du howdidhedoit ? Et c’est triste, parce que L’illusionniste, c’est probablement le premier mauvais film de l’immense Edward Norton.

L’histoire, déjà, est invraisemblable : un illusionniste retrouve quinze ans après, dans l’Autriche du début du siècle, son amour de jeunesse. Pas de bol, elle va se marier avec l’héritier du trône. Comme ils s’aiment très fort, elle tente de s’enfuir, mais elle est assassinée par le méchant héritier. Pendant des années, notre héros va chercher à se venger, de-la-seule-manière-qu’il-connaisse : l’Illusion. Il crée un spectacle de magie où il fait parler les morts. Sa chérie apparaît et dénonce le prince héritier. Celui-ci, déboussolé, se suicide. Notre héros, le cœur serein, échappe à la police et rejoint, au fin fond du Tyrol, sa chérie…

– Euh ??? On peut rembobiner, là ? Je croyais qu’elle était morte.
– Ben, non, c’était une illusion…
– ??? Ben alors pourquoi il s’est vengé ???
– …
– Et pourquoi il passe des années à monter son spectacle pour dénoncer un crime qui n’existe pas ?? alors qu’il pourrait faire des chiards à Jessica Biel (la chérie) ?
– euh…
– Et le prince, alors, il s’est suicidé pour rien ?
– …

En plus de ça, le film se la joue carrément « clin d’œil – ironie dramatique » : on sait, grâce notamment au personnage du flic, qu’il y a une anguille dans le potage. Mais laquelle ? Au bout d’une petite demi-heure, on s’en fout. On attend. Parce que, de toutes façons, ça va venir, la révélation. Et on sait que ça sera nul…

Comme l’a théorisé mon ami Olivier B., ces films sont malhonnêtes (il prenait 9 reines en exemple, qui est pourtant d’un tout autre niveau) ; car il est facile d’embrouiller le spectateur. Le réalisateur a toutes les billes en mains, il peut faire ce qu’il veut ; il est le dieu omniscient de son univers. Le génie, c’est justement de laisser des indices et d’associer le spectateur à un personnage, pour lequel on se préoccupe, quelqu’un pour qui l’on vibre. Pour cela, il faut l’imminence d’un danger, la concrétisation d’un péril. Le principe de l’enquête ne marche pas au cinéma.

Il est 100 fois plus payant de craindre Dark Vador que de chercher qui est Dark Vador. Un excellent exemple de cette contradiction est fourni par la géniale de BD d’Alan Moore, From Hell : on sait qui est Jack L’Eventreur, et on tremble à chacun de ses actes, des mots qu’il prononce. Dans le film, on doit chercher qui il est (si on a lu la BD, c’est doublement raté). Le twist peut fonctionner comme accessoire, comme dans Usual Suspects, qui est un twist ironique : on cherche qui est Keyser Soze, alors qu’il est là, devant nous. Mais ça ne peut être le ressort de la relation si particulière qui unit le spectateur, son cul posé dans le noir si douillet de l’UGC Bercy, venu, selon la belle définition de David Lynch « mourir, passer un bout de temps à rêver, et revenir »…




vendredi 9 février 2007


Intégristes de tout poil
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

Si vous avez raté le Libération/Charlie Hebdo de mercredi, votre erreur est double. Non seulement les deux journaux, faisant « Une » commune, se payaient la tête des intégristes musulmans (à l’occasion de cet improbable imbroglio politico-judiciaire de cet fin de règne chiraquien), mais en plus, un journaliste de Charlie Hebdo (Jean-Baptiste Thoret) laminait une autre forme d’intégrisme : le cinéphile à tendance festivalière. Dans une tribune libre*, il fustigeait le « Film d’Auteur Académique », baptisé FAA, dans une démonstration tout aussi impeccable qu’implacable.

Sa théorie est simple : s’il existe des films commerciaux, formatés pour plaire au plus grand nombre, il existe en face le FAA, tout aussi formaté. Le FAA s’acharnent, selon Jean-Baptiste Thoret, à se poser en négatif du film commercial, pour mieux séduire le Jury du Festival du Film de Séoul, Berlin, Venise, ou mieux, la Palme des Alpes Maritimes. Au final, le FAA est tout aussi formaté et ennuyeux : « le FAA, écrit-il, confond l’épure et le rien, l’abstraction et la pose, le vide et la raréfaction, la contemplation et l’ennui, l’enregistrement de la réalité et la vérité du réel, qui – on le sait depuis les frères Lumière – n’a de chance d’advenir qu’à condition d’en fabriquer la fiction (…) le FAA [refuse de] céder aux sirènes du plaisir, de la forme, du spectacle ; en bref, il témoigne d’une haine de la fiction. » Quel meilleur plaidoyer pour le retour du scénario, que nous appelons de nos vœux, ici sur CineFast ?


* à l’origine de cette tribune, un édito de Jean-Michel Frodon, rédac’chef des Cahiers du Cinéma (et non pas Porteur de l’Anneau, comme beaucoup semblent encore le croire), s’indignant que le CNC se plaigne de l’existence de plus en plus fréquente de « Films de Festival »