C’est vrai, le KRCU, le Kelly Reichardt Cinematic Universe, c’est pas pour tout le monde. Hier au MK2 Bastille (côté Faubourg Saint Antoine), quatre personnes ont quitté la séance. Il est vrai que la Floridienne exilée en Oregon semble avoir atteint son sommet avec Certaines Femmes et First Cow.
Il faut dire que la Reichardt, elle aime filmer des gens qui font cuire un œuf, un gars qui prend son bain… Il faut aimer la lenteur, le silence, et la patience. Ici, elle filme des braqueurs qui attendent dans une voiture.
Car oui, The Mastermind est un film de braquage, mais on est pas dans Heat. Tout ça avance à son petit train, trois pieds nickelés qui volent des tableaux dans un musée régional, Framingham, Massachusetts, dans les années 70.
Évidemment, ça tourne vinaigre. La réalisatrice installe sa petite Sonate au Clair de Lune, et nous on écoute, l’esprit dérivant dans cette Amérique campagnarde, ces décors beiges et sous éclairés, et ces personnages silencieux.
Tout ça pourrait sembler atrocement arty, mais ça ne l’est jamais. La cinéaste ne fait pas dans le beau, elle ne fait pas abscons, elle ne psychologise pas ses personnages. Ses intrigues sont certes minuscules, mais ses films sont limpides et terriblement humains. Derrière ce braquage anodin, il y a le Vietnam qui couve, et une fin en tire-bouchon qui ne satisfera personne.
Sauf les Reichardtien, bien sûr.
