lundi 25 mai 2009
Belzec
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]
Un documentaire, sur le camp d’extermination, l’autre soir sur France 2 ; intéressant mais sans plus : on n’apprend rien de plus sur Belzec, alors que l’introduction laissait entrevoir un angle inédit et intéressant : le camp devant être réhabilité, comment gérer les fouilles archéologiques sur un lieu si atroce ? Malheureusement, on n’en su guère plus. Venait s’ajouter une ambivalente impression de déjà vu : si l’on oubliait le fond (là n’est pas mon propos, évidemment), on s’apercevait que la mise en scène était copiée, plan pour plan, sur celle de Shoah. Même voix off posant les questions en français, même traduction en polonais, mêmes panoramiques lents sur la campagne polonaise, mêmes plans de coupe sur les bois, les trains, les voies de chemin de fer…
L’idée de marcher dans les pas de LA référence sur l’holocauste n’est pas mauvaise en soi, encore faut-il apporter un contenu…
Mais fallait-il en singer le style ?
samedi 23 mai 2009
Termarketingor 4 : Renaissance
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]
Dans le métro, l’œil du CineFaster est soudain attiré par l’affiche de Terminator 4: Renaissance. Erreur, ce n’est pas du film dont il s’agit, ou plus exactement, le film n’est qu’un des sujets de l’affiche. Si la date de sortie est bien indiquée (3 juin 2009), il s’agit plutôt du jeu Terminator: Renaissance Le Jeu Mobile, assorti d’un concours pour gagner une Jeep Wrangler (mon pauvre Schwarzy, où est passé ton Hummer ?). Ou encore, des jeux vidéos, qui sortent eux sur Xbox, PS3, PC, le 28 mai, c’est à dire avant le film.
Même si, avec un peu de sagesse, on peut regarder cela avec un certain détachement, il y a quelque chose de troublant là-dedans. Accepter que les jeux vidéo aient dépassé le cinéma ? On le savait depuis longtemps (en 2001, leur chiffre d’affaires représentait déjà 21 milliards de dollars, contre 15 seulement pour le cinéma).
Mais finalement, que le film ne soit qu’un morceau du mix produit, c’est ça qui est triste. Qu’Hollywood sorte le jeu avant est aussi un signe ; un manque de confiance autant dans le film que dans le jeu. Si jamais le buzz était mauvais à la sortie de salle, cela affecterait les ventes dudit jeu.
Le film, là-dedans, n’est plus qu’un titre, un setting, un décor de quelque chose de plus vaste qui n’a pas encore de nom.
samedi 23 mai 2009
Dans la Brume Électrique
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Un film, ça tient à pas grand’ chose, c’est comme une recette de cuisine ; le préalable, c’est bien sûr d’acheter des bons produits, pas forcément très chers d’ailleurs (Tommy Lee Jones, Tavernier, la musique cajun, le Sud profond)
Après, c’est des choses toutes bêtes, comme le sel et le poivre, le tabasco, et le temps de cuisson. Mais là, la jambalaya, elle est trop cuite.
Y’a tout ce qui faut, c’est pas la question. Casting « local qui tue » : Tommy Lee Jones, John Goodman, Buddy Guy, Levon Helms (de The Band), John Sayles en réalisateur, et l’excellent Peter Sarsgaard, déjà vu dans Flightplan. Musique ad hoc, pas du blues traditionnel, mais quelque chose d’encore plus spécifique, que seuls ceux qui sont allés là-bas, comme Tavernier et son très beau documentaire Mississipi Blues, peuvent comprendre : le zydeco.
Mais voilà, Dans la Brume Electrique est comme Gran Torino, un film de vieux, à opposer à un film à l’ancienne, ce qui serait plutôt un compliment.
Un film à l’ancienne, c’est un film qui ne se croit pas obligé de couper au bout de deux secondes, de faire gigoter la caméra quand il y a de l’action, ou d’avoir un scénar « destructuré » pour faire moderne. Un film de vieux, c’est un film rebouilli, sans trop d’explications, pensant que le spectateur se fiche du réalisme, et que seuls compte les beaux sentiments qu’on met à l’écran. Mais le spectateur, il a évolué, mon petit Bertrand, et grâce à toi justement ! Il a vu les Hitchcock, les Borzage, les Capra. Et la génération Nouvel Hollywood a intégré tout le discours cinéphilique, l’a remâché, digéré, intégré. Et les Tarantino d’aujourd’hui ont redigéré aussi tout ça.
On ne peut plus faire ces films unidimensionnels aujourd’hui. C’est triste, mais c’est comme ça.
Alors quand Tommy Lee Jones est accusé de meurtre, on ne comprend pas pourquoi il reste flic. Quand il se fait tirer dessus, on ne comprend pas pourquoi il ne protége pas sa famille. Quand il va chercher le coupable présumé, on ne comprend pas qu’ils n’y aillent qu’à deux, comme dans Starsky et Hutch. Ca pouvait marcher dans La Soif du Mal, mais ce ne marche plus aujourd’hui.
Au final, malgré une belle ambiance poisseuse-qu’on-dirait-le-sud (comprendre sexe, racisme, vengeance, zydeco et fantômes), on s’ennuie paisiblement devant la Brume Electrique.
samedi 23 mai 2009
Malédiction Star Trek
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les films ]
Alors que la version Abrams cartonne aux USA et dans le monde, patatras ! L’Enterprise se plante en France, pourtant pays de la Science-Fiction depuis La Soupe aux Choux ! 600 000 entrées France, c’est pas mal, mais en fait, c’est très peu… vu les 480 salles mises à disposition de l’engin. Pendant ce temps, Dan Brown complote en tête (800000 pour Anges et Démons), et Millenium complote derrière (440 000 entrées).
Mais bon, il faut s’y faire, Star Trek n’a jamais marché en France. Péché originel, les Bogdanov, dans leur émission culte Temps X, nous avaient annoncé en 1978 l’arrivée tant attendue de la série. Ce fut Battlestar Galactica (la naze, pas celle d’aujourd’hui).
Et pour l’anecdote, de mémoire de professore, c’est le seul film retiré avant la fin de la première semaine d’exploitation. Voulant voir l’opus IV ou V (ma mémoire me joue des tours) dans un cinéma des grands boulevards, et malgré les indications toujours précises de L’Officiel des Spectacles, je fis chou blanc. Le film, ayant réalisé moins de 10 entrées en 3 jours, avait été retiré !
jeudi 21 mai 2009
Les Deux Tours
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films -
Pour en finir avec ... ]
Le Professore, le Professorino, et la Professorinette continuent leur patrouille aux avants-postes des Terres du Milieu, toujours sous domination de l’affreux Jackson.
Les Deux Tours souffre en effet des mêmes problèmes que Le Seigneur des Anneaux. Sept ans après, c’est déjà ringard (ses effets spéciaux vieillissent très vite). Les obstinations pédagogiques, laissant peu de place à la poésie, finissent par lasser. Alors que la vue du simple objet aurait suffit, tout est nommé et contextualisé dans la trilogie : « l’épée d’isildur », « les aigles du Caradras », « le lembas, le gâteau elfique ». C’est la malédiction des adaptations de livres-cultes : on doit donner des gages au hardcore, et au final, on oublie qu’on fait des films pour tout le monde, et qu’il y a peu d’aveugles dans la salle.
Pas besoin non plus de TOUT nous expliquer (Quand la bataille commence, Thoden dit « la bataille commence », et quand elle finit, Gandalf dit « la bataille se termine ». Merci, on avait compris.
De même la sidekickisation régressive de Legolas en archer surfer, et Gimli en nain de caricature, devient encore deplus en plus insupportable.
A cela s’ajoute un défaut spécifique de la version longue de ce chapitre deux : elle ne se justifie pas. Ainsi, une bonne idée scénaristique (déplacer le chapitre des Ents et l’insérer en contrepoint de l’action principale) se retrouve gâchée en version longue, à force de l’étirer à l’infini. On se croirait dans une étape du Tour de France, quand Jean-Paul Jaud quitte l’échappée pour revenir voir ce qui se passe dans le peloton : rien. Bon, ben, les Ents, on en est où ? Ben, on réfléchit…
Ceci étant dit, Les Deux Tours recèle quelques pépites, qui, comme le reste de la trilogie, justifient de passer 3h30 devant. Ainsi, le Gouffre de Helm reste une incontestable réussite graphique et émotionnelle, tout comme l’épisode du Rohan. L’amour impossible d’Eowyn pour Aragorn est très bien utilisé. Le siège d’Osgiliath, les Nazguls, et le superbe personnage de Faramir donnent enfin de l’épaisseur à quelques personnages secondaires : quelle meilleure façon de rendre grâce au génie de Tolkien ?
Et puis bien sûr, un personnage explose littéralement dans Les Deux Tours, c’est Gollum, mais on y reviendra prochainement.
Le Seigneur des Anneaux
Le Retour du Roi
mardi 19 mai 2009
Star Trek
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Il y a deux façons d’envisager ce film ; soit du point de vue du trekkie pur, soit de celui du cinéphage-trekkie (si vous n’êtes pas trekkie, passez votre chemin).
Dans le premier cas, Star Trek – version Abrams est un régal, un des meilleurs opus de la série, du niveau par exemple de Star Trek: First Contact. Action, paradoxe temporel, voyage spatiaux, tout y est. Et en plus, un renouvellement – nécessaire et attendu – de la franchise : d’où viennent ces personnages ? Comment sont ils devenus amis ? On se régale.
Mais si on ajoute l’option cinéphile, Star Trek est juste un film moyen, et surtout, déceptif. La bande-annonce, survendeuse, faisait rêver : on allait voir ce qu’on allait voir : Monsieur Abrams lui-même, non-pratiquant, allait renouveler la cathédrale Star Trek. On allait découvrir l’avant, la création de l’Enterprise, la jeunesse des personnages, bref, sortir des archetypes BD, et donner une vision sérieuse. Belle entreprise que de vouloir, enfin, donner ses lettres de noblesse à la SF : 30 ans qu’on attend ça, de la SF sérieuse. A part Outland, Alien et Blade Runner, que des conneries à la Star Wars/Cosmos 1999, des types en pyjama tout pareil, et des propulseurs photoniques et des vaisseaux à réacteurs atomiques.
Le début nous laisse croire ça, avec ses décors fabuleux, l’Iowa et ses monades urbaines (les lecteurs de Christopher Priest, et les amateurs de Chris Foss me comprendront). Mais très vite, ça redevient le Star Trek habituel : décors cheap (palme spéciale à l’intérieur du vaisseau romulien), dialogues incompréhensible, et baston finale, à coups de poing, bien sûr.
Mais la plus grosse déception, c’est J-J. Abrams lui-même, qui confirme être un metteur en scène très moyen (après Mission Impossible III). Grand scénariste (Armageddon), grand script doctor (Lost), grand producteur (Alias), mais qui ne sait pas tourner un film. Caméra branchée sur un vibromasseur, coups de laser dans tous les coins, on ne voit rien. A tel point que le premier plan séquence sur la démission de Spock (dix secondes) passe pour un chef d’œuvre. (Il faut l’avouer, les comédiens sont excellents)
Donc pour résumer, si vous êtes trekkie comme le Professore, vous passerez un excellent moment avec des amis de longue date. Sinon, passez votre chemin.
mardi 19 mai 2009
Hellogeekette
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Êtes vous un « geek » ? Si vous ne l’êtes pas, c’est que vous l’êtes sans le savoir ! Vous avez vu le Seigneur des Anneaux ? Vu Batman dimanche soir sur TF1 ? Lu une fois X-Men ? Etiez fans de Drôles de dames, des Mystères de l’Ouest, avez joué à Donjons & Dragons, ou à Zelda sur Gameboy Advance (cochez les mentions inutiles) ?
Aujourd’hui, comme l’expliquait très bien un récent documentaire de Canal+ « Suck my geek », la culture « jeune » a gagné ; elle est partout ! Nos enfants savent ce qu’est un stormtrooper, et qu’il faut un anneau pour les gouverner tous. Dans les années 80, combien de filles avons nous ratées à cause de Star Wars, Strange et Marvel ?
Aujourd’hui, les trucs des puceaux d’hier, la SF, les jeux de rôles, les superhéros, les ordinateurs, les jeux vidéos, toutes ces malédictions qui ont ravagé notre sexualité sont devenues la réalité d’aujourd’hui. Geek is mainstream. Grâce à Peter Jackson, George Lucas, Sam Raimi, et – geek of the geeks – Bill Gates ! les anciens tricards sont les maîtres du monde. Et chez nous, c’est pareil : Alexandre Astier, rôliste, fait un carton avec Kaamelott, et Ubisoft est un géant mondial.
C’est dans ce contexte, ami non geek, qu’Hellogeekette t’est précieux. Cette websérie, t’éclairera sur les us et coutumes de la Geek Nation. Le pitch : une geekette cohabite avec un mec normal. Leurs aventures (4’30 », montre en main) vous apporteront les réponses que vous attendez aux grandes questions philosophiques d’aujourd’hui : Farscape ou Star Trek ? Second Life ou Wow ? Subprimes ou Livret A ? Derrière l’esprit court-metrage entre copains, un vrai travail de série, une ambiance potache qui sert le propos, et un bon esprit… C’est quand vous voulez, sur Hellogeekette.com.
PS 1 A ne pas rater : le vrai-faux film d’entreprise hilarant de Transkom, la boîte de production (réelle, celle-là) qui produit et réalisé la webserie. Des gens qui citent John Hughes (Une Créature de Rêve) ne peuvent pas être mauvais.
PS 2 Et une performance d’acteur qui laisse pantois : notre ami Jean-Michel en fan de métal, lui qui ne fait pas la différence entre Yesterday et Yesterday’s Papers.
samedi 16 mai 2009
2500
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]
La cinéphilie ne se conçoit pas sans un peu (ou beaucoup) de maniaquerie. Un cinéphile est avant tout un collectionneur, une catégorie d’êtres humains souvent bien placés dans les classements des maladies mentales.
Un cinéphile, c’est pire : c’est un collectionneur sans collection. Il n’a que ses souvenirs (et une bonne mémoire) pour faire valoir son œuvre. Même si IMDb (ou Allociné) ont tué tout cela dans la Matrice, il y a toujours des fous pour connaître par cœur le casting des différents Star Trek, la filmographie allemande de Fritz Lang, ou les x montages alternatifs d’Apocalypse now.
Pour ma part, j’archive mes films depuis les années 80. Au départ, j’avais pris un vieux classeur marron appartenant à mon père, avec ses feuilles à carreaux à trois trous parfaitement vintage, et j’avais commencé par un simple classement alphabétique. Découvrant Excel dans les années 90, j’ai enrichi mon fichier du casting, de l’année, de la date, et d’une note sur 20. Cette base s’est vite retrouvée sur cette merveilleuse invention que fut le Palm Pilot, et qui, accessoirement, a fait de votre serviteur la base de données cinéma de sa petite bande.
Depuis les années 2000, et l’irruption magique d’IMDb, j’ai chuté de mon piédestal. A vrai dire, je ne cherche plus la compétition, et tel le Karpov moyen, j’avoue la défaite de ma mémoire face au Big Brother collaboratif mondial. Et je caresse même l’idée d’arrêter mon fichier Excel… il ne reste que l’immatériel, inclassable, Excel,ou pas : anecdotes, répliques, secrets de tournages…
Mais quand même, 2500 films ! (2406 exactement, au 18 mai 2009) !
C’est beaucoup. 58 films par an, ou, pour compter plus juste 89 films, n’allant vraiment au cinéma que depuis mes quinze ans.
On va voir.
vendredi 15 mai 2009
La Playlist du mois
posté par Professor Ludovico dans [ Playlist ]
Musique : Nick Drake, Sliimy
Série : The Civil War, de Ken Burns
Livre : Nick Drake, Darker than the deepest sea (biographie), La Chute de Berlin, Anthony Beevor
vendredi 15 mai 2009
L’Eternel Retour de l’Etrange Créature Marketing d’Hollywood
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Pour en finir avec ... ]
Depuis toujours, l’Usine à Rêves cherche la technologie magique qui lui assurerait une emprise durable sur nos esprits. Comme si ce n’était déjà fait !
Après avoir inventé le parlant (1926), le Technicolor (1935), le Cinémascope (1953), on nous bassine aujourd’hui avec la 3D. Rappelons tout de même que la technique existe depuis 1954, avec un film mauvais – mais culte -, L’Etrange Créature du Lac Noir, et que trente ans plus tard, le génial Monsieur Eddy (à quand le retour de la Dernière Séance ?) obligeait toute la France à s’équiper de lunettes 3D.
Hollywood nous refait le coup ces temps-ci, avec le baratin habituel (« technologie révolutionnaire », « nouvelle façon de vivre les films » et l’éternel « demain, il n’y aura plus que des films en 3D* ») On a donc eu droit à L’Etrange Noël de Mr Jack, refait pour la 3D, quelques dessins animés (Monstres contre Aliens, et bientôt Là-Haut), et aussi Meurtres à la Saint Valentin, ou, pour la modique somme de 2€ supplémentaires, j’ai chaussé les lunettes magiques.
Que dire, si ce n’est que cela n’apporte rien ? Bien sûr, on frissonne aux moindres lancers de pioche (c’est l’intrigue principale du film), mais c’est plus une gêne qu’autre chose. Les lunettes sont lourdes, et même bien nettoyées, toujours un peu floues sur les bords, et on perd en plus la vision périphérique qui fait tout l’avantage d’un écran de cinéma.
La 3D nous éloigne en fait de ce rapport magique, sans capote, entre la rétine et l’écran. Bref, ce qui nous fait aller dans une salle de cinéma.
Patience. Encore un an, et on n’en parle plus.
*Jeffrey Katzenberg, tout de même.