vendredi 15 mai 2009
Mutants/Meurtres à la Saint Valentin
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
L’actualité cinéphilique fait cohabiter à l’affiche deux films proches*, mais situés à l’extrême de la production. A ma droite Mutants, premier film français à budget riquiqui, à ma gauche, le blockbuster 3D Meurtres à la Saint Valentin. En apparence seulement. Car Meurtres à la Saint Valentin est un petit film (15M$), remake d’un film culte encore plus petit : My Bloody Valentine** (1981).
Mutants, lui, est plutôt une relecture du film de zombies. Un virus a ravagé la France, et quelques humains, non contaminés cherchent à rejoindre une base militaire Noé, qui accueille les survivants face aux dents pointues qui ravagent la région. On est en terrain connu (virus + morsure + hélicoptère + base militaire). David Morlet prétend offrir une relecture plus originale, ajoutant une histoire d’amour impossible entre « la belle et la bête ».
Impossible, car bientôt, le héros est contaminé lui aussi. Malheureusement, ce n’est pas très crédible, car le metteur en scène se préoccupe peu des scènes « à texte » et fignole par contre les bastons et les effets gore : bave nutella, sang guacamole, et pisse rosée.
C’est souvent le problème du gore : les réalisateurs sont avant tout des accessoiristes frustrés qui s’extasient devant le maquillage, les effets spéciaux, et les jolis impacts de balle sur des corps en décomposition avancée. Ce n’est pas très mature, mais ce n’est pas non plus ce qu’on leur demande. Ce qui gêne dans Mutants, ce n’est pas la prééminence de la thématique zombies, c’est la prétention du propos.
la prétention, un risque que ne court JAMAIS Meurtres à la Saint Valentin, qui est tout, absolument tout, sauf un film prétentieux. Un film qui respecte son genre (le slasher movie) jusqu’à la bêtise, et en devient donc particulièrement réjouissant, le genre de film dont on sort le sourire aux lèvres en en réclamant encore.
Meurtres à la Saint Valentin rame lui aussi sur une trame classique, mais il assume : rescapé d’un coup de grisou, un mineur devenu fou sort du coma la nuit de la Saint Valentin et massacre le personnel de l’hôpital à coups de pioche (normal, c’est un mineur). Traqué par la police, il s’enfuit dans la mine pour ne plus jamais en ressortir.
Mais dix ans plus tard, de nouveaux meurtres atroces sont perpétrés. Harry Warden, l’Homme à la Pioche, serait-il de retour ?
Contrairement au petit Morle(y)t, Patrick Lussier, le réal’, ne cherche pas à finasser: pas de montage clippé, pas de belles images grisées à la palette graphique, tout est simple dans Meurtres à la Saint Valentin. Seule l’intrigue va révéler des petites subtilités, le passé qui remonte à la surface, une ambiance Twin Peaks (toutes proportions gardées). Sans avoir l’air d’y toucher, Lussier ajoute au suspense une petite intrigue thriller du meilleur effet.
Donc on s’extasie devant les coups de pioche (comment va y passer le shérif, la nounou, le trucker, le collégien, la concierge naine, etc.), et en plus, une petite couche de suspense façon Souviens Toi l’Eté Dernier…
Autres innovations : du sexe politiquement incorrect. Pour moi c’est une première ! Ami Cinefaster, n’hésite pas à me contredire, mais c’est la première fois que je vois une foufoune dans un film américain grand public. Je passerai rapidement sur la 3D, inutile, un point de vue que je détaille ici.
Bref, si vous avez 20€, allez voir les deux, pour pouvoir, dans vingt ans, dire « Mutants, j’y étais ! », car si son film est pas terrible, le Morlet est prometteur ; si vous n’avez que 10€, n’allez voir que Meurtres à la Saint Valentin (en 2D), vous passerez un excellent moment.
*Les puristes rétorqueront qu’un film de zombies n’a rien à voir avec un slasher, mais bon.
** Film dont le titre inspira le groupe shoegazer éponyme. Bravo, vous marquez 10 points
vendredi 15 mai 2009
Mords-les !
posté par Professor Ludovico dans [ Hollywood Gossip -
Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les gens ]
Difficile de trouver plus CineFaster comme sujet, pourtant anecdotique : amusez vous à chercher sur le web le nom du cinéaste survitaminé qui a réalisé Mutants.
Sur Allociné, site français, le jeune homme se fait appeler David Morley. Mais si vous allez sur la Bible, c’est-à-dire l’Internet Movie Data base, l’impétrant est orthographié David Morlet.
Etonnant non ?
dimanche 10 mai 2009
The Patriot
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
Avec The Patriot, de Roland Emmerich, c’est parti pour 2h40 de brit bashing, un art ricain par excellence, où Hollywood, malgré Yorktown, continue de régler ses petites affaires avec les angliches.
D’ailleurs ici, c’est justement une histoire de vengeance : ILS ONT TUE MON FILS, JE VAIS ME VENGER !!! Ce parfum de vendetta permanente irrigue le film, enchaînant vengeance sur vengeance (ils ont tué mon fils, ma femme, mon chien, je vais me venger !!!), tout en rappelant (hypocrite) que la vengeance, c’est mal : « Le temps de la vengeance n’est pas venu », dixit Mel Gibson.
Ah bon ? Mais alors, c’est quand ?
Autre mocheté du film, son étalage de clichés, un vrai catalogue. Quand le méchant brule les pauvres paysans américains, il dodeline de la tête, petite moue meprisante, petit air tarlouze pour marmonner « Brûlez-les tous ! »* Vous vous rappelez sûrement, vous faisiez le même pour punir votre copain de vous avoir obligé de faire le méchant ; lui faisait toujours Zorro.
Donc, on résume les anglais très bêtes, très méchants et massacrent les honnêtes planteurs de tabac dans leur village, et c’est bizarrement filmé comme des Einsatzgruppen en pleine action au fin fond de l’Ukraine. On n’aime pas les anglais, mais c’est peut-être pousser le bouchon un peu loin.
Et, cherry on the cheesecake, le film est austro-allemand (vérifiez vous-même sur IMDb), et fait tellement l’éloge de l’Amérique, des américains, qu’à la fin on a juste envie de vomir. On comprend que le petit Emmerich veuille absolument sa green card, mais le fayotage, ça va bien : Independance Day, The Patriot… Ca commence à se voir.
Moralité : le film a été un échec aux Etats-Unis (110 M$ de budget, 113M$ de recettes). Pas si cons que ça, les ricains.
Depuis, Emmerich se venge : dans Le Jour d’Après, il invite les yankees à émigrer au Mexique pour cause de refroidissement climatique ! Et avec 2012, il leur promet l’apocalypse. T’énerves pas, Roland !
*C’est bizarre que ça passe aussi bien dans Die Hard, et aussi mal dans The Patriot. Problème de genre ?
lundi 4 mai 2009
Romaine par moins 30
posté par Professor Ludovico dans [ Brèves de bobines -
Les films ]
Je suis fan de Sandrine Kiberlain.
Voilà une actrice – c’est exceptionnel – qui sait exactement ce qu’elle vaut. Moralité : pas un film regrettable dans sa carrière. Elle connaît ses limites – elle n’est pas Meryl Streep -, donc elle se contente d’interpréter film après film le même personnage, une fille dégingandée : elle-même. Du drame (En Avoir (ou pas)) à la comédie, Sandrine est à l’aise partout.
Ici particulièrement, dans Romaine par moins 30, une comédie légère, qui aurait pu aller plus loin. Le pitch : le compagnon de Romaine lui fait – encore !- une surprise. Un voyage impromptu au Québec, avec, peut-être, l’idée de s’y installer. Craignant subitement que l’avion ne s’écrase, elle lui avoue la vérité, toute la vérité ! Non seulement elle n’a pas très envie d’aller au Québec, sans parler de s’y installer, mais surtout, il ne l’a jamais fait jouir !
Malheureusement, l’avion ne s’écrase pas, et Romaine se retrouve abandonnée dans la Belle Province, sans argent, sans papier, sans téléphone. De cette situation difficile naîtront moult situations comiques, et, finalement, une révélation.
Le film est plaisant, bien joué, bourré de situations incongrues (on pense parfois à Hal Hartley), et on se met à regretter qu’Anne Obadia ne soit pas allée plus loin. On sent la retenue derrière chaque gag, et la volonté de ne pas s’appesantir sur telle ou telle chute. C’est dommage, mais si ça rend le film moins drôle, ça le rend également plus profond : en quoi sommes nous responsables de nos propres malheurs ?
Un film drôle qui fait un peu réfléchir, ça ne se rate pas.
PS : Et en plus une très belle BO, avec Johnny Cash et Moriarty…
lundi 4 mai 2009
Monstres contre Aliens
posté par Professor Ludovico dans [ Brèves de bobines -
Les films ]
Même si, pour de basses raisons familiales, j’étais obligé d’y aller, force est de reconnaître que ça commence bien, Monstres contre Aliens. Par un plaidoyer féministe, plus exactement : Susan, l’héroïne, doit-elle vraiment épouser cet abruti, même s’il perce à la télé ? Mettant la main à la pâte, le film concrétise l’option à sa manière : maintenant qu’elle fait 15 m de haut, Susan peut réfléchir à la question.
Mais très rapidement, le film retombe dans les errements Pixar-Dreamworks (intrigue cousue de fil blanc, Président stupide, et Méchant copié-collé de Mars Attack*)
Seule la morale finale – féministe, encore – rattrape un peu le film. Heureusement, mon fils a adoré : « c’est drôlement bien dessiné »
*comme quoi la leçon du film de Tim Burton, sur les insupportables clichés du film catastrophe, n’a pas porté…
lundi 4 mai 2009
David Lachapelle
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les gens ]
S’il est un photographe hollywoodien, David Lachapelle est de ceux-là : stars (Di Caprio, Angelina Jolie, Eminem) et starlettes (Anna Nicole Smith, Pamela Anderson) ont leur place derière l’objectif.
Mais le génie de David Lachapelle, ce n’est pas la perfection nacrée des couleurs, la provoc’ comme fond de commerce, non, c’est l’adéquation du médium au message. Représenter Courtney Love en Pieta de Kurt Cobain, Bowie en masque de papier, la guerre comme saint « holy » et le saint comme guerre « war », tout est finalement subtil chez lui.
Et il a formidablement saisi l’époque : le porno, la chirurgie esthétique, le racisme, le fétichisme des marques, la société de consommation…
Et pour une fois, je ne m’y prends pas trop tard, donc vous n’avez aucune excuse pour ne pas y aller….
David Lachapelle
MONNAIE DE PARIS
11, quai de Conti – 75006 Paris
jeudi 30 avril 2009
Ca c’est une bonne question !
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les gens ]
Pascal Thomas, que – c’est le moins qu’on puisse dire – ne boxe pas dans la même catégorie que Kubrick, Spielberg, ou Ozu, a fait néanmoins des déclarations fracassantes dans Le Devoir, un journal québécois.
Il y fustige le cinéma français, toujours à la course aux subventions (« Depuis dix ou quinze ans, le cinéma français décline. Avec des gens couchés dans l’attente de la subvention » : 1 point), incapable de peaufiner ses films (« Aujourd’hui, les films soignés se cherchent » : 2 points) et s’interroge sur le Festival des Alpes Maritimes (« Primer trois fois les films des frères Dardenne, c’est pas normal ! » : partie gratuite + Extra-balle)
On se pose les mêmes questions, mon cher Pascal.
jeudi 30 avril 2009
Le Seigneur des Anneaux
posté par Professor Ludovico dans [ Les films -
Pour en finir avec ... ]
Il y a un âge pour tout, et 7 ans, c’est l’âge pour mon fils de voir Le Seigneur des Anneaux.
Est-ce bien nécessaire, après tout ? C’est la question des pères quadra, qui ont lu le livre, attendu le film pendant vingt ans, et qui voient leurs enfants inondés de culture fantasy sans en avoir lu une ligne.
Mon fils joue déjà à des jeux de société Seigneur des Anneaux, il sait ce qu’est un orque, qu’il y existe deux Gandalf, le Gris et le Blanc, et qu’il suffit d’un anneau pour les gouverner tous. Qu’est-ce que je peux lui apprendre encore ?
Plein de choses en fait, puisqu’après avoir vu le Seigneur des Anneaux, mon fils dit préférer Tolkien à Lucas : « Dans Star Wars, y’a quand même moins de trucs ! » Brave petit !
L’occasion était donc belle de revoir, en version longue, le Peter Jackson (pour la troisième fois), le temps faisant son œuvre.
La première impression, c’est d’abord le renforcement des premières impressions : si on doit reconnaître à Peter Jackson la beauté de l’effort (il a réussi là où beaucoup avaient échoué),
Le Seigneur des Anneaux n’est pas le plus grand film de tous les temps. Certains personnages sont massacrés (Legolas, Gimli, Elrond) et frôlent le ridicule. Certains passages se révèlent kitschissime (les elfes, la plupart de la musique…) L’intrigue, revue et corrigé pour des besoins compréhensibles de dramaturgie, va parfois jusqu’à changer le sens du livre ; on y reviendra plus longuement dans Le Retour du Roi. Et puis il y a cette orgie de combats, parfaitement ineptes, pour satisfaire les besoins des ados Donjons & Dragons ciblée par le marketing. Moralité : ces combats sont mal filmés, (caméra à l’épaule, je pourrais faire aussi bien) et rendent, par exemple, la mort de Boromir Monty Pythonesque.
Je n’ai rien contre la violence au cinéma, mais elle doit servir l’intrigue, pas l’inverse. Ici, on dénature l’esprit de Tolkien – dont on sait que l’influence principale fut son expérience des tranchés -, très éloigné de cette perpétuelle violence. C’est ce qui manque le plus dans la version Peter Jackson. Le livre était une ode à la marche, à la nature ; il ne reste que des fonds d’écrans, splendides au demeurant, mais simple faire-valoir d’aventures trépidantes… A tel point qu’un ami, (Vincent), croyait que le film se déroulait sur sept jours, alors qu’il s’étend sur cinq mois…
Et puis il y a les scènes d’exposition, qui frisent le ridicule en permanence, notamment lors du Conseil d’Elrond, avec l’effet « Blake et Mortimer » : action à l’image, plus description de l’action ! Un exemple : la Compagnie de l’Anneau quitte Fondcombe. Réplique d’Elrond : « La Compagnie quitte Fondcombe. » Puis plans sur le nain, l’elfe, le hobbit. Elrond, toujours : « Quant à vous, les espoirs des nains (plan du nain), des elfes (plan de l’elfe), et des humains»… vous avez compris.
Des détails ? Sûrement pas ! Ces péripéties à répétition : combat, scène d’exposition, combat, ne laissent pas de place à l’émotion, le silence, la réflexion. Et c’est dommage, car ces moments-là sont formidables : la sortie de la Moria, en larmes, est l’un des plus beau plans du film.
Il y a d’autres motifs de satisfaction : la déco est impeccable et très respectueuse de l’ambiance des livres (on se demande qui aurait pu faire mieux), Elijah Wood en Frodon est formidable de bout en bout, tout comme Viggo Mortensen. L’humour ajouté par Jackson ne fait pas de mal non plus…
A suivre, donc :
Les Deux Tours
Le Retour du Roi
jeudi 30 avril 2009
OSS 117 Rio ne Répond Plus
posté par Professor Ludovico dans [ Brèves de bobines ]
La foudre ne frappe jamais au même endroit ; la magie n’opère pas à nouveau. Même très biens, Retour vers le Futur 2 et 3 ne seront jamais la claque du premier.
C’était donc le destin attendu de Rio ne Répond Plus, mais on peut dire que c’est pire que prévu. On s’ennuie pendant le film, et pour une ou deux bonnes blagues, la recette est trop photocopiée pour passer la barre.
Il y a de l’envie, de l’énergie, du talent, mais pas suffisamment pour permettre au poussif 707 de décoller de la piste. Dommage.
samedi 25 avril 2009
Ponyo sur la Falaise
posté par Professor Ludovico dans [ Brèves de bobines ]
La vérité sort de la bouche des enfants : « un film c’est d’abord raconter une histoire », selon le Professorino, 7 ans : bon sang ne saurait mentir.
Mais Ponyo pose problème ; celui de la magie Miyasaki. Après une virée familiale (13 personnes, 9 enfants, 4 adultes, de 5 à 44 ans), un constat s’impose : c’est bien mais on n’a rien compris. Le vieux sage japonais sucre les fraises, mélange ses thématiques habituelles (La Sorcière, la Pollution, la Petite Fille, la Mère Nature), mais on ne comprend rien, sans parler du paquet d’invraisemblances (des histoires de niveaux d’inondation dont on vous évitera le détail).
Mais à la fin, on est quand même conquis. C’est beau à en pleurer (même si c’est très en dessous des standards habituels), et une seul plan suffit à vous remuer la moelle épinière (le chalut qui racle le fond de la mer, les bateaux la nuit sur la ligne d’horizon…)
Miyasaki, l’homme qui fait le plus pour le développement durable et la promotion du tourisme au Japon…